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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 11:45
Kamal Guerroua

Kamal Guerroua

Certainement, cette Syrie déchirée de 2015 n'est plus dans son âge d'or. Victime d'enjeux régionaux globaux, elle est aujourd'hui écartelée entre le fait de chercher à être soi-même et celui de se conformer aux intérêts géostratégiques des autres.


Dépouillée de sa souveraineté territoriale ; détruite ; blessée ; endeuillée, elle fait encore le pied de grue dans cette vaste salle d'attente du spectacle, son spectacle s'entend, dont les acteurs ne sont autres que les Etats-Unis, la France, les pays du Golfe et surtout la Russie. En effet, la stratégie militaire russe au Moyen-Orient se précise de jour en jour. Dans sa confrontation avec l'Occident, Vladimir Poutine semble appliquer à la lettre la maxime inscrite dans "L'art de la guerre", une œuvre de Sun Tzu, un général chinois du VI siècle AV. J.-C, "les guerriers victorieux, écrit ce dernier, gagnent d'abord et vont ensuite en guerre, tandis que les guerriers défaits vont à la guerre puis cherchent à gagner". Après le dossier géorgien, celui de l'Ukraine et de la Crimée où les Occidentaux se sont vu infliger une cuisante défaite diplomatique, c'est dans ce piège de la Syrie que Poutine veut les enfoncer encore plus. Vladimir Poutine revient sans cesse ces dernières années à la charge pour replacer son pays aux premières loges dans l'échiquier international, c'est-à-dire, déterrer le vieux rêve de l'ex-URSS. Avec en vue le danger de la nébuleuse "Daesh" comme argument, il compte cette fois-ci aller plus loin en supplantant les américains dans la région.

En retrait, ces derniers l'accusent de cibler par son aviation et ses missiles lancés depuis la mer Caspienne tous les points forts de l'opposition syrienne. Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l'OTA.N, l'aurait même regretté et prévenu les forces russes sur les violations de l'espace aérien turc, assurant que l'organisation atlantique est prête à défendre tous ses alliés (en fait les missiles Patriots de l'O.T.A.N déployés en Turquie seront toujours opérationnels bien que ce soit prévu de les neutraliser avant la fin de l'année, relents de la guerre froide et crispation des rapports Est-Ouest obligent). Quant à Ashton Carter, le secrétaire d'Etat américain à la défense, il a tout simplement qualifié le branle-bas de combat russe en Syrie d'"erreur fondamentale". Or de l'autre côté de la rive, les choses sont vues autrement, Faysal Mikdad, le vice-ministre syrien des Affaires étrangères s'est félicité des résultats satisfaisants de cette offensive, plus rentable à ses yeux que toutes les actions de la coalition enclenchées il y a un an. D'ailleurs à en croire les dernières révélations, les hommes d'Al-Assad ont avancé sur Hama, Idleb, l'Attaquié et d'autres villes aux mains des islamistes.

Et le combat face-à-face ? Pas question pour ce téméraire Poutine de laisser se redéployer ses armées sur le sol ! Le lointain souvenir afghan est là pour l'en dissuader. Reste pour le Kremlin le risque de la contagion du conflit aux pays frontaliers (Irak, Afghanistan, Pakistan, Tadjikistan, etc), une faible hypothèse qui fait peur. En plus, avec ces frappes intensives, les russes peuvent provoquer plus d'exode de populations syriennes et feront à terme échec à l'initiative européenne de création de zone tampon sécurisée à la frontière nord de la Syrie pour l'accueil des réfugiés qui fuient la guerre. Et l'opposition ? Mais laquelle ? L'homme fort de la Russie réfute dans une récente interview cette thèse en s'appuyant sur les solides liens de celle-ci avec les islamistes. Et puis comment ces Américains-là peuvent-ils larguer des tonnes d'armes sur la Syrie comme l'ont déjà fait avant eux les Français en Libye (l'opération de l'Harmattan) alors qu'ils savent bien qu'elles (les armes) risquent de tomber entre les mains de Daesh ? Imparable sur ce plan-là, la diplomatie russe s'est imposée dans le débat concernant le futur de cette Syrie aujourd'hui à feu et à sang. Et pour ficeler son arsenal argumentaire, elle a invité la semaine dernière Al-Assad pour effectuer une visite du travail à Moscou. Le contenu des pourparlers? Personne n'en sait une bribe mais il semble bien que la Russie pense déjà à l'après-Assad, une transition qui sera forcément négociée avec l'Iran, le Hezbollah et peut-être même l'Arabie Saoudite. En tout cas, cette sortie présidentielle syrienne est un aveu de reconnaissance implicite du Kremlin de celui que la plupart des capitales occidentales considèrent jusque-là comme "le bourreau du Damas"!

A y voir de plus près, la tactique des russes est à double tranchant : affaiblir sinon décimer en premier lieu cette soit-disant «opposition», tout en faisant de Daesh un grand monstre aux yeux du monde entier de sorte à ce qu'ensuite les occidentaux se rallient, une fois le terrain des affrontements balisé, à l'alternative d'Al-Assad versus les islamistes! L'ultime combat de coqs auquel assisteront en spectateurs tous les pays arabes voisins. Sans doute, la ligne de fracture dans les rangs de la coalition que les russes exploitent actuellement est la méfiance réciproque qui s'est graduellement installée entre la France de Hollande et les Etats Unis d'Obama, pourquoi? On se rappelle bien qu'en 2013, le président français a promis de "punir Al-Assad" suite aux attaques chimiques du 21 août de la même année du régime baâssiste contre les populations civiles des faubourgs du Damas. Une attaque dont le bilan remonte à plus de 1000 morts. Obama qui s'est emballé au départ à l'idée de bombarder la Syrie s'est rétracté à la dernière minute, laissant son allié français dans l'embarras face à son opinion publique (un taux d'impopularité des plus bas depuis l'avènement de la V République) et aussi par rapport à l'international. Quant à l'Angleterre, autre allié historique de l'oncle Sam, elle est devenue presque muette sur tout ce qui a trait aux questions du Moyen-Orient dans la mesure où le gros mensonge du Blair sur l'Irak a anesthésié sa sensibilité. A telle enseigne que dernièrement même, Jeremy Corbyn, le nouveau leader travailliste aurait promis de donner s'il est élu des excuses au peuple irakien pour cette bourde historique d'invasion illégale de l'Irak en mars 2003. Les fissures chez les alliés sont donc apparentes et Poutine plus que pragmatique les saisit au bon moment : l'approche de l'échéance des présidentielles de 2016 aux Etats Unis. S'ajoute à ce cortège de faiblesses, la déclaration de Hillary Clinton citée dans son ouvrage "Hard Choices" (Le temps des décisions) paru en juin 2014, suivant laquelle l'essor régional de l'organisation islamiste «Daesh» aurait été favorisé par le manque de soutien américain à l'opposition syrienne. Ce qui a d'ailleurs été interprété par nombre de pays arabes (Le Liban et l'Égypte notamment) comme un apport américain déterminant à la création de Daesh, et par ricochet, à la contamination du fameux Printemps Arabe.

A vrai dire, la théorie de «la complotite» est un sous-entendu qui revient souvent quand on évoque cette machine terroriste qui joue sur la fibre spirituelle de l'islam, répand la peur et le sang en orient, viole les femmes, menace les minorités chrétiennes, détruit des sites archéologiques millénaires, s'oppose à la démocratie du type moderne, etc. Entre temps, les regards des pays occidentaux se tournent d'abord vers l'Arabie Saoudite, le poids lourd sunnite des pays du Golfe, farouchement opposé à la Syrie d'Al-Assad (470 milliards dollars du P.I.B en 2012 contre 1600 milliards pour l'ensemble du conseil coopération du Golfe «CCG»), sans oublier son attraction spirituelle et symbolique pour tout le monde musulman (lieux saints de la Mecque, Médine) et son alignement systématique sur les positions occidentales. Ensuite vers la Turquie, considérée comme unique possible rempart contre cette machine islamiste. Bien entendu, les kurdes sont un secours fiable pour contrecarrer les islamistes et une simple promesse de reconnaissance de leur identité, conscience nationale, Etat suffit pour les galvaniser (les kurdes ont été marginalisés du jeu politique depuis le traité de Sèvres de 1920 qu'Atatürk aurait conclu avec les alliés). Les américains le savent et jouent là-dessus. Or le troublant Erdogan s'y prend d'une manière floue qui suscite plus d'une interrogation surtout au lendemain du dernier attentat d'Ankara où plus de 102 Kurdes ont péri. En outre, la question migratoire n'est pas en reste, un poker gagnant pour Erdogan et les Russes.

La Turquie accueille en effet dans ses camps de réfugiés plus de 2,5 millions d'exilés syriens. Ce qui amène l'Europe à avoir recours à sa bonne volonté afin de contrôler les flux migratoires de plus en plus denses, en particulier le passage des réfugiés syriens d'abord vers les îles grecques, puis, vers les pays environnants du continent européen (plus de 700 000 sont entrés jusqu'à présent sur le territoire de l'U.E). Et comme Erdogan est un allié stratégique à cheval entre la Syrie et l'Iran, les européens lui ont proposé «un plan d'action» en échange de la coquette somme de 3 milliards d'euros affectée spécialement à ces camps-là. Autrement dit, la Turquie sera sommée dorénavant aux termes de ce plan de reprendre tous les réfugiés refoulés de la Grèce du fait qu'ils ne sont pas éligibles au droit d'asile. Là, le président turc, pressé par la perspective des législatives de novembre, aurait réagi par la Realpolitik (un poker gagnant), en exigeant davantage de facilités dans l'octroi des visas pour ses citoyens, et surtout une reconnaissance européenne explicite de son pays comme Etat de droit, étape préliminaire à son intégration à l'U.E. Ce qui n'est pas du tout envisageable par ces européens-là d'autant que la politique d'Erdogan est, d'une part, jugée trop autoritaire (beaucoup de verrous aux libertés individuelles, conservatisme, islamisme, etc). D'autre part, sa répression du P.K.K (le parti des travailleurs du Kurdistan) et sa gestion du dossier de Daesh sont des plus contestables. Enfin, au-delà des ramifications du conflit syrien, les Russes s'adonnent à une démonstration de force qui annonce en filigrane leur retour triomphal dans la cour des puissants. Un tel investissement propagandiste met mal à l'aise et les Américains et les Français. En même temps, les Syriens, eux, souffrent d'une atroce guerre civile qui s'est transformée au bout de quatre ans en un conflit mondial aux conséquences désastreuses. Terrible !


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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 13:07

«Il nous faut apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots.»


Martin Luther King

L'identité amazighité n'a pas trouvé sa place dans le panorama algérien.

L'identité amazighité n'a pas trouvé sa place dans le panorama algérien.

La langue parlée en Algérie, communément appelée arabe algérien, est une langue dont la base est l'arabe. Mais c'est aussi une langue qui a beaucoup emprunté aux autres langues telles que le turc, le français, l'espagnol et l'italien en fonction de la proximité géographique ou des rencontres historiques. C'est le propre de toute langue moderne. Il n'existe actuellement aucune langue au monde qui ne contienne des mots empruntés aux autres langues. Or depuis toujours, notre pays, occupant un endroit stratégique dans le bassin méditerranéen, a été un carrefour, une espèce de passage obligé de toutes les visées expansionnistes et a fait l'objet de toutes les convoitises. La richesse avérée de nos contrées et l'hospitalité de nos ancêtres y ont contribué pour une grande part.

Mais s'il est admis que le parler algérien contient beaucoup de mots venant directement des langues des peuples qui ont occupé notre pays, il est difficile de reconnaître que nous utilisons encore plus de mots amazighs. Beaucoup d'Algériens arabophones reconnaissent aisément, et sans complexe aucun, les emprunts «européens», mais refusent de considérer que le parler algérien est tout aussi truffé de mots amazighs. Pourquoi, sur des dizaines de personnes interrogées par mes soins, une majorité quasi unanime refuse-t-elle de reconnaître ce fond amazigh dans notre parler quotidien ?

Même quand je leur montre que, dans une phrase aussi banale que «ouahed tobsi lubia» («une assiette de haricots») que l'on peut entendre dans toutes les gargotes algériennes, chacun des trois mots qui la constituent a son origine propre :

- le premier «ouahed» est arabe et désigne le chiffre un (1),

- le deuxième est amazigh (de adhobsi, mot encore usité et qui signifie disque ou assiette)

- et le troisième vient de alubia, mot espagnol signifiant haricot.

Ce refus est souvent très vif, d'une violence verbale inouïe, d'une agressivité et d'un dédain ironique si forts que cela m'intrigue depuis des années. «Moi parler kabyle ? ça ne va pas, non ?» Mes amis ne vont pas jusqu'à me traiter de fou mais le regard qu'ils me jettent n'en dit pas moins.

Oui, mais les exemples sont là évidents et têtus : notre langue parlée en Algérie est constituée pour une bonne part de mots amazighs. Et d'abord, les noms de nos chaînes montagneuses du Tessalah aux Aurès en passant par l'Ouarsénis, le Murdjadjo, le Djurdjura, le Hoggar, etc., sont tous amazighs. De même que les noms de plusieurs de nos villes, comme Tlemcen, Oran, Témouchent, Relizane, Tiaret, Ténès, Tizi Ouzou, Sétif, Tébessa, Batna, Guelma, Tamanrasset, de certains villages comme Missserghin, Arzew, Sfisef, Télagh, Frenda, Sougueur, Gouraya, Tigzirt, Azazga, Akbou, Fedj Mzala, Mdaourouch, Guenzet, de toutes nos rivières comme la Tafna, la Mekerra, le Seybouse etc. ne sont pas à l'évidence des mots arabes. Ceci s'explique par le fait qu'on ne peut pas changer facilement l'appellation d'un lieu géographiquement connu (les gens savants disent toponyme). N'importe quel géographe vous le dira.

Nous continuons encore à désigner des animaux par des vocables amazighs même quand nous connaissons leurs équivalents arabes. Personne parmi nous n'oserait dire leqlaq pour parler de la cigogne, ou soulahfat pour désigner la tortue mais nous utilisons plus facilement bellaredj ou fekroun. Et ces mots sont berbères.

Alors que dire des mots : 'oukkaz (bâton) 'aaggoun (stupide, bègue), bekkouch (muet), 'aassas (surveillant, gardien), bouqredj (bouilloire), berrah (crieur public), bzim (broche), charef (âgé, vieux), chayet (excédent), chlaghem (moustaches), cherrek (déchirer), fertas (chauve), guezzana (voyante), guerjouma (trachée artère, gosier), ghemza (clin d'oeil), gourbi (taudis), gmir (borne, frontière), hallouf (cochon, porc), hawwès (se balader), hetref (délirer), jaaboub (nombril), jelleb (sauter), kellah (tromper), negguez (sauter), kerrouch (le chêne), mech'hah (avare), herrès (casser), zebouj (olivier sauvage), etc. ? C'est bien simple : je peux solennellement avancer que tous les mots que nous utilisons dans notre parler quotidien et qui ne sont ni d'origine arabe, ni d'origine européenne sont amazighs. Et ces mots sont nombreux. Trop nombreux pour être occultés.

Tous les Algériens utilisent des mots amazighs, presque toujours sans le savoir, mais ils acceptent difficilement cette évidence. Il y a comme une gêne à admettre cette réalité qui pourtant confirme la part d'amazighité comme une composante essentielle de notre identité. Les textes officiels l'affirment et le soulignent : nous sommes à la fois Arabes, Musulmans et Amazighs. Remarquez en passant qu'on devrait plutôt énoncer ce triptyque dans cet ordre : Amazighs, Musulmans et Arabes. Et même arabophones plutôt qu'Arabes.

Nous ne pouvons être Arabes pour deux raisons :

- La première est que les conquérants musulmans n'étaient pas si nombreux qu'on l'imagine. Le gros de leurs troupes était constitué des peuplades nouvellement islamisées. Ainsi par exemple la conquête de l'Espagne s'est faite par des Berbères islamisés menés par Tarik Ibn Ziad (un Berbère lui aussi).

- La seconde raison est que l'islamisation ne fut pas une colonisation de peuplement car, en ces temps-là, la péninsule arabique ne croulait pas sous une surpopulation qui aurait pu lui permettre de peupler tous les territoires conquis. Ni d'ailleurs en ces temps-ci.

Nos responsables claironnent, à qui mieux mieux, que l'Algérien est un Amazigh arabisé par l'Islam. En d'autres termes, ceci signifie que nos ancêtres ne parlaient pas arabe avant la venue de l'Islam et que nous nous sommes mis peu à peu à l'arabe après avoir embrassé la religion musulmane. Tout simplement, nous sommes des Amazighs devenus arabophones d'abord, puis Arabes ensuite en vertu du commandement religieux qui dit, m'a-t-on fait croire, que «toute personne s'exprimant en arabe dans son quotidien est arabe». Alors pourquoi aller jusqu'à nier ou renier, parfois violemment, nos racines amazighes par la négation de ce qui en perdure à travers notre parler ?

Cette assertion ''l'Algérien est un Amazigh arabisé par l'Islam'' sous-entend aussi que l'Amazigh qui ne parle pas arabe, ou qui n'a pas été arabisé, n'est pas musulman ou, pire, il n'est pas algérien. Cette banale petite phrase répétée à tout bout de champ véhicule un déni d'algérianité à tous ceux qui ne parlent pas arabe et, par ricochet, à tous les amazighophones monolingues. L'Amazigh resté amazighophone n'est pas un Algérien puisque l'Islam ne l'a pas arabisé.

Cette négation s'explique, à mon avis, par un faisceau de contraintes (tout aussi bien historiques, religieuses et sociales que politiques). Il est généralement admis que, durant les premières décennies qui ont suivi l'avènement de l'Islam, les «conquérants» musulmans avaient la volonté d'imposer la langue arabe à tous les pays soumis. De plus, l'Islam encourage à la maîtrise de cette langue pour être le plus près possible du texte sacré. Mais cette arabisation ne s'est pas toujours faite avec la même vigueur, probablement en fonction de l'éloignement des différents centres historiques de décision (Médine, Damas, Bagdad puis Le Caire, etc.),. En tous les cas, elle ne s'est pas faite de la même manière et avec la même force partout.

Ceci est un fait historique reconnu. Ainsi, en Asie, les peuples persans, kurdes, afghans, pakistanais, turkmènes, et autres ont, pour la plupart, adopté l'utilisation de la graphie arabe mais ont conservé leurs différents parlers. Un Pakistanais parle pakistanais mais écrit en caractères arabes. (Ces langues ont même créé des caractères capables de rendre certaines de leurs sonorités propres ainsi le son /v/ par exemple comme dans le nom de l'ex-président pakistanais ''Pervez Mussharaf''). Par contre les musulmans chinois, indiens et indonésiens ne parlent pas l'arabe, ni n'écrivent dans cette langue. Alors que l'Espagne, malgré huit siècles de présence musulmane, n'a pas renoncé à sa langue sous ses formes écrite et orale même si, par ailleurs, elle a emprunté et hispanisé des milliers de mots arabes. Ceci peut aussi s'expliquer par le fait que les commandants arabes qui menaient cette arabisation n'avaient pas la même personnalité, ni la même conception de la chose. Cela dépendait de leur degré d'interprétation de l'Islam. La contrainte politico-sociale s'explique par le fait que dans les régions islamisées, la maîtrise de la langue arabe était un facteur de promotion sociale en plus d'être une manifestation de bonne foi (c'est le cas de le dire). L'illustre Tarek Ibn Ziad en est une excellente preuve. Ce critère de promotion sociale et, surtout, politique a d'ailleurs été remis à l'ordre du jour dès les indépendances recouvrées de certains de ces pays, comme ceux du Maghreb. Et cette contrainte est toujours d'actualité. La non-maîtrise de la langue arabe est devenue un handicap majeur, aux yeux de la population, pour une quelconque promotion sociale ou, et surtout, politique. Et c'est sans doute pour cette raison que dès qu'un de nos politiciens est désigné à une responsabilité, il s'empresse d'apprendre un minimum vital d'arabe.

Mais, il ne faut pas croire que l'arabisation de ces contrées s'est faite sans oppositions. Des zones, quoique parfaitement islamisées et très pieuses, quoi qu'on en dise, ont toujours résisté à la perte de leur langue. Au Maghreb, de la Libye au Maroc, on parle encore amazigh à côté de vastes régions parfaitement mais non complètement arabisées puisque ses habitants continuent d'employer des mots amazighs jusqu'à nos jours. De nos jours, aucune personne au monde n'oserait dire que les ancêtres des Egyptiens parlaient arabe. Les Egyptiens, eux-mêmes, assument avec une grande fierté leur histoire antéislamique tout autant que leur arabité acquise après leur islamisation. Sont-ils des païens pour autant ? De même que les populations de la Somalie, du Soudan ou de Djibouti ne peuvent être arabes (au sens ethnique du terme) même si elles sont aujourd'hui considérées comme appartenant au monde arabe parce qu'elles s'expriment en arabe. Chez nous, nous savons tous que Saint Augustin s'exprimait en latin mais personne n'oserait dire que c'était un Romain et qu'il n'était pas Amazigh. En clair : tout arabophone n'est pas obligatoirement un Arabe. L'arabisation du Maghreb a donc toujours eu la volonté d'occulter la langue et la culture amazighes. Cette exigence a fini par devenir dans notre inconscient collectif une sorte de commandement existentiel. Comme si on avait peur de réveiller les vieux démons de notre histoire païenne ou chrétienne antéislamique. Comme si dévoiler notre amazighité originelle signifiait un refus de notre islamité. Comme si nous étions victimes d'un quelconque syndrome de la Kahina ou de Kosseïla. Nous avons d'ailleurs si bien intériorisé cet impératif que nous refusons maintenant de reconnaître que nous, Algériens arabophones, utilisons encore des mots de cette langue amazighe, malgré l'évidence. La langue de nos ancêtres, faut-il le rappeler ? D'ailleurs à ce propos, dans nos esprits l'arabité a depuis toujours été si bien accolée à la religion musulmane que pour la majorité de nos vieillards il ne peut y avoir de Chrétiens arabophones. Et pourtant, ils existent.

Les Indiens des Amériques du Nord et du Sud s'expriment en anglais ou en espagnol. Ils n'en sont pas pour autant Anglais ou Espagnols. Ils sont Américains, Canadiens, Mexicains, Colombiens, Péruviens, etc. Nous tolérons aisément qu'un Américain musulman s'exprime en anglais, qu'un Indonésien musulman parle javanais, et nous refusons d'admettre que notre parler contient quelques mots amazighs. Pire, ce rejet se manifeste par un ostracisme latent d'une partie de notre peuple (dont le seul tort est d'avoir conservé courageusement l'usage de sa langue originelle) laquelle, sans doute mue par un sentiment d'exaspération légitime, a fini par réagir avec une grande mais légitime violence (printemps berbères de 1981 et 2001).

Dénier à un peuple sa langue maternelle équivaut à une sorte de mutilation collective. Cultiver ce déni jusqu'à en faire un ostracisme, un rejet d'une partie de notre peuple, voire une partie de nous-mêmes, c'est perpétuer le chaos identitaire et existentiel qui sévit en Algérie. J'ose croire que ce déni et cette culture de la discrimination ne sont pas des actes volontaires, mûris et réfléchis par nos responsables politiques. L'arabisation de l'Algérie est irréversible. Même nos ennemis nous classent dans le monde arabe. L'Algérie est un pays à majorité arabophone, c'est un fait historique. C'est un pays arabophone aujourd'hui, cela est incontestable. Soit ! Mais, il me semble que nous allons encore continuer à nous débattre dans de faux problèmes tant que la question de notre identité n'est pas clairement discutée. Une bonne partie de nos problèmes sera résolue si une réponse avec des mots simples est donnée à la question : qui sommes-nous ? Qui sont les Algériens d'aujourd'hui ?

«L'Algérien est un Amazigh arabisé par l'Islam». Cette assertion, malgré tous ses sous-entendus relevés plus haut, ne reste évidente que pour une poignée d'intellectuels. L'énoncer ne suffit plus. Il faut tout un courage politique pour oser l'expliquer à notre peuple avec force preuves et pédagogie. Elle doit constituer l'ossature de nos programmes scolaires. Nous avons le devoir de montrer aux générations qui viennent que l'existence de l'Algérie est antérieure à son islamisation. Nous devons en être fiers. Comme les Egyptiens sont fiers de leur histoire pharaonique et des fabuleux vestiges qu'elle leur a légués. Il faut que nos enfants assument pleinement leur identité, toute leur identité et bannir, une bonne fois pour toutes, l'utilisation à des fins politiques de l'une des composantes de celle-ci.

Dans son ouvrage, ''L'ordre et le désordre'', paru en 2006 à Casbah Editions, Noureddine Toualbi Thaalibi affirme (page 120): «mais malgré tout et bien qu'ils semblent à présent vouloir se ressaisir de leur effroi, ils - les Algériens- demeurent toujours dans la même attente désabusée ; non de quelque prophète à la parole duquel ils ne voudront jamais plus se fier, mais dans la demande anxieuse d'un repère fort qui puisse leur valoir une sorte d'enveloppe affective, protectrice et rassurante.» Je partage pleinement avec son auteur cette assertion qui décrit si bien cette expectative angoissée mais qui reste néanmoins optimiste. Et à ce propos, je suis fermement persuadé que ce repère fort dont il parle doit forcément être un des éléments constitutifs de l'identité de l'Algérien. Et probablement l'élément le plus originel, le socle de notre identité collective : je veux parler de notre amazighité. Si l'on considère que l'identité d'un peuple est constituée de strates superposées et imbriquées au fil des temps par une Histoire commune, ces strates étant la langue maternelle, les coutumes, la religion, un idéal commun, le sentiment d'appartenance à une même nation, etc., l'on comprend que sa destruction lente est plus aisée si sa base, son fondement primitif est érodé. Renier à un peuple sa langue, la langue de ses ancêtres, c'est lui enlever ce fondement originel, le repère de tous les repères. Pire, en perdant ce repère, il perdra tous ses autres repères. Il deviendra un être égaré et malléable à souhait prêt à renier son appartenance à son peuple, à son pays.

Déclarer tamazight langue nationale est un pas important dans notre quête identitaire. Mais ce pas restera insuffisant. Les Algériens, tous les Algériens, arabophones et amazighophones, doivent savoir qu'ils ont les mêmes ancêtres et que c'est l'Histoire de leur pays qui les a linguistiquement séparés. C'est un impératif vital : il nous faut reconnaître que dans le triptyque amazighité, islam et arabité qui fait l'Algérien aujourd'hui, le socle est notre amazighité. L'islam et l'arabité sont venus plus tard. Il n'y a aucun blasphème à le reconnaître. Notre Histoire ne commence pas avec l'islamisation du Maghreb. Notre histoire est bien plus ancienne et il n'y a pas lieu d'en avoir honte, bien au contraire. L'Algérie est un des berceaux de l'humanité. Nos lointains ancêtres ont laissé assez de traces de leur génie. Les gravures rupestres partout dans le pays en sont un témoignage. Et nos ancêtres plus récents ont bâti des royaumes, construit des villes et des routes et se sont longtemps opposés à l'hégémonie romaine. Ces ancêtres-là étaient des Amazighs et déclarer qu'ils se sont transformés en Arabes est tout aussi grossier et mensonger que l'était le fameux ''nos ancêtres, les Gaulois.'' Et on dira alors Algérien, tout simplement, sans se sentir obligé d'ajouter musulman et parlant arabe ou amazigh comme on dit Brésilien sans lui accoler chrétien parlant portugais et Américain sans y adjoindre chrétien s'exprimant en anglais. Ce qui, vous en convenez, est complètement ridicule.

Les querelles fratricides et les dérives autonomistes cesseront et on connaîtra alors la paix qui nous permettra de construire une démocratie moderne et forte. La paix de l'âme renaîtra dans le coeur de chaque Algérien lorsqu'il saura enfin qui il est. Je reste convaincu qu'en reconnaissant, qu'en acceptant sereinement notre amazighité notre lendemain sera meilleur. Alors émergera une nouvelle vision de penser notre pays, notre nation.

Je ne parle ni chaoui, ni kabyle, ni mzabi, ni semghoumi, ni targui, hélas ! Je parle algérien et je revendique mon amazighité, socle de mon algérianité. Et j'en suis fier.

Dahri Hamdaoui

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 12:30
Johan Galtung

Johan Galtung

Keynote, 13th Session World Public Forum “Dialogue of Civilizations” – Rhodes, Greece, 9 Oct 2015

The strength of this forum is its civilization focus; let us use it for analysis and remedies. Major forms of disorder use violence; war is state organized violence. The most belligerent states are the United States of America and Israel, both with civilization roots.

National Evangelism, the US Protestant Christian civilization– more national than evangelical–justifies US warfare as exceptionalism of a people chosen by God, with a manifest destiny to run the world. Orthodox Judaism justifies Israeli warfare to conquer and expand from Nile to Euphrates as a religious right and duty to the Eternal One.

The third most belligerent country, the UK, no longer believes it is God-chosen but chosen by the USA; not quite the same but something.

But the root cause of global disorder lies in the Occident–with Islam–seeing itself as the single, universal civilization valid for all at all times, all others being mistakes. Missionary activity, slavery, colonialism, exploitative trade, robbery capitalism, follow.

The USA got from Judaism the idea of Chosen People-Promised Land. Yet Israel is actually the opposite of the USA: a land for Jews only, for 0.2% of humanity; not a world for everybody run by US hegemony.

These anomalies must come to an end. They spell disaster for whoever stands in the way of the Chosen Ones, with USA killing in 100+ countries and Israel into a Third Intifada after cruel attacks on Gaza. Both with nuclear bombs, at God’s level of destruction, on the ready.

The ways out pass through softer Christianities and Judaisms, through no military aid for the USA or Israel, through boycott and other forms of resistance; but above all through alternative policies. For the USA to retreat to a Northamerican Mex-Us-Can, for Israel to a UN-guaranteed enclave in the WANA, West Asia-North Africa region, in the old millet autonomy tradition of the Ottoman Empire-caliphate.

Like people informed of impending death they both deny any crisis in their world and regional empires. But reality strikes back, denying the denial. More adequate steps will be taken, maybe before 2020.

This perspective locates solutions in regions, not in inter-state relations; more particularly WANA and North America. With mechanisms for trauma conciliation, conflict solution, cooperation for mutual and equal benefit, harmony, sharing up and downs–four tasks!–veto-free regions can do very well. Their relation could be handled by a United Regions parallel to United Nations; but with no region above others.

Look at the map: three more regions missing. Two in Asia: a Central Asian region centered on Afghanistan-Pakistan with the Durand 1893 line gaping wound removed by open borders; and a Northeast Asian Community, NEAC, for cooperation between Japan and Russia Far East, two Chinas and two Koreas, sharing disputed islands and sovereignties.

In Europe a European House for the European Union and the large Russia+, for the four tasks. In that House U-kraina–at the 1600 years old Catholic-Orthodox border–could be a federation with rotating presidents, neutral, gas-oil flowing from East to West, EU trade from West to East, and Crimea 2014 understood as a correction of 1954.

This leads to an important point for mediation: identify major trends and build solutions on them. A swimmer who wants to swim a long way fast should swim with, not against, the river’s current. In a world with states withering away into regions–except for the five, six biggest–solve conflicts in regions; like in the four proposed here.

The Islamic State is a region; trendy. Russia makes a mistake killing them: kill one, get 10 more, also from inside Russia. Like the attack on Afghanistan 1978-79: “There they go again“, Muslims say.

But the states also yield to local communities and civil society. Build on that, more of the economies in local hands, fight inequality by lifting up the most miserable in the most miserable communities.

Then the civilizations, but not as clashes; the word Huntington’s publisher took from Bernard Lewis for a book about regions. Let us focus on their positive aspects, for cooperation, not for clashes:

  • Judaism: dialogues as truth not final declarations; intellectuality;
  • Orthodoxy: long term optimism Sunday Christianity-“Christ arisen”;
  • Catholicism: forgiving the sinner who confesses and rejects his sin;
  • Protestantism: individualism/I-culture Individual responsibility
  • Americanism: freedom to innovate in science, culture, economy;
  • Islam: collectivism/We-culture submission sharing rich to poor;
  • Africanism: women in power distribution more than growth ubuntu;
  • Hinduism: celebrating birth-protection-death linguistic communities;
  • Buddhism: society as nets of relations-networks not individual knots;
  • Daoism: reality as holisms forces/counterforces yin/yang dialectics
  • Confucianism: both rights and duties, both at the top and the bottom;
  • Chinaism: synergy buddhism-daoism-confucianism lifting the bottom up;
  • Humanism: humans as the measure of all things (Protagoras);
  • Naturism: nature–diversity-symbiosis–as the measure of all things;

Stimulate cooperation based on positives, and not paranoid security based on negatives: “security studies” being academic paranoia.

Example: China and India could exchange lifting the bottom up for true federalism; Protestantism-Americanism could soften individualism learning from Islam-Buddhism, in turn learning freedom and innovation.

And they could all learn never-ending dynamism from Daoism. And a basic key to stability from naturism: diversity with symbiosis.

What a rich world! Something for everybody to learn everywhere.

Today’s refugees, migrants? NO: a Völkerwanderung; whole peoples on the move, 50 million, 50 years? From Africa devastated by slavery, colonialism, trade, capitalism, from Africa and West-Central Asia from wars mainly by the West. We get a search for livelihood, for maternal care from colonial Mother Countries, as uninvited settlers like the colonizers, but willing to abide by local norms. Now it is our turn.

The solution? Africa develops itself, like East Asia once did using the Japanese model, not Smith-Ricardo but Kaname Akamatsu used by China, unacknowledged. Gaddafi, killed, favored that model.

The role of the EU? Host millions even if only to compensate for low European fertility; otherwise stay off, apologize, compensate. The West has done enough damage in the world; better, reinvent itself.

Johan Galtung

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 12:55
Hamid Grine a été fouillé au corps par la P.A.F à Orly.

Hamid Grine a été fouillé au corps par la P.A.F à Orly.

«Si les autorités françaises agissent de la sorte c'est qu'elles veulent nous montrer quelque chose qui ne leur plaît pas».
C'est le propos qu'a eu un haut responsable politique algérien, transfuge du corps de la diplomatie, pour résumer l'attitude inconcevable qu'ont eu la semaine dernière, les éléments de la police française des frontières envers le ministre algérien de la Communication au moment de sa sortie du territoire français. Attitude qui, faut-il le souligner, n'a rien d'une erreur ni ne répond aux exigences d'un quelconque règlement aéroportuaire, notamment quand les éléments de cette fouille avouent qu'ils ont reçu des instructions pour le faire. Les usages diplomatiques universels sont clairs et se conforment au mieux et au pire à la réciprocité. Pourtant, les autorités françaises qui viennent en Algérie ne se sont jamais inquiétées pour ce qui est de l'accueil qui leur est réservé et ce quel que soit leur rang. Il faut rappeler que la police française des frontières n'est pas à sa première fouille au corps de responsables algériens. Elle reconduit le procédé à chaque fois qu'elle veut embêter les décideurs algériens. Elle le fait pour la troisième fois après qu'elle y ait soumis, il y a quelques temps, Mourad Medelci, et après lui, Abdelhamid Temmar. Ces épisodes de la fouille au corps de personnalités algériennes en fonction par la police française des frontières, ressemble étrangement à celui que cette même police avait adapté en août 2008 pour procéder à l'arrestation de Mohamed Ziane Hasseni, alors diplomate en fonction, directeur du protocole d'un ministère de souveraineté qui est celui des Affaires étrangères. L'affaire avait mis mal en point les autorités algériennes. Alger avait beau rouspéter mais en vain. Le diplomate algérien avait été gardé en prison pendant près de deux ans.
PARIS N'EST PAS A SA PREMIERE BAVURE
Hasseni a été arrêté sur le tarmac de l'aérodrome de Marseille à sa descente d'avion en provenance d'Alger. Son arrestation ne répondait à aucun règlement, encore moins celui consacré aux statuts diplomatiques. Elle a été d'ailleurs jugée illégale par les hommes de loi puisque la police française n'a pas respecté l'immunité diplomatique dont jouissait Hasseni à l'époque. Paris n'est donc pas à sa première bavure en matière de respect à l'égard d'Alger. Seulement, il est important de noter que Hasseni avait été arrêté à un moment où les décideurs algériens avaient déclaré qu'ils se devaient de diversifier les partenaires économiques de l'Algérie. Alger avait fait alors payer cher ce manque de tact de Paris. La loi de finances de 2009 consacrera des dispositions qui créeront la panique au sein des milieux d'affaires français en quête de marchés juteux en Algérie. L'onde de choc de ces dispositions atteindra jusqu'au port de Marseille où les exportateurs français ont été en ébullition.
Ces décisions et leurs effets n'ont en toute évidence pas été du goût de la France qui pense depuis toujours que l'Algérie est sa chasse gardée. Les Français savent que les Algériens nourrissent une jalousie morbide à l'égard de leur souveraineté nationale même si le pays regorge encore de «nationaux» pro-français jaloux eux, des intérêts de la France comme l'ont été ceux que l'histoire a classés, à la veille de l'indépendance, dans la terrible «promotion Lacoste.»
Il y a quelques jours, c'était un communiqué signé par plusieurs ministres français qui affirmaient compter l'Algérie parmi les pays où se trouvaient des militaires de leur pays. En faisant semblant de se rétracter et qualifier cette affirmation «d'erreur», les autorités françaises ont rajouté une bourde à un aveu jugé «grave» par des politiques algériens. Les «erreurs» françaises à l'égard de l'Algérie sont aujourd'hui «commises» pour rythmer une relation dont l'état s'effrite depuis quelques mois. L'on rappelle, de sources proches des plus hautes autorités algériennes, que «la France n'a pas admis que l'Algérie ouvre son ciel à des pays étrangers pour investir l'Afrique».
DES DRONES AMERICAINS EN SURVOL DE L'ALGERIE
Un journal espagnol a publié, il y a près de trois mois, que l'Algérie a donné son accord pour que des drones américains survolent ses territoires pour contrôler les régions de la bande du Sahel «et même plus loin.»
«C'est certainement cette information qui fait agiter la France qui veut, par des procédés maladroits, faire payer cela à l'Algérie,» nous dit un diplomate de carrière. Paris, faut-il le noter, avait bien avoué officiellement et publiquement qu'Alger lui avait permis de survoler ses territoires pour intervenir au Mali. Une déclaration démentie par l'Algérie sans trop convaincre grand monde. Le passage des drones américains par l'Algérie pour surveiller l'Afrique, un continent où les intérêts français de toute nature sont colossaux ne peut, cependant, laisser les autorités françaises insensibles
La gestion du dossier sécuritaire semble redessiner tous les schémas nationaux de protection des territoires. Le transfert de missions importantes du DRS vers le MDN, et celui très récent, de la Gendarmerie nationale vers la DGSN (direction générale de la Sûreté nationale) n'a rien de commun. Il doit certainement répondre à des impératifs de sécurisation des territoires, notamment au niveau des frontières que seul l'état-major de l'armée a prérogative constitutionnelle d'assurer. Le contrôle de pays voisins à l'Algérie et de leurs frontières par des puissances étrangères notamment les Etats-Unis, la France, obligent les services de sécurité algérien à collaborer sans avoir trop le choix. L'affaire Tiguentourine est toujours présente dans les esprits pour «mettre le doigt sur la plaie », comme l'avait si bien dit l'ambassadeur américain Eshneir, alors en poste quand la prise d'otages a eu lieu au niveau du complexe gazier d'In Amenas.

Ghania Oukazi

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 12:27
Emmanuel Todd

Emmanuel Todd

Comme ils le reconnaissent eux-mêmes, ces deux-là ne peuvent pas «se piffer». Et cela fait presque trente ans que ça dure. Pourtant, ils se revendiquent tous les deux de gauche, et ont voté pour François Hollande en 2012. Sinon, tout ou presque les sépare. Pourfendeur d’une pensée unique de gauche à la fois pro-européenne, libérale et antiraciste, Emmanuel Todd n’a jamais cessé de provoquer sa famille politique d’origine. Le traité de Maastricht (1992), puis le référendum pour la Constitution européenne (2005) ont, selon lui, entériné la grande rupture du Parti socialiste avec les classes populaires, et contribué à l’émergence du Front national. Avec son dernier ouvrage, Qui est Charlie ? (Seuil), ce défenseur de la sortie de l’euro persiste dans son rôle de mouton noir de la gauche, en analysant les défilés du 11 janvier comme une «manifestation d’exclusion». Sur des thèses diamétralement opposées, Laurent Joffrin, directeur de la rédaction deLibération et par ailleurs auteur du Réveil français (Stock), lui porte la contradiction.

Emmanuel Todd : C’est contre ça que mon livre a été écrit. J’ai vécu ce moment d’unanimité apparent, relayé par les médias, comme un flash totalitaire. C’est le seul moment de ma vie où j’ai eu l’impression que ce n’était pas possible de parler en France. C’était paradoxal puisque tout le monde était en train de se gargariser du mot «liberté», et pour la première fois de ma vie, j’ai eu peur de m’exprimer. C’est vrai que la situation était compliquée. C’était une énorme manifestation. Impossible de ne pas prendre au sérieux 4 millions de personnes dans la rue, des gens qui avaient de bonnes têtes, qui étaient sympas, qui formellement ne disaient rien d’horrible. Je me suis dit que la seule façon de démonter cette image d’unanimité, c’était de faire un véritable travail d’enquête sociologique. J’ai calculé des intensités de manifestations par ville. J’ai fait des cartes. J’ai rapporté cela à d’autres variables, notamment la proportion de cadres et professions intellectuelles supérieures et aussi la carte des empreintes et pratiques religieuses. Ce que je constate, ce jour-là, c’est une surmobilisation des catégories moyennes et supérieures de la société, et en particulier de la partie de la France qui est de tradition catholique. Les régions qui étaient censées se battre pour le respect de la liberté de conscience, de la liberté d’expression et de la laïcité, sont les régions qui, dans toute l’histoire de France, ont combattu la laïcité. Pour moi, il y a une escroquerie fondamentale dans ce qui s’est passé le 11 janvier, un tour de passe-passe, qui n’était pas conscient chez les acteurs. La simple exclusion du Front national de la manifestation allait signer l’absence des ouvriers. Ce que j’ai constaté, c’est le contraire de l’unanimité.

Laurent Joffrin : Si l’on excepte le chapitre sur l’immigration, je suis en désaccord avec tout le livre d’Emmanuel Todd. Le 11 janvier est la plus grande manifestation qu’on ait connue en France. Bien sûr, tout le monde n’y était pas ; on l’a dit, on l’a écrit. Certains l’ont dit eux-mêmes, comme Le Pen : «Je suis Charlie Martel» ; c’est une formule. Une partie des jeunes de banlieue ne sont pas venus non plus. Ils étaient choqués par le fait qu’on attaque le Prophète, ce qui est légitime et compréhensible. Mais 3 ou 4 millions, cela fait quand même beaucoup de monde. J’en ai déduit que la culture républicaine, en tout cas s’il s’agit de la liberté d’expression, était largement majoritaire en France ; qu’elle est précieuse à tout le monde, presque tout le monde, quelle que soit l’origine religieuse, politique, etc. C’est rassurant. Ensuite, l’unanimité s’est faite autour de la liberté d’expression, qui est le contraire de l’unanimisme. Tout le monde était d’accord pour dire qu’on a le droit de ne pas être d’accord. La plupart des gens qui sont venus manifester ne lisaient pas Charlie Hebdo, la plupart des gens qui sont venus manifester pouvaient être choqués par tel ou tel aspect de ce qu’il y avait dans Charlie Hebdo, y compris des musulmans, des catholiques ou d’anciens catholiques. On a été unanimes pour dire : «On a le droit de ne pas être unanime.»

Deuxièmement, la manifestation a été tout sauf antimusulmane. Au contraire, elle était fraternelle. Son message était clair : «On fait tous partie (même si c’est en partie faux) de la même communauté nationale, qui est républicaine» et «ce sont les valeurs républicaines qui nous tiennent ensemble», et non pas telle ou telle opinion politique, telle ou telle croyance. C’est la république qui est le cœur de l’affaire.

E.T. : On démarre dans un débat qui tourne en rond, parce que ce que Laurent a réexposé toute l’autosatisfaction des gens qui ont manifesté, l’unanimité de la classe médiatique. Il ne suffit pas, pour un sociologue et un statisticien, de répéter comme avec un moulin à prières tibétain «nous étions 4 millions». Les Français sont 65 millions. Je fais une analyse statistique…

L.J. : C’est la critique fondamentale que je porte à votre livre : je ne pense pas que les structures anciennes de la religion ou de la famille déterminent à ce point les comportements. Elles jouent un rôle, bien sûr, elles ont une influence diffuse. Mais elles ne déterminent pas mécaniquement la vie politique. Il y a bien d’autres facteurs : le taux de chômage, le taux d’immigration, la composition sociologique. Et les mythes politiques qui ont une autonomie, qui influent par eux-mêmes sur les comportements. Vous faites une sociologie purement déterministe. Je n’y crois pas.

E.T. : Ce que vous dites ne présente rigoureusement aucun intérêt, parce que tout le monde l’a dit mille fois. Je ne suis pas un idéologue, je suis un chercheur empiriste et je dis : 4 millions, ce n’est pas tout le monde. Quand on entre dans le détail, on trouve tout à fait autre chose. Je m’excuse, mais lorsque vous dites un truc du genre : «Cela ne tient pas debout, l’analyse anthropologique et ces trucs sur la sphère familiale», vous êtes un facho, là !

L.J. : Parce que je conteste la causalité simpliste que vous décrivez…

E.T. : Alors démontrez que les cartes sont fausses ! Démontrez que les coefficients de corrélation sont pourris !

L.J. : Ils me paraissent bizarres, oui. Je conteste la méthode.

E.T. : La république au sens où on l’entendait, c’était un système censé être pour tout le monde. C’était associé à l’idée de suffrage universel, d’une gestion en tout cas, pour la république sociale d’après-guerre, de l’économie dans l’intérêt de l’ensemble de la population. C’était une république à laquelle les ouvriers et les paysans participaient. Maintenant, ce que j’appelle la néo-république, c’est l’appropriation de tout ce bagage historique prodigieux de la France par une moitié de la société seulement, c’est-à-dire les classes moyennes et supérieures. Ce que la manifestation du 11 janvier, dans sa structure, exprimait, c’était en fait une république d’exclusion. Les milieux populaires n’étaient pas là. Les gosses des banlieues, les gosses d’origine immigrée n’étaient pas là. Laurent Joffrin nous dit : «Nous défendions la liberté, c’était merveilleux.» Mais qu’on ne me raconte pas que blasphémer sur la religion d’un groupe dominé est super classe, parce que la vérité, c’est que les musulmans en France, c’est 5% des gens, principalement en bas de la société !

L.J. : C’est faux. Charlie Hebdo n’est pas du tout antimusulman. Ils sont antireligieux, ce n’est pas la même chose. Dans Charlie, le nombre de couvertures ou de dessins dirigés contre la religion catholique est au moins égal, sinon supérieur, au nombre de caricatures et de couvertures dirigées contre l’islam. Elles sont d’ailleurs dirigées contre les terroristes et contre les intégristes, ce qui n’est pas la même chose. Du coup, les gens qui manifestent pour Charlie Hebdo ne peuvent pas être assimilés à des gens qui, même par contagion, seraient antimusulmans. Ils sont pour une cohabitation aussi harmonieuse que possible, en tout cas pacifique, entre les différentes religions. On ne peut pas les accuser d’être, même inconsciemment, même s’ils sont influencés par des structures subreptices, hostiles aux musulmans. Au contraire, ce sont des gens peut-être plus éduqués que la moyenne des Français, c’est possible - c’est peut-être aussi pour cela qu’ils ont une culture républicaine historique supérieure - qui savent ce que c’est qu’une intolérance ethnique ou raciale ou religieuse. Donc ils disent : «Plus jamais cela.»

E.T. : J’ai soutenu François Hollande. J’ai toujours été un électeur de gauche, mais plutôt dans la tradition communiste. Le comportement objectif du PS, ce sont ses choix de politiques économiques depuis 1983 : c’est la politique du franc fort, c’est l’alignement sur des modes de gestion de type allemand inadaptés pour la société française qui fait un tiers d’enfants de plus, c’est la monnaie unique, c’est l’acceptation d’un taux de chômage de 10%. C’est la promotion, la perpétuation et l’obstination dans des politiques économiques qui vont détruire la classe ouvrière française en général. N’oublions pas les Français de souche des milieux populaires, mais aussi, spécifiquement, les plus faibles, les derniers arrivés, ceux qui sont le moins protégés par leurs réseaux familiaux et de parenté : ce sont les enfants d’immigrés. Ce que j’appelle «xénophobie objective», c’est une xénophobie qui n’a pas conscience d’elle-même.

Evidemment, les socialistes pensent être du bon côté ; que les méchants, ce sont Estrosi, Copé, le FN, etc. Mais la vérité, c’est que leur attachement à une politique économique qui échoue et qui n’en finit pas d’échouer trahit leurs valeurs latentes. L’idéal d’égalité des hommes, la protection authentique des gosses d’immigrés dans les banlieues, comme des ouvriers français, est non-sincère, et la valeur qui domine dans leur tréfonds subconscient et inconscient est une valeur d’inégalité. En fait, ce qui s’est passé depuis trente ans, c’est que le catholicisme ou, plutôt, les valeurs sociales latentes du catholicisme (les valeurs d’autorité, d’inégalité, de différenciation humaine), ce que j’appelle dans le livre le «catholicisme zombie», ont conquis la gauche.

Une fois qu’on a compris ça, on peut commencer à réfléchir utilement au Front national et à comprendre qu’il n’est qu’un effet de ce mouvement d’ensemble, et pourquoi le FN, ce parti xénophobe et arabophobe, se retrouve de plus en plus implanté dans les vieilles régions libérales égalitaires françaises.

L.J. : Ce n’est pas le Parti socialiste qui a créé l’inégalité, c’est la mondialisation et l’économie de marché mondialisée. On peut reprocher aux socialistes ou aux sociaux-démocrates de ne pas avoir lutté avec suffisamment d’énergie contre l’inégalité, mais ce n’est pas eux qui l’ont créée. C’est purement polémique de dire cela. Les socialistes pensent, peut-être à tort, que le fait de passer un compromis avec le patronat permettra de relancer l’économie et de réduire le chômage. Cela marche mal pour l’instant, ou pas du tout, en France. Cela a marché dans d’autres pays. Tout cela n’a rien à voir avec leur origine catholique supposée. Quant à imputer la crise à Maastricht et à la monnaie unique, c’est d’un simplisme confondant. On peut le dire pour certains pays qui sont en position de faiblesse, mais c’est faux pour d’autres. Certains pays qui sont dans la zone euro ont un taux de chômage très faible. Prenez aussi le Danemark et la Suède, pays proches à tous égards… L’un est dans l’euro et l’autre non. Comment expliquer qu’ils ont à peu près le même taux de chômage et un système social extrêmement protecteur tous les deux ?

E.T. : La France est le seul des pays très avancés historiquement qui accepte de vivre avec 10% de chômage. C’est très spécifique de la France. C’est la promotion, la perpétuation et l’obstination dans des politiques économiques qui vont détruire la classe ouvrière française en général. Alors faites une pétition pour sortir de l’euro ! Cessez d’être résigné ! Libérez-nous !

L.J. : Donc, selon vous, c’est l’euro qui crée le chômage ?

E.T. : Le taux de chômage de la France à 10%, oui.

L.J. : Sortir de l’euro ne résoudra rien.

E.T. : Si vous le dites… C’est votre religion.

L.J. : Je ne pense pas que la fin de la religion crée un vide existentiel. Je ne pense pas que la religion soit la seule manière de remplir le vide existentiel. Je pense que les citoyens se réfèrent à des valeurs non religieuses, républicaines, laïques et que cela remplit leur vide «existentiel». On dit qu’il y a un vide depuis 1789, depuis qu’on a répudié les traditions et qu’on a rompu avec certains aspects de l’Eglise catholique ou avec la hiérarchie catholique. On nous explique que les gens ne savent plus où ils habitent, qu’ils n’ont plus de valeurs, qu’ils ne croient plus à rien, etc. C’est complètement faux. La manifestation du 11 janvier l’a montré, comme toute l’histoire du XIXe siècle et du XXe siècle. La démocratie est un système imparfait. Il est donc en crise par définition. On n’a jamais vu de démocratie qui ne soit pas en crise. Mais, contrairement à ce que vous affirmez, les sociétés individualistes gardent des valeurs collectives. Elles se sont manifesté le 11 janvier.

E.T. : Je suis personnellement un sceptique religieux, je n’ai pas de problème avec la religion. J’essaie de démontrer dans le bouquin que dans les trente dernières années, on a vécu l’effondrement de ce catholicisme de résistance qui structurait une partie de la société. On vient enfin d’atteindre une situation de vide religieux complet ! Cela n’a jamais existé dans l’histoire de France. Je dis de façon répétitive : «Il faut prendre la religion au sérieux, surtout quand elle disparaît.» Lorsque la religion disparaît, il y a des phénomènes de vide, des problèmes de substitution, des phénomènes de violence. On en est là ! Comme par hasard, c’est le moment où plus personne ne croit et où tout le monde devient obsédé par la religion. On est obsédé par l’islam… Finalement, il y a une sorte d’inconscient collectif qui cherche dans l’islam un substitut du catholicisme qui ne peut plus servir. Mais c’est complètement fantasmé, car les indicateurs de pratique religieuse du monde musulman, difficiles à mesurer, sont beaucoup plus faibles que ce qui existait dans les provinces catholiques d’autrefois.

E.T. : Si je cherche dans mon irrationnel profond ce qui me rend vraiment inquiet sur le sort du pays, c’est la renaissance de l’antisémitisme, parce que cela me renvoie à l’histoire de ma famille, et je ne pensais pas que c’était possible. J’accepte maintenant l’antisémitisme de pas mal de gosses arabes des banlieues comme un fait sociologique dont il faut tenir compte. Cela a été difficile pour moi. Mais c’est logique : la montée d’une passion religieuse islamophobe, dirigée contre une minorité, ne peut que raviver, inévitablement, toutes les passions religieuses et finalement cibler la religion des autres minorités, conduire donc à l’antisémitisme. C’est ce qui se passe.

Mais il existe plusieurs types d’antisémitisme. Le vieil antisémitisme, catholique, bourgeois, différentialiste, ciblait des juifs assimilés auxquels on reprochait d’être différents, malgré les apparences. Il y a aussi un antisémitisme que j’appelle égalitaire, universaliste, qui fonctionne selon une logique complètement inverse. Là, ce qui est reproché aux juifs, ce n’est pas de vouloir devenir comme vous, c’est de vouloir rester différents. C’est celui que subissent les juifs pratiquants dans les banlieues, et il est peut-être aussi typique de la France du Bassin parisien que de l’islam. La France est formidable avec ce concept d’homme universel. Mais être universaliste, pour un anthropologue, c’est penser que les gens sont les mêmes partout. Si les immigrés qui arrivent sont raisonnablement les mêmes, super, on se mélange tout de suite, et on a les sociétés les plus ouvertes qui existent. La France, c’est cela, pour une bonne part. Dans mon village du Midi, quand j’étais enfant, je n’avais même pas compris qu’il y avait des gosses d’origine italienne et des gosses d’origine provençale, parce que c’est le même système culturel. Mais si vous voyez arriver des hommes qui ont visiblement un système de mœurs différent, votre système a priori va être mis sous tension tant qu’ils ne seront pas complètement assimilés, et vous avez la possibilité, théorique et pratique, d’un autre type de xénophobie, que j’appelle xénophobie universaliste. Je crois que c’est très important pour comprendre une chose comme le Front national. Il faut essayer de comprendre que ce qu’on appelle le racisme ou la xénophobie des prolos du Front national, ou même des petits commerçants du Midi, n’est pas la même chose que le racisme, l’antisémitisme ou la xénophobie de la bourgeoisie catholique.

L.J. : La distinction que vous faites me paraît oiseuse. L’universalisme ne veut pas dire que les hommes sont tous pareils. Ils sont très différents mais quelque chose les relie. Ils ont des cultures, coutumes et croyances différentes. Mais leur humanité les réunit. C’est pour cela que Jaurès a appelé son journal l’Humanité.

E.T. : Ce sont les cultures qui sont différentes, pas les gens. Je suis un universaliste, ce qui n’est pas votre cas, vous êtes un différentialiste.

L.J. : En aucune manière ! Pour un universaliste comme moi, les hommes sont différents mais égaux en droit. Pour un différentialiste, les hommes sont trop différents pour avoir les mêmes droits. C’est la base même de la xénophobie ou du racisme. Donc dire qu’un universaliste est un xénophobe est un oxymore complet. C’est un paradoxe mirobolant, qui n’a pas de sens.

E.T. : En fait, vous n’aimez pas les progrès de la science… Vous avez une attitude antiscientifique. Je ne suis pas le seul à penser que cela existe.

L.J. : Vous êtes plusieurs à vous tromper, voilà tout. Ce concept n’a rien de scientifique. Il a une fonction purement polémique. Il consiste à dire que les antiracistes sont en fait racistes. C’est ridicule.

E.T. : Il y a une forme d’hégémonie d’un bloc socioculturel qu’incarne de façon assez magnifique Laurent Joffrin. Ce que dit ce bouquin, c’est qu’il y a une structure de pouvoirs très puissante à l’œuvre dans la société française. Et comme je suis un scientifique plutôt qu’un idéologue ou un politique, je n’arrive pas à me raconter que cela va changer d’un seul coup. Il n’empêche, mon livre plaide pour une réconciliation des Français. Que Français d’extrême droite et Français musulmans comprennent les problèmes qu’ils partagent et contribuent à la refondation d’une république. Sortons de l’euro et retrouvons nous entre Français de toutes origines pour sortir le pays du bourbier !

L’autre vérité, c’est que le vieillissement de la population française risque d’aggraver les choses. L’âge médian du corps électoral, qui est déjà de 50 ans, augmente de 0,2 à 0,3 an chaque année. On est dans une société non seulement crispée sur ses concepts, non seulement frissonnante d’angoisses religieuses accumulées, mais qui, en plus, continue de vieillir. En 2017, on va devoir encore choisir entre François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen : trois grands politiques français qui ont tout foiré et qui ne proposent rien. Seule une société gâteuse peut avoir un système politique comme ça. C’est angoissant et c’est pour ça que je suis pessimiste.

L.J. : Contrairement à ce qu’on dit, l’économie française n’est pas en capilotade. Le drame, c’est le chômage. Ce n’est pas l’économie en général, qui est la sixième du monde, qui est ouverte sur la mondialisation, avec une productivité forte et une main-d’œuvre très qualifiée. Je rejoins Todd sur un point : l’Europe a fait une mauvaise politique, qui a étouffé la croissance. Elle vient d’en changer, mieux vaut tard que jamais. Comme je suis un optimiste, je pense que le redressement viendra à la suite de ce changement de politique.

S’agissant des rapports avec les minorités, c’est le seul chapitre de votre livre avec lequel je suis d’accord : l’intégration est beaucoup plus forte qu’on ne le croit, l’intégration et la fusion des minorités, notamment la minorité musulmane, qui n’est pas du tout un bloc mais très différente selon les catégories socioprofessionnelles ou les pays d’origine. Les citoyens de culture musulmane sont maintenant à 80% intégrés dans la société. Cette idée selon laquelle on va vers une guerre civile contre l’hégémonie musulmane est une idée folle, mais je constate que cette idée folle est légitimée par un certain nombre d’intellectuels qui vivent dans un monde qu’ils ne connaissent pas, qui reprochent à la classe moyenne de ne pas connaître la société, alors que ce sont eux qui la méconnaissent.

Et si on élargit le raisonnement, on constatera que l’idée démocratique, sur le moyen terme, est à l’offensive dans le monde, et que l’intégrisme est une réaction contre l’influence croissante des idées de liberté. C’est ce qui me rend optimiste : les hommes préfèrent finalement décider de leur vie par eux-mêmes plutôt que se soumettre à la tradition, l’Etat, ou je ne sais quel prêtre ou dictateur. Je pense que, in fine, même si c’est un vertige métaphysique, les gens préfèrent être libres. Donc, à terme, à travers toute sorte de convulsions, de reculs et d’avancées, la liberté finira par l’emporter.

E.T. : Dire cela dans un pays qui vient de redécouvrir des phénomènes de xénophobie et d’antisémitisme, cela me laisse sans voix. Votre optimisme n’apaise pas du tout mon inquiétude !

L.J. : C’est typique. Dès que l’on dit : «Vous savez, il y a des éléments positifs», on vous répond «Donc vous pensez que tout va bien».

E.T. : Si j’étais psychiatre, je dirais que vous avez une nature optimiste qui vous fait croire que la liberté progresse. C’est juste l’inverse !

L.J. : Je peux le démontrer par les statistiques.

E.T. : C’est clair que vous êtres plus heureux de vivre que moi, c’est une évidence.

Grégoire BISEAU et Cécile DAUMAS

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 11:05
Tunisia is facing a complex transitional process.

Tunisia is facing a complex transitional process.

Corruption in the public sector is a multifaceted and complex phenomenon. It can take on a myriad of forms and come to light in various areas.

It ranges from petty corruption among government officials who use their influence for monetary gain to corruption in lobbying and fundraising in election campaigns. Its reach extends from public procurement to managing conflicts of interest. It is used to bribe whistleblowers and is present in all cases of cronyism and misappropriation of public funds.

Corruption plagues all countries to varying degrees and in different ways, regardless of their level of development. Institutions such as the World Bank are paying close attention to corruption for two main reasons: First, because as an investor, it must be able to guarantee its Board of Executive Directors, which represents its 188 member countries, including Tunisia, that its loans or grant funds provided for development projects are judiciously used and do not fall prey to embezzlement.

Second, as a development institution the World Bank, drawing on a body of global theoretical and practical knowledge, now knows that corruption considerably stunts growth and economic development. According to the World Economic Forum, the cost of corruption to society and the private sector in 2010 stood at an estimated US$2.6 trillion (or 5% of annual gross world product). Corruption cannot be viewed as an activity that oils the wheels; it results in lower growth rates and greater inequality and poverty. It rewards the worst performers.

Having set forth the problem, it should be acknowledged that government decision-makers and their development partners face a series of obstacles that must be overcome as well as a plethora of options that are often difficult to grasp and articulate.

What instruments and approaches are effective in combating corruption? Should the effectiveness of internal audit systems—institutions such as the Court of Audit, inspection bodies, internal audit entities, and the entities responsible for judicial proceedings be enhanced? Should specialized ad hoc agencies be created to deal with corruption issues? Should an effort be made to digitize, to the fullest extent possible, all public funds collection and expenditure processes (customs, e-procurement, integrated financial management systems)?

Should the interest and role of civil society be stepped up by supporting citizen coalitions to combat corruption? Should the professional ethics component of the training and evaluation of government employees be strengthened or should steps simply be taken to ensure that their salaries afford them a life of dignity? Is a general policy needed or should the weak links, such as the extractive industries, be targeted? Should the legal sanctions imposed on some corrupt figures receive wide media coverage in order to sound a warning to others? Should greater emphasis be placed on transparency and a culture of accountability in the public sector? If so, how?

Academics may be able to provide us with insights that can allow us to gain a certain level of understanding on the roots of corruption. For a long time, economic theories have focused on decision-making processes in the public sector. They sometimes allow for the modeling of the behavior of actors or political strategies. They measure the economic impact of social behaviors, such as those linked to corrupt practices.

, Researchers at the Paris School of Economics, specifically those working within the Economics of Transparency and Accountability Group, have developed internationally recognized expertise in this area. Using the most sophisticated economic analysis tools, they are exploring, for example, through their research, whether new technologies make it possible to combat corruption or whether, in a context of weak governance, corruption compensates for bureaucratic inefficiencies.

This is the expertise being sought by the University of Tunis’ Faculty of Law and Political and Social Sciences, after it became apparent that there was no higher education instruction in Tunisia focusing on the issue of corruption. These two universities therefore made a joint decision to establish, at the beginning of the 2015 academic year, an advanced multidisciplinary Master’s program in Tunis targeting students and senior government officials, so as to provide them with the analytical tools to tackle the corruption issues that they may face later on in their professional careers in the public and private sectors, in politics, or in civil society organizations. It is through education and research that an understanding of corruption, a complex social phenomenon, will be forged, thus leading to the implementation of more effective public policies.

BY FRANCK BESSETTE
After working as an auditor at the French Supreme Audit Institution, Franck joined the development community in 2003 as an adviser for the Palestinian Authority's MEF for the EU. He then joined the PEFA Secretariat, hosted by the Bank's headquarters. He worked as a technical assistance adviser for the Fund from 2009-2011 before joining the Bank, first in LAC and then in MENA, based in the Tunisia office. Franck graduated in Islamic Studies and is an alumni of the Ecole Nationale d'Administraiion (ENA) in Paris. © 2015 The World Bank Group, All Rights Reserved.

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 11:41
Djamel Zenati est un ancien cadre du F.F.S

Djamel Zenati est un ancien cadre du F.F.S

Evénement majeur pour certains et non-événement pour d’autres, le départ du général Toufik n’en finit pas de polariser le débat et suscite de plus en plus d’interrogations.

Le sens de ce retrait et ses incidences immédiates et lointaines demeurent à présent inconnus. Faute de transparence et de données avérées, le sensationnel et le fantastique se disputent le commentaire. Un début d’explication se trouverait éventuellement dans la description faite du général par nombre d’observateurs. Tous s’accordent à relever son sens élevé du patriotisme, son attachement à la légalité et son esprit très prévenant. Partant de là, il est possible de se hasarder à quelques conjectures.

La première hypothèse est celle du geste de désapprobation et d’alerte. Agissant souvent par la bande, cette fameuse technique en usage dans le jeu de billard, les adversaires du général au sein du sérail et ailleurs ont, ces derniers mois, intensifié manœuvres et pressions. Aussi, appréhendant et redoutant une tournure fâcheuse, il a préféré se retirer pour ne pas servir de prétexte ou de souffre-douleur. Par ce faire, il escompte ôter à ses détracteurs un «argument» de taille.

La seconde, de faible probabilité, est l’acte pédagogique concerté et motivé par un nécessaire réaménagement politique en gestation. A regarder de près, l’attitude du général n’est pas singulière. Elle est en phase avec la psychologie de la société. En effet, tout le monde se plaint mais personne n’ose aller au-delà de la chikaya. C’est partiellement de la peur. C’est surtout l’effet du désenchantement, de l’usure et de la lassitude. Il y a aussi un peu de mépris de soi. Une sorte d’auto-hogra, contrepartie inévitable d’une résignation forcée et mal assumée.

De toute évidence, la thèse du limogeage est peu crédible. Le président Bouteflika a dû être embarrassé, voire même surpris, par la décision du général. La loyauté de ce dernier envers le premier n’est un secret pour personne. Selon toute vraisemblance, le problème est ailleurs. Le Président a-t-il cédé aux exigences de forces centrifuges en embuscade et à l’affût de la moindre vacance ? La question reste ouverte. Néanmoins, un indice peu banal et très instructif se doit d’être souligné. En effet, pris dans leur ensemble, les récents événements correspondent peu à une volonté de préservation du pouvoir. Ils s’apparentent plus à une stratégie de conquête. Au profit de qui ? Autre question ouverte.

Louisa Hanoune évoque même le risque d’instauration d’un régime militaire. Le pays serait-il sur le point de rééditer la crise de l’été 1962 ? La seule évocation d’une telle option est en soi effrayant. Lorsque l’ignorance et la prétention font ménage, le drame n’est jamais loin. Nous pensons précisément à toutes les velléités à l’intention nuisible et devant lesquelles le désastre actuel prend les traits du privilège.
Longtemps en charge de la régulation et de l’arbitrage dans les conflits, le DRS, affaibli et désincarné, ne pourra plus veiller aux équilibres.

Les luttes factionnelles à venir promettent d’être très rudes et pourraient connaître des développements regrettables. Sauf si le pouvoir venait enfin à se résoudre à l’idée de la médiation démocratique. Si tel n’est pas le cas, le destin du pays se décidera à coups d’argent sale et de baïonnettes. Le propos, ici, n’est pas d’accabler ou d’exonérer une partie ou une autre. Mais tout simplement de mesurer les retombées des récents bouleversements sur les évolutions possibles en Algérie. Enfin, cette agitation au sommet ne doit pas servir d’écran à la crise. Elle doit au contraire être mise en perspective avec l’état préoccupant du pays.

Où va l’algérie ?

L’Algérie est dans la difficulté. L’inquiétude née d’une situation interne incertaine est amplifiée par un contexte régional et international fortement conflictuel. En principe, un tel moment commande clairvoyance et apaisement. Hélas, nos dirigeants ne semblent pas prendre la juste mesure de la gravité. Même s’ils reconnaissent timidement l’existence d’un malaise, ils s’empressent de l’imputer exclusivement à la baisse des cours du pétrole. Ils se gardent bien d’aborder les déterminants politiques et géopolitiques d’une telle situation. Inaptes à détecter les signes annonciateurs d’un risque réel, ils s’enlisent dans l’absurde à la recherche d’un nouvel équilibre périlleux.

Le drame n’est pas tant le niveau très bas des prix des hydrocarbures que le maintien forcé d’un système politique fermé, avec pour unique base matérielle la rente et comme superstructure la violence, le clientélisme et la corruption. Piégé par sa propre configuration, le système est totalement désarmé face à la crise. En refusant les solutions de rupture, il réduit sa marge de manœuvre et s’enfonce davantage dans l’incertain. Pour parer à l’amenuisement des ressources, le gouvernement dispose des trois procédés classiques, à savoir l’augmentation des impôts, la réduction des dépenses et les dépenses sur déficit.

En plus de nourrir le mécontentement social, les deux premiers procédés risquent de couper le pouvoir de ses traditionnels soutiens en grippant les leviers du clientélisme de proximité. Quant au troisième, c’est-à-dire l’endettement, il offrira le pays pieds et poings liés aux desiderata du FMI et autres vautours de la même espèce. L’endettement intérieur sur lequel les décideurs fondent d’énormes espoirs est une chimère. En effet, l’économie informelle renvoie en premier lieu à la nature même du système et de l’économie formelle. Elle leur est consubstantielle.

De plus, elle constitue une soupape de sécurité à même de pallier aux carences, ô combien énormes, de l’économie formelle. Enfin, pour des raisons objectives et subjectives profondes, le gouvernement est inapte à mobiliser l’épargne national.
Sans mémoire ni projection, le système est prisonnier de l’immédiateté. Il s’emballe, s’enivre, sombre sans se rendre compte dans la déraison et entraîne tranquillement le pays vers le chaos. Les lanceurs d’alertes n’ont pourtant jamais fait défaut. Et les occasions aussi.

La régle des trois quarts

Les quelques affaires à avoir pu tromper la vigilance du «gardien du cimetière» n’ont pas échappé à l’injonction après leur renvoi devant le tribunal criminel. Placé sous la tutelle du pouvoir politique, le juge est réduit à un trois quart de magistrat, obligé de respecter non pas la loi, mais des lignes rouges virtuelles et mouvantes dont ils doit impérativement deviner les contours s’il veut échapper aux foudres. «Je ne suis qu’un petit juge», lâchait le président du tribunal criminel aux avocats de la défense qui exigeaient la présence d’un ministre.

Cet aveu lourd de sens renseigne, si besoin est, sur le peu de cas fait du principe d’indépendance de la justice, pourtant érigé à la dignité constitutionnelle. En effet, les procès ont tourné au feuilleton plat où l’accessoire et le détail ennuyeux ont vite pris le pas sur l’essentiel.
Les enjeux réels et les responsabilités ont été délibérément obscurcis.

Ces scandales constituent pourtant des cas paradigmatiques, un condensé représentatif des turpitudes des dirigeants et de leurs clientèles.
Quel dommage d’avoir raté pareille opportunité pour une introspection minutieuse et approfondie de l’état du pays ! L’opinion est en droit d’attendre de la justice une mise en lumière des logiques en œuvre dans ces affaires. Concrètement, il fallait démystifier les modes d’accumulation douteux de certains capitaux privés et leur collusion avec des parties étrangères. L’atteinte à la souveraineté nationale se révélerait alors au grand jour à travers le double transfert financier du public vers le privé et de l’intérieur vers l’extérieur.

N’est pas rebrab qui veut

Ces crimes révèlent aussi les limites d’une libéralisation économique sans libéralisation politique. Le pays est passé d’un socialisme sans classe ouvrière à un capitalisme sans classe bourgeoise. En termes institutionnels, cela s’est traduit par le passage du «tout-Etat» à l’«Etat délinquant», notions à prendre évidemment dans leur acception juridique. Sans limite légale et sans contre-pouvoir, la gouvernance prend peu à peu des allures du brigandage. L’Etat concède puis cède. Il est réduit à une matraque. Sur les décombres de l’Etat en décomposition prospèrent de nouveaux acteurs. Leur influence s’étend jusqu’au plus haut niveau de la décision.

Le monstre réticulaire

Plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre de Libération nationale, les problématiques de l’indépendance et de la souveraineté se posent toujours et avec une acuité sans précédent. L’ancienne orthodoxie en la matière est dépassée. En effet, la menace sur l’indépendance et la souveraineté nationales revêt des formes diverses et emprunte des voies insidieuses. La «main étrangère» ne constitue plus la totalité du phénomène.

Le «bras local», dans ses innombrables manifestations et connivences, peut se révéler tout aussi redoutable, sinon plus. C’est précisément le cas dans notre pays. Des groupes informels de tous bords se posent en concurrents de l’Etat. Ils s’octroient des prérogatives régaliennes, édictent lois et codes et sévissent en toute impunité. Le pouvoir de l’Etat se déplace graduellement vers ces micropouvoirs occultes. Sans existence légale, ces groupes possèdent néanmoins des prolongements dans les institutions où ils bénéficient de soutiens discrets et précieux.

Entre ces groupes, des jonctions s’établissent et des alliances se tissent pour former une toile enveloppant l’État à la manière d’une pieuvre enserrant sa proie. Leur collusion avec des parties étrangères est avérée. L’intersection de ces groupes constitue l’oligarchie dont parle avec justesse et pertinence Louisa Hanoune. A partir de ce lieu stratégique et dissimulé, l’oligarchie donne le ton et la mesure, ose et impose sans jamais avoir à rendre des comptes.

Chantres du nationalisme dans les moments d’abondance, ils sont les premiers à douter de l’Algérie en période de crise. Certains ont poussé l’outrecuidance jusqu’à faire naître leