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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 15:33
 Un migrant subsaharien dans son refuge à Alger, le 29 mai 2016. © Photo AFP/farouk batiche

Un migrant subsaharien dans son refuge à Alger, le 29 mai 2016. © Photo AFP/farouk batiche

 

   L’opération a été déclenchée le 1er décembre 2016 à Alger. Tous les quartiers où vivent les migrants subsahariens ont été encerclés par la police. Les rafles n’épargnent ni les femmes, ni les enfants. Un syndicat autonome algérien, le Snapap, dénonce «la plus grande chasse à l’homme noir depuis l’indépendance».
Les indésirables sont regroupés dans un camp insalubre à la périphérie Ouest d’Alger. Plusieurs centaines d’entre eux ont déjà été transférés à Tamanrasset, une ville du Sud, située à 2000 km de là.
 
Dans la capitale algérienne, les migrants subsahariens ont été arrêtés à leurs domiciles, sur leurs lieux de travail ou sur le chemin du retour à leur domicile. Ceux qui ont échappé aux rafles vivent désormais cachés, la peur au ventre.
 
«On ne peut plus aller au travail, on a peur de sortir parce qu’on va nous arrêter», raconte à RFI une Ivoirienne qui attend avec inquiétude des nouvelles de son mari.
 
«Dès que tu ouvres la porte, on t’embarque. On m’a pris avec tous mes bagages, tout m’a été volé: l’ordinateur, les choses de la maison, le réfrigérateur, l’argent, ils ont tout pris», témoigne un migrant encore sous le choc. Il fait partie de ceux qui ont été transférés et enfermés dans un camp de Tamanrasset.
 
 

L’Algérie sur la route de l’Europe

 

Le 30 septembre, Amnesty International avait tiré la sonnette d’alarme sur la situation des migrants subsahariens en Algérie. Ils seraient près de 150.000, selon la gendarmerie algérienne. Ils viennent majoritairement du Nigeria, du Niger, du Libéria, du Cameroun, du Mali et de la Guinée.
 
La plupart ont afflué en Algérie dans l’espoir de rejoindre l’Europe en passant par le Maroc ou par la Libye. Mais faute de moyens, ils ont posé leurs maigres balluchons et opté pour une vie clandestine.
 
Sur le site des Observateurs de France 24, un migrant guinéen vivant à Alger témoigne de leurs conditions de vie déplorables. Contraints de travailler dans l’illégalité pour des employeurs sans scrupules.
 
«Ici, il y a des chantiers partout. On loge dans des chantiers abandonnés, on travaille dans des chantiers en cours: notre vie se résume à ça. On transporte des sacs de sable, des pierres. On fait tout ce que personne ne veut faire. Les patrons nous appellent "camarades", on a l’impression que ça veut dire "esclaves". Mais on n’a pas le choix, ce sont les seuls qui acceptent de faire travailler les clandestins», raconte-il, résigné.

 



«Ils nous prennent pour des putes»
Livrés à eux-mêmes, ces migrants sont aussi rejetés et victimes de racisme. Même les femmes ne sont pas épargnées. Les Algériens voient d’un mauvais œil l’installation des communautés subsahariennes dans leurs quartiers. Des insultes fusent à longueur de journée, témoigne une migrante qui a échoué dans un quartier populaire d’Oran.
 
«Ils nous prennent pour des putes. Ils nous demandent toujours combien c’est pour coucher avec eux», déplore-t-elle dans un reportage publié par Courrier international. On y découvre des migrants subsahariens marginalisés par les autorités, ostracisés par la population. Cette année encore, ils ont été victimes de violences dans les villes de Ouarga, Béchar et Tamanrasset.
 
«Les voyous en ont profité pour tout leur prendre»
La communauté subsaharienne a été traumatisée par les expulsions musclées qui ont visé des milliers de migrants dans la ville d’Oran à la fin de l’année 2014. Une opération qui visait au départ les seuls migrants nigériens.
 
«La nuit du 24 au 25 décembre, les forces de police ont ramassé tous les Noirs de la ville. Ils étaient très mal renseignés. Pourtant, il était facile de savoir où dormaient les Nigériens. Ils ont même arrêté les étudiants subsahariens en situation régulière. Les voyous en ont profité pour tout leur prendre», se souvient le père Thierry Becker du diocèse d’Oran dont le témoignage est rapporté par Courrier International.
 
Les dernières expulsions de migrants subsahariens remontaient au mois d’août. Plus de 400 migrants maliens vivant à Tamanrasset avaient été rapatriés à Bamako où ils ont dénoncé des traitements inhumains.
 
«Les Maliens sont considérés comme des bêtes en Algérie», avait dénoncé Boubou Camara, l’un des expulsés en présence du représentant d’Amnesty International-Mali, El Béchir Singaré, qui se demandait comment un pays africain pouvait «se comporter de cette manière avec les ressortissants d’un autre pays africain?»
 
L’Algérie n’est plus un pays de transit
L’expulsion collective en cours de 1400 migrants ouest-africains confirme la volonté du gouvernement algérien de mettre un terme à l’immigration clandestine y compris par la manière forte. Faire comprendre aux aventuriers que l’Algérie ne doit plus être considérée comme un pays de transit pour les migrants subsahariens.
 
Reste à savoir si la politique du bâton suffira à enterrer le rêve européen des migrants. La plupart restent déterminés et sont prêts à tout pour ne pas rebrousser chemin. «A quoi bon rentrer et vivre la vie que j’ai déjà vécue et qui m’a fait fuir», lance une migrante dont les propos sont rapportés par Courrier International.

«Ils nous prennent pour des putes»
Livrés à eux-mêmes, ces migrants sont aussi rejetés et victimes de racisme. Même les femmes ne sont pas épargnées. Les Algériens voient d’un mauvais œil l’installation des communautés subsahariennes dans leurs quartiers. Des insultes fusent à longueur de journée, témoigne une migrante qui a échoué dans un quartier populaire d’Oran.
 
«Ils nous prennent pour des putes. Ils nous demandent toujours combien c’est pour coucher avec eux», déplore-t-elle dans un reportage publié par Courrier international. On y découvre des migrants subsahariens marginalisés par les autorités, ostracisés par la population. Cette année encore, ils ont été victimes de violences dans les villes de Ouarga, Béchar et Tamanrasset.
 
«Les voyous en ont profité pour tout leur prendre»
La communauté subsaharienne a été traumatisée par les expulsions musclées qui ont visé des milliers de migrants dans la ville d’Oran à la fin de l’année 2014. Une opération qui visait au départ les seuls migrants nigériens.
 
«La nuit du 24 au 25 décembre, les forces de police ont ramassé tous les Noirs de la ville. Ils étaient très mal renseignés. Pourtant, il était facile de savoir où dormaient les Nigériens. Ils ont même arrêté les étudiants subsahariens en situation régulière. Les voyous en ont profité pour tout leur prendre», se souvient le père Thierry Becker du diocèse d’Oran dont le témoignage est rapporté par Courrier International.
 
Les dernières expulsions de migrants subsahariens remontaient au mois d’août. Plus de 400 migrants maliens vivant à Tamanrasset avaient été rapatriés à Bamako où ils ont dénoncé des traitements inhumains.
 
«Les Maliens sont considérés comme des bêtes en Algérie», avait dénoncé Boubou Camara, l’un des expulsés en présence du représentant d’Amnesty International-Mali, El Béchir Singaré, qui se demandait comment un pays africain pouvait «se comporter de cette manière avec les ressortissants d’un autre pays africain?»
 
L’Algérie n’est plus un pays de transit
L’expulsion collective en cours de 1400 migrants ouest-africains confirme la volonté du gouvernement algérien de mettre un terme à l’immigration clandestine y compris par la manière forte. Faire comprendre aux aventuriers que l’Algérie ne doit plus être considérée comme un pays de transit pour les migrants subsahariens.
 
Reste à savoir si la politique du bâton suffira à enterrer le rêve européen des migrants. La plupart restent déterminés et sont prêts à tout pour ne pas rebrousser chemin. «A quoi bon rentrer et vivre la vie que j’ai déjà vécue et qui m’a fait fuir», lance une migrante dont les propos sont rapportés par Courrier International.

 

Par Martin Mateso

 

 

 

Des migrants subsahariens squattent un chantier abandonné à Alger. C'est dans leurs refuges improvisés et sur les lieux de travail que la police procède à leur arrestation depuis le 1er décembre 2016. © Photo AFP/farouk batiche

Des migrants subsahariens squattent un chantier abandonné à Alger. C'est dans leurs refuges improvisés et sur les lieux de travail que la police procède à leur arrestation depuis le 1er décembre 2016. © Photo AFP/farouk batiche

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 10:07
Edewey Plenel

Edewey Plenel

      L'ex-rédacteur en chef de «Le Monde», co-fondateur du site en ligne «Médiapart» et écrivain, Edwy Plenel, a dénoncé avec virulence les amalgames et les raccourcis simplistes pour trouver des «boucs émissaires» aux questions sécuritaires et identitaires, sociales et religieuses, en France, et dans le monde en général.
 

