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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 14:43
L’article du "Monde" n’est ni une maladresse ni une bourde

Quand bien même un observateur aguerri aurait remarqué aisément une certaine passion dans le refus de visa aux journalistes du quotidien français « Le monde », un calcul lobbyiste et une arrière-pensée de l’autre côté de la rive n’est pas à écarter.

Ce journal a toujours eu une certaine promiscuité avec les cercles du pouvoir algérien et de tout temps s’est ingéré dans les grands dossiers même durant la période d’industrialisation. On se rappelle l’affinité qu’avait leur célèbre correspondant, Paul Balta avec feu Président Houari Boumediene. Ce n’est ni une maladresse, ni une forme de liberté de la presse que de diffuser la photo du Président Bouteflika dans un scandale médiatique dont il n’est pas personnellement et directement concerné. Par contre, cela pourrait être une manière indirecte de lui rappeler son devoir envers un de ses ministres, qui lui est directement impliqué dans des montages financiers discutables et donc devra démissionner.

Est-ce qu’il gêne la position de certains groupes français dans leur stratégie de s’implanter en Algérie ? C’est une possibilité d’autant plus que depuis son voyage aux Etats-Unis et son rapprochement des hommes d’affaires américains qu’on voit se dessiner des attaques personnelles envers ce ministre. D’abord la divulgation de sa double nationalité juste après l’adoption de la nouvelle constitution qui limite dans son article 51 les niveaux de responsabilité aux binationaux. Certes, c’est un député qui l’a mise sur le tas mais on peut se demander d’où détient-il les preuves d’une information si intime et qui pourrait créer un ras-de-marré car de nombreux responsables algériens pourraient être dans le même cas. Ils sont des millions à rechercher le moindre lien pour bénéficier de ce statut. Ceux qui sont nés en France, s’y sont mariés, y ont un parent de différent degré etc. Plus de 55 000 dossiers d’Algériens ont été déposés pour demander la carte harki avec preuve de leur collaboration à l’appui, à en croire leur représentant en France.

L’Etat algérien reste désormais face à un choix difficile parce que s’il applique la loi pour un, il devra le faire pour tout le monde et c’est la pagaille. C’est justement le but recherché par l’autre rive pour asseoir son influence politique, sociale et surtout économique en Algérie. Qui mieux peut le faire qu’une presse libre et démocratique mais en perte de vitesse sur le plan de gestion interne et donc en a fortement besoin de l’aide financière de ce lobby. D’abord le scandale en lui-même comme avant lui Wikileaks pourront-ils changer un nouvel ordre économique mondial qui s’incruste indépendamment de la volonté des uns et des autres ? Même si c’est sur l’opinion publique que cet assainissement compte, il ne touchera que les plus faibles.

1- Pour l’Algérie, il n’existe pas une affaire Bouchouareb mais celle de l’Etat

Il est de notoriété publique que ce ministre avant de fréquenter la sphère politique, était un industriel qui a fait fortune dans le créneau de la mousseline et des chips. Tout le monde reconnaît qu’il est né d’une famille aisée. Il n’est pas le seul, s’il en est un d’avoir un père Gaid et des frères dans l’armée populaire nationale. Ce statut lui a permis après son bac de suivre des études en sciences médicales et humaines. Il a même exercé à Paris en tant que prothésiste, chirurgien dentaire pendant plusieurs années. Il s’est même marié à une femme française et eu des enfants avec elle si l’on croit le câble de «Mon journal» signé par Hichem Aboud. Tout ce qui vient après relève du privé même s’il s’est marié plusieurs fois. Il dispose de tous les ingrédients pour être éligible à une nationalité française et une optimisation de ses capitaux dans des paradis fiscaux comme le font les hommes d’affaires aussi bien nationaux que d’autres à travers le monde. On aurait pu s’étonner de la résidence et des biens que possède le secrétaire général du FLN à Paris mais pas le cas de Chakib Khelil, Bouchouareb et peut être bien d’autres. Maintenant ce ministre a fait un choix de mêler sa fortune à la politique, il doit s’expliquer avec la justice sur sa déclaration du patrimoine au moment de son accession à des hautes fonctions de responsabilité. A-t-il signalé ces sociétés au Panama ? Cette déclaration a-t-elle été publiée au journal officiel comme stipule la loi ? Maintenant que l’opinion publique est mise au courant, la justice doit s’autosaisir et l’Etat est là pour l’aider à appliquer la loi dans toute sa rigueur. Dans pratiquement la plupart des pays, des actions judiciaires sont en cours sous la pression d’une opinion publique déchainée. Reste à savoir si en Algérie et dans les pays à niveau démocratique équivalent, il y aura des actions similaires. La justice va-t-elle s’autosaisir ou attendra t- elle un coup de fil d’en haut ? La société civile aura-t-elle une influence suffisante pour faire bouger les pouvoir publics ? Un tel événement ne va-t-il pas accélérer le remaniement du gouvernement ? Va-t-on tout faire pour sauver le soldat Bouchouareb ? Etc. Donc tous les regards s’orientent vers le clan au pouvoir ou dit d’une manière politiquement correcte le premier magistrat du pays. C’est pour cela que le quotidien Le Monde met dans sa manchette la photo de Bouteflika, seulement tout le monde sait que c’est ce genre d’artifice qu’utilisent les lobbies à travers la presse pour faire pression sur les politiques pour arriver à des desseins économiques.

2- Le cabinet Mossack Fonseca, influent au Panama mais pas le seul au monde

Ses propriétaires ont reconnu suite au scandale révélé par le panel de journalistes d’avoir vendu des couteaux mais ne se sentent nullement concernés par l’usage dont ont fait leurs clients ni de l’origine des fonds qui leur a permis de les acquérir. C’est un cabinet d’avocats comme il en existe des milliers de par le monde spécialisé dans le droit commercial, les services fiduciaires, les conseils en placement et la création de structures internationales. Il comprend également plusieurs sociétés au sein de ses bureaux en sus de proposer ses services dans le domaine de la propriété intellectuelle et le droit maritime. Possédant une quarantaine de filiales dans le monde, Mossack Fonseca est, en 2016, le quatrième cabinet de droit offshore au monde[]. Cette vaste entreprise est mise en cause dans le scandale Petrobras ainsi que dans l'affaire des «Panama Papers» pour son rôle joué dans le blanchiment d'argent et la fraude fiscale à l'échelle internationale. Le 3 avril 2016, la société est accusée d'aider de nombreux citoyens et sociétés étrangères à frauder leurs fiscs respectifs. S'y ajoutent diverses imputations connexes, notamment celles faisant état des implications suivantes :blanchiment d'argent, évasion fiscale avec, entre autres entités pointées, l'assistance qui aurait été diligemment prêtée en ce sens par la Commerzbank ; collaboration litigieuse avec plusieurs dictateurs du Moyen-Orient et d'Afrique à dessein de leur permettre de se soustraire aux sanctions internationales les visant. L'ensemble de ces Panama Papers se chiffre à 2,6 téraoctets de données en couvrant près de 40 ans d'enregistrements. Leur analyse, encore en cours, est conjointement confiée au Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ ou CPI en anglais). Nommément cité par l'enquête avec d'autres dirigeants politiques, comme notamment le Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson, le roi d'Arabie Saoudite Salmane al-Saoud, le président argentin Mauricio Macri ou le président ukrainien Petro Porochenko, Vladimir Poutine réplique en expliquant qu'il est la cible principale de l'enquête et ajoute, par l'intermédiaire de son porte-parole, qu’il connaît très bien cette soi-disant communauté journalistique. Il y a parmi eux de nombreux journalistes dont le journalisme n’est pas l’activité principale. Beaucoup sont d’anciens employés du Département d'État, de la CIA, d’autres services secrets. L'enquête montre aussi que le Premier ministre d'Islande aurait créé avec son épouse aux îles Vierges britanniques une société offshore dans laquelle il aurait dissimulé des millions de dollars. Il a été contraint à la démission.

Tout compte fait Les "Panama Papers" ont sans doute levé le voile sur une gigantesque nébuleuse totalement opaque. Si un tel scandale a pu éclater, c'est grâce à une fuite sans précédent qui se matérialise par 11,5 millions de fichiers. Autant de données qui ne proviennent que d'un seul et même endroit : Mossack Fonseca, le dénominateur commun qui relie toutes ces personnalités de premier plan mises en cause dans ces spectaculaires révélations. Depuis 1977, ce cabinet d'avocat panaméen œuvrait en toute discrétion dans le monde entier pour fournir le service dans lequel il était connu pour être l'un des meilleurs au monde : la création pour ses clients de sociétés offshore complètement anonymes dans des paradis fiscaux. En près de 40 ans d'existence, pas moins de 214.000 entités offshore ont été créées ou administrées par ce centre financier tentaculaire. Basé à Panama City ainsi que dans une quarantaine de bureaux dispatchés sur la planète, Mossack Fonseca a su devenir un acteur incontournable du secteur. Les révélations permettent d'établir que cette société a collaboré avec des personnalités et d'importantes compagnies venant de plus de 200 pays et territoires, en somme, le monde entier.

3-Le monde entier connaît cette pratique y compris les dirigeants qui créent au scandale

S'attaquer constamment aux paradis fiscaux est un leurre dont il faut se méfier. La définition même du paradis fiscale n'est pas forcément uniforme pour tous mais surtout elle permet aux gouvernements de l’utiliser comme un tremplin pour dévier le regard de l’opinion publique vers un bouc émissaire bienvenue .Il se trouve justement que pendant que la population crie au scandale en reprochant à ces pays de faire leur beurre plus ou moins à la limite de la légalité, et bien le projecteur n'éclaire pas sur la politique économique décidée par les tenants du pouvoir qui apparemment sont branchés ailleurs. Cela évitera de trop s’occuper de l’intérieur pour permettre aux gouvernements un peu de répit. Il faut dire que la société civile n’est pas dupe ? Si être un paradis fiscal garantissait la pérennité du pays qui la pratique, cela se saurait ! Regardons quel exemple donnent les pays qui sont sur la liste : USA avec son Etat du Delaware, le paradis fiscal américain qui irrite le Luxembourg, la pratiquant depuis des lustres ou le Liban voire même la France qui a ouvert les bras aux Qataris qui investissent sans payer un sou d’impôts.

R. REGHIS

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 11:16
Kamal Guerroua

Kamal Guerroua

Il va de soi qu'au regard du contexte mondial en cours, les risques de désordres majeurs sont multiples. D'abord, en raison du problème de terrorisme transnational incarné auparavant par Al-Qaïda, puis ensuite par Daesh. Quoique circonscrit ces dernières décennies à l'espace arabo-musulman (il faut savoir que l'activisme terroriste concernait également l'Europe, l'Amérique Latine et l'Asie au milieu des années 1980 : «Action Directe» en France, «Bande à Baader» en Allemagne, «ETA» en Espagne, «Sendero luminoso» au Pérou, «F.A.R.C» en Colombie, ou même les «Khmers Rouges» au Cambodge, etc.), ce terrorisme-là frappe fort et installe aujourd'hui un peu partout dans le monde «un climat de psychose». Il révèle en outre la fragilité des frontières traditionnelles, l'effritement des souverainetés nationales et les failles de la technologie moderne (les groupes terroristes ne se sont-ils pas appuyés sur cette technologie-là afin de faire la propagande à leurs actions, voire l'organisation, la logistique et la préparation des attentats?). Puis aussi, en raison d'un grave dérèglement économique dont les causes et les effets s'imbriquent mutuellement. Prenons l'exemple du pétrole et examinons-le de près à la lumière de cette crise sécuritaire secrété successivement par les attaques de World Trade Center de septembre 2001 et les guerres qui s'en suivirent (Irak et Afghanistan en particulier).

En moins de 2 ans, c'est-à-dire, de juin 2014 à janvier 2016, les hydrocarbures sont passées de 140 dollars à moins de 30 dollars. Une chute libre qui n'est pas sans impact direct sur les marchés économiques. D'ailleurs, la banque mondiale, le fonds monétaire international (F.M.I) et l'organisation de coopération et du développement économique (O.C.D.E) ont émis des signes de détresse à ce sujet. Pourquoi? L'intention des pays de l'organisation des pays producteurs du pétrole (OPEP) de maintenir leur production pétrolière à son rythme actuel coïncide avec la baisse de la demande de celle-ci (hiver moins sévère en Europe, concurrence du gaz du schiste, l'alternative des énergies renouvelables, apparition d'acteurs énergétiques régionaux «informels» comme Daesh, etc). Ainsi les grandes bourses mondiales ont-elles perdu près de 10% de leurs transactions financières depuis début 2015. Et qui parle, bien entendu, de la faiblesse des bourses, parle forcément de la disparition de la domination du grand capital sur la finance internationale. Se heurtant à une récession exceptionnelle, ce dernier (le capital financier s'entend) n'arrive pas à se recycler. Il semble que les mécanismes de gestion économique issus de la seconde guerre mondiale (1939-1945) cadrés par les accords de Bretton Woods de 1944 s'avèrent inopérants dans cette étape d'économie des services. De ce fait, les organismes gouvernementaux ainsi que les opérateurs économiques privés sont dans la ligne de mire de cette crise qui s'est ébauchée, rappelons-le bien, en 2007-2008 (le choc des subprimes et la faillite de la banque de Lehman Brothers) d'autant qu'ils ressentent déjà les contrecoups du ralentissement de la production et des investissements au niveau intercontinental. Bref, le phénomène du «crash» est devenu tout aussi préoccupant qu'imminent. En témoignent la décision de la réserve fédérale américaine (F.E.D) d'augmenter les charges d'endettement (hausse des taux d’intérêt) et surtout les dernières perturbations boursières en Chine. Ce dragon de l'extrême orient qui affiche jusque-là un taux de croissance exemplaire recule, enregistrant en 2015 son plus bas niveau en la matière, jamais atteint depuis au moins 25 ans (6.9% contre 7.3% en 2014, en plus des retombées désastreuses d'une économie minée par l'endettement). Effet de dominos oblige, la crise est bien partie sur les rails dans la mesure où partout les réformes économiques (plans d'austérité) tendant à la valorisation des capitaux ont de la peine à se faire accepter par les peuples. C'est pourquoi, les oligarchies financières ont trouvé dans «l'économie d'armement» une solution à ce cercle vicieux. Or si les guerres au Moyen Orient représentent une chance pour les occidentaux afin de fluidifier la machine financière, il n'en demeure pas moins que cette tendance néocolonialiste soit un élément aggravant. Autant dire, un catalyseur «de plus» du dérèglement du marché pétrolier. Preuve en est que la rivalité entre l'Iran et l'Arabie Saoudite est portée à son paroxysme, en particulier au lendemain de l'accord de juillet 2015 sur le nucléaire qui consacre le retour de l'économie de la puissance persane sur le marché. Et également à cause du conflit syrien qui aura vu le triangle Iran-Syrie-Russie avec le Hezbollah se renforcer.

Il est clair que ni les U.S.A ni l'Iran, encore moins la Russie ne feront freiner leur production pétrolière. Or cette nouvelle donne risque de faire perdre des parts de marché de l'un au profit de l'autre au gré des retournements de la situation sur le terrain de guerre en Syrie. D'ailleurs, la destruction des Etats du Moyen-Orient n'a pour conséquence que la création de circuits parallèles de vente du pétrole (surfacturation maffieuse). En quelque sorte, les américains favorisent une situation de blocage, en réduisant l'O.P.E.P à l'état d'impuissance et en laissant des organismes non-étatiques contourner les embargos économiques imposés dans la région. A lui seul, Daesh gagne presque 1 milliard de dollars de recettes de l'or noir par un. Ce faisant, il casse les prix du pétrole, brade les richesses souterraines de ces pays-là (l'Irak notamment) et alimente cette situation de psychose sécuritaire dont le «feed-back» n'est qu'un retour de bénéfices pour l'oncle Sam! Le plus dramatique est que ce marché noir se délocalise maintenant et s'implante peu à peu en Libye. Un pays rongé par les rivalités interconfessionnelles et échappant au contrôle total des autorités. Bref, un trafic du pétrole presque totalement libre aux portes de l'Algérie et de la Turquie. Si la première en est la victime, la seconde en bénéficie. En plus, comme la Russie est en concurrence directe avec les Etats Unis sur les marchés du gaz et des produits dérivés (gaz et huiles issues de schiste), les compagnies américaines «les majors» peuvent bien en tirer des dividendes, surtout avec la levée de l'interdiction des exportations du pétrole datant de 1973. Tacticiens, les américains savent bien que le gaz de schiste est peu concurrentiel à court et à moyen terme sur le marché. Et s'estimant en autarcie en matière d'énergie, ils commencent à inonder le marché, créant un effet de boule de neige! Ce bouleversement s'explique par exemple dans l'attitude de l'une des compagnies américaines qui venait d'investir 20 milliards de dollars dans son principal terminal avec cinq grands projets de liquéfaction du gaz de schiste dont le prix est indexé sur celui du pétrole. Or même avec 70 dollars le baril, les hydrocarbures influent négativement sur les pays producteurs amenés à réduire les importations et les investissements. Faisant table rase des saoudiens qui, même s'ils s'attendent à des horizons gris, ils en possèdent d'autres recettes touristiques, l'Algérie et le Venezuela seront les grands «losers» de ce chamboulement. Notre pays dont 98% des exportations sont en hydrocarbures (50% du P.I.B et plus de 60% de recettes fiscales) et le Venezuela qui exporte 95% du pétrole (65% des ressources de l'Etat) subiront des ondes de chocs sociales importantes, lesquelles s'ajouteront à des pressions occidentales de plus en plus fortes (notamment de la part du capital financier). Ces effets récessifs se répercutent également sur les grandes puissances. Aux U.S.A, les économistes craignent fort le développement d'aspects boursiers et financiers négatifs à cause des désordres actuels. En France, beaucoup de secteurs liés au domaine du pétrole seront paralysés (le parapétrolier, les équipements, les services, etc). En Chine, l'entrée de l'économie de ce pays dans une zone de turbulences (endettement) l'a affaibli dans son rôle de moteur de locomotive mondiale qu'elle aurait hérité des Etats Unis au sortir des années 1990-2000. Le régime communiste devenu pilote d'une économie capitaliste mondialisé se voit face à une équation à deux variables. D'une part, une forte croissance boostée par les exportations (une main d’œuvre à très bas coût). D'autre part, une croissance modérée, voire faible tirée par la consommation intérieure. Chantier du monde à l'instar de la Grande Bretagne à la deuxième moitié du XIX siècle, puis des Etats Unis à l'issue de la seconde guerre mondiale, ou plus récemment le Japon avant sa phase de stagnation, la Chine aurait conquis beaucoup d'espaces commerciaux. Toutefois, le syndrome de la corruption qui aurait accompagné ce modèle pro-occidental tourné vers la consommation excessive a inhibé son système.

En revanche, le ralentissement de l'empire du milieu peut profiter pleinement à l'occident puisqu'il induit une moindre demande internationale en hydrocarbures et en matières premières. Autrement dit, cela créera un gain de pouvoir d'achat pour cette Europe importatrice et consommatrice du pétrole. En parallèle à cela, les exportations européennes et occidentales vers la Chine vont subir un sévère coup d'amortisseur. En cause, les classes chinoises favorisés cesseront par exemple d’acquérir les automobiles allemandes, le luxe français et la technologie de pointe américaine. Par conséquent, d'une part, l'instabilité des changes relancera une possible guerre entre les monnaies (Euro, dollars, Yen, etc). D'autre part, elle peut mener droit vers une exacerbation des dérives protectionnistes, nationalistes, xénophobes, etc., qui contredisent l'esprit même du capitalisme. Tous ces facteurs regroupés, c'est-à-dire, la baisse de la monnaie chinoise, les milliards de dollars déversés par les banques centrales (surtout en Europe) pour des plans de réformes, de sauvetage financier et de rééchelonnement de dettes afin de «sauver» le capitalisme de la noyade jumelés au danger spéculatif de voir ces monnaies s’affaiblir signeront la fin des espoirs placés dans les pays émergents (le fameux BRICS). La récession mondiale accélérée ne sera alors qu'une affaire du temps. Bien entendu, la masse monétaire qui circule actuellement sera absorbée par ces économies des grandes puissances, devenues déficitaires. A en croire une étude menée par l'institut de la finance internationale sur les flux des capitaux publiée le 20 janvier dernier, l'année 2015 aura vu environ 735 milliards de dollars net sortis des pays émergents, soit 6.6 fois de plus qu'en 2014! N'est-il pas permis alors d'affirmer que l'ère du capitalisme est révolue?

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 12:04
De la guerre, du pétrole… du fric ! par Kamal GUERROUA

Indubitablement, les médias occidentaux, en particulier ceux de l'Hexagone, ont une grande part de responsabilité dans ce qui se passe actuellement en Libye et partout ailleurs dans l'espace musulman.

D'autant qu'ils ont fait usage du "dumping psychologique" un moyen pour déstabiliser celle-ci. Or quiconque s'interrogeant par exemple si la guerre menée en 2011 par l'O.T.A.N contre El-Gueddafi avait été une réponse juste aux convulsions du Printemps arabe dans ce pays-là, s'en offusquera vite (guerre civile, montée fulgurante de l'islamisme, économie perturbée, transition à la peine, perspectives d’avenir sombres, etc). N'empêche que l'accord d'entente du 17 décembre 2015 à Skhirat (Maroc) entre les deux parlements belligérants (Tripoli et Benghazi) sous l'égide l'O.N.U ayant accouché le 19 janvier dernier d'un gouvernement d'union nationale n'est qu'un prélude à une "nouvelle" intervention militaire étrangère. Mais pourquoi ? La menace des milices armées qui ont prêté allégeance à l'Organisation de l'Etat Islamique (O.E.I) pèse, semble-t-il, trop sur la sécurité intérieure de l'Union européenne. C'est du moins ce que laissent entendre les puissances occidentales à leur tête la France. Rappelons au passage que ce sont ces milices-là, c'est-à-dire, celles ayant quitté le nord du Mali suite à l'intervention française (opération Serval) qui ont rejoint le sud de la Libye ! L'impact des attentats de 13 novembre dernier à Paris sur les consciences est tel qu'une réaction des plus fermes devait être formulée par l'exécutif français pour contrecarrer le péril terroriste.

Du coup, la résolution 2259 du Conseil de sécurité adoptée le 23 décembre sur proposition britannique porte des clauses qui autorisent ou plutôt incitent le gouvernement libyen à exiger, s'il en est besoin, l'assistance en matière de sécurité à l'O.N.U, la communauté internationale et les organisations régionales compétentes. Autrement dit, le recours à l'O.T.A.N est "moulé" dans une sorte de légalité institutionnelle. Ce faisant, les chancelleries occidentales qui savaient déjà que la probabilité d'une telle intervention en Libye paraît plus que plausible à court terme (si l'on voit l'insécurité qui y règne et l'impossibilité pour les autorités d'y rétablir la paix), en font une pièce à conviction. Or constater l'état de dislocation du territoire libyen entre factions rivales nous ramène aux absurdités lancées à tort et à travers contre El-Gueddafi au cours des manifestations populaires de Benghazi (mi-février 2011). Loin d'être encensé comme avant (en particulier après sa politique de normalisation au début des années 2000), le guide était vite médiatiquement lynché, étiqueté de plein noms de oiseau et accusé de tous les maux de la terre. Bref, pour le seul fait d'être suspecté (à dessein d'ailleurs) de mener des exactions contre ses opposants, il a dès lors été éliminé de facto du jeu politico-médiatique occidental! Ce qui aurait "légitimé", par ricochet, une intervention militaire urgente contre lui et fermé la porte à une solution pacifique et négociée. Mais ces allégations-là seraient-elles vraies? Et El-Gueddafi aurait-il tenté au départ d'écraser ses rivaux sans aucune intention, fût-elle velléitaire, de négociation ou de compromis? Qu'en est-il au juste ?

A la surprise générale, la publication en août 2015 des courriels personnels de l'ex-secrétaire d'Etat Hillary Clinton en donne une claque à la version occidentale, du reste très controversée. En effet, sous ordre de l'Elysée, des agents de la DGSE (Direction générale de sécurité extérieure) ont bel et bien initié des pourparlers secrets avec Mustapha Abdeljalil et Abdelfattah Younès, respectivement ministres de la justice et de l'intérieur quelques jours seulement après ces célèbres manifestations. Leur but étant, ironie du sort, de financer et de conseiller une rébellion "armée", laquelle s'est déjà formée sous leurs auspices contre le guide. Autrement dit, pousser la situation d'une "revendication démocratique pacifique" au pourrissement, en armant les milices de l'opposition. Et comme les caciques du régime de Tripoli n'ont pas voulu lâcher prise, le piège s'est vite refermé sur le dictateur. Radicalisé dans ses positions, celui-ci aura refusé dans son fameux discours du 22 février 2011 toute négociation avec les rebelles. Pire, il leur a promis de sévères châtiments, en les traitant de "rats". Sans doute, une aubaine inespérée pour les alliés qui n'attendent que cela. Car au terme de l'accord sus-cité, la France reconnaîtra le nouveau gouvernement de la Libye (le Conseil National de Transition) en tant qu'unique organe représentatif des libyens en contrepartie, bien sûr, d'attribution de 35% du pétrole brut libyen aux Français (voir l'article de Rony Brauman, La légende libyenne de B.H.L, Alternatives Internationales n° 68, 6 septembre 2015). On comprend bien, en conséquence, que la guerre déclarée le 19 mars 2011 au régime par l'O.T.A.N sous prétexte de réagir aux opérations d'assauts d'une colonne de chars par les milices loyalistes aurait, en vérité, été planifiée bien auparavant en février (les raisons apparentes ne sont rien d'autre qu'un subterfuge pour une intervention extérieure). Somme toute, cette opération de l'Harmattan ressemble en bien des points à la guerre des néoconservateurs américains sur l'Irak de Saddam ! C'est-à-dire, ce genre de guerres compatibles à "la théorie du cercle vertueux" prônée par la maison blanche durant les années 1990. Sinon comment peut-on avaler l'idée que les 1000 soldats du bataillon d'El-Gueddafi, coupés de leur bases arrières situées à Syrte, soutenus seulement par 30 chars aient une force à même d'envahir une ville de 800 000 habitants qui s'étend sur près de 30 km de longueur et 10 km de largeur? Presque de l'impossible. En plus, ces bataillons-là sont à 500 km de Syrte pendant que d'autres milices du régime sont dispersées çà et là à Misrata et en Tripolitaine?

Le plus tragique dans cette histoire est que les insurgés ont "seulement" sollicité de l'O.T.A.N la délimitation d'une zone interdite à l'aviation du guide, une sorte de "no man's land" qui leur permet de souffler et d'avancer sur le terrain. Or les Occidentaux sont allés plus loin, en bombardant les forces loyales d'El-Gueddafi! Pourquoi cet empressement à s'en prendre au dictateur libyen qui était, pour le moins que l'on puisse dire, sur le point de normaliser "définitivement" avec l'Union européenne et les U.S.A ? Lui-même, El-Gueddafi s'entend aurait déclaré ne pas comprendre l'acharnement de Nicolas Sarkozy contre lui alors que de tous les présidents français, il était le seul qui a le plus de considération de sa part. Et puis, si c'était en raison de sa politique liberticide, pourquoi ne l'aurait-on pas par exemple attaqué lors de l'affaire de Lockerbie en 1988 ou du massacre d'Abou Salim en 1996? Il est clair qu'en dépit des critiques de l'ancien diplomate français Patrick Haimzadeh en 2011 des modalités et des circonstances de l'intervention française en Libye (voir «Libye : qui veut lâcher B.H.L?» Mediapart 22 avril 2011), Nicolas Sarkozy aurait persévéré dans son plan. Il semble que dans la logique française, le trublion El-Gueddafi est à éliminer quoiqu'il en coûte. Et bien évidemment, la supercherie a gagné la classe intellectuelle, l'opinion publique, les medias grâce au travail de fourmi de Bernard Henry Lévy. Celui-ci s'est montré en fait depuis plus d'une vingtaine d'années le porte-drapeau médiatique de ces guerres dites humanitaires. Développant un discours ouvertement islamophobe, il constitue avec Glucksmann, Finkielkraut, etc., ce noyau de l’intelligentsia française «droitisé», allié de la grande finance, perché sur le piédestal de «l'idéologie droits de l'hommiste» et amateur du néocolonialisme. Le hic est que cette couche majoritaire dans les médias s'est jointe à certains cercles de gauche européenne, pourtant connu pour son anti-impérialisme. D'ailleurs, un journaliste britannique du nom de Mehdi Hassen aurait écrit dans le New-York Times du 30 novembre 2015, un article au titre assez sensationnel «Pourquoi Georges Bush me manque». Après avoir été détracteur de l'ex-président américain accroc aux casus belli, le journaliste a viré sa cuti. Pourquoi? L'attitude de Bush junior envers les musulmans au lendemain du 11 septembre est loin d'être stigmatisante comme celle des candidats républicains ou même des démocrates concernant les attaques de novembre à Paris (l'exemple de Donald Trump).

Dans une vidéo postée le 17 septembre, soit six jours après l’apocalypse de World Trade Center, Georges Bush déclare ceci au centre islamique de Washington : "Le terrorisme n'est pas la véritable foi de l'islam. Ce n'est pas l'essence de l'islam. L'islam est paix. Ces terroristes ne respectent pas la paix. Ils représentent le mal et la guerre". Bien évidemment, Bush a évité la rhétorique anti-islam pour des raisons électoralistes mais son propos n'en reste pas moins apaisant. En fait, les musulmans aux U.S.A sont une force électorale à même de faire la différence au niveau local bien qu'ils ne forment que 1 à 2% des électeurs! Tirant l'expérience du passé récent (début 2000) où l'élection présidentielle américaine s'est serrée à cause de quelques centaines de votes en Floride, un Etat où 46 000 musulmans auraient donné leur voix pour les républicains, Bush s'est armé de «diplomatie» et de lucidité. Mais entre le discours et la pratique, il y a un océan (au moins 1000 d'entre les musulmans étaient en détention sous chef d'inculpation d'appartenir à un groupe terroriste). A vrai dire, en Libye, en Afghanistan, en Irak ou ailleurs, le contraste entre ce qui aurait été dit et ce qui aurait été fait est édifiant. Quoique, faisant l'éloge de l'occupation américaine de l'Afghanistan,Anders Fogh Rasmussen, l'ex secrétaire général de l'O.T.A.N est allé même jusqu’à énumérer le nombre d'écoles, de dispensaires, de routes construites, le progrès en matière d'éducation (l'accès de filles à l'école), la tenue d'élections libres et la culture politique sous les américains, etc., oubliant par là le gâchis, les morts, le retard et les souffrances de ces peuples-là que ces derniers auraient causés, terrible! La Libye ne saigne-t-elle pas à l'heure présente à cause de cette malédiction du pétrole? L'Afghanistan ne baigne-t-il pas encore dans le chaos alors que le retour des Talibans aux commandes est plus que probable ? Ne parlons pas de l'Irak, la Syrie, etc. En gros, cette mission civilisatrice "combat de la civilisation du monde dit libre contre la barbarie des autres" sur fond de vengeance menée par les Yankees n'aura débouché jusque-là que sur des catastrophes régionales. Et enfin ce rôle de gendarme du monde, passé maintenant aux relais régionaux (France, Allemagne, Angleterre, etc.,) dopé par le succès des gesticulations médiatiques ne justifie-t-il pas ses limites ?

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 11:58
Sadek Hadjerès

Sadek Hadjerès

Un demi-siècle est déjà passé depuis 1966, l’année de la proclamation du PAGS.
Chacun sait qu’une date anniversaire ne peut pas être l’occasion à elle seule d’alimenter des évocations multiples ou une réflexion approfondie. C’est l’affaire, sur la longue durée, de tous ceux qui sont préoccupés par la continuité et l’avenir du mouvement social et démocratique algérien.

Pour aujourd’hui, je réduirai mon évocation à quelques réflexions que je crois essentielles pour l’avenir. Quant à des épisodes et problèmes non moins essentiels, il est possible de se référer à mes publications et interventions, dont nombre d’entre elles ont été consignées ou le seront plus tard sur mon site : Socialgerie.net.
En fait, il ne s’agit pas seulement de l’histoire du parti qui, en 1966, dans des conditions minoritaires très difficiles et complexes nées du coup d’Etat du 19 juin 1965, a pris la relève du PCA, parti de classe, lui-même né trente ans auparavant (1936) et aguerri par les luttes de Libération nationale.

Avec les 24 années d’action du PAGS et au-delà des débats et polémiques partisanes, il s’agit aussi en parallèle et en toile de fond du devenir d’un peuple, d’un Etat, d’une société et d’organisations politiques et associatives. Après l’indépendance, tous ont d’abord vécu (jusqu’en 1990) un quart de siècle marqué d’espoirs ardents mêlés de contradictions et de sérieuses incertitudes, puis (après la disparition du PAGS) un nouveau quart de siècle jalonné de déceptions amères et cruelles.

En cette date symbolique de janvier 1966 et avant d’aborder le fond des basculements politiques et sociaux évoqués, le cœur et l’émotion sont les premiers à parler. Ma pensée et mes sentiments vont à tous les militants et militantes sincères et innombrables, souvent anonymes, qui ont partagé nos épreuves communes. Ils n’ont écouté que leur cœur et leur conscience pour s’engager dans la cause de la justice et de la libération sociales. Ils n’ont marchandé ni leur temps, ni leur santé, ni leur statut professionnel.
Ils n’ont malheureusement pu protéger suffisamment le sort immédiat et à long terme de leurs familles et pour nombre d’entre eux jusqu’au sacrifice de leur vie.

Dans des cercles très larges de travailleurs et d’intellectuels, ce patrimoine humain et politique d’abnégation a laissé des traces indélébiles dans les cœurs et les mémoires. Avec l’expérience et le recul du temps, il a laissé aussi, après coup, à de larges milieux des enseignements positifs ou critiques de plus en plus reconnus comme dignes de réflexion, pour l’avenir d’une nation et d’un peuple confrontés aujourd’hui à de graves périls régionaux et mondiaux.

Quant à l’analyse des évolutions, j’ai été frappé par le fait global suivant qui dépasse le cadre du seul PAGS. Si on exclut les couches et cercles parasitaires, autoritaires et opportunistes, on peut considérer que toutes les composantes et forces vives politiques et sociales de la nation ont été simultanément touchées dans leur ensemble et à des degrés divers, d’abord par les évolutions ascendantes, puis par la dégradation générale survenue en Algérie. Jusqu’à sombrer, par étapes, vers la situation actuelle, face à des enjeux et processus internationaux et nationaux qui pour nombre de compatriotes paraissent inexplicables.


Que faut-il en penser si on ne veut pas rester prisonniers de la nostalgie des moments les plus fastes de notre histoire, ou révulsés et tétanisés par les épisodes les plus sombres ?

Le premier quart de siècle après l’indépendance comportait dans les couches sociales laborieuses et populaires des capacités potentielles importantes de mobilisations démocratiques et pacifiques à l’encontre du grave préjudice porté à ce potentiel par les coups de force militaires de l’été 1962 et du 19 juin 1965.

Malgré le néfaste système de répression et de caporalisation de la société et de la vie politique, un espace restait ouvert à d’importantes batailles de masse pacifiques pour imposer un contenu social et démocratique plus grand aux tâches d’édification nationale devenues objectivement nécessaires, y compris pour le système antidémocratique en place. Le rapport des forces international de cette époque et les vives aspirations des masses populaires, nourries aux espoirs engendrés par la guerre de Libération, rendaient possible de mener ces luttes à grande échelle.

On sait l’importance stratégique des mesures de l’époque telles que les nationalisations des grandes ressources naturelles tombées auparavant dans les mains de grandes sociétés capitalistes étrangères, la réforme agraire, les mesures importantes dans les domaines de l’enseignement, de la santé, la production industrielle, l’emploi, etc.

Contrairement aux affirmations officielles, elles n’avaient pas un caractère socialiste, et leur orientation comme leur application n’étaient pas exemptes de sérieuses contradictions et déformations.

Mais elles avaient initié, malgré les dérives et les sabotages, un socle ou un poumon économique et social sur lequel l’Algérie a survécu jusqu’à ce jour, malheureusement de plus en plus précaire pour toutes les raisons de classe et de prédation internationales et nationales bien connues. Il était vital pour les Algériens d’édifier un secteur d’Etat comme support et moteur d’une économie nationale productive, y compris pour le privé, au service de leur développement social et culturel.

C’est pourquoi au long de la décennie 1970, le PAGS, quoique clandestin et sévèrement réprimé, s’est honoré, en appui sur les travailleurs des villes et les campagnes, les étudiants et les cadres de participer et d’appeler à une participation résolue à cet effort. Il le faisait non pour les beaux yeux du pouvoir, d’ailleurs divisé et en partie hostile à ces orientations, mais pour leur imposer, sur le terrain, un contenu démocratique et de classe plus favorable aux intérêts nationaux et populaires.

Des batailles mémorables et fructueuses ont été menées par les militants et militantes du PAGS avec la paysannerie (cf. Le grand mouvement du volontariat), les travailleurs industriels, les syndicats et les associations de jeunes et de femmes en proie à la caporalisation, les cadres de l’économie et d’autres secteurs de l’activité nationale.

Cette position n’était pas incompatible, bien au contraire, avec la dénonciation et la résistance concrètes, tout aussi résolues, contre l’arbitraire du système répressif du parti unique.

Le PAGS en souffrait lui-même et luttait pied à pied en actes et sur le terrain pour arracher les libertés syndicales et démocratiques, faire reculer les manifestations d’intolérance et de régression culturelle et idéologique, combattre les remises en cause des acquis démocratiques et sociaux de l’indépendance, ainsi que le démantèlement du secteur d’Etat, comme ce sera de plus en plus le cas dans les années 1980 qui déboucheront sur le chaos tragique de la décennie suivante.

Malheureusement, le PAGS fut l’une des rares organisations à engager ce type d’efforts concrets à la base avec les forces syndicales non domestiquées et quelques courants nationalistes ou personnalités minoritaires.

Les forces politiques les plus influentes dans l’opposition sont ainsi la plupart du temps passées à côté d’une grande bataille. L’une des raisons est que le champ politique était submergé par les positionnements «identitaires», dans les domaines linguistiques et religieux notamment, les différences de sensibilités idéologiques, etc., que les tenants du pouvoir et les couches parasitaires leur opposaient. Ils attisaient et brandissaient en permanence ces diversions pour éluder les problèmes économiques et sociaux qui étaient au cœur de la question nationale à cette nouvelle étape.

La question reste d’une brûlante actualité. L’opposition conséquente a un pouvoir autoritaire ou illégitime n’est en aucune façon incompatible, bien au contraire, avec les efforts constructifs en direction de la société laborieuse et populaire, consistant à élever le niveau de conscience et la combativité à la base pour faire émerger et converger des actions consensuelles autour des intérêts sociaux et nationaux communs. Avec le recul du temps et l’expérience, cette orientation se confirme aujourd’hui par les appels et les efforts plus nombreux visant à forger sur des bases de principe et dans l’action un «consensus national» qui contribue à sortir le pays d’une impasse aux contours tragiques.

Ce qui reste à faire dans les années et décennies à venir n’est pas des plus simples ou des plus faciles. En cela, l’expérience du PAGS elle aussi peut nous éclairer. Pas seulement par les élans et les luttes unitaires de masse qu’elle a suscitées, mais aussi, comme pour d’autres formations, par ses limites, ses défaillances ou ses erreurs d’appréciation dont la complexité des situations traversées n’était pas seule responsable. On peut dire en effet que si par certains côtés ou à certains moments cette expérience fut exaltante et exemplaire dans sa justesse, elle fut aussi limitée, entravée, inachevée ou même décevante dans d’autres rapports des forces nationales. Ce fut particulièrement le cas au début des années 1990.

J’en ai tiré, pour ma part, deux enseignements de base liés entre eux. Ils me paraissent expliquer les limites et les faiblesses constatées pour le PAGS, mais restent valables pour toute formation progressiste. 



D’abord, c’est l’intervention massive des composantes de l’Algérie profonde (et non le seul poids ou comportement des états-majors politiques) qui reste la condition sine qua non des changements substantiels souhaités. En même temps, pour que cette condition fructifie, une conscience politique et idéologique accrue est indispensable autour de deux volets. Ce sont ces deux volets qui se sont avérés insuffisants chez tous les acteurs concernés, y compris pour le PAGS dont les efforts ont été pourtant notables dans ces deux directions.
La première de cette insuffisance est la sous-estimation des facteurs et des environnements régionaux et internationaux. Les évolutions nationales restent étroitement dépendantes, sous diverses formes, des rapports de force dans la lutte des classes mondiale et régionale. La montée sauvage de l’hégémonisme néolibéral et néocolonial est le dernier avatar des formes de domination précédentes de l’impérialisme. Son poids, même s’il ne s’est manifesté qu’à travers des relais indirects et non ouvertement, a beaucoup pesé dans la crise qui a affecté toutes les formations nationales et pas seulement le PAGS.

La question est : se soumettre à la barbarie moderne multiforme du capitalisme néolibéral, sous prétexte de sa prétendue toute puissance ? Ou trouver toutes les façons de lui résister et s’en dégager dans l’intérêt national et populaire ? Les camouflages tentent d’éluder la question, mais l’enjeu est incontournable, décisif si on veut dès aujourd’hui et dans les formes appropriées à chaque pays commencer à tracer les chemins d’une alternative plus humaine.

La deuxième prise de conscience nécessaire concerne le front intérieur. C’est-à-dire la façon dont les luttes sont à mener sur le terrain par toutes les forces intéressées à un avenir politique et social de liberté et de justice.
La question concerne au premier plan les travailleurs et les déshérités des villes et des campagnes, en particulier les couches les plus conscientes et les plus combatives des jeunes, des femmes et des intellectuels. L’enseignement longtemps méconnu réside dans l’impératif suivant : comment conjuguer l’existence et les positions autonomes de chaque courant et formation politique progressiste et démocratique, quelle que soit sa sensibilité idéologique ou identitaire, avec les efforts pour l’unité d’action et les convergences de ces formations autour des intérêts concrets communs des couches et milieux qu’elles représentent.

La prise de conscience assez forte de cet impératif fut le secret et la raison principale de l’aboutissement heureux de notre guerre d’indépendance malgré toutes les insuffisances de ce mouvement national, parfois graves et aujourd’hui mieux connues.
Malheureusement, après l’indépendance cet impératif unitaire et démocratique a été soumis au nom de la pensée et du parti unique, à des campagnes de plus en plus virulentes de discrédit et des manœuvres de diversion et de division. Cela était «normal» de la part des cercles autoritaires et prédateurs. Par contre, il fut regrettable et catastrophique que des cercles se réclamant de l’intérêt national soient tombées dans le piège de sous-estimer et combattre cette exigence salutaire au détriment de la mobilisation unie et consciente d’une société impatiente de réalisations sociales et démocratiques à son profit.

C’était méconnaître, inconsciemment chez les uns, délibérément chez d’autres, la nécessité de l’indispensable Front uni dont avait besoin la société de l’Algérie indépendante. C’était ignorer également un mode politique fécond et constructif de gestion de la riche diversité nationale objective.

On lui a substitué les faux arguments, les procès d’intention, les diabolisations réciproques au détriment de la solution des vrais problèmes vitaux. C’était aussi brandir l’arme fatale de démolition des espoirs d’une Algérie heureuse et solidaire.

Ce n’est pas un hasard si quatre mois seulement après l’indépendance, le premier parti à être officiellement interdit a été le Parti communiste algérien. Laminé dans ses effectifs par les sacrifices de la guerre de Libération, mais en rapide développement depuis quatre mois, il effrayait les autorités nouvellement auto-installées par l’écho positif grandissant que réservait la société à ses appels répétés pour les solutions pacifiques et démocratiques, ainsi qu’aux positions mobilisatrices et rassembleuses qu’il défendait sur l’ensemble des problèmes économiques, sociaux et culturels de l’Algérie nouvelle. Les autres courants politiques et idéologiques, y compris ceux qui se soumettaient à l’idée et la réalité du parti unique, auront rapidement constaté après cette interdiction que l’arbitraire, sous prétexte anticommuniste, allait les frapper à leur tour et préparait les sombres péripéties des décennies suivantes.

Le même mécanisme s’est reproduit après l’émergence à la légalité du PAGS en 1989 après vingt-quatre ans de difficile clandestinité. Sous devanture faussement démocratique, le système étatique, en appui sur son appareil policier, craignait par dessus tout la mobilisation autonome et démocratique de la population. Il a joué à fond, contre le parti fragilisé par sa réorganisation en cours, la carte de la division et de la caporalisation des rangs militants en attisant les peurs, les méfiances et les amalgames identitaires face à la montée des mouvements islamistes, dont les plus intolérants et les plus hégémonistes d’entre eux (contre tout Etat, toute Constitution, etc.).

Ce fut notamment l’argumentaire spécieux des campagnes de panique remplaçant l’analyse, alimentées par une partie de l’instance exécutive du PAGS dont l’infiltration et les motivations ne tardèrent pas à se confirmer. Elle utilisa la mainmise sur des leviers organiques pour fragmenter les saines réactions militantes et étouffer les débats démocratiques au nom d’une urgence sécuritaire. Le PAGS, ne pouvant plus être interdit comme le fut le PCA en novembre 1962, est devenu la cible première des forcings de «redressement» ou de domestication auxquelles seront confrontées pratiquement toutes les formations politiques agréées après 1989.

Les pressions et intrigues devinrent particulièrement brutales aussitôt après l’échec d’une première tentative d’arracher au PAGS, dès juin 1990, un appel précipité à annuler le résultat des élections municipales et à l’interdiction du FIS qui venait de remporter ces élections.

Or, les auteurs de ces pressions avaient été, quelques jours auparavant, les plus ardents et les plus optimistes à préconiser une participation franche du PAGS à ces élections. Ils tentèrent un «argument-choc» auprès des cadres et militants pour justifier leur revirement et l’abandon de l’autonomie politique du PAGS : la situation nationale, disaient-ils, venait d’atteindre, après ces élections, une exacerbation très dangereuse et l’armée n’attendait qu’un appel du PAGS pour intervenir et sauver le pays d’un péril imminent. Je me suis opposé à ce montage cousu de fil blanc, qui tournait le dos à la raison d’être du parti et le menaçait de devenir l’auxiliaire inconditionnel d’appareils du pouvoir hostiles à notre autonomie politique et organique depuis des décennies.

De surcroît, la sur-dramatisation de la situation pour justifier une décision précipitée s’est avérée artificiellement gonflée. Et surtout la violence terroriste potentielle ou déclarée ne peut être prévenue ou neutralisée par les seules mesures ou ripostes sécuritaires. Le terrorisme ne peut être prévenu ou vaincu que par l’éradication de ses causes, par les solutions et moyens économiques, sociaux, politiques et culturels appropriés et suffisants, en appui sur la mobilisation et la conscience populaires.

Le scénario de caporalisation de juin 1990 préfigurait celui de fin-décembre 1991 et début-janvier 1992, dix-huit mois plus tard, pendant lesquels les apprentis-sorciers multiplièrent les déclarations alarmistes et les chantages au nom de la sauvegarde nationale, alors que le champ restait ouvert aux efforts de clarifications et de mobilisations unitaires.

Ce déni des traditions de lutte politique du parti provoqua avant comme après le congrès de décembre 1990 la désaffection massive des militants et plus tard la fin du PAGS lui-même. Je ne décrirai pas ici les mécanismes de cette dégradation progressive, plusieurs épisodes ont été déjà ou seront exposés dans différents écrits. Il reste à en tirer l’enseignement essentiel, car la question reste d’une brûlante actualité, à l’heure où les «déballages» médiatiques confirment les nuisances d’un mode d’exercice du pouvoir et des méthodes généralisées qui ne sont plus de notre temps et de l’intérêt national. La finalité de ces méthodes est multiple. Elle consiste à justifier l’abandon de la lutte politique indépendante comme axe essentiel.

Elle vise à entraver ou bloquer la lutte sociale et la mobilisation syndicale et associative autonome. Elle vise encore à entraver et discréditer les efforts unitaires entre partis, préconiser l’alignement inconditionnel sur les appareils sécuritaires de l’Etat. Elle pousse à rallier les thèses libérales et à discréditer les luttes sociales. Elle cherche à museler les rangs pour paralyser les initiatives militantes au plus près de la société. Son objectif est aussi d’empêcher de dévoiler au grand jour les pratiques obscures et les dérives anormales occultées dans les conditions de clandestinité. Elle encourage enfin le dénigrement des militants et des cadres honnêtes et pleins d’abnégation, ainsi que les anathèmes en lieu et place de débats ouverts et respectueux des militants, alors que de tels vrais débats purent se dérouler même dans la clandestinité.

Ces facteurs pervers se conjuguaient avec un contexte dominé par le regain conservateur et réactionnaire à l’échelle internationale. Ils poussaient à déboucher sur la désaffection du parti, faute d’une prise de conscience assez massive dans les rangs militants et dans le pays, des graves dessous et dangers apparus. Certes, les méthodes de l’infiltration policière, ainsi que le désarroi entraîné par la dislocation du système des Etats socialistes ont facilité la déstabilisation du parti. Mais la cause la plus profonde a été une capacité politique et idéologique insuffisante pour mettre en échec l’abandon des bases de principe qui avaient assuré la cohésion du PAGS et lui avaient valu la considération et le soutien d’une partie appréciable de l’opinion nationale.

Ainsi, sur la double toile de fond nationale et internationale, il est possible, avec d’autres courants politiques à vocation démocratique, eux aussi gravement endommagés, paralysés ou dévoyés, de dresser un bilan et des leçons communes après les vingt-cinq ans d’existence du PAGS et les vingt-cinq ans de son absence sur la scène politique après son implosion.

Dans l’immédiat, ces leçons incitent davantage toutes les forces et courants du champ politique progressiste à intervenir, séparément ou ensemble, dans les enjeux quotidiens à partir des enseignements tirés par chacun d’eux. Ces prises de conscience ont fait de substantiels progrès dans la récente période où se sont davantage démasqués les mécanismes antidémocratiques, antisociaux et antinationaux.
Quant au plus long terme, qu’en sera-t-il de la nécessaire recomposition des forces de liberté et de justice sociale les plus conséquentes ?
Chacun comprend qu’elle sera un long processus. Les luttes communes unitaires éclaireront mieux les rythmes et les modalités, dans le contexte évolutif du champ politique et géopolitique national et international.

A travers les espaces chaque jour conquis en faveur du débat démocratique et de l’action unie autour des intérêts communs, c’est toute une nouvelle culture politique qui reste à forger et faire fructifier ensemble. Pour cette tâche historique, une responsabilité particulière incombe à toutes les forces où qu’elles se trouvent, attachées à l’idéal de suppression de l’exploitation de l’homme par l’homme, seul espoir de sauver la dignité et la survie des habitants de notre planète.

Pour terminer, je ne peux m’empêcher de dire en cet anniversaire à tous mes compagnons sincères des longues luttes passées : bien que l’expérience à l’échelle historique et mondiale ne soit pas terminée, vous avez accompli un parcours de courage, d’honneur et de dignité, à contre-courant des régressions dominantes. Je partage avec vous la fierté d’avoir œuvré au sein d’un mouvement qui a enfanté tant d’actes généreux.

Pardonnez-moi si, par besoin incontournable pour nous tous d’analyser de sang-froid les questions du passé, les analyses à elles seules ne peuvent rendre compte de l’élan vivant et chaleureux qui nous a portés avec notre société. Je suis sûr qu’ils sont nombreux ceux d’entre vous en mesure de restituer cette chaleur et cette foi humaniste aux nouvelles générations, dans ce pays si riche de valeurs matérielles et morales, mais en proie aux injustices explosives et sources de désarrois. Chaque fait de votre lutte que vous tirerez de l’oubli, chaque problème vécu par vous dans l’enthousiasme ou la souffrance, chaque évocation du mouvement que vous avez porté avec ses hauts et ses bas, sera une arme, un stimulant, un enseignement pour tous les jeunes qui se sentent orphelins d’un avenir possible.

Par Sadek Hadjerès

Premier secrétaire du PAGS de 1966 à 1990(1)


Le 28 janvier 2016

1) Sadek Hadjerès : premier secrétaire du PAGS (Parti de l’avant-garde socialiste) de 1966 à 1990, membre du secrétariat du Comité central du parti communiste algérien avant 19
66.

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 12:20
Yassine Temlali

Yassine Temlali

Dans son article 3 bis, le projet d’amendement constitutionnel prévoit d’«élever le ‘‘tamazight’’(1) au rang de langue officielle».

On ne peut que se féliciter d’un tel progrès, quand bien même il se ferait dans un cadre autoritaire, celui de la modification d’une Constitution, elle-même imposée au mépris des règles les plus élémentaires du jeu démocratique.

On ne peut que s’en féliciter parce qu’il s’agit de l’aboutissement d’une longue lutte et, surtout, parce qu’avec cet article 3 bis, une autre politique linguistique est, enfin, théoriquement possible.

Doit-on, cependant, s’en tenir à cette satisfaction et rendre grâce au régime d’avoir été, pour la première fois depuis l’indépendance, à l’initiative de la promotion des langues ancestrales de l’Algérie ? Le régime étant ce qu’il est, c’est-à-dire autoritaire et manipulateur, la question se pose : quel serait le but inavoué recherché derrière la décision d’officialisation du «tamazight» ? L’interrogation est d’autant plus légitime que cette décision a été prise dans un contexte de reflux quasi complet des mobilisations populaires en Kabylie.

Le régime s’est-il persuadé, dans une émouvante et soudaine inspiration, des droits linguistiques des minorités berbérophones ? Non, assurément. Bien qu’elle jette, comme nous l’avons dit, les bases d’une politique linguistique autre que ce bilinguisme officieux et inassumé arabe-français, l’officialisation du «tamazight» n’est pas forcément synonyme de résolution de la «question berbère». Elle ne sera que le début du chemin qui sera long et tortueux si les masses berbérophones organisées n’entrent pas en jeu pour le raccourcir.

Une opération de diversion et de neutralisation des élites kabyles

Maquillées en questions «identitaires» passionnelles, les questions culturelles sont, aux mains des régimes en crise, de redoutables instruments de manipulation des masses. Cela se vérifie jusque dans une vieille démocratie parlementaire comme la France, où, en 2009, nous avons cru rêver en voyant Nicolas Sarkozy et Eric Besson lancer un énième débat byzantin, ledit «débat sur l’identité nationale» française.

En Algérie, les fondements de la domination exercée par le régime sur la société sont secoués par le tarissement des revenus extérieurs de l’Etat, il a naturellement intérêt à focaliser l’attention politique moins sur le nouveau Code des investissements ou la suppression des subventions publiques que sur les prétendues préoccupations «identitaires» des Algériens. La reconnaissance du «tamazight» en tant que langue officielle semble destinée, de ce point de vue, à servir de gigantesque diversion. Les polémiques ont déjà commencé sur son opportunité, voire sa pertinence.

Elles seront nourries par les officines compétentes en matière de pervertissement du débat public, et ce, afin que la réorientation brutale de la politique économique du pays s’opère avec le moins de dégâts possible pour les gouvernants et la camarilla d’affairistes auxquels ils sont plus que jamais acoquinés. L’annonce de la reconnaissance du «tamazight» comme langue officielle semble avoir un autre intérêt pour le régime : la neutralisation, par leur intégration dans l’administration, l’Education nationale, la future académie de la langue berbère..., de nouvelles élites kabyles (je dis bien «kabyles», car ni dans les Aurès ni dans le M’zab la reconnaissance pleine et entière du fait linguistique berbère n’est une revendication de masse).

Tout en étant des concessions au mouvement de boycott de l’école, la création du Haut-commissariat à l’amazighité (HCA) et l’introduction du «tamazight» dans le système scolaire ont servi, en 1995, à mobiliser une partie significative des militants du Mouvement culturel berbère (MCB) pour pourvoir des centaines d’emplois ouverts dans l’Education nationale et au sein du HCA.

Il n’est pas sans signification que la disparition du MCB de la scène politique ait coïncidé avec la naissance de cette instance : après 1995, les mouvements de contestation en Kabylie (les manifestations de 1998 suite à l’assassinat de Matoub Lounès, le Printemps noir de 2001) ont dû se donner des directions relativement nouvelles et inexpérimentées, beaucoup d’«animateurs» du MCB ayant été «neutralisés». La nouvelle opération d’intégration des élites kabyles dans les rouages étatiques permettrait au régime, de surcroît, d’atteindre deux autres objectifs : associer la Kabylie à une unanimité spécieuse sur la nouvelle Constitution, et réduire les risques de radicalisation de la jeunesse kabyle autour de la question linguistique, radicalisation qui pourrait fournir de nouveaux contingents au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK).

Deux batailles à venir pour concrétiser l’officialisation du «tamazight»

Mais, abstraction faite de ces calculs politiciens, le fait est là, têtu : l’Algérie devrait avoir bientôt constitutionnellement deux langues officielles. Ce n’est pas négligeable. Beaucoup d’Algériennes et d’Algériens s’interrogent déjà : l’officialisation du «tamazight» signifiera-t-elle l’«amazighisation» de l’administration, de la justice, etc ? Et si oui, cette «amazighisation» concernera-t-elle les seules régions berbérophones ou bien l’ensemble du territoire ? Ces interrogations, malheureusement, ne peuvent pas recevoir de réponse dans l’immédiat, aucun texte juridique ne définissant ce qu’est précisément une «langue officielle».

Certes, l’officialisation principielle du «tamazight» donnera de puissants arguments aux militants de la «cause berbère», mais elle n’aura de contenu concret que celui qu’ils y mettront, dans un mouvement complémentaire de négociation avec le régime et de pression sur lui. Dans un pays où les amendements constitutionnels sont le passe-temps favori des gouvernants, un article de la Constitution n’a pas... force de loi, aussi paradoxal que cela puisse être.

Le français n’a pas le moindre statut constitutionnel, mais il est la langue d’une partie considérable de l’économie, de l’administration, de l’enseignement et des médias, il est même, semble-t-il, la langue dans laquelle est rédigé le Journal officiel, ce qui, concrètement, signifie que la loi de janvier 1991 «portant généralisation de l’utilisation de la langue arabe» a probablement été élaborée en «langue étrangère» ! Inversement, l’arabe est LA langue officielle de l’Etat depuis 1962, mais il reste exclu de nombre de secteurs dans l’économie, la finance, l’enseignement universitaire...

Ce sont donc les rapports de force politiques sur le terrain qui déterminent les solutions pour les questions culturelles et linguistiques et non pas les professions de foi principielles, fussent-elles constitutionnalisées. Nous en avons eu d’ailleurs la preuve, sept ans durant, entre 1995 et 2002, lorsque le «tamazight» était enseigné alors qu’il n’avait pas encore été élevé dans la Constitution au rang de langue nationale. Les deux batailles à venir devront ainsi porter l’une sur le contenu de la loi organique qui fixera les «modalités d’application de l’article 3 bis», l’autre sur la définition des missions de la future académie de la langue berbère, dont la création est prévue par ce même article. Ces deux batailles seront décisives pour éviter que l’officialisation du «tamazight» ne soit noyée dans un océan d’atermoiements politiciens et bureaucratiques.

De tels atermoiements sont prévisibles. Ils seront justifiés tantôt par la nécessité de tisser un largue consensus entre «experts» sur la standardisation des parlers berbères, tantôt par le coût financier exorbitant de la nouvelle politique linguistique, dans un contexte d’austérité budgétaire.... Sans pressions populaires, ils pourraient durer des années, voire des décennies, à cause des résistances et de la force d’inertie administratives mais aussi du désir des gouvernants de prolonger le plus longtemps possible les polémiques identitaires stériles.

Au vu de son coût financier (des budgets substantiels sont nécessaires pour étendre l’usage du «tamazight» et payer les personnels chargés de sa promotion), mais aussi de la promptitude des courants conservateurs à saisir la moindre occasion pour occuper la scène, la décision d’officialisation du «tamazight» risque de ne pas être tout de suite consensuelle.

Il faut se préparer d’ores et déjà à voir s’entre-déchirer les kabylistes et le reste du monde, les arabistes et les berbéristes (héritiers de la tradition de la défunte académie berbère), les berbéristes et les néo-berbéro-nationalistes du défunt MCB, les berbéristes et les arabistes, et même les arabistes eux-mêmes, lesquels seront partagés entre leur loyauté intéressée envers Abdelaziz Bouteflika et leurs profonds instincts hégémoniques.

Ces affrontements, déjà prévus sinon «programmés», pourraient gravement retarder la concrétisation de l’article 3 bis. Seule l’irruption sur la scène des concernés eux-mêmes, les masses berbérophones, pourrait empêcher qu’ils ne se transforment en une interminable diversion «identitaire». Elle seule pourrait rappeler que le problème est concret et parfaitement définissable (quelles langues reconnaître et promouvoir ?) non pas un brumeux «problème identitaire» (qui est plus «authentique» que l’autre : «l’arabe» ou le «berbère» ?)

Moderniser le kabyle en priorité

Un dernier aspect de l’officialisation annoncée du «tamazight» mérite d’être souligné, car il pourrait fournir une justification en or aux atermoiements officiels. L’article 3 bis stipule : «L’Etat œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national».

Or, ce n’est plus un secret pour personne que la reconnaissance pleine et entière du particularisme berbère n’est une revendication de masse qu’en Kabylie et que le travail pour la promotion des langues berbères est le fait d’élites principalement kabyles. C’est probablement la seule chose sur laquelle a raison le MAK, dont le discours, en matière de simplisme, n’a rien à envier aux discours arabistes, islamistes... En d’autres termes, il n’y a qu’en Kabylie que l’officialisation envisagée du «tamazight» a une chance substantielle de porter rapidement ses fruits.

Cette chance historique pour le kabyle — et, à travers le kabyle, pour les autres langues berbères — de quitter le ghetto de la communication orale et familière pourrait être hypothéquée par la volonté — qu’elle soit sincère ou factice — de promouvoir le «tamazight dans toutes ses variétés». De plus, sur un plan strictement linguistique, dans un contexte de faiblesse incontestable du sentiment pan-berbère, l’aménagement d’une langue unique pour tous les berbérophones algériens (ce «tamazight standard» tant rêvé) risque de déboucher sur un quasi-espéranto amazigh, qui ne serait la langue naturelle de personne, créant ainsi une situation de diglossie dont le monde berbérophone se passerait bien.

Une telle situation diglossique, si elle peut satisfaire l’ego d’«experts» attachés à la création en laboratoire d’une «amazighiya fusha», ne servira pas le projet de sauvegarde des langues berbères réelles, menacées par l’extension de l’usage de l’arabe dialectal (et non pas par l’arabe fusha, et ce, contrairement à une opinion aussi fausse que répandue). Les inconvénients de cette diglossie berbère seraient d’ailleurs plus nombreux que ceux de la — présumée — diglossie arabe.

A force d’être employé dans des domaines divers et variés, l’arabe possède nombre de registres linguistiques intermédiaires entre le fusha et le pur dialectal, ce ne pourrait être le cas pour le «tamazight» avant plusieurs décennies d’usage généralisé et intensif.

Il serait donc plus indiqué de se concentrer sur la modernisation du kabyle : si elle réussit — et elle a des chances de se couronner de succès pourvu qu’elle s’en donne les moyens financiers et humains — elle servira de modèle pour les autres langues berbères (chaoui, mozabite, etc.).
«Mais allons-nous avoir plusieurs langues berbères ?», objecteront les sceptiques.

«Oui, et alors !» devrait-on rétorquer. D’abord, il faut sortir du culte de l’unicité linguistique, reflet sournois de l’unicité politique, idéologique et religieuse, qui n’épargne pas plus le monde berbère que le monde arabe ; ensuite, les parlers berbères sont divergents les uns des autres — et depuis de longs siècles probablement — si bien que faute d’un fort sentiment pan-berbère, leur unification ne se fera qu’au prix de leur désincarnation en une supra-langue standard ; enfin, la reconnaissance à la Kabylie d’une seconde langue officielle, le kabyle, ne signifie pas que cette région va quitter la maison Algérie, ni qu’elle doit avoir ce statut d’autonomie politique revendiqué par le MAK.

Elle signifie simplement la reconnaissance d’une évidence : c’est dans cette région que le «tamazight» a le plus d’atouts pour renaître sous forme de langue moderne.

Quand on se soucie des langues berbères comme d’un patrimoine en voie de déperdition, le but devrait être leur sauvegarde dans leur diversité et non pas leur unification autoritaire rien que pour doter les Berbères d’une fusha aussi pure qu’inutile. Quant à l’unité nationale, ce sont la justice, l’égalité sociale et la démocratie qui devraient lui servir de bouclier et non la multiplication des langues uniques officielles. Si elle est aujourd’hui menacée, c’est par l’injustice, la prédation débridée et l’autoritarisme et non par la diversité linguistique naturelle de l’Algérie.

* Yassine Temlali est journaliste, traducteur et chercheur en histoire et en linguistique. Il est l’auteur de La genèse de la Kabylie. Aux origines de l’affirmation berbère en Algérie (1830-1962) et de Algérie. Chroniques ciné-littéraires de deux guerres (Barzakh, Alger : 2011). Il a participé à plusieurs ouvrages collectifs, dont L’histoire de l’Algérie à la période coloniale : 1930-1962 (Alger : Barzakh/Paris : La Découverte, 2012).

Note :

1) Nous écrivons «tamazight» entre guillemets parce qu’il s’agit d’un objet théorique, qui n’a encore aucune existence réelle. Ce qui existe réellement, ce sont les langues berbères (kabyle, chaoui, mozabite, chleuh, rifain...). L’existence dans un passé lointain d’un berbère originel,

duquel auraient dérivé les langues berbères actuelles, n’est rien d’autre, pour l’instant, qu’une hypothèse de travail pour les linguistes.

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 12:15
De l'humiliation à la honte

Des années avant le Printemps arabe, Hichem Djaït écrivait : "Je me sens humilié d’appartenir à un Etat sans horizon ni ambition, autoritaire quand il n’est pas despotique où ne se trouvent ni science ni raison ni beauté de la vie, ni culture véritable. Cet Etat me réprime et dans cette société providentielle, ruralisée, j’étouffe, comme je souffre d’être dirigé par des chefs incultes et ignorants. En tant qu’intellectuel, je vis une névrose et il est humain et légitime que je projette mon malaise sur ma société, mais les révoltes populaires sont là pour témoigner que ce malaise n’est pas une construction d’intellectuel."

Les révoltes populaires ne sont plus là pour témoigner et les chefs ont cessé d’être incultes et ignorants. Quant à l’intellectuel, s’il a existé, il a fini par revenir au mektoub pour guérir de sa névrose. François Mitterrand, fraîchement élu, en visite officielle en Angleterre, a demandé de dialoguer avec des intellectuels. Les sujets de sa Grâcieuse Majesté lui ont répliqué : "Nous avons des professeurs, des scientifiques, des peintres, des artistes…, mais pas d’intellectuels." En Algérie, on n’est pas en manque de diplômes délivrés par l’Etat signés par des responsables nommés par des autoproclamés au rythme des contrats signés. Des diplômés qui n’ont jamais exprimé leur humiliation qu’à travers une fiche de paye sans se poser la question : qu’allons-nous acheter avec la nouvelle hausse ? Le marché s’offrait à eux avec sa danse du ventre et la musique qui va avec : culture du sabotage et B.A.-BA des magouilles. Cette humiliation à un si haut niveau n’a pas de remède. Pour la reine du crime, Agatha Christie, le crime parfait ne peut être commis que par un as de la médecine. La décolonisation a apporté la liberté l’égalité la fraternité aux "Rois fainéants". Les bougnouls n’ont pas changé de statut. Pourtant, la guerre de libération a été déclenchée parce que certains avaient des droits et d’autres pas. Même Habib Bourguiba en été convaincu : "Les Tunisiens ne sont pas prêts pour la démocratie." Quand les Ottomans ont envahi la Tunisie, les élites du pays ont fusionné avec ceux de la Sublime Porte contrairement à l’Algérie, l’orpheline, qui a laissé l’envahisseur régner seul. Le pays persiste dans son exception et menace de revenir au chaos si on l’interroge. Il y a quelques jours dans l’Egypte de l’après "Dégage", un électeur sur quatre s’était déplacé pour voter. Les descendants des pharaons arrivent à interdire à leurs "élus" le prestige des fausses statistiques.

La Régence d’Alger a fait mieux, elle a interdit les statistiques. À l’humiliation de n’avoir pas su "dégager", s’ajoute la honte du roi des dupes de la "fratrie". Avant d’aboyer, on subit la noyade du chien que la rage a dédaigné. Nous trainons cette nationalité encensée par des fraudeurs tel un boulet au cou à l’intérieur et l’extérieur. Déshonorés par leurs propres maitres, les esclaves ne trouvent même pas de salut dans la foule anonyme super sécurisée d’un aéroport international. Quand le plus idiot d’entre eux essaye de comprendre, la réponse se limite à un méprisant sourire ou : "On a des directives… L’Algérie c’est un pays difficile…Ce n’est pas la même chose…On s’excuse pour le retard etc.". Quand il insiste, l’inévitable fuse : "Nous avons toujours des problèmes avec les Algériens." On ne peut même pas se défouler dans le "touche pas à mon faciès»puisque le pire vient de ceux qui nous représentent à l’étranger et de la compagnie nationale d’Air Algérie. En parallèle et au sommet, heureusement l’honneur est vierge: "Nous n’avons aucun problème avec les dirigeants algériens. Notre entente est parfaite. Une véritable lune de miel…" Le syndrome des parents parfaits qui engendrent des monstres. Ils ont le choix entre les engraisser ou les assassiner. On compare l’Algérie à tort et à raison à la Corée du Sud. D’un pays riche naturellement à un autre dépourvu de toute richesse naturelle. En 50 ans, ce dernier a fait son miracle pendant que l’autre s’est acharné à forer sa malédiction. La Corée du Sud était parmi les trois pays les plus pauvres avoisinant le Soudan et en guerre avec sa moitié du Nord.

L’Algérie indivisible de 1962 était bien partie pour perpétuer le miracle avec les acquis de la révolution et l’héritage colonial. Récemment, dans un documentaire sur Arte(1), une Coréenne explique leur étonnant décollage par le fait que les aînés ont beaucoup travaillé en veillant à ce que chacun soit l’ange gardien de l’autre. Tous les films historiques nous montrent qu’il suffit d’un dégénéré à la tête de n’importe quel empire pour le transformer fissa en un repaire de brigands. Tout simplement parce qu’on nait différents inégaux et vulnérables. Les Coréens qui ont pris les commandes ont intégré ces tares. Ils ont modernisé en conservant la tradition, en tolérant toutes les religions. Le principe même du bouddhisme est d’éviter les extrêmes ce qui est contraire à tous les systèmes arabes. Il y a trois siècles un roi du Vietnam, las des guerres entre les brahmaniques et les musulmans, a eu l’idée d’obliger les uns à intégrer dans leurs croyances la religion des autres. Résultat, il n’y a plus de conflit et l’Islam des Cham Baní a adopté la non-violence en allant jusqu’à mettre une déesse à côté d’Allah. En général, quand l’Islam vainqueur s’oppose aux traditions asiatiques, il n’arrive pas à les effacer complètement. On doit s’interroger sur leur stabilité. Se demander pourquoi notre "Vatican" est représenté par des Ibn Saoud qui n’ont ouvert leur frontière à aucun migrant musulman pendant que le Pape appelle à l’accueillir en frère dans le monde chrétien.

Fossoyeurs des femmes alors que le miracle coréen ne pouvait se réaliser qu’en les intégrant. Le documentaire nous apprend que la réussite de la Corée du Sud est due au volontariat des femmes auprès de la catégorie la plus sensible : les jeunes. On imagine des Algériennes en faire de même. Le Code de la famille a tellement fait des ravages qu’on ne sait plus s’il est encore temps pour l’homme de compter sur une femme codée depuis des décennies. Si l’éducation a fait la Corée du Sud, par quel miracle l’Algérie, dépourvue de femmes et de lien social entre les hommes, peut s’extirper du gouffre. Il existe des enfants d’une même famille propres, polis, studieux alors que leurs parents non seulement sont absents toute la journée, mais utilisent le minimum d’autorité qui leur est dû. Leur secret ? La confiance. Si le Finlandais est le premier à l’école, il est aussi celui qui est le moins surveillé. Il y a longtemps que les Algériens ont perdu la confiance dans leurs décideurs pour finir par perdre celle qui existait entre eux. Que faut-il faire ? Loin de l’ange gardien coréen, on peut toujours éviter de voir le démon chez l’autre. Exemple type : signer une feuille pour améliorer la vie du quartier abandonné par les autorités. Que voit-on autour de nous au quotidien ? Des gens bon-chic bon-genre, des cadres parfois, préférant patauger dans un marécage nauséabond et dangereux pour le plaisir de voir râler un voisin haï. On vénère ces phrases lapidaires ressassées de l’aube au crépuscule : "C’est l’Algérie, c’est normal. Ibn Khaldoun l’a dit : Les Arabes se sont mis d’accord pour ne pas se mettre d’accord. Les ancêtres nous ont maudit. C’est un harki, un indic, un juif, il a son intérêt qui n’est pas le nôtre. Donner de l’argent de l’espoir et finir par être arnaqué, je préfère crever. À quoi ça sert, tout est foutu. La délivrance est dans la fuite." La victime a tendance à se venger sur plus malheureuse qu’elle ou se faire hara-kiri. Cela dure depuis plus d’un demi-siècle sans résultat c'est-à-dire en empirant. Il est urgent de changer de méthode. La victimisation n’a pas porté chance aux Noirs des USA, des expériences ont prouvé sa responsabilité. Un policier Blanc tue un jeune Noir. Quel désastre, quand il n’y a aucun policier Noir qui tue un jeune Blanc. Le même phénomène existe dans les banlieues parisiennes, dans nos quartiers d’Alger un peu partout. Ce qui relève strictement de la justice se double étrangement de la pigmentation de la peau, du genre, des croyances, des affinités…au seul profit des politicards qui montent grâce aux plumes arrachées.

Les Occidentaux de souche ont fini par avoir peur d’être fichés comme racistes ; que font-ils ? Ils évitent le chemin des bronzés au naturel ; bonjour la cohabitation … Il faut s’arracher au cercle vicieux. Faire ce que font les autres : l’entraide. Les Coréens ne se considèrent ni comme une Oumma ni comme une fratrie, pourtant ils y adhérent. C’est vrai qu’ils ont eu les bons dirigeants, mais l’orphelin n’est pas condamné à tout rater. Plus le système est pourri, plus il a peur de faire la moindre concession. Pourquoi le ferait-il s’il n’y a aucune force pour l’y contraindre ? En Algérie, la violence est omniprésente quand elle n’est pas contenue par la peur, l’âge ou la maladie. Pourquoi se battre avec le voisin et parfois devant un juge parce que son rejeton a brisé le pare-brise de ma voiture ou a vidé la poubelle devant ma porte ? Au lieu de se dire pourquoi cette agressivité chez un bambin, apparemment normal, qu’on a vu grandir avec des sourires ? Rien ne sert de déménager, partout c’est le même scenario. En Allemagne, un Coréen avait volé des sous-vêtements pour séduire sa belle. Manu-militari, ses compatriotes lui dressèrent un procès et le condamnèrent à mort sous prétexte de les avoir tous déshonorés. Il a beau leur expliquer que la police allemande lui avait pardonné après qu’il ait rendu la totalité de son larcin, en vain. Il n’a eu la vie sauve qu’à la défection de l’un de ses juges. Et dire que chez les émigrés musulmans, les dignitaires n’osent même pas faire des remontrances à leurs terroristes. Terreur et déshonneur pour la populace pendant que la Régence s’érige sans honte et par calcul sur le meurtre au propre ou au figuré des vrais révolutionnaires. "…un homme d’honneur qu’on a voulu déshonorer…une des plus grandes figures du XXe siècle qu’on s’est épuisé à salir, à maudire et que j’ai vu trembler, à la fin de sa vie, sous le poids des ingratitudes et des amnésies." (2) Pourquoi l’Algérie a-t-elle eu besoin de salir un Messali Hadj, le premier Algérien à évoquer son indépendance ? Sans parler d’un Ferhat Abbas, le premier qui a su la représenter au niveau international ? Avec lui "Une autre Algérie", affirme l’historien attitré Benjamin Stora.

Face à ces points d’interrogation, les Algériens sont condamnés à former une union basique là où ils végètent. Les insultes, la haine, la jalousie, la violence, les critiques, le racisme, l’intégrisme, l’intolérance ont fait leur sale boulot, il faut se décontaminer de ces virus mortels. S’occuper des enfants. On les a vus, ils peuvent nous haïr et aller jusqu’au meurtre pour le mal qu’on leur a fait par lâcheté. C’est facile, ils ont besoin d’espace de jeux et de confiance, il suffit de se mettre d’accord sur ces trois constantes. Après la mort des sages, l’ère de l’internet où le pire côtoie le meilleur. Cliquer sur la bonne touche et découvrir l’expérience de ceux qu’on admire et qu’on envie. On est sidéré quand on voit comment en Occident certains se débrouillent pour un coup de main par-ci par-là à moindres frais notamment depuis 2008. Les sites pullulent où l’initiative citoyenne se fait dans la discrétion l’efficacité loin de la politique et du business. Lors du tsunami, les Japonais affamés ont fait la chaine dans la sérénité refusant de tendre la main à l’aide internationale. Il est temps que les Algériens retrouvent un peu de dignité. Qu’ils cessent d’avoir honte et affrontent les tabous que de vils potentats et des généraux sans médaille leur ont imposés pour mieux les déposséder, les asservir : la bombe démographique, le codage des femmes, l’énigme du sida qui évite notre pays tel un nuage de Tchernobyl, le boom du cancer, la pollution sans industrie, les intoxications de la malbouffe, le trio insécurité-terrorisme- repentance et l’impunité quasi divine des détourneurs des richesses naturelles. Sans oublier le venin du pedigree. "Au Maroc, il n’y a que des Marocains", avait répliqué le roi quand les nazis ont voulu savoir le nombre des Juifs marocains.

En Algérie, il n’y a que des Algériens. L’homme n’a rien inventé dans ce domaine depuis des milliers d’années. "S’il existe dans la nature un principe de justice, un principe d’honnêteté des principes que nous décrivons par les mots "le mien" et le "tien", des principes des droits naturels de l’homme…dès lors nous avons une loi universelle …la loi suprême est partout la même dans le monde entier, dans tous les temps et pour tous les peuples."(3)

Mimi Massiva

Renvois

  1. Arte (vendredi 27 /11/15)
  2. Djanina Messali- Benkelfat (Une vie partagée avec Messali Hadj, mon Père)
  3. Lysander Spooner, juriste américain 1808-1887 ( Outrage à Chefs d’Etat)
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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 11:52
De la bérézina à l'algérienne par Kamal Guerroua

Parfois, on dit en politique qu'à chaque situation inédite convient un qualificatif absurde! Mais le problème, c'est qu'en Algérie, toutes les situations sont inédites et tous les qualificatifs qui leur collent dessus sont absurdes, étonnant! De la «mystérieuse» maladie du président Bouteflika depuis pratiquement 2005 à l’initiative des 19 personnalités qui voudraient l’écouter parler, et de l'omnipotence d'un général de l'armée «invisible», considéré en certains temps comme «le Dieu de l'Algérie» aux supplications assez pathétiques via les médias de la même personnalité qui s'est dit consterné par un jugement rendu par un tribunal militaire à l'encontre de l'un de ses ex-subordonnés, le sort de cette Algérie irrécupérable semble échapper à tous les pronostics, hélas!

Lassés, mes compatriotes ont fini par prendre, au fil du temps, le pli. On dirait que notre actualité est faite d'un rien qui se multiplie par un nombre indéfini de fois. Pour cause, quiconque aurait vu les images pour le moins désolantes retransmises en direct, il y a quelques jours, de l’hémicycle de l'A.P.N parlera sans doute de «mascarade». De mon côté, je préfère les appeler «bérézina». Mais pourquoi ai-je choisi exactement ce mot et pas un autre? Quoique se référant étymologiquement au lieu où se serait déclenchée la bataille franco-russe de 1812 dont les deux parties belligérantes ont tiré une grande fierté, bérézina signifie en fait dans la langue de Molière une déroute due à une mauvaise organisation, laquelle mène nécessairement à la catastrophe. Oui catastrophe! Mais la particularité de cette catastrophe—cela aussi, me diriez-vous, est typiquement algérien— est qu'elle sauve une petite minorité et noie la plus grande majorité. Soit dit en passant, respectivement les privilégiés du système et les couches défavorisées de notre société. A cause de leur mal organisation, leur peu d'engagement et leur allégeance aveugle aux cercles de l'argent sale, la majorité des députés qui étaient présents ce jour-là dans l'enceinte de l'A.P.N ont, d'une manière ou d'une autre, contribué à l'impasse actuelle. Pris au piège par la logique de la rente, atteints du syndrome «khobziste» ou manipulés, ils portent la pleine responsabilité de notre «bérézina» nationale. Quant aux élites gouvernantes, elles ont rebattu les cartes du «poker» de façon confuse jusqu'au point où elle se soient perdues dans leur propre jeu : un véritable dilemme du prisonnier. Et puis maintenant, avancer vers quoi? Acheter la paix sociale par quoi? Comment et par quel moyen? Terminer le plan quinquennal déjà prévu jusqu'à 2019 ou le geler? Retourner à la case départ ou foncer droit dans le mur? Difficile de prédire quoi que ce soit quand on sait qu'on est l'otage du «monsieur Pétrole»! Il est «des mots nés de maux qui ont éclos» dirait l'illustre écrivain Frantz Kafka (1883-1924). Terriblement! Nos maux, à nous les algériens, ne se découvrent que que le jour où l'argent cesse de couler à flots et la bourse de Brent adopte une tendance baissière...

Vers 1870, un réformateur tunisien du nom de Kheireddine Pacha (1822-1890) aurait laissé à la postérité la citation suivante «celui qui a lu le troisième chapitre du livre d'Ibn Khaldoune a pu vu voir les preuves palpables que l'injustice et l'arbitraire sont la cause de la ruine des Etats, quelle qu'ait été leur condition précédente» A ces ingrédients de la ruine, il va falloir ajouter peut-être la mauvaise distribution des richesses. Quand un pays ne produit presque plus rien de la sueur de son front et se vante d'être à l'abri des tornades économiques dont tout le monde se plaint, puis, se découvre du jour au lendemain en plein centre du cyclone, il y a de quoi en être inquiets. On est tous victimes d'une sorte de «mythomanie collective». On se ment à nous mêmes, ment aux autres et finit par croire à nos propres mensonges. En fin de course, la réalité nous détrompe à coups de «breaking news», du genre : serrez la ceinture les gars car si le pétrole continue de chuter à ce rythme, l'Algérie va contracter des dettes chez le F.M.I d'ici 2017! Mais bien sûr messieurs les responsables! On le sait bien! Mais où en êtes vous pendant tout ce temps pour rectifier le tir? Mine de rien, notre capacité de «transformation dans l'absurde» est phénoménale. Et puis, l'algérien lambda s'est aussi «métamorphosé», en prenant de mauvaises habitudes pendant ce règne de Bouteflika : il s'est par exemple donné à fond dans le culte de l'argent-roi. De même, le matérialisme a envahi son subconscient et ce dernier se sent complètement déréglé au point de vue de «la moralité» (perte du sacrifice, égoïsme, peu d'amour du pays..., etc)! Cela laisse entière la question de son adaptation à ce nouvel oukase de l'austérité! Qu'est ce qui nous arrive à nous les algériens? A-t-on perdu les repères de la raison, du temps et de l'espace? Qu'est-ce qu'on a fait en 15 ans d'embellie financière exceptionnelle? Et dire que la nomenklatura plongée dans l'opulence n'a jamais eu le temps de penser à une transition économique, ce serait complètement débile, voire absurde! Presque 700 milliards de dollars dépensés dans les projets de relance économique sans grande utilité. Or le pétrole n'est pas, encore faudrait-il le répéter en ce papier, une rente viagère. Et il va de soi qu'un jour ou l'autre, on n'aura plus cette manne céleste à notre disposition pour camoufler nos failles!

Mais qu'importe! Car les nôtres se bandent les yeux et jouent au colin-maillard. Et oublient, par je ne sais quelle magie, que le jeu est quelque chose de sérieux. Parce que si parfois ils y réussissent, en d'autres occasions ils pourraient bien y échouer. C'est la règle de la vie. Imaginons un instant un pays européen ou même asiatique se trouvant dans la même situation que nous avec les mêmes potentialités souterraines, ses élites en réagiraient-elles de la même façon? Sans doute non! Bref, les scènes cocasses de l'A.P.N révèlent, à elles seules, des fractures dans la société et également un drame à haut degré d'adversité où «une hydre oligarchique à plusieurs têtes» sévit au cœur des appareils de l'Etat. Nos dirigeants devraient se rendre compte de l'insolvabilité de cette crise si nous ne nous y mettions pas à fond. Je ne peux m’empêcher en y pensant d'avoir recours à cette excellente réflexion du poète syrien Nizar Al-Kabani (1923-1998) «Pardonnez-nous, écrit-il, pour le jour où nous nous entasserons sur un bateau. Et nous nous dispersons aux quatre coins du monde. Car nous n'avons pas trouvé chez les marchands arabes un seul qui accepte de nous nourrir ou de nous acheter». A vrai dire, bien que la mayonnaise de la dictature ait pris, les choses ne peuvent s'assembler dans la réalité comme lors de l'énumération des mensonges dans le discours d'un autocrate démagogue. Ni les archives émotionnelles de la grande épopée révolutionnaire, ni la panoplie des manipulations de toutes sortes, encore moins le bâton de la répression ou «le fantôme de la peur» ne suffiront désormais pour apaiser la colère des citoyens. Ne dit-on pas d'ailleurs qu'un ventre affamé n'a point d'oreilles! Ce qui se passe actuellement en Algérie, quoique prévu depuis assez longtemps, est gravissime et nécessite des solutions «graves» et urgentes à la hauteur des défis nationaux. Il y a péril en la demeure, décidément! D'autant que cette loi de finances 2016 consacre l'avènement du néolibéralisme et une rupture définitive avec la terminologie du socialisme. Si de par le passé, les autorités jouent sur le registre sensationnel «économie de marché», «Etat-providence», «réformes», «restructuration économique», etc., maintenant, elles affichent en grandeur nature leurs intentions ultralibérales et prennent avec dédain tout ce qui vient des entrailles de la société. Or on le sait depuis toujours, l'odeur de l'oseille et de l'austérité sentent souvent le pourri. Qu'on valorise moins le destin du pays et de sa jeunesse est une chose, mais que l'on continue à assumer des charges étatiques, tout en affirmant défendre son honneur, son statut et sa dignité en est une autre! Notre gérontocratie décidée à se cramponner à ses privilèges se serait indirectement reconnue cette fois-ci dans ses illusions.

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 11:47
Ali Benflis au Matindz : "Les Algériens veulent savoir où est parti l’argent du pétrole"

Le constat établi par Ali Benflis, dans cet entretien exclusif accordé au Matindz, est implacable. Il est celui d'un connaisseur des rouages du système. L'homme politique qui répond ici est aujourd'hui un opposant déterminé, inquiet par le devenir du pays.

Les ressources financières exceptionnelles dont le pays a disposé plus d’une décennie durant ont fait l’objet d’une véritable entreprise de prédation.

  • Hypothèse Saïd Bouteflika : un pari irresponsable sur le pire
  • Je crains l’effondrement de l’Etat National : le pays est assis sur un volcan en attente d’éruption
  • Des forces extra-constitutionnelles qui se sont emparées du centre de la décision nationale
  • Je ne suis sur aucune tablette, ni française ni américaine

Le Matin : Quelle analyse faites-vous des rapports nouveaux avec la France ?

Ali Benflis : Je n’ai pas en mains toutes les données qui m’autoriseraient à formuler une analyse catégorique des rapports algéro-français. Je me limiterai donc à des constats d’observateur. Je constate d’abord que le régime politique en place a cette fâcheuse tendance à vouloir «personnaliser» les rapports de notre pays avec la France. Je constate, ensuite, qu’il donne l’impression d’être à la recherche d’une caution plutôt que d’un partenaire. Je constate, en outre, que le régime politique en place n’a pas de légitimité intérieure et, en conséquence, il est à la recherche chez les autres de cette légitimité qu’il sait perdue chez lui. Je constate, enfin, qu’en près de quatre mandats, le régime politique en place a été incapable de bâtir avec la France un véritable partenariat dont les réalisations seraient visibles et vérifiables sur le terrain économique.

Ce régime se gargarise de mots. Il pense impressionner avec des concepts ronflants : tantôt il nous parle de partenariat stratégique et tantôt de partenariat d’exception. Avec la France, nous n’avons ni l’un ni l’autre. Je vais même plus loin et j’affirme qu’avec ce pays, le nôtre n’en est même pas arrivé au stade de la construction d’un simple partenariat comme l’entendent les autres Nations du monde.

J’ajouterai, pour conclure, que ces quatre mandats ont mis l’économie nationale dans un tel état de délabrement qu’il lui est difficile de bâtir un partenariat avec la France ou avec quelques autres pays que ce soit.

Mettons d’abord de l’ordre dans nos propres affaires économiques ; sachons avec exactitude vers où nous voulons aller ; et identifions les étapes par lesquelles nous devons passer. Alors et alors seulement nous serons en mesure de traiter d’égal à égal, je veux dire d’Etat à Etat, du contenu de nos intérêts mutuels que nous pouvons partager non seulement avec la France mais avec tous nos autres partenaires potentiels.

Vous avez semblé insinuer que toutes les recettes pétrolières ne sont pas entrées dans le Trésor Public.

J’évite autant que je le peux de procéder par insinuation. Dès lors que je dispose de données dont je suis sûr, je procède par affirmation. Je n’ai jamais affirmé que "toutes les recettes pétrolières ne sont pas entrées dans le Trésor public". Ce que j’ai affirmé et que j’affirme toujours, c’est que l’Algérie a eu en mains près de 1000 milliards de dollars du fait d’une embellie énergétique exceptionnelle et que ce montant phénoménal a fait l’objet d’une prédation tout autant phénoménale. J’ai parlé donc d’une grande criminalité financière et je maintiens mon propos. Quelle a été la destination de cette manne financière sans précédent ? A-t-elle servi à bâtir une économie émergente comme cela nous était promis ? A-t-elle servi à doter le pays d’une industrie ou d’une agriculture dont les performances feraient notre fierté ? A-t-elle servi à fournir au pays des systèmes d’éducation, de santé et de transport dont nous serions pleinement satisfaits ? A-t-elle servi à pourvoir le pays en équipements et en infrastructures de qualité remarquable, alors même que tout ce qu’il y a de remarquable à propos de ces équipements et de ces infrastructures ce sont leurs coûts qui sont de deux à trois supérieurs à ceux connus internationalement dans des domaines similaires ? A-t-elle servi à rendre notre économie nationale moins rentière, à réduire notre dépendance à l’égard du reste du monde pour la satisfaction de presque tous nos besoins et à diversifier les sources de la richesse nationale ?

Je soutiens, pour ma part, que les ressources financières exceptionnelles dont le pays a disposé plus d’une décennie durant ont fait l’objet d’une véritable entreprise de prédation. Et cette prédation a des visages et elle porte des noms : la surfacturation des projets, l’octroi douteux des marchés publics de gré à gré, la fraude au commerce extérieur, la fuite des capitaux et l’évasion fiscale.

Voilà ce que je dis et voilà ce que je maintiens : le régime politique en place a permis l’émergence des forces de l’argent douteux et ces forces s’enhardissent pour faire irruption dans le champ politique qu’elles s’emploient à modeler à l’image de leurs seuls intérêts indus et de leurs seules ambitions illégitimes.

Que pensez-vous de l'hypothèse Saïd Bouteflika ? Qu'êtes-vous prêt à mener comme réaction si cela se confirmait ?

Jetez un regard sur l’Histoire politique du reste du monde. Elle vous enseignera que tous les totalitarismes et toutes les autocraties sont tentés par l’organisation de successions héréditaires. Certains régimes politiques y succombent et d’autres l’évitent. Jetez un autre regard sur le monde arabe ou certains régimes n’ont pas résisté à cette tentation comme cela a été le cas de la Syrie, de la Libye, de l’Egypte ou du Yémen et voyez où en sont ces pays.

Nous sommes au XXIe siècle et dans ce siècle les totalitarismes et les autocraties n’ont plus leur place comme n’y ont plus de place les velléités d’organisations de successions héréditaires. Autres temps, autres mœurs.

L’Algérie est une République où la légitimité des institutions ne s’acquiert que par l’urne et elle seule dans la mesure où le peuple est la source de tout pouvoir. Pour avoir ignoré ces deux vérités fondamentales, le régime politique en place en paye le prix aujourd’hui : ce prix est celui d’une crise de régime dont il ne sait comment sortir. Dans ces conditions, envisager une succession héréditaire comme solution à cette crise de régime, c’est faire un pari irresponsable sur le pire.

Le régime politique en place dans notre pays a été capable de bien d’autres agissements irresponsables et irrationnels, mais je doute qu’il soit aveuglé au point d’aller vers le summum de l’irresponsabilité et l’irrationalité que constitue une succession héréditaire ou cooptée du pouvoir.

Quels objectifs vise réellement Abdelaziz Bouteflika ?

Je suis de ceux qui soutiennent avec beaucoup de certitude et de conviction qu’il y a vacance du pouvoir. Un pouvoir vacant peut-il avoir des objectifs, une vision ou un projet pour le pays ? Naturellement et évidemment non. Ceux qui gravitent autour de ce vide qu’est devenu le sommet de l’Etat n’ont qu’une obsession, celle de durer le plus longtemps possible. C’est une obsession, la seule qu’ils aient, mais qu’il leur devient de plus en plus difficile de satisfaire. Ils ont cru que la gestion de la vacance du pouvoir serait chose aisée et qu’elle était à leur portée.

Ils s’aperçoivent actuellement que l’affaire n’est pas si simple. Par temps calmes, ils ont cru pouvoir durer autant qu’ils le voudraient ; mais par ces temps agités que vit le pays, l’objectif de durée devient de plus en plus difficile à tenir.

Croyez-vous à une alliance Bouteflika-France ? Bouteflika-islamistes ?

Je parle de vacance du pouvoir. J’entends par là un pouvoir qui n’est plus exercé par son titulaire constitutionnel. Une telle vacance du pouvoir est-elle compatible avec quelque stratégie que ce soit ?

Vous attendez-vous à une réaction populaire en cas de crise économique ?

Mais la réaction populaire est déjà là. Vous savez que j’anime actuellement des rencontres régionales de mon parti. J’en ai déjà animé quatre à Sétif, à El Bayedh, à El Nâama et à Oran. Partout dans ces régions de l’Est, du Sud et de l’Ouest de notre territoire les mêmes questions qui m’étaient adressées revenaient comme une litanie : où est passé tout l’argent que le pétrole a rapporté ? Pourquoi les pauvres seraient-ils les seuls à supporter le fardeau de la crise alors que les riches en sont exonérés ? Comment une gouvernance qui a lamentablement échoué même en disposant d’une manne financière sans précédent pourrait-elle réussir maintenant que cette manne a disparu ?

Donc la réaction populaire est déjà là : les citoyennes et les citoyens commencent à demander des comptes ; ils veulent savoir pourquoi malgré l’argent qui a coulé à flot l’Algérie reste un pays riche habité par un peuple pauvre ; ils veulent connaître les véritables raisons de ce contraste entre une minorité à la richesse arrogante et insolente et une majorité besogneuse dont le quotidien est fait de privations sinon de dénuement ; et plus que tout ils veulent que les responsabilités dans ce gâchis soient assumées.

Dans les Etats démocratiques, dignes de ce nom, lorsqu’une majorité politique est responsable d’une défaillance aussi monumentale elle demande pardon et s’en va ou alors elle est renvoyée par la force des urnes. Chez nous ces mœurs civilisées n’ont pas droit de cité. Nos gouvernants ont pris la fâcheuse habitude de ne jamais lâcher prise même lorsqu’ils échouent, même lorsque leur gestion est décriée, même lorsque leur autorité est bafouée et même lorsqu’ils ne jouissent manifestement plus d’aucune sorte de crédibilité ou de confiance.

Le régime politique qui sévit toujours chez nous se révèle être un adepte de la politique du pire. Cette politique met le pays sur un volcan d’où parviennent, pour qui sait les entendre, des grondements qui ne présagent rien de bon.

Pourquoi et comment Bouteflika s'est-il imposé au DRS ? Quelles seraient, selon vous, les conséquences ?

Je lis et j’entends beaucoup de choses au sujet d’un bras de fer qui existerait entre la Présidence et le DRS. Ce bras de fer, s’il existe, a fini par devenir un objet de fixation. Qui a remporté ce bras de fer ? Qui l’a perdu ? La victoire du gagnant est-elle claire, nette et définitive ou n’est-elle qu’une victoire à la Pyrrhus ? Voilà les questions qui rythment la vie politique nationale ces temps-ci.

Gardons-nous de croire que l’enjeu principal est là alors qu’il est ailleurs, je veux dire dans l’effondrement qui menace l’Etat National avec ce que cela induirait comme conséquences tragiques pour l’ensemble de la collectivité nationale.

Oui, l’enjeu principal est dans cette crise de régime gravissime que nous vivons et qui prend une tournure particulièrement périlleuse.

Je ne vous cacherai pas que je suis inquiet pour notre pays. Jusqu’à quand l’Etat national pourra-t-il tenir avec une vacance du pouvoir qui le mine de l’intérieur de manière inexorable ? Jusqu’où pourra aller l’illégitimité des institutions sans menacer l’unité de la Nation et sa cohésion ? Jusqu’à quelles limites les forces extra- constitutionnelles qui se sont emparées du centre de la décision nationale s’autoriseront-elles à aller sans menacer l’existence même de la République ? Jusqu’à quand les sérieux problèmes politiques, économiques et sociaux continueront-ils à s’accumuler loin de toute prise en charge véritable sans transformer notre société en vaste foyer de tension et de crises ? Voilà, me semble-t-il les véritables menaces aux effets incalculables qui pèsent sur notre pays. Le reste, tout le reste, en devient totalement secondaire. Ce sont ces menaces qui doivent retenir notre attention. Rien d’autre ne devrait nous faire dévier de notre devoir d’y faire face et de prémunir notre pays contre elles.

Dans cette seconde partie de l'entretien, Ali Benflis aborde les années de proximité avec Bouteflika, le printemps noir et son engagement dans l'opposition.

Le Matindz : Au début de l’ère Bouteflika, vous faisiez partie du pré-carré présidentiel. A quel moment il y a eu rupture ? Et pourquoi selon vous ?

Ali Benflis : C’est exact. Il y a de cela seize ans, j’ai été le directeur de campagne, puis le directeur de Cabinet du Président en 1999. Ensuite et durant trois années, j’ai été son Chef du gouvernement. Mon appartenance au pré-carré présidentiel comme vous le qualifiez a duré en tout et pour tout trois années.

J’ai connu le programme politique avant de connaître l’homme. Et ces trois années m’ont permis de voir que derrière le programme politique dans lequel je me reconnaissais, il y avait un homme qui était loin d’être prédisposé à le mettre en œuvre. Souvenez-vous, les rapports des commissions nationales sur la réforme de l’Etat, de l’éducation et de la justice sont restées lettres mortes à ce jour. Il s’est ajouté à cela la loi antinationale sur les hydrocarbures qui a été ultérieurement abandonnée et le retrait de deux projets de loi organiques garantissant l’indépendance de la Magistrature de l’ordre du jour du Conseil des ministres. Ces deux développements ont marqué la fin de mon appartenance à ce pré-carré présidentiel dont j’ai perçu à l’époque les dérives vers le pouvoir personnel et, à travers lui, vers un régime autocratique et totalitaire. L’avenir a fini par me donner raison. Et c’est aujourd’hui tout le pays qui est contraint de s’acquitter du prix exorbitant de toutes ces dérives qui durent maintenant depuis seize ans.

Aujourd’hui beaucoup vous reprochent ce compagnonnage avec le clan au pouvoir. Que leur dites-vous ?

Je n’ai pas perçu ce reproche ni durant ma campagne présidentielle ni au moment de la création du parti que je préside aujourd’hui. Ce compagnonnage s’est construit sur la base d’un projet politique. Dès lors que ce projet politique a disparu de la feuille de route présidentielle, j’en ai tiré mes propres conclusions et je suis parti.

Nos concitoyennes et nos concitoyens me connaissent et connaissent mon parcours politique qui n’a pas commencé en 1999 comme il ne s’est pas achevé en 2003. Ils savent que je ne transige pas sur les convictions et sur les choix politiques de toute une vie. Ils savent que je ne fais pas passer le souci du poste avant des choix politiques fait par d’autres qui heurtent frontalement ce en quoi je crois et ce pourquoi je fais de la politique. Ils savent qu’en cas de désaccord politique profond je ne passe pas l’éponge et je ne m’incruste pas à tout prix. Je tire mes conclusions, je prends mes responsabilités et je pars pour reprendre le seul combat qui m’importe, celui de l’avenir démocratique de notre pays.

La Kabylie reste marquée par le printemps noir qui a eu lieu alors que vous étiez chef de gouvernement. Qui était derrière cette tragédie ? Pouviez-vous faire quelque chose pour mettre un terme à cette tragédie qui a coûté la vie à 127 jeunes ?

Dans mon parcours personnel, cette tragédie est incontestablement celle qui m’a le plus profondément marqué ; c’est celle dont je garde le souvenir le plus triste et le plus ému. J’étais Chef du gouvernement au moment de cette tragédie et Allah m’est témoin, que j’ai puisé dans les ultimes ressources dont je disposais pour en éviter la survenance, puis, pour la contenir. Cet objectif qui me tenait tant à cœur et dans lequel j’ai mis toutes mes forces a-t-il été atteint ? Malheureusement non. Comme vous en faites l’affligeant rappel, 127 enfants de notre pays pour la plupart des jeunes ont perdu la vie. Les jeunes que nous avons perdus sont la chair de notre chair et le sang de notre sang. A travers eux, c’est toute la grande famille algérienne qui a perdu beaucoup des siens. Ces jeunes représentaient l’avenir, et incarnaient l’espoir. Leur perte tragique n’en est que plus grande et je m’incline avec émotion et respect à leur mémoire.

Leur sacrifice a-t-il été vain ? Evidemment non.

Depuis son indépendance, notre pays est dans l’attente d’un projet national qui le rassemblerait enfin, autour de la construction de l’Etat démocratique et social. Toute l’Algérie attend, depuis longtemps, ce projet national qui n’est autre que le projet démocratique. Mais c’est incontestablement la Kabylie qui s’est distinguée par l’attachement le plus résolu et le plus constant à ce projet. C’est elle qui a été de tout temps le fer de lance du combat démocratique ; et c’est elle qui a consenti les sacrifices les plus élevés pour porter ce projet démocratique, pour le défendre contre toutes les adversités et pour le faire avancer malgré tous les obstacles.

Si un mémorial du combat démocratique doit voir le jour- et il le verra j’en suis sûr- c’est dans cette région qu’il devra être érigé car elle a été à l’avant-garde de ce combat.

Vous me demandez s’il était en mon pouvoir "de faire quelque chose pour éviter cette tragédie". Au poste qui était le mien, dans les limites étroites des prérogatives que m’accordait le régime politique en place et dans le contexte restrictif de l’état d’urgence en vigueur à l’époque, j’ai accompli ce qu’il m’était possible d’accomplir mais cela n’a pas suffi à éviter la tragédie.

Cette tragédie ayant endeuillé non pas seulement la Kabylie mais la Nation toute entière, j’ai tenu à ce qu’elle ne soit pas mise sous la chape du silence et de l’oubli. J’ai plaidé pour la constitution d’une Commission d’enquête indépendante qu’a accepté de présider sur ma proposition personnelle mon ami et mon frère feu le Professeur Issad Mohand qu’Allah l’entoure de ses Saintes Compassion et Miséricorde. Cette Commission d’enquête, la première du genre, a établi un rapport qu’on ne peut suspecter de partialité ou de manipulation des faits. Ce rapport a apporté un éclairage honnête, crédible et rigoureux sur cette tragédie à la hauteur de la réputation d’intégrité, de rectitude et du sens de la responsabilité du professeur Issad.

J’ai également incité à l’ouverture d’un débat parlementaire sur cette tragédie, ce qui constituait là aussi un précédent sur des événements tragiques de cette nature et de cette ampleur.

En ma qualité de Chef du gouvernement, j’ai ouvert et clos ce débat parlementaire par deux déclarations solennelles dans lesquelles je n’ai rien éludé ni rien caché. En mon âme et conscience, j’y ai rapporté tout ce que je savais et que nos compatriotes étaient en droit de savoir à propos de cette tragédie. Ces deux déclarations sont disponibles et elles peuvent être consultées. Avant d’être celles d’un Chef du gouvernement, ces déclarations étaient celles d’un homme qui se sentait un devoir de vérité envers son peuple. Je crois m’être acquitté de ma part de ce devoir de vérité sur cette phase tragique de l’Histoire de notre Nation.

Vous étiez chef de gouvernement. Qui décide selon vous ? Du moins du temps où vous étiez chef du gouvernement.

La Constitution de 1989 reprise par celle de 1996 a installé une sorte de dyarchie à la tête de l’Exécutif ; une dyarchie certes à portée limitée mais néanmoins une dyarchie fonctionnelle. Dans cette dyarchie qui procède à une répartition précise des prérogatives constitutionnelles, le Président préside et le Gouvernement gouverne. Du temps où j’étais Chef du Gouvernement, ce schéma constitutionnel a été plus ou moins observé mais je m’empresse d’ajouter que l’institution présidentielle laissait déjà entrevoir son inclinaison vers le monopole du pouvoir exécutif. Et dès le moment où j’ai perçu les premiers signaux m’indiquant qu’une déviation par rapport à un tel schéma se renforçait, j’ai pris mes responsabilités, j’ai assumé mes points de vue et je suis parti.

Vous avez pris part à la présidentielle. Pourtant vous n’ignoriez pas que le climat politique n’était pas à une élection transparente. Aviez-vous eu des assurances dans ce sens et lesquelles ?

J’ai toujours veillé à être le seul maître de mes décisions et de mes choix. Ceux qui me connaissent savent que je suis intransigeant sur l’exercice de mon libre- arbitre. J’écoute beaucoup et je consulte tout autant. Je ne me mure pas dans mes certitudes mais je tiens à assumer seul la responsabilité des choix et des décisions qui n’appartiennent qu’à moi et à moi seul. Croyez-moi, donc, la décision de prendre part à la dernière échéance présidentielle ne relève que de moi et de nulle autre source. Je n’ai reçu aucune assurance dans quelque sens que ce soit. Pour moi une élection présidentielle, c’est un homme qui va à la rencontre de son peuple pour soumettre à son jugement un projet politique. Dans cette rencontre directe il n’y a de place ni pour des intermédiaires ni pour des donneurs d’assurances.

En me présentant à la dernière élection présidentielle, j’ai souhaité une rencontre non faussée avec notre peuple ; cela n’a malheureusement pas été le cas. Et j’ai souhaité tout autant qu’émane de notre peuple un jugement non perverti sur le projet politique que je soumettais à son appréciation. Cela n’a pas été le cas non plus parce que le système de la fraude a accompli sa basse besogne sans retenue et sans vergogne. Maintenant que près de vingt mois se sont écoulés depuis la dernière élection présidentielle tout le monde peut voir que ma candidature n’a pas été un simple faire valoir pour le régime politique en place. Et même si cela arrive bien tardivement, chacun peut constater maintenant que ma candidature a contribué à lever le dernier voile derrière lequel s’abritaient les ultimes dérives, manquements et errements du système politique qui domine chez nous.

En dépit de toutes ces limites, si ma candidature n’avait servi qu’à faire bouger les lignes un peu plus et à éclairer davantage le véritable visage de ce système, elle n’aura pas été vaine. Et elle n’a pas été vaine justement parce qu’elle a aidé à mettre un tel système dans la position pour le moins inconfortable qui est la sienne aujourd’hui.

Vous avez déclaré récemment que vous ne savez qui décide ? Vous mettez en doute la capacité du président à prendre des décisions, sachant que les responsables du DRS ont complètement changé, y aurait-il donc un autre clan qui décide en Algérie ?

J’ai déclaré cela non pas récemment mais il y a de cela quatorze mois dans une interview accordée à un grand quotidien national qui en avait fait sa "une" à l’époque. J’y avais déclaré sans la moindre ambigüité que "le centre de la décision nationale n’est plus identifiable". Malgré toutes les peines du monde que le pouvoir en place se donne pour en cacher la réalité, chacune de nos concitoyennes et chacun de nos concitoyens voit, chaque jour que Dieu fait, qu’il y a bel et bien une vacance du pouvoir dans notre pays. Cette vacance du pouvoir n’est pas l’invention d’esprits malintentionnés ; elle n’est pas un argument sans consistance utilisé par une opposition contre un pouvoir dont la présence, l’autorité et la performance seraient vérifiables par tous.

Or ce qu’il y a de plus vérifiable à propos du sommet de ce pouvoir, c’est son absence, son silence et son inexistence dans la vie de la Nation. En physique comme en politique, le vide n’est jamais soutenable ni durable. Dans notre système politique parvenu à un stade de délabrement avancé, ce vide a été comblé par des forces extra- constitutionnelles.

Ces forces extraconstitutionnelles qui se sont emparées du centre de la décision nationale ne sont pas elles non plus une création factice ou une vue de l’esprit. Nul n’a besoin d’un dessin pour les reconnaitre tant elles excellent dans l’art de faire savoir à cor et à cri que ce sont elles qui décident, qui ordonnent et somment tout le monde d’accepter leurs faits accomplis qui ne se comptent plus.

Les Français et les Américains ont une grande influence sur le pouvoir en Algérie. Pensez-vous que vous pouvez être dans leurs tablettes, sachant que vous avez déjà rendu publiques vos rencontres avec des représentants américains à Alger.

Comme tout chef d’un parti politique qui tient à s’acquitter de l’intégralité de ses missions, je rencontre des ambassadeurs accrédités auprès de notre pays lorsqu’ils en formulent la demande. Il s’agit pour moi d’une activité ordinaire. Au demeurant ces rencontres sont sanctionnées par des communiqués dans lesquels j’informe scrupuleusement notre opinion publique du contenu de mes rencontres avec tous ces plénipotentiaires étrangers. Il n’y a là aussi rien de plus normal. Quant à savoir si je figure sur les tablettes américaines ou françaises, laissez-moi-vous dire que la seule tablette sur laquelle je tiens à être présent c’est cette tablette dont personne d’autre ne dispose et qui est la propriété exclusive du peuple algérien. La présidence de notre République ne se décide ni à Paris ni à Washington mais en Algérie et nulle part ailleurs.

Les précédents chefs de gouvernement sortis du système (Ghozali, Hamrouche, Sifi, Benbitour, etc) n’ont jamais réussi à revenir au pouvoir...

Les personnalités nationales que vous citez ont toutes mon affection, ma considération et mon respect. Elles expriment leur amour pour notre pays à leur manière. Elles souffrent toutes de voir l’état dans lequel se trouve notre pays et chacune exprime sa souffrance à sa façon. Et chacune d’entre elles veut aider d’une manière qui lui est propre notre pays à sortir de l’impasse totale vers laquelle il a été mené.

J’ai bien sûr une manière de faire qui m’est particulière, mais cela est secondaire. Ce qui compte plus que tout c’est que nous nous rejoignons sur l’essentiel. Et l’essentiel, c’est le combat démocratique qui est le seul combat digne d’être livré au nom de la modernisation politique de notre pays et de sa rénovation économique et sociale.

Tous ensemble nous voulons ce qu’il y a de mieux pour notre pays et chacun d’entre nous n’a en vue que des ambitions qu’il croit être dignes de notre grand peuple.

Comment vous sentez-vous dans la nouvelle coalition de l’opposition. A-t-elle les capacités de constituer dans l’union une alternative sérieuse ?

Je m’y sens parfaitement à l’aise et j’ajoute que je suis satisfait du travail accompli. Le système politique en place incarne tous les archaïsmes, l’opposition représente la chance du renouveau. Le système politique en place est devenu synonyme de stagnation ou de régression, l’opposition propose une marche vers l’avant qui ne peut se faire sans une dynamique de changement. Le régime politique en place a conduit le pays vers des horizons bouchés, l’opposition offre de lui ouvrir de nouvelles perspectives.

Le pays est assis sur un volcan en attente d’éruption ; le système politique en place veut l’y maintenir et l’opposition veut l’en éloigner. Voilà tout l’enjeu.

Que dit l’opposition ? Essentiellement ceci : que le pays vit une vacance du pouvoir manifeste et qu’il faut l’en sortir ; que le vide au sommet de l’Etat a permis à des forces extra-constitutionnelles de s’emparer du centre de la décision nationale et qu’il faut mettre fin à cette dérive dangereuse au plus tôt ; que des institutions illégitimes ne peuvent assurer la mobilisation de notre peuple et qu’il importe de les relégitimer pour les mettre en position de relever les graves défis politiques, économiques et sociaux qui se posent au pays.

Comment traduire ces constats et ces propositions en action politique collective salutaire ? Simplement en faisant ce que toutes les autres Nations du monde font en de pareilles circonstances. Je veux dire retourner vers le peuple souverain pour qu’il puisse, à travers un scrutin non faussé, remédier à la vacance du pouvoir, relégitimer toutes les institutions républicaines et mettre un terme à l’accaparement de la décision nationale par les forces extra- constitutionnelles auxquelles je viens de faire référence.

N’est-ce-pas là une alternative crédible, réaliste et sérieuse ? C’est à notre peuple qu’il revient d’en juger.

Une constitution se prépare à l’insu de la classe politique et des Algériens. Quelle est votre analyse ? Que projette le chef de l’Etat, vous qui l’avez connu de près, à travers cette nouvelle constitution après qu’il a lui-même réformé celle de 1996 pour s’autoriser un 3e mandat ?

J’ai moi aussi une question que je me pose et que je tiens à vous poser : les motifs qui ont amené à envisager la révision constitutionnelle en 2011 c'est-à-dire dans le contexte des printemps arabes, sont-ils toujours les mêmes motifs qui président à la même révision constitutionnelle dont on nous parle encore près de cinq années après ? Cinq années, c’est très long. Entre-temps, la crise de régime s’est aggravée et plus que jamais cette révision constitutionnelle toujours annoncée comme imminente et toujours reportée aux calendes grecques apparait comme étant hors sujet, hors temps et hors contexte.

J’ajoute une autre question : ce projet de révision constitutionnelle est-il encore entre les mains de son dépositaire légitime ? Ou alors a-t-il lui aussi fait l’objet d’un accaparement de la part de ces forces extra-constitutionnelles nées dans le sillage de la vacance du pouvoir qui l’instrumentalisent au service de desseins qui leur sont étroitement propres ?

Quoiqu’il en soit, l’heure est au règlement global de la crise de régime et non à une révision constitutionnelle qui laisserait cette crise sans prise en charge sérieuse et sans règlement durable.

Si le régime politique en place et les forces extra-constitutionnelles auxquelles il sert de paravent veulent avoir leur Constitution, ils pourront l’avoir mais elle ne sera jamais la Constitution que la République tout entière attend. Et de ce point de vue laissez-moi vous dire que le projet diviseur de la révision constitutionnelle sera plus un facteur aggravant de la crise de régime qu’un instrument de son règlement attendu.

Entretien réalisé par Mohamed Benchicou et Hamid Arab

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Published by Blog kamal guerroua - dans Analyse
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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 15:58
Kamal Guerroua

Kamal Guerroua

Aussi caricatural que cela puisse paraître, le contexte géostratégique global dans le monde actuel va plutôt dans le sens d'une peur généralisée que dans celui d'une paix durable. Bien sûr, pas ce genre de paix bâtie sur une realpolitik pragmatique et négociée selon les illusions miroitées par les faucons néoconservateurs du White House bien avant leur invasion du pays du Tigre et de l'Euphrate en mars 2003. Une fois encore, l'occident nous trompe sur ses valeurs, son idéal de justice et surtout par ses mensonges répétés. On dirait que nous sommes entrés de plain-pied dans une ère de «trivialité hystérique» où le pathétique semble être un symptôme chronique des relations internationales de ces dernières années.

Sinon comment serait-il possible qu'un régime dictatorial aussi «fort», toutes proportions gardées, que celui de l'Irak de Saddam Hussein (1937-2006) dont l'armée étant «exagérément» considérée des décennies durant par les chancelleries occidentales comme la quatrième au monde soit descendu aux enfers en moins de 22 jours alors qu'une organisation paramilitaire de moindre importance du nom de Daesh ayant vu le jour en 2006 aurait survécu à toutes les pressions occidentales : diplomatique, politique, militaire, économique, etc? Il y a, à vrai dire, quelque chose qui cloche dans cette histoire. Et puis, pourquoi par exemple ces occidentaux-là se sont-ils longtemps tus sur l'autoritarisme du régime baâssiste de Hafez Al-Assad (1930-2000) lorsque celui aurait réprimé dans le sang entre 1980 et 2000 les manifestations pour les libertés, fait exiler des opposants politiques, démantelé des syndicats de gauche et des organisations palestiniennes en Syrie alors qu'ils s'étaient pourtant mis auparavant à le critiquer dès qu'il aurait maté en 1982 la guérilla islamiste de Hama conduite par «Taliââ al-Mouqatila», branche armée des frères musulmans? Deux poids, deux mesures! Les grands de ce monde aimeraient-ils vraiment la démocratie comme ils le prétendent dans le noble objectif de construire des sociétés civiles fortes dans les pays du sud ou préféraient-ils les dictatures hypermilitaristes et répressives qui par contrecoup féconderaient le vivier des intégrismes? Pile ou face en fin de compte surtout quand il s'agit des arabes, des musulmans et du Tiers-monde, hélas! D'autant que ceux qui crient aujourd'hui au loup islamiste étaient les mêmes qui ont mis ce dernier dans la bergerie! A la différence près qu'après avoir été des acteurs du désastre, puis des spectateurs, ils se transforment maintenant en victimes. L'histoire est dure!

Bien entendu, après l'échec du sommet de Camp David II en 2000, lequel a réuni les palestiniens et les israéliens sous l'égide des U.S.A (ce qui a d'ailleurs déclenché la seconde Intifada) et de celui de Taba en 2001, tenus quasi parallèlement après le terrible fiasco de la rencontre de dernière chance entre Hafez Al-Assad et l'ex-président américain Bill Clinton à Genève en 2000, les américains ont renoncé à toute démarche politique pour la conclusion d'un quelconque accord concernant le conflit israélo-arabe. En conséquence, la montée des frustrations des uns et des autres (les factions palestiniennes, le Hamas, le Fatah, etc.,) conjuguée à la colère légitime des palestiniens contre l'occupation sioniste auront vu l'arrivée en 2006 du Hamas au pouvoir à Ghaza (radicalisation du ton et du discours anti-sioniste, anti-occidental, etc.,) et le renforcement idéologique partout ailleurs dans le monde arabo-musulman du fanatisme religieux, ingrédient du reste très utile à la marmite américaine. Ce fanatisme s'est, encore faudrait-il le rappeler en ce papier, ajouté aux relents du djihadisme déjà développés en Afghanistan lors de l'invasion par l'armée rouge de l'ex-U.R.S.S de ce pays en 1979! Amis d'hier, ennemis d'aujourd'hui, telle est en tout cas l'attitude qu'auraient adoptée les américains vis-à-vis des islamistes. Or l'on remarque à titre d'exemple qu'au moment où Bachar Al-Assad aura mené une timide politique de libéralisation politique début 2000, les occidentaux étaient pris de panique à la perspective d'une démocratie aussi embryonnaire soit-elle en Syrie, c'est-à-dire une démocratie pluraliste et ouverte à même de tuer dans l’œuf les graines de l'islamisme. Ironie du sort, «le printemps de Damas» engendré par les 6 mois de réformettes-placebo du régime baâssiste a été réprimé dans le sang avec la complicité occidentale, et «curieusement», quelques mois plus tard, soit le 11 septembre 2001, les attentats du World Trade Center auront signé la fin de la récréation pour les dictatures du monde arabe et surtout pour l'islamisme! Conséquences : Les talibans sont vite détrônés, Ben Laden traqué, Saddam menacé, destitué de force, puis exécuté! Et la Syrie? En 2003, elle était sous le coup de «Syria accountability act», une résolution onusienne préconisant de sévères sanctions contre elle. Motif : elle aurait refusé de coopérer avec les occidentaux lors de l'invasion de l'Irak! Puis, le 07 avril 2005, la donne a empiré, la résolution 1559 a appelé au respect de la souveraineté du Liban (élections libres et équitables qui auraient pu ne pas être favorables pour le clan loyal à Damas n'étaient-ce les machinations de ce dernier) après que Israël de Ehud Barack s'est retiré auparavant de façon unilatérale et, paraît-il, par tactique de la partie sud du Liban (en 2000), en se concentrant dans les fermes de Chabâa! Le rejet de Damas d'y céder (retirer elle aussi ses troupes) a été temporaire puisque la mort de Rafik Hariri, ce farouche opposant au régime de Damas, lui a été imputée et la communauté internationale n'a guère été convaincue de son plaidoyer pro domo. Fin humiliante pour Al-Assad malgré la victoire aux élections de son allié stratégique Emile Lahoud : retrait de troupes en 2005 sous la pression de l'O.N.U et, forcément, instabilité du Liban (guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah).

En plus d'être dure, l'histoire se répète! Pareil à ce qui se passe maintenant au Proche-Orient, le contexte de la guerre de Crimée (1853-1857) aura vu se composer une alliance historique entre la Turquie, la France et la Grande Bretagne contre la Russie. Or si Poutine impose avec virtuose son jeu dans le bras de fer actuel, ce fut la diplomatie française qui aurait réalisé une éclatante victoire à cette époque-là. Sans doute, au lendemain de ces attentats de Paris comparés au demeurant par certains médias hexagonaux au massacre de l'Oradour-sur-Glane commis le 11 juin 1944 par les nazis, François Hollande tentera de rééditer en tant que chef de guerre cet exploit. S'il se déplace partout pour rallier l’opinion internationale à la cause commune : vaincre Daesh, ce n'est que pour inverser l'équation politique du Moyen-Orient dont la Russie est la variable principale. Dans le sommet de G20 à Antalya en Turquie, Paris grand partenaire économique et diplomatique des monarchies du Golfe (Qatar, Arabie Saoudite entre autres), ces rivales de la Syrie et de l'Iran s'est échiné à attirer l'ambivalente Turquie d'Erdogan (celle-ci n'a pas de position claire dans sa lutte contre Daesh) et la Russie de Poutine dont tout ce que l'on peut dire est qu'elle est pro-Assad et anti-occidentale dans un front commun contre le terrorisme. Mais pourquoi la Turquie? En vérité, la faiblesse et «la réserve» des américains et de leurs alliés (la coalition qui est composée de 22 membres) étant déjà constatées sur le terrain. Ce qui a provoqué un effet boomerang, c'est-à-dire un afflux massif et accru des migrants vers l'Europe. C'est peut-être dans cet esprit que le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker a appelé les occidentaux à éviter les amalgames entre migrants et terroristes «ceux qui ont perpétré les attentats sont […] ceux que les réfugiés fuient et non l'inverse» aurait-il déclaré en marge du G20. Bref, les frappes aériennes des pays occidentaux en Irak et en Syrie ont exacerbé en quelque sorte l'imbroglio syrien au lieu de le résoudre (c'est dans ce cadre-là que la Turquie servira de bouclier anti-réfugiés et de ceinture de sécurité pour l'Union Européenne : aide à la lutte anti-Daesh des kurdes). De son côté, le terrorisme transnational en a tiré les plus grosses dividendes. De Sousse à Bamako en passant par Ankara, Sinaï, et Paris, environ 600 morts ont été recensés dans des attentats des plus spectaculaires revendiqués par l'hydre islamiste (Al-Qaïda et en particulier Daesh). Ainsi l'instabilité sur le plan sécuritaire serait-elle un paramètre commun pour tous les pays. Le pape François parle même d'«une guerre mondiale par morceaux». Il semble bien après tout que l'objectif des grandes puissances au Moyen-Orient n'est pas «uniquement» énergétique (le pétrole) mais religieux (la quête de la mainmise sur les lieux sacrés revêt une importance géostratégique majeure).

En revanche, l'antagonisme Etats Unis versus Russie dans «cet espace à problèmes» tient à un autre obstacle de taille : l'Iran (force émergente qui pourrait faire basculer l'équilibre géostratégique pour les uns «les russes» ou les autres «les américains»). Le grand virage que ces derniers ont emprunté le 14 juillet 2015 en renouant le dialogue avec les autorités persanes justifie amplement ce constat. Barack Obama s'est employé lui-même à une alternative économique qui pourrait fléchir la théocratie des ayatollahs, en injectant après l'accord sur le nucléaire des capitaux dans leur économie convalescente en échange d'un rôle diplomatique plus poussé dans le dossier syrien. Or si les russes ont tenté de s'engager dans le vacuum et les contradictions de la politique de l'oncle Sam (la victoire militaire symbolique du Kremlin au Moyen-Orient pour recomposer une alliance sous son leadership), les américains, eux, se contentent de battre en retraite, relais français aidant. De toute évidence, la France «socialiste» fait du suivisme aveugle de l'impérialisme américain une stratégie du jeu (électoral, politique, économique, géostratégique, etc.,). Par ailleurs, il est clair qu'en dépit de l'apparente connivence politique entre Téhéran et Moscou, les relations irano-russes ne sont pas toujours au beau fixe (contrairement à la Syrie d'Al-Assad, l'Iran ne compte pas jouer le rôle du vassal du Kremlin). Au XIX siècle déjà, toute la partie nord de l'Iran était occupée par les russes, ce qui fait que les remugles colonialistes entre les deux nations restent très forts! En outre, sur le terrain de guerre en Syrie, il y a beaucoup de tensions entre les pasdarans (les troupes de l'élite de la république islamique) et l'Etat-Major syrien concernant les pertes importantes subies par les unités de combat iraniennes engagées aux côtés de Bachar Al-Assad. Indépendamment du lien religieux entre alaouites et chiites, l'Iran aide la Syrie mais convoite en même temps ses côtes dans une alliance continentale avec la Russie et la Chine (en opposition avec l'alliance atlantique des États-Unis). Le littoral syrien (la Méditerranée orientale) lui permettrait sans doute d'avoir une ouverture sur la mer via le Golfe persique et la mer Caspienne! C'est pourquoi, elle mène une guerre par procuration contre l'Arabie Saoudite (puissance sunnite concurrente) et voit dans l'Etat Islamique (E.I) de confession sunnite une menace réelle contre ses intérêts. D'où d'ailleurs le peu d'enthousiasme de la Turquie et de l'Arabie Saoudite à combattre Daesh (pourvoyeur du pétrole au marché noir pour la première et soutien indirect contre l'Iran pour la seconde). A proprement parler, en tant qu'héritières de civilisations millénaires, l'Iran et la Syrie ont tendance à considérer avec mépris l'Arabie Saoudite. Autant dire une excroissance dans la région, voire une construction idéologique récente du «salafisme wahhabite», aidé, soutenu et fabriqué de toutes pièces par les américains.

Kamal Guerroua

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 15:34
How to save Algeria from chaos?

Hardly anybody, except perhaps some lunatic or submissive minds, pretend to ignore today what Algeria's turmoil is. Indeed, nobody knows what the future holds on for us, alas! Algeria is like swimming in an ocean of uncertainty. The situation seems to be getting every day worse and worse in all fields (economy, education, culture, health, politics, etc). As this violent storm is raging, to put emphasis on some prospects in order to get out of crisis is a clear moral duty.


Supposedly too healthy to fall ill (foreign exchange reserves peaked in 2013 after having shown an upward trend since spring 2000), Algeria is in actual circumstances going astray. Why? The divide between rich and poor is becoming wider and wider, poverty has soared and people's hopes in a democratic transition are completley dashed. For most citizens, this spells that state-system is crumbling, reforms vexing and officials unwilling to solidify or instil change ideal in the heart of society. The monstruous truth is that today nothing schocks them anymore because, on the one hand, political landscape gives the impression to assert positively stagnation (a dramatic set piece). On the other hand, rather than just wondering why their country is going back, people keep saying a lot "enough more blood", "enough war, tears", etc., to heal their ravaged soul from the wounds of the famous black decade (1992-2000)! For too long, Algerian officials have closed their eyes to the many-headed hydra of islamism, trying to anaesthetize the memory of the people and get him brainwashed. That strategy was politically wrong as well morally repugnant. Because it has raised many worries for decades. But there are other aspects besides political one, perhaps the most important is illiteracy that is related to rural underdevelopement. Therefore, resignation is creeping in heads and spirits -ie, grass-root masses have no longer stomach for fighting. They surrender to temptation of consuming rent income without thinking about the futrure of younger generations. This is proven to us daily through behaviours in the streets : citizens are allowing themselves to be carried away by selfishness, powerlessness against those who push the logic of pillaging national wealth and wasteful use of public funds to the point of criminality, don't care attitude, detachment, social hypocrisy, etc. A tendency for fatalism over action is evident everywhere last times (schools, homes, factories, universities, etc). However, officials belatedly wakened by the drop in oil prices, remain big spenders. Although the economy is hard-pressed, they devote precious resources to worthless programs. In any case, it is not sure whether a military man is today the right person to take command of the country. But if the public opinion and the overwhelming majority of citizens believe so, why not? Provided that corruption will be uprooted and Algeria moves forward with minimum of discipline and democratic consensus.


The objective is to securing the boat from sinking, very quickly! In my wiew, this step should be backed by a huge cultural and educational investment. I mean a tremendous project involving civil society, trade-unions, students, workers, elites, etc. A first stage before a political and institutional renewal. But, the key question is, of course, why did we really fail to realize in our democracy? So far, we have seen varying responses : curse of oil, gerontocratic autocracy, long-term colonialism undeniable after-effects, the devastating civil war which had protracted an already complex economic transition, islamism, etc), but non one of these brought forward factors is enough convincing. In recent piece «Reste-t-il encore de l'espoir en Algérie? (Is there still hope in Algeria?) published in the daily newspaper Le Quotidien d'Oran, april 23d, 2015), I have explained how our elites contemplate masses with abject and rather contemptible fear. For instance, they have no qualms about supporting dictatorships all over the world, especially arab elderly governants. Moreover, they haven't showed to date any willingness to accept any constructive proposal from the opposition (since the controversial Sant'Egidio Rome agreement in early 1995). It is true however that nowhere in the world do elites make gifts to their masses unless these latter strive after fulfilling their own dreams. What Aït-Ahmed, an ancient algerian revolutionary veteran called "the right to self-determination of algerians". In fact, believing in the eventuality that something might happen without any sacrifices is nonsensical. Meanwhile, my compatriots are not only losing faith in their governing-class but also in themselves as well while they are normally committed to producing cement of the union. This rising sense of pride in belonging to the same country and being able to settle down democratic foundations. Though in throes of moral crisis --to which our fate as algerians is unfortunately bound-- since medias revealed numerous corruption scandals at large scale, the «nomenclatura» is still playing its chance to survive. Clans are caught in a bitter power struggle over influence in the state apparatus, prospects look even grimmer as we march towards the end of year. It is a pity that our country continues at standstill on how to approach solution to the current impasse. What is to be done to avoid chaos and relieve such pressure from Algeria? All the joy of independence turned to the gloom, youth are the main victims, held hostage to many illusions : Exile in quest of liveable situation somewhere else in Europe or A.N.S.E.J fake start-up (temporary employment agencies encouraged particularly by the power after Arab Spring revolts) which may necessarily lead them to jails! In addition, our students are not confident in their abilities to produce change given that arabization policies had yet undermined school system. We would imagine that these larger issues in our society daily provide enough pain. Enough pain unfortunately. The deepest one, I believe. Algerians are not only in wrath, they are truculently revolted. A bad feeling which reflects a deep malaise : breakdown of ethics, absence of values, principles, family splintering, etc. In a nutshell, serious problems to be dealt with precaution in the next few years. Citizens have whereas several reasons for being angry. Primarily, this tension is embarassing beacause the fact only to talk about it is like stepping through mine-field. The culture of «hogra» (despise) has stripped algerians of their vital energy (closure of theatres, cinemas, etc), bringing about recently jobless youth grassroots movements and government anti-rallies : anti-shale gas protestes In Salah (south) and mozabite dilemma. The disappointing part of the puzzle is that last time the supposedly most powerful man of the system (the chief of D.R.S) has been fired by president Bouteflika! Does regim attitude change to the better? Or Bouteflika, considering the fragility of his clan, has brokered a deal with his arch nemesis general Tawfik-Médiène, trying to prove to public opinion his total control over the regim? Wait and see!


By the past, army has zealousely played its role as a guardian of the forteress and it can actually seize the historic chance to put power clans on an equal footing. At long last, we can say that Bouteflika has failed to write his name into history since he accepted to run for the fourth term in april, 2014. He made the state something like a whole-time distraction, promoting islamism, and buying social peace at low cost by a set of fake reforms. Undoubtedly, the delay in these reforms is attribuable to the ongoing and constant rivalities between clans. Bureaucracy and incompetence as well. Change cannot be found where it doesn't exist. It will not come out without solidarity, commitment, and valiant efforts of the whole society. In desperation, our youngs yearning to breathe free actually show a deep hanger for mobility and democracy. Algeria needs all its sons.

Text written by Kamal Guerroua, 21st, october, 2015.

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