     En commentant son dernier ouvrage «Un livre pour les musulmans» sur le plateau de la radio algérienne, hier mardi, Plenel affirme qu'il faut, au contraire, «défendre le principe de l'égalité, refuser cette quête du bouc émissaire, qui a été toujours l'argument de ceux qui veulent instaurer des hiérarchies, des civilisations supérieures à d'autres, des religions au-dessus des autres».
 

    En dénonçant la colonisation et les drames qu'elle a engendrés en Algérie, Plenel estime que «le déni de liberté par la France a fait que le peuple algérien s'est soulevé au nom de l'égalité.» «Tout d'un coup, un peuple a dit non (à la colonisation), nous défendons l'égalité, et il faut toujours imposer l'égalité», a-t-il dit. Plenel, revenant sur la situation actuelle en France où l'Islam et les musulmans sont pointés du doigt, face au terrorisme, où l'injustice gagne du terrain, estime qu'il y a aujourd'hui un «bouc émissaire pour justifier l'injustice, l'inégalité». «Dans mon pays, la France, le bouc émissaire c'est ce que l'on met derrière le mot Islam. Ce sont les musulmans, pratiquants ou leur histoire familiale, leur origine». «Il y a eu, dans le passé, en Europe, un autre bouc émissaire principal, c'était de désigner les juifs, de faire de l'antisémitisme. De nous habituer à cela», dit-il, avant de souligner qu' «un jour, tout le monde sera frappé, c'est une sorte de cheval de Troie.» Pour Plenel, face à cette dramatique situation, «il faut veiller au respect de l'égalité, des minorités», expliquant qu'il y a eu «une pluralité en Algérie entre arabes et berbères», avant de préconiser qu' «il faut toujours penser au principe de la pluralité, en allant vers l'autre, on découvre cette humanité.» Sur cette logique du «bouc émissaire», Plenel relève «les logiques politiques, comme la catastrophe des néo-conservateurs: les attentats de 2001ont fait que les Etats-Unis ont envahi un pays souverain, l'Irak, qui n'avait aucun lien, ni militaire ni idéologique ou financier (avec les attentats terroristes aux Etats-Unis, Ndlr)». «Nous savons d'où viennent les attentats. Ils viennent d'un mensonge d'Etat, devenu mensonge médiatique et qui a permis aux Etats-Unis, après les attentats de septembre 2001, d'envahir un pays et de détruire son Etat.» Il poursuit que «derrière cette question du bouc émissaire, on fait oublier qu'il y a des gens opprimés, qui vivent de leur travail, qui réclament leur dignité, l'égalité.» «Il faut nous retrouver ensemble, quelle que soit notre couleur de peau ou de croyances, c'est cela la démocratie.» En France, estime t-il, le terrorisme touche, surtout, les musulmans, les Maghrébins, «c'est une honte de désigner une partie de notre peuple, qui est la victime et même à l'échelle mondiale (du terrorisme). A Nice, le quart des victimes sont des musulmans, à Charlie Hebdo, il y avait un policer musulman.» Pour lui, «l'intolérance frappe au plus proche, au plus près, on ne doit pas ajouter de la haine à la haine, de la violence à la violence, et on doit revoir la façon dont les Européens ajoutent au désordre, et faire attention à la fragilité du monde.»
 

    Là, il prend exemple de ce qui s'est réellement passé en Libye, accusant l'ex-président français Nicolas Sarkozy d'être derrière la campagne militaire occidentale contre le régime Kadhafi et l'assassinat du leader libyen. «L'intervention en Libye est le fait de Nicolas Sarkozy», a-t-il dit. «Nous sommes dans une civilisation globale, nous sommes, tous, liés les uns aux autres, on doit donc faire attention», a-t-il souligné, avant d'affirmer que «ce qui a été fait en Libye par Sarkozy est pour moi un crime, le rapport des Anglais était un mensonge. Le Parlement britannique n'a pas trouvé les preuves du rapport sur le massacre imminent qui allait se dérouler à Benghazi», et «le mandat des Nations unies a été violé, c'était un mandat humanitaire, mais pas pour renverser un régime, fut-il dictatorial.» Plenel poursuit son réquisitoire contre Sarkozy en affirmant que «cette guerre était une guerre privée, la campagne électorale de Sarkozy, en 2007, a bénéficié d'une promesse de financement de la Libye de 50 millions d'euros. Nous ne pouvons exclure que cette guerre a été menée pour effacer des traces, pour faire taire, comme l'assassinat du ministre de la Défense de Kadhafi à Vienne, car il a parlé des versements qui ont été faits pour la campagne de Sarkozy.» Le coup de grâce est alors asséné par Plenel qui estime que «si notre démocratie fonctionnait, il (Sarkozy) n'irait pas à ces élections, c'est un scandale.» Et «les militaires le savent, on ne fait pas de guerre sans but de la guerre, sinon ce serait sans fin», estime t-il.
Il faut ouvrir tous les placards

 

 

   Revenant sur la guerre de Libération, il soutient qu'il ne faut pas «avoir peur» si on essuie des critiques, car pour lui, «c'est une façon de dire au peuple français, qui est issu de la France, qui s'est invité chez les autres, comme les Algériens, ma manière de dire qu'il ne faut pas avoir peur. Mon pays de jeunesse, c'est l'Algérie, il m'a fait ce que je suis. La guerre d'indépendance a façonné mon histoire. C'est normal qu'il y ait des attaques, parce que j'ai porté le doigt là où cela fait mal», souligne t-il, avant de rappeler que durant la guerre de Libération, «il y a eu dans le mouvement algérien des juifs et des Français, qui avaient fait cause commune avec les Algériens. Le mot égalité entre hommes et femmes de toutes les croyances à cette idée de déplacement, d'aller les uns vers les autres». Edwy Plenel, qui se dit «choqué»' quand on dit aux immigrés de «rester chez eux», estime, par ailleurs, qu'il faut être «capable de dénoncer les puissances qui veulent imposer leurs lois et ceux qui veulent empêcher les peuples d'être libres. Nous sommes entrés dans cette relation du lien entre les uns et les autres. Il ne faut pas que la loi internationale soit celle du plus fort, il faut inventer une nouvelle loi internationale, et aucune nation ne doit dicter son sort à une autre, aujourd'hui», explique t-il.
 

 

   Sur la question des archives algériennes, détenues par la France, Edwy Plenel pense qu'il faut que la France «restitue les archives aux Algériens», avant de rappeler que «j'ai parlé de l'idée de vérité et réconciliation: il faut que toutes les archives soient sur la table, il faut qu'on ouvre tous les placards, y compris ceux qui font mal, qui dérangent.» Et puis, «il faut que les historiens algériens et français se rencontrent. Il ne s'agit pas de s'excuser, mais de reconnaître, reconnaître tous les crimes et ne pas faire de hiérarchie entre les crimes, (il faut) vivre avec la mémoire pour inventer un chemin nouveau, cela vaut pour tout le monde.»
Plenel affirme, en outre, que «les jeunes Algériens doivent avoir un accès libre à leur histoire», car «il faut accepter de vivre avec son histoire, une histoire qui ne revit pas les drames», estimant que sur la guerre de Libération, «les choses doivent être dites.» Plenel est optimiste pour l'avenir quand il dit que «nous sommes le nouveau monde, nous inventerons nous-mêmes les solutions (aux problèmes d'aujourd'hui).

 

    Et, un jour un président français viendra à Alger dire que la colonisation a été une erreur, mais cela nous a permis de nous connaître, et ce que le peuple algérien a appris à l'Humanité en ébranlant la colonisation française, c'est la liberté. J'aurais préféré que mon pays accepte cette liberté, il n'y aurait pas eu tant de drames.» Et il termine son intervention, en relevant, qu' «avec les Croyants, je pense qu'il y a un au-delà pour nous ici-bas, si nous sommes des individus libres, responsables de notre liberté, des citoyens engagés.»

 

Yazid Alilat, Le Quotidien d'Oran

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 10:01
La perte des valeurs de la nation est très inquiétante.

La perte des valeurs de la nation est très inquiétante.

Nous sommes le 11 novembre 2016. Invités par le Consul à participer à la soirée commémorative du 62e anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération, les membres d’une association de Rennes "les Amis de l’Algérie" se rendent à Nantes. Ils sont quarante dont une majorité de jeunes et sont très émus à l’idée de participer à cet évènement.

 

Depuis plus d’un mois, ils travaillent d’arrache-pied, en dehors de leurs horaires de cours (pour ce qui est des étudiants) et de leur temps de travail pour les autres, à la préparation d’un programme qu’ils ont élaboré pour célébrer la Mémoire des héros de la guerre. Ils l’ont fait avec une ferveur et un sérieux remarquable. Le Consulat est d’accord "officiellement" pour les inclure dans le déroulement de la soirée.

Ce qu’ils proposent :

- Une chorale de vingt personnes autour d’un chanteur professionnel (pris en charge par l’association) et des musiciens qui accompagnent cette chorale.

Ils ont mis à leur répertoire les classiques des chants patriotiques algériens : Tayara Safrra, Ladjouz min djiti, min Djibalina, Tahya el Djezaïr, Biladi Biladi….

Une exposition :

- Œuvres picturales du jeune artiste-peintre Yahia Khelouat qui a travaillé sur la représentation des visages des figures les plus célèbres, femmes et hommes de la Révolution et en particulier des «neufs historiques». Elle allie le dessein (09 visages) et la peinture (09 tableaux). Et deux sculptures de Rania Omani, artiste plasticienne connue et invité des Amis de l’Algérie.

Il est à noter que la semaine précédente, une délégation consulaire s’était rendue à Rennes sur invitation des Amis de l’Algérie pour vérifier la véracité et la qualité du projet proposé.

Ce qui aurait dû alerter les responsables de l’association, c’est que personne au Consulat n’avait jusqu’à la veille de l’évènement, demandé la moindre fiche technique. Consulté par téléphone, la secrétaire du Consul avait alors fourni le numéro du DJ responsable de la soirée. Lequel DJ n’avait jamais été mis au courant jusque-là du passage d’un groupe en scène (du moins ce que le DJ nous a confié)

Dès leur arrivée, tout se gâte. Le vice-consul et le DJ refusent l’entrée de la salle à la chorale et aux musiciens. Ils ne voudraient qu’une personne pour l’expo et une pour le réglage du son ! Il faut longuement argumenter pour expliquer que la chorale doit répéter et que le groupe de musique doit régler les balances, ce qui n’a pas été le cas. Le vice-consul ne cesse de faire des allers-retours sur scène en harcelant les membres de la chorale et les musiciens qui affichent, malgré les provocations, un calme olympien !

- Présentation de la soirée au public qui est entré et s’est installé. Le DJ lance l’hymne national qui est interrompu brutalement à la surprise générale, sans que les organisateurs ne s’en indignent. On donne le micro aux Amis de l’Algérie. Premier chant apprécié du public. Deuxième chant … 2e coupures ...

- De façon étrange, les incidents électriques s’accumulent. Le DJ accuse leur matériel. Le même matériel qui est utilisé régulièrement pour des soirées sans aucun problème. Pas question de régler ce problème alors qu’il a été détecté (le limitateur de décibels était réglé sur un volume déterminé qu’il ne fallait pas dépasser.)

Un des musiciens de l’association présent propose même d’installer sa propre sono, le vice-consul et le DJ se précipitent, débranchent la sono du musicien et lancent la soirée "Night-club", sans autre forme de procès ! Les jeunes et les musiciens sont sidérés, humiliés et pour tout dire "très en colère" constatant qu’aucun incident n’est survenu lors de la prestation du DJ ! Ils doivent alors quitter la scène.

La commémoration qu’ils avaient préparée avec enthousiasme et ferveur a été zappée, effacée. La mémoire bafouée. La plupart sont des étudiants en master dans les universités de Rennes. Ils étaient heureux et fiers de venir témoigner de leur attachement à l’Histoire nationale, de leur reconnaissance vis-à-vis de ces autres jeunes qui, en d’autres temps, avaient tout sacrifié, et jusqu’à leurs vies, pour une cause magnifique, celle de la Libération de leur pays.

À ces jeunes, ici, au Consulat d’Algérie, on a fait clairement comprendre que les valeurs qu’ils défendaient, de même que leur intelligence et leurs talents, n’étaient pas au goût du jour et plutôt dérangeants. Ce qu’on attendait d’eux en fait, c’était qu’ils se trémoussent frénétiquement sur les derniers tubes "in", sans réfléchir, sans se souvenir, sans se poser de questions.

Sou sou…

Monsieur le vice-consul s’agite joyeusement au milieu d’une faune de filles provocantes et de garçons, tous habitués à des soirées régulières que le DJ organise dans cette même salle et qu’il a convoqués pour l’évènement. (via les réseaux sociaux n’est-ce pas ?) .. On peut imaginer le scénario : Ramenez-vous ça va bouger ! C’est le consul qui offre...!

Quid de la commémoration annoncée ? Elle s’est noyée, dissoute dans l’ambiance glauque d’une boite branchée. Mais comment cette bande d’idéalistes qui s’acharnent à croire que l’Algérie respecte la mémoire de ses martyrs, avait-elle pu naïvement s’imaginer que ses artistes trouveraient leur place dans cette vaste fumisterie ?

Sous sou…

Monsieur le vice-consul se déhanche…sur une chanson tunisienne très à la mode en compagnie du D.J. à, qui il a remis, en guise de reconnaissance un drapeau algérien qu’il arbore en écharpe. Il affirme que les gens, aujourd’hui, ont besoin de se détendre. O.K. Détendez-vous bien, détendez-vous tout à votre aise, mais sachez que, malgré les excuses présentées au groupe par le Consul, le goût amer de l’humiliation ne s’effacera pas de sitôt.

C’est l’image de la représentation de leur pays en France qu’ils étaient venus chercher, ces jeunes ! Or, ils ont quitté Nantes avec cette vision écœurante d’une soirée vulgaire, dans un night-club vulgaire, qui avait pour maitre d’œuvre un DJ arrogant se fichant totalement de la "Commémoration annoncée".

Longue vie à l’Algérie et merci à ceux de ses enfants qui se souviennent encore du sacrifice de ses martyrs !

Toufik Hedna, président de l'association des Amis de l'Algérie

N.B. Nous avons à ce jour recueilli plus d’une centaine de personnes présentes à Nantes le 11 novembre et qui se sont manifestées spontanément pour témoigner de leur indignation et de leur soutien.

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 07:54
Ahmed Ouyahia

Ahmed Ouyahia

Ahmed Ouyahia a recadré, hier, les données économiques et financières du pays en notant que «l'importation des véhicules de moins de trois ans ne figure pas dans le projet de loi de finances 2017».

«Celui qui a répondu à cette question sur l'importation de ces véhicules, c'est Bouchouareb et a dit que le ministre du Commerce a été mal compris, en tout cas, le projet de loi de finances ne compte pas cette décision, si le RND est un parti présent sur la scène politique (…), il n'est pas la tutelle de ses ministres», a-t-il tenu à préciser. Son plaidoyer contre cette importation, «s'il s'agit de développer l'industrie automobile en Algérie, c'est l'année la plus heureuse en matière de projets dans ce domaine (…), je crois qu'on doit laisser le montage se faire, maintenant si l'option de l'importation est pour aider le citoyen, il ne fallait pas la donner aux concessionnaires, on n'enlève pas une rente pour la donner à d'autres».

Il évoquera le projet de loi de finances 2017 pour noter que «le déficit budgétaire est de 8% alors que la référence mondiale est de 3%, ce qui signifie qu'on aura un peu plus de difficultés et un peu plus d'inflation même s'il est vrai que c'est un jeu d'écriture (…); ceux qui critiquent le gouvernement n'ont qu'à apporter des solutions alternatives». Il souligne que «pour couvrir un déficit de 1.400 milliards de dinars, on doit emprunter 10 milliards de dollars, ce qui veut dire qu'on étrangle le pays». Il nuance ses propos au sujet de l'endettement extérieur pour affirmer que «si aujourd'hui, Sonatrach emprunte pour réaliser ses projets, personne ne lui dira non, même chose pour tout autre projet économique censé ramener de quoi payer la dette contractée». Il fait savoir qu'«on a appris dans nos études que le recours à la planche à billets est un meurtre pour l'économie et l'endettement risque de nous livrer pieds et mains liés aux pays qui nous auraient prêté». Il rappelle que «le gouvernement a essayé de rétrécir les dépenses -c'est un choix que nous soutenons-, les réduire dans une certaine mesure et faire contribuer un peu plus la société». Avec la décision d'augmenter la TVA de 2%, le Trésor engrangera, dit-il, 100 milliards de DA et «le gouvernement a dit au citoyen si tu déposes un sous, il deviendra 100 sous (emprunt obligataire)».

Il compare l'actuelle situation du pays à celle de 1986 mais, affirme-t-il, «à l'époque, la situation était beaucoup plus compliquée, c'était une catastrophe». Premier élément différent, explique-t-il, «merci au président Bouteflika d'avoir payé la dette extérieure du pays, s'il avait écouté les experts qui étaient pour la création d'un fonds souverain, on serait allé à la faillite, la politique de développement menée par le président depuis 15 ou 17 ans est rassurante, elle pourra nous aider à dépasser des moments difficiles et à ne pas tailler le citoyen jusqu'à l'os». Il rassure en soulignant qu'«il y a quand même 1,2 million de logements ruraux en cours de réalisation, aujourd'hui, on a bien plus de places pédagogiques dans les cités universitaires». Il reconnaîtra, cependant, que «la crise est une bénédiction si on réhabilite l'emploi, on a besoin d'éloigner la sinistrose et le pessimisme ambiants».

Ouyahia considère que «la réunion de l'OPEP à Alger est une réussite, chaque dollar de plus est le bienvenu pour l'Algérie mais on n'a pas trouvé la potion magique pour régler nos difficultés». Il estime alors qu'«il faut un baril à 80 dollars pour que le budget soit équilibré, ce sera peut-être dans 8 ou 10 ans». Il déclare, en outre, que «nous demandons à ce que la politique des subventions soit révisée pour qu'elle aille vers ceux qui en ont besoin».

A propos de la loi sur la retraite, il avoue que «la consultation n'a pas été suffisante mais le parti a recommandé de relever l'âge de la retraite». Il fait remarquer que «50% des ressources de la CNR servent à payer ceux qui sont partis avant 60 ans, la caisse était en situation de quasi-faillite, si on continue sur cette voie, dans 10 ans, les retraités qui auront 70 ans ne pourront plus percevoir leur pension, j'espère que mon pays évitera la démagogie pour ne pas qu'il subisse ce qu'il a subi dans les années 90 au plan économique et financier, il faut essayer d'éviter de dire que tout va bien». Pour lui, «les travailleurs qui veulent partir avant 60 ans ont autre chose à faire mais 80% sont en bonne santé et resteront travailler».

par Ghania Oukaz

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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 08:32
Condamné à deux ans de prison ferme Le journaliste Mohamed Tamalt écope de la peine maximale

Renvoyé une première fois après le retrait des avocats, le procès du journaliste freelance Mohamed Talmat s’est ouvert hier au tribunal de Sidi M’hamed, en présence de son collectif d’avocats.

Il est poursuivi pour «outrage au président de la République et aux institutions de l’Etat» en vertu des articles 144 bis et 146 du code pénal qui prévoient une amende de 100 000 à 500 000 DA. Sa mise sous mandat de dépôt pour un délit non privatif de liberté a suscité la colère de ses avocats, qui avaient refusé de plaider sans sa mise en liberté, mettant la juge, Fatiha Belhaloui, devant un dilemme, d’autant que le rapport de l’enquête préliminaire porte l’en-tête et le cachet du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), une structure qui a été dissoute par décret présidentiel.

Hier, les six avocats de Talmat — Mustapha Bouchachi, Noureddine Benissad, Amine Sidhoum, Bachir Mechri et Mohamed Hassani — se sont succédé à la barre pour plaider l’annulation de la procédure. Tous dénoncent les vices de forme qui entachent le dossier. Me Sidhoum s’interroge sur le fait qu’«un rapport avec l’en-tête du DRS soit accepté par le parquet et surtout par le juge, garant des libertés individuelles». Abondant dans le même sens, Me Mechri refuse «de cautionner ou de taire les violations». Pour lui, il s’agit d’«une erreur qu’il faut corriger en annulant tout simplement la procédure».

Du fond du box, Talmat demande la parole et la juge lui répond : «Votre défense a pris suffisamment de temps pour vous défendre.» Elle prend note et décide de joindre l’examen des demandes à celui du fond, puis se retourne vers le prévenu : «Vous êtes poursuivi pour les articles que vous avez publiés entre le 21 et le 23 juin 2016, sur votre site électronique et les réseaux sociaux, contenant des propos jugés diffamatoires, insultants et outrageants à l’égard du président de la République, du Premier ministre, son épouse et sa fille, du ministre de la Défense nationale, de la ministre de l’Artisanat, du commandant de la 4e Région militaire, le général Abderrazak et son fils. Qu’avez-vous à répondre ?»

«Mme Sellal utilisait le statut de son mari…»

Mohamed Talmat tire deux feuilles manuscrites et précise : «Le poème qui concerne le Président a été écrit il y a plus de trois mois. Il s’agit de ‘hidj’a’(critique) et non pas de diffamation. Visiblement, il ne différencie pas entre les deux.» La juge l’interrompt pour le sommer de ne pas reprendre les mots qu’elle estime diffamatoires à l’égard du Président.

Le prévenu se lance dans des explications : «J’ai dit qu’il était un fraudeur parce que les élections de 2004 ont été en sa faveur par la fraude, tout comme celles de 2009 et de 2014. Je ne l’ai pas insulté. J’ai dit qu’il était coupable.» La juge : «Accepteriez-vous, en tant qu’Algérien, qu’on écrive sur vous ce que vous avez publié et que je ne peux lire à haute voix par respect pour cette audience ?» Le prévenu : «Je ne l’ai pas outragé. C’est un homme public que j’ai eu à connaître dans les années 1990 et il m’a même proposé un poste en 1999 que j’ai refusé. Je connais ses défauts et j’en ai parlé. Sa mère était…» La juge le rappelle à l’ordre en le menaçant de l’inculper une seconde fois.

La défense intervient et tente de raisonner Talmat sans pour autant calmer la magistrate.

Le prévenu dit : «J’ai dit qu’il était maudit…» avant d’être stoppé net par la juge : «Parlez avec respect. Défendez-vous sans relire les mots diffamatoires que vous avez utilisés dans vos écrits.»

Les avocats s’agitent, ils tentent de calmer leur mandant, en vain. L’un d’eux, Me Mechri, se retire.
Le prévenu : «Je ne peux me défendre sans me référer à mes textes.» Talmat ne cesse de répéter qu’il a parlé de «l’homme» qu’il a connu et de «ses défauts» et non pas du Président. «Comment pouvez-vous étaler les défauts de votre ami, comme vous le dites ? Même le Prophète l’interdit…» Tamalt s’offusque du fait qu’il ait été interpellé par les services de lutte antiterroriste à Londres, en Grande-Bretagne, où il réside, «parce j’ai écrit sur la fille du Premier ministre Abdelmalek Sellal». La juge : «Vous avez diffamé deux généraux de l’armée…» Tamalt répond : «J’ai parlé de leurs enfants. Ils sont responsables des actes de leur progéniture ? J’ai le droit de les critiquer.

Ce sont des hommes publics.» La juge le ramène aux propos tenus contre l’épouse du Premier ministre et le prévenu s’explique : «J’ai évoqué Mme Sellal parce qu’elle utilisait la position de son époux pour faire pression sur les autorités afin que son association, l’Imzad, domiciliée à Tamanrasset, puisse obtenir des privilèges.» La magistrate revient à la charge : «Vous avez utilisé des mots qui portent atteinte à la dignité de l’épouse du Premier ministre et à la ministre de l’Artisanat…» Tamalt : «Je n’ai offensé personne. J’ai critiqué des personnalités publiques.»

La juge se tourne vers le procureur, qui requiert deux ans de prison ferme et 500 000 DA d’amende. Les avocats vont tous plaider l’annulation de la procédure en revenant sur les vices de forme qui l’entachent. Me Benissad commence par rappeler les conditions dans lesquelles le prévenu a été mis en prison, marquées, selon lui, par plusieurs violations du droit, dont l’absence de la plainte préalable exigée par l’article 146 du code de procédure pénale.

«Les généraux sont responsables des actes de leurs enfants»

Me Hassani souligne que Tamalt est poursuivi en vertu des articles 144 et 144 bis qui ne prévoient pas de peine privative de liberté et se demande ce que fait le prévenu en prison. Me Sidhoum n’y va pas avec le dos de la cuillère. «Je ne peux aller vers le fond du dossier si la procédure est dès le départ biaisée», lance-t-il avant d’exhiber quelques documents. Il se demande comment la juge a pu accepter un dossier présenté par une structure, le DRS, officiellement dissoute par décret présidentiel : «J’ai ici le courrier daté du 24 juin, transmis par le parquet à la police judiciaire, demandant la confiscation du passeport de Tamalt. Or, à cette date, ce dernier n’était même pas encore convoqué ou entendu. Son inculpation a eu lieu le 27 juin.

Comment expliquer cela ? Est-ce une erreur ? Comment le parquet peut-il demander deux ans de prison ferme pour des faits qu’il a lui-même qualifiés en vertu des articles 144 bis et 146, qui prévoient des amendes et non la prison ? N’aurait-il pas suffi de le faire convoquer et de le faire comparaître directement ? Pourquoi autant de violations ? Je peux croire que le parquet puisse se tromper, mais pas le juge, garant des libertés. Volontaire ou involontaire, l’erreur d’avoir décidé d’un mandat de dépôt doit être corrigée.» Me Bouchachi s’offusque de l’état de la justice : «Nous avons tous failli. Nous n’avons pas pu construire un Etat, une justice et une société.» Et de revenir sur les points déjà cités par ses confrères, réclamant aussi l’annulation de la procédure.

Contre toute attente, la juge annonce la mise en délibéré de l’affaire et, une heure plus tard, elle rend sa décision. D’abord la requalification des faits. Le prévenu n’est plus passible d’«outrage au Président», l’article 144 bis qui prévoit des amendes. La juge a retenu plutôt l’article 144 qui stipule : «Est puni de 2 mois à 2 ans et d’une amende de 1000 DA à 500 000 DA, ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque, dans l’intention de porter atteinte à leur honneur, à leur délicatesse ou au respect dû à leur autorité, outrage dans l’exercice de leurs fonctions ou à l’occasion de cet exercice, un magistrat, un fonctionnaire, un officier public, un commandant, ou un agent de la force publique, soit par paroles, gestes, menaces, envoi ou remise d’objet quelconque, soit par écrit ou dessin non rendu public.

Lorsque l’outrage envers un ou plusieurs magistrats ou assesseurs jurés est commis à l’audience d’une cour ou d’un tribunal, l’emprisonnement est d’un an à deux ans. Dans tous les cas, la juridiction peut, en outre, ordonner que sa décision soit affichée et publiée dans les conditions qu’elle détermine, aux frais du condamné, sans que ces frais puissent dépasser le maximum de l’amende prévue ci-dessus.»

De ce fait, la juge a condamné Tamalt à la peine maximale, soit deux ans de prison ferme assortie d’une amende de 500 000 DA.
Surpris, ses avocats ne comprennent pas ce qui s’est passé. L’article 144 ne correspond pas aux personnes citées dans les articles du journaliste. Ils y voient une autre «aberration» contre laquelle ils comptent interjeter appel.

Salima Tlemçani

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 11:21
Enquête. Discrimination territoriale à l’accès à l’emploi J’ai changé mon adresse pour trouver un emploi

Y a-t-il un délit de résidence dans le recrutement ? Rien ne peut le confirmer officiellement, mais officieusement, les choses ne se passent pas toujours dans la transparence. Ainsi, des entreprises excluraient des candidatures dont les dépositaires habiteraient certains quartiers dits «sensibles». Plusieurs cas sont signalés par les victimes, alors que les recruteurs se défendent de toute implication dans des pratiques de «discrimination territoriale».

Il a 25 ans, ingénieur en électronique, dégagé des obligations du service militaire, sportif, bonne culture générale, aisance discursive et look intello

Farid possède tous les atouts pour trouver un job facilement. Son handicap : l’adresse mentionnée sur son CV, à savoir Baraki. «J’ai passé une année à envoyer des CV, j’ai dû même revoir mes ambitions à la baisse, l’essentiel pour moi étant de trouver un emploi acceptable.» Vu son niveau d’études et de compétences, Farid espérait rejoindre une multinationale ou une grande entreprise activant en Algérie.

Après de nombreuses tentatives soldées par un échec, il décide, sur le conseil d’un ami, de «changer mon lieu de résidence, désormais je suis habitant de Panorama à Hussein Dey.

Il a fallu débourser 5000 DA pour l’obtenir (la résidence, ndlr)». Aussi étrange que cela puisse paraître, l’astuce semble avoir fonctionné. «Les mêmes entreprises que j’ai eu à solliciter ont répondu favorablement et j’enchaîne les entretiens» atteste-t-il. En d’autres termes, Farid serait selon lui victime d’une discrimination territoriale qui ne dit pas son nom.

Comme lui, ils seraient nombreux à subir cette injustice dans l’acces à l’emploi. «Il y a en effet beaucoup de préjugés, d’a priori concernant certains quartiers dits difficiles et les recruteurs hésitent à faire appel aux candidats qui en sont originaires, c’est une pratique courante, mais qui reste toutefois discrète», explique le DRH d’une grande enseigne.

La question de la discrimination territoriale peut sembler un débat de juristes ou de spécialistes. Certes, il est difficile de prouver devant les juridictions compétentes, notamment les Inspections du travail, ces cas d’autant que la loi n’oblige nullement les entreprises à recruter tel ou tel profil.

Même si les dispositifs publics d’insertion professionnelle, dont l’ANEM, prévoient un quota précis réservé aux habitants d’une localité, cela n’empêche pas que des entreprises passent par les annonces et les agences de conseil en ressources humaines pour contourner la loi. «Surtout quand il s’agit de recruter des profils précis et hautement qualifiés, d’ailleurs ceux-là ne passent jamais par les dispositifs étatiques», nous renseigne un conseiller en ressources humaines.

Politique de ressources humaines

La discrimination territoriale est une problématique à la fois délicate et très concrète car elle se résume en un seul questionnement : peut-on, du fait de son lieu de résidence, subir une discrimination pour l’accès à l’emploi ? En décodé, peut-on refuser à un candidat, un emploi parce qu’il habite, par exemple, la banlieue ou la proche banlieue algéroise ? Notamment les quartiers dits sensibles de l’est et du sud de la capitale.

«Cette ghettoïsation est un prisme réducteur qui efface une partie de la population et la prive de ses droits fondamentaux. L’on assiste effectivement à l’avènement de ce genre de pratique. Concrètement, nous n’avons pas reçu de plainte officielle de personne ayant subi cela afin d’engager des poursuites et faire jurisprudence pour les cas à venir», explique de son côté un défenseur des droits de l’homme, juriste de formation.

Pour vérifier l’hypothèse d’une discrimination liée au lieu d’habitation sur l’accès à l’emploi, nous avons accompagné Mourad, 25 ans, résidant à Rassauta, à Bordj El Kiffan, fraîchement diplômé de l’Ecole supérieure de banque, dans sa quête d’un poste de travail. Il scrute les sites internet spécialisés dans les offres d’emploi et les journaux à la recherche d’une annonce de recrutement dans les métiers de banque. Mourad multiplie les envois par mail et par fax avec l’espoir d’une réponse.

«Depuis trois semaines, personne ne m’a contacté, j’ai reçu une seule réponse, un mail de confirmation de réception du courriel.» Comme Farid, il décide de changer son adresse de résidence et met à la place de Rassauta : résidence les Oliviers, à Ouled Fayet. Comme par enchantement, les mêmes recruteurs sollicités auparavant commencent tour à tour à appeler Farid.

Nous avons décidé alors d’entrer en contact avec l’un des responsables des ressources humaines afin d’obtenir des éclaircissements concernant le cas de Farid ; nous lui exposons les faits, preuves à l’appui. Devant le fait accompli, le responsable lance : «Il ne s’agit nullement d’un discrimination territoriale comme vous l’affirmez, nous avons une politique de ressources humaines claire, qui obéit à des critères et des paramètres à la fois intellectuels, professionnels et psychologiques», sans toutefois répondre aux faits reprochés.

Devant notre insistance, le responsable, visiblement perturbé et gêné, finit par lâcher : «Personne ne peut nous obliger à prendre tel ou tel profil, je ne peux pas prendre le risque de recruter des gens à problèmes.» Il se ressaisit et avoue : «Ce n’est pas ma faute, je ne fais que satisfaire des canevas établis par la direction de l’entreprise, sur le conseil d’agences spécialisées en ressources humaines. En effet, il nous est préconisé d’éviter de recruter des personnes originaires de certains quartiers sensibles.»

De graves révélations qui renseignent sur des pratiques illicites et discriminatoires auxquelles se livrent certaines entreprises dans leur politique de recrutement.

Renseignements généraux

Farid et Mourad ne seraient pas les seuls à subir cette discrimination qui ne dit pas son nom. Samir, 26 ans, habite Boubsila dans la localité de Bachdjerrah. Diplômé en informatique de l’ESI, prestigieuse école d’informatique, spécialisé dans la protection des données, il enchaîne depuis deux ans les petits boulots. «J’ai travaillé dans des cybercafés, des petites agences de communication spécialisées dans la confection d’affiches et de cartes de visite, j’ai même travaillé dans un call center. Vu mes compétences, j’aspirais à mieux, mais personne n’a daigné répondre à mes demandes d’emploi» déplore Samir.

Pourtant, sa spécialité est très demandée sur le marché du travail et ses compétences très recherchées, notamment par les opérateurs de téléphonie et d’internet. «Je n’ai réussi qu’une seule fois à décrocher un entretien pour le poste de responsable de la sécurité informatique d’une banque, mais une fois au bureau du responsable du recrutement, j’ai subi un véritable interrogatoire policier, il n’arrêtait pas de m’interroger sur mon quartier, qu’il a qualifié d’ailleurs de ‘‘sensible’, le type de logement, la profession de mon père, le nombre de mes frères et sœurs, leur niveau de scolarité et leur profession...

Il a même été jusqu’à insinuer que l’un des mes frères serait un repris de justice. J’ai dû alors mettre fin à cet interrogatoire malsain et policier et quitter son bureau», raconte amèrement Samir. Visiblement, son lieu de résidence pose problème et devient un handicap pour notre jeune informaticien.

Nous avons pris attache avec le responsable du recrutement de l’institution financière incriminée, au fil de la discussion, le DRH, qui a requis l’anonymat, nous a révélé : «Il faut être prudent lors des recrutements, notamment pour les postes sensibles, il s’agit de la protection des données bancaires et des transactions financières. J’avoue que je fais systématiquement appel à un ami, officier des Renseignements généraux de la police, pour vérifier l’identité des candidats et leurs antécédents judiciaires, voire celle de leurs parents...

On n’est jamais assez prudent, je ne veux prendre aucun risque.» Il poursuit : «Il ne s’agit nullement de discrimination ou d’a priori. Lorsque les circonstances et le poste l’exigent, certains sont disqualifiés d’office, le lieu de résidence en fait partie d’ailleurs, il faut juste comprendre une chose et je vous parle de ma propre expérience.

A la poste, par exemple, on signale souvent des cas de détournement et de trafic, allez vous renseigner sur le profil et les quartiers de résidence des mis en cause et vous comprendrez les raisons qui me poussent à procéder ainsi.»

S’agit-il d’un raccourci mesquin ? D’une accusation légère et mensongère ? Peu d’éléments en notre possession confirment ces dires, du moins de la bouche des responsables de la Sûreté nationale «La police judiciaire est une institution républicaine, elle ne pratique aucune forme de discrimination, surtout quand elle est appelée à instruire une enquête, elle ne se base jamais sur des éléments aussi minces (lieu d’habitation, ndlr).

Ce n’est pas parce qu’on habite tel ou tel quartier qu’on est désigné d’office coupable. Faut arrêter avec ces préjugés, ces a priori et cette stigmatisation systématique des quartiers dits difficiles. Même si dans la police nous refusons ces qualificatifs, il n’y a pas que des méchants, il y a bien des fils de bonne famille hautement qualifiés» se défend un commissaire en charge d’une localité de la banlieue d’Alger.


Éloignement

Selon certains DRH, il existe bel et bien une carte «colorée» sur laquelle sont désignés en rouge les quartiers dits «chauds», des quartiers difficiles et d’autres sans grand risque.

Merouane est DRH dans une multinationale, dans son bureau, il nous exhibe la fameuse carte. «Pendant longtemps, je pensais que cette carte était destinée aux expatriés de l’entreprise afin qu’ils fassent attention lors de leurs déplacements. Je me suis toujours demandé pourquoi elle m’a été remise.

C’est lors d’un recrutement que mon directeur, expatrié, m’a interpellé sur le profil engagé et me signale qu’il est issu d’un quartier chaud de la capitale. J’ai eu beau lui expliquer que c’est une valeur sûre pour l’entreprise, qu’il a réussi tous les tests avec succès et que je peux personnellement me porter garant, sa réponse était sans conteste : faut le virer !» confie le DRH.

La carte en question, qui circule dans le milieu des recruteurs, serait l’œuvre d’un cabinet de conseil en ressources humaines. Selon nos informations, elle a été établie sur la base de statistiques fournies par la DGSN et sur le conseil d’officiers de police en activité ou à la retraite, conseillers auprès de ces cabinets. Chose que dément notre commissaire : «Je n’ai jamais entendu parler de cela. Il se peut que certains de nos agents se prêtent à ce genre de pratiques, cela reste des cas isolés et si cela venait à se confirmer, ces agents seront punis et je peux vous le dire, très sévèrement. Il s’agit d’une grave atteinte à la Constitution du pays !»

Pour d’autres cas, des responsables de ressources humaines évoquent des raisons superflues. Ainsi, Sofiane, 28 ans, diplômé en sciences économiques et commerciales, pour étoffer son CV et enrichir ses connaissances, suit des cours du soir en comptabilité analytique. Au chômage depuis trois ans, Sofiane est passionné par la gestion des stocks.

«J’ai eu à faire cela dans une petite boîte pendant presque quatre mois et j’ai trouvé cela intéressant, mieux que le poste de directeur des ventes ou autres. Hélas, suite à un vol dans le magasin, nous avons été tous licenciés, d’ailleurs les policiers en charge de l’affaire ont trouvé en moi le coupable tout désigné car j’habite aux Eucalyptus (banlieue sud d’Alger, ndlr)» se souvient-t-il. Nous tentons à nouveau l’expérience avec lui, même procédé, même résultat.

Cette fois-ci, interrogé par nos soins, l’un des responsables prétexte l’éloignement du candidat. «L’entreprise ne peut hélas prendre en charge le transport du candidat et ne tolère pas les retards», nous répond-il. Pourtant, l’entreprise est implantée à Dar El Beïda, à quelque 5 km des Eucalyptus, l’ancienne adresse de Samir. La nouvelle adresse indiquée sur son curriculum vitae est Chéraga, soit 30 kilomètres plus loin...

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 10:03
Fodil Baba Ahmed.

Fodil Baba Ahmed.

Mohamed el Fodil Baba Hamed qui signait El Guellil ses "tranches de vie" dans Le Quotidien d'Oran nous a quittés aujourd'hui.

"Fais-nous encore rire de nos malheurs, de nos travers, l’Algérie en a besoin pour sortir la tête de l’eau ! lançait il ya dix ans Sadek Hadjerès, dans dans sa préface à un recueil de chroniques de Fodil Baba Hamed paru en 2006.

Voici le texte de cette préface.

Mon cher El-Guellil,
Je ne te connaissais que par tes œuvres, avant qu’un ami commun me demande d’en préfacer ce recueil. Je le fais volontiers.

Mais, gallou li, tu n’es pas de ceux à qui le zoukh monte à la tête. Tu seras donc gêné que je charge d’éloges tes billets publiés depuis dix ans dans le Quotidien. Je n’y peux rien, Al haqqou youqâl. Je dis les choses comme je les ressens, n’ayant pas les raisons ni le tempérament pour un coup de chita, d’autant que tes récits sur le vif n’ont pas besoin du renfort d’un avocat.

Si j’interviens, c’est ma façon de m’acquitter d’une dette, de te rembourser la drogue de lucidité, connue chez nous sous le nom de habbat lefhâma, que tu nous as administrée chaque jour. Vrai, je me sentais en manque lorsque faute de temps pour lire l’ensemble des grandes rubriques, j’essayais au moins de ne pas louper tes « Tranches de vie » qui méritent bien leur nom.

Je pense donc que les lecteurs seront heureux, comme moi, de saisir la chance de te lire et relire à tête reposée, de se regarder dans le miroir de nous-mêmes et de notre société que tu nous tends à nouveau. Sans me substituer à eux pour dire ce que chacun y a trouvé, laisse-moi t’énumérer, sans te donner mal de tête, quelques-unes des raisons de ma reconnaissance.

D’abord et en premier lieu, tu m’as souvent fait rire jusqu’aux larmes, malgré les malheurs environnants, individuels et collectifs. Ensuite, je te remercie d’avoir remué en moi et fait resurgir bien des joies, des espoirs mais aussi des tristesses et des indignations trop vite enfouies. D’avoir ainsi réveillé et contribué à donner une autre dimension à des idées, des réflexions que mon esprit ne cessait de brasser.

Mais toi, en une phrase, avec l’air de rien, tu as vite fait de nous les offrir dans l’écrin de leur beauté et de leur vérité, avec la force convaincante et simple du vivant et d’une savoureuse gouaille chaâbiya. Je me suis plusieurs fois surpris, je le dis humblement, à constater qu’il m’aurait fallu beaucoup de phrases ou de paragraphes pour « expliquer » la même chose, sans être sûr que je ne fatiguerai pas le lecteur par une lourde rhétorique.

Tiens-toi bien maintenant, parce que je vais essayer de faire un peu plus le tour de ton talent. Les lecteurs pourraient ne pas me donner raison, chacun le ressent à sa façon.

Sur le fond, je crois que tes billets sont une belle œuvre de psychologie sociale, ouverte à qui chercherait à connaître la société algérienne, cette Algérie des profondeurs, riche et tellement complexe qu’elle a parfois dérouté, de leur propre aveu, des hommes politiques bien intentionnés. On peut, à travers tes billets, mieux saisir dans leur intimité de multiples strates et facettes de notre société.

Le grand prosateur arabe Al-Jâhiz s’attaquait déjà, avec éloquence et par la satire, à des vices comme l’avarice, dans cette société de Basra (Irak) du 9ème siècle, dans son Kitâb al-Bukhalâ’ (Livre des Avares), chef-d’œuvre traduit dans de nombreuses langues étrangères.

C’est de la même façon que les Français peuvent découvrir, à travers “Les Caractères” de La Bruyère, ce qu’étaient au 17ème siècle les campagnes et les paysans français, les scènes de la rue ou la multiple faune qui hantait les salons parisiens.

Ce rappel comparatif me permet de parler aussi du côté littéraire de tes billets. Combien d’entre eux m’ont régalé de la finesse de leurs phrases courtes, incisives, émaillées de trouvailles linguistiques, vous surprenant à chaque ligne, comme excellait à le faire le maître français du portrait social que je viens d’évoquer ! Parfois, j’ai repensé aussi aux savoureux récits de Nadjib Mahfoudh et de ses tribulations au milieu du petit peuple des ruelles et des cafés du Caire.

Mais c’est à un autre aspect littéraire que j’ai encore été plus sensible : la verve, le langage tout à fait original, qui unit en lui, bien qu’en français et non à la façon d’un vulgaire patch-work, les sensibilités des multiples langues savantes ou populaires que parlent, écrivent, comprennent et chantent toutes les catégories de notre peuple. Loin de toute prétention à « l’officialité », mais avec une authenticité qui nous replonge dans le vrai quotidien. Une couleur et un cachet tellement spécifiques que n’importe quel Algérien s’y retrouve, sent vibrer quelques-unes de ses propres fibres, quel que soit le niveau de son instruction et même - peut-être encore plus - s’il se trouve au bout du monde.

Vu du Djurdjura ou de Ménilmontant, les Kabyles pardonneront quand même au oueld el blad oranais que tu es, de n’avoir pu intégrer à tes chroniques la saveur des exclamations véhémentes des araw t’mourth. Ils te disent de bon cœur Azoul, pour avoir exprimé ce qu’il y a comme un et indivisible chez les hommes et les femmes d’Algérie depuis le Tell jusqu’au Sahara : les colères, les déceptions, les tendresses, l’ironie, les espoirs et la grande soif de bonheur, sentiments communs aigus qui sont la constante des « constantes » nationales.

Au-delà des mots et de leur magie, j’ai donc aimé dans tes billets l’art de l’autodérision, ta façon d’en avoir fait pour nous, qui en avons grand besoin, à la fois un savoir instructif, une arme de déconstruction massive des nuisances, des injustices et des absurdités, une thérapeutique contre les emballements passionnels et les découragements, une pédagogie pour apprendre à découvrir patiemment les voies multiples, souvent sinueuses, pour sortir des mauvais pas où se fourvoient les individus et les collectivités. Une pédagogie qui, mettant les rieurs du bon côté, contribue à éclairer un paysage des situations et des enjeux opaques et biaisés. Celui où dans une grande confusion du discours et des concepts, on voit à l’image de la scène politique officielle, le monde des nass kadhâ, leur nombreuse clientèle et leurs grands manitous internationaux s’évertuer à maintenir, sinon enfoncer dans leur statu quo, le ghachi des cités parsemées de dos d’ânes pervers et de coupe gorges à tous les tournants.

J’en viens ainsi au fin fond, à ce qui me paraît le mérite principal de tes billets. Comment faire rire sainement, au bénéfice de la vérité, de la liberté, de la justice et de la solidarité humaine ? J’aurais évoqué ici ce thème, même si le problème n’avait pas été soulevé par les récentes et lamentables caricatures « dano-italo, etc. ». Elles ont révélé d’un côté l’irresponsabilité, et quant au fond, le racisme de certains attardés occidentaux en mal de croisades « civilisatrices », et d’un autre côté, les réactions compréhensibles mais souvent contre-productives et dévoyées, chez les peuples de religion, civilisation et cultures d’Islam.

Ce que j’ai aimé dans tes œuvres, on aurait voulu justement le proposer comme exemple à ceux qui voient dans la critique humoristique une œuvre de salubrité, non destructrice mais bien créatrice, à la fois distrayante, utile et moralement saine. Cela reflète et implique une chaude sympathie envers ceux à qui on s’adresse, y compris ceux dont on se moque, si tant est que l’objectif assigné est de contribuer à une meilleure société, vivable, conviviale et viable.

Sinon, ce n’est plus vraiment de l’humour, c’est du pamphlet douteux, de bas étage qui alimenterait les rancœurs, les haines, les incompréhensions. L’humour, l’art de la satire tournée vers les siens ou ceux qu’on veut garder comme amis ou partenaires, ne vise pas à tuer (on dit bien que le ridicule ne tue pas) mais à désarmer par la crainte du ridicule ceux dont on souhaite neutraliser les défauts ou les nuisances. En même temps qu’on élève le moral de ceux qui rient de bon cœur. Se moquer gentiment de ses compatriotes, cela veut dire qu’on les aime, qu’on souhaite les voir à l’œuvre pour faire émerger leur pays des bourbiers où il patauge. C’est ce que voulait dire Stendhal quand il s’adressait à ses compatriotes français en ces termes : Ô mon peuple, que vous êtes encore barbare !

Tes œuvres continueront, mon cher El Guellil, à nous apporter joies et espoirs, autant à nous qu’aux enfants malades que, depuis le temps du regretté Alloula, vous continuez, à quelques-uns, de soutenir dans leurs épreuves, leurs chances et espoirs de guérison.

Tu es de la lignée de ceux qui, avec Hassan Terro, par exemple, ont mieux dépeint nos moments les plus tragiques que les apologues guerriers ou larmoyants de notre lutte de libération. Rouiched était, en effet, en pleine communion avec son peuple quand, se proclamant grand mas’oul du Nidhâm, il déclenchait un immense éclat de rire des spectateurs, heureux de se gausser de l’arbitraire arrogant de leurs chefaillons quotidiens. Et combien d’anecdotes sur les faux barrages de la décennie précédente révélaient la pulsion collective et salutaire à garder son humanité et à ne pas succomber à la folie sanglante d’une situation.

De ce côté, je n’ai pas de crainte, cher El Guellil, pour l’impact de tes œuvres à venir.

Fais-nous encore rire de nos malheurs, de nos travers, l’Algérie en a besoin pour sortir la tête de l’eau !

Sadek Hadjerès, 2006
préface au recueil des chroniques “« Tranches de vie » d’El Guellil”

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 11:03
Campagne d’affichage pour le voile  Prosélytisme à l’ENS de Bouzaréah

Un décor inquiétant et non moins effrayant à l’intérieur de l’Ecole normale supérieure de Bouzaréah (ENS).

Des affiches partout, à perte de vue, tapissent les murs de l’école, à partir de l’entrée jusqu’au coin le plus reculé, appelant les filles à porter le hidjab. Cette campagne d’affichage met en avant des appels insistants à se vêtir du voile, et ce, à coup de sourates, de hadiths et de mots à forte connotation religieuse.

En guise de faire-valoir complémentaires, des photos de femmes connues avec leur voile sont mises à contribution, dont celle d’une policière britannique ou une autre montrant Emine Erdogan, l’épouse du président turc, avec son voile à la turque.

«Ma sœur : le hidjab ne voile pas que tes cheveux, il voile aussi ton honneur», prêche une affiche illustrée, exhortant les jeunes étudiantes à se voiler «pour satisfaire Dieu et non pour satisfaire ses créatures».

«Aie pitié de tes frères, ne les expose pas à la fitna», conclut-on, sur un ton de mise en garde à peine voilée et que l’on retrouve derrière des propos emmiellés. Dans le lot, des affiches sont placardées annonçant une «campagne de correction du voile» (hamlet tass’hih el hidjab) que l’on lance au grand jour. «El hidjab n’est pas seulement se couvrir la tête, mais c’est des habits larges qui ne décrivent pas et ne montrent pas», s’évertue-t-on à expliquer.

D’un plus grand format pour mieux accrocher et «recruter», une affiche manuscrite, sur laquelle un dessin grossi d’une fille voilée et au large habit noir, propose aux étudiantes de l’ENS des «fleurs». L’approche est faussement galante. La première «fleur» n’est autre qu’un avertissement qui se cache derrière un «rappel» : «Rappelle-toi que ton Dieu a pitié pour ceux qui la demandent, pardonne à ceux qui se repentissent et accepte ceux qui reviennent» au droit chemin.

La quatrième «fleur» demande à l’étudiante, dans un arabe toujours classique, d’être «optimiste, Dieu est avec toi, les anges demandent pardon pour toi, et le paradis t’attend». L’affiche-prêcheuse «offre» un bouquet de neuf «fleurs».

Cette offensive n’est pas la première du genre, puisque à en croire des enseignants et des étudiants, un affichage similaire a déjà inondé l’ENS dans un passé récent. «C’est toujours à cette même période», nous confie, franchement, une enseignante qui se montre outrée et impuissante, comme sûrement beaucoup de ses collègues et d’étudiants.

Une inquiétante offensive salafiste, qui se déroule face au laxisme incompréhensible des responsables de l’établissement et qui rappelle dangereusement des pratiques détestables en cours pendant les années 1990.

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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 12:49
La fille d'Abdelmalek Sellal possède une société liée à Sonatrach, selon Panama Papers

Revoilà encore la très célébrissime Rym Sellal, la fille du premier ministre Abdelmalek citée dans une affaire de gros sous et de comptes offshores, selon le journal en ligne Desk.

L'inimitable Abdelmalek Sellal n'en a pas fini avec les révélations sur sa fille. Le partie algérienne de Panama papers vient de nous apprendre que Rym Sellal, la fille du Premier ministre, possède une société offshore domiciliée dans les très prisées îles Vierges britanniques. Cette société aurait des liens avec la puissante Sonatrach.

A peine 36 ans, Rym Sellal apparait dans ces documents comme bénéficiaire d'une des nombreuses sociétés offshores Teampart Capital Holdings Limited, montée par la fiduciaire suisse Multi Group Finance. Elle a été créée le 26 octobre 2004 aux îles Vierges par le désormais "tristement" célèbre cabinet panaméen Mossack Fonseca. Détail croustillant, c'est qu'on retrouve encore un nom connu dans cette affaire. Omar Habour, cet homme d'affaires proche de Chakib Khelil né, comme lui d'ailleurs, à Oujda. C'est donc au nom de ce célèbre personnage, recherché par la justice algérienne et italienne que cette société aurait été montée.

La pieuvre est insatiable. Selon les documents de Panama Papers, dont fait mention le Desk.ma, Rym Sellal prend le contrôle de Teampart Capital Limited quatre mois seulement après sa création. Voir ci-dessous.

La fille d'Abdelmalek Sellal aurait, également, été citée pour ses achats immobiliers à Paris. A seulement 28 ans, elle s'offre un appartement sur les Champs Élysées, l'une des avenues les plus chères au monde. Le bien immobilier ? Deux studios aménagés et acquis pour la modique somme de 860 000 euros, comme le révélait le livre "Paris-Alger, une histoire passionnelle".

Les informations les plus inavouables sur les détournements, les richesses isolantes, les comptes en banque les plus fournis éclaboussent chaque semaine le cercle proche du chef de l'Etat. On a vu les révélations sur Abdeslam Bouchouareb, le ministre de l'Industrie, celles sur Chakib Khelil et son épouse Najat.

Yacine K.

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 08:26
Isaad Rebrab

Isaad Rebrab

Sauf retournement spectaculaire, le juge chargé de l’affaire El Khabar rendra une décision allant dans le sens des demandes du ministre Hamid Grine. On oublie qu’Issad Rebrab a acquis, par cette transaction, un quotidien, des imprimeries et… une chaîne de télévision !

Une chaîne de télévision ! KBC a été lancée laborieusement à la faveur des quelques autorisations d’émettre accordées entre 2011 et 2012, à des affidés sous contrôle, c’est-à-dire des gens qui ne sont pas susceptibles de vous porter la contradiction ou de brouiller votre message et qui pourraient même servir d’auxiliaires de propagande. KBC était l’une des rares exceptions : elle n’était pas franchement labellisée proche du pouvoir. Mais ce dernier ne courait pas grand risque : tant que la chaîne KBC était entre les mains d’un groupe de journalistes à la fortune relative, en proie à des difficulté financières, qui a trop présumé de ses forces et qui réalisait chaque jour qu’il ne disposait pas des fonds nécessaires pour subvenir à sa dimension tentaculaire, elle ne dérangeait pas outre-mesure. La chaîne KBC demeurait dans la "zone de contrôle". Elle dépendait du bon vouloir des gouvernants. Il suffisait d’appuyer sur la plaie, d’aggraver la précarité du "groupe", en réduisant la publicité par exemple ou en actionnant le fisc, pour que la télévision cesse d’émettre.

KBC restait dans les limites qui lui sont fixées, celles d’un média sans nuisance, toujours à la limite du déficit, émettant quand il le pouvait et, conscient de sa vulnérabilité, prenant garde à ne pas fâcher le pouvoir. La chaîne El-Watan l’a appris à ses dépens, en faisant parler Madani Mezrag.

Avec Issad Rebrab, les données changeaient brutalement ! L’homme peut se passer de la publicité étatique. Il ne dépendait pas de l’humeur du roi. Il a les moyens de transformer KBC en une véritable chaîne de télévision concurrentielle. Il peut investir des milliards de dinars pour se doter d’une chaîne équivalente ou supérieure à l’ENTV. Il sortirait du "champ sous contrôle". Il disposerait, lui qui n’est même pas de la Famille, de la possibilité quasi-divine de contrarier le monarque et la Cour ! Sous son nez !

L’opposition, interdite de télé, disposerait alors d’un puissant porte-voix qui bouleverserait la donne politique. C’était une déclaration de guerre intolérable ! Avant Rebrab, Khalifa avait lourdement payé l’insolence de vouloir disputer le monopole absolu de la petite lucarne à Bouteflika : démantèlement de son groupe (banques, compagnies aériennes, diverses entreprises…) traque judiciaire, emprisonnement des proches de Moumen et de certaines personnalités mêlées peu ou prou à Khalifa (à l’exception des proches du président), exil de Moumen puis emprisonnement de ce dernier…

C’est ce scénario qui pourrait se renouveler, inauguré par l’action en justice ordonnée par le ministre Grine, lui-même actionné par Said Bouteflika qui, lui, ne fait que suivre une vieille consigne de son frère aîné lequel obéit à une règle stricte de tout autocrate : la télévision, c’est comme le fusil, ça ne se partage pas. Du reste, la comparaison avec le fusil n’est pas fortuite : pour Bouteflika, la télévision n’est pas un média, pas même un engin de divertissement ou, accessoirement de culture et d’information. Pour le clan Bouteflika, la télévision est une arme de guerre. Un des principaux instruments d’exercice du pouvoir. Il en dispose pour influencer, pour émouvoir, pour endoctriner, pour divertir des vrais échecs…

Le pouvoir de Bouteflika ne reconnait à personne la prérogative de lui disputer le monopole de l’endoctrinement du peuple. Le discours adressé aux Algériens ne doit être porté que par une seule voix : celle du pouvoir ! Le mensonge n’admet aucune lueur de vérité.

Recevant une journaliste de France Culture, en septembre 2000, le président déclarait, solennel : "Il n’y aura qu’une seule chaîne de télévision. Et il n’y aura pas d’autres chaînes de radio. Je veux contrôler ma machine !". La journaliste commet la maladresse d’insister : «Est-ce que vous ne pensez pas urgent qu’il y ait un débat dans l’audiovisuel algérien pour que se renoue ce débat démocratique algérien ?» demande-t-elle candidement. À cette question, le président voit rouge : "Ecoutez, le problème de la stratégie en Algérie c’est mon problème, ce n’est pas le vôtre. Je sais exactement ce que je dois faire et quand je dois le faire. Vous êtes en train de me dicter une démarche. Ce n’est pas à vous, journalistes français, de me dire ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Je ferai les choses à l’algérienne et en fonction des intérêts supérieurs de l’Algérie."

Khalida Messaoudi, alors ministre de la Communication, retint la leçon. "Le contrôle de l’ENTV n’est pas des prérogatives juridiques du ministère", avoue-t-elle à l’Assemblée nationale.

Tout est alors dit. On ne badine pas avec la "machine" ! L’affaire Rebrab ne fait que commencer. L’homme d’affaires est à portée… de fusil.

Mohamed Benchicou

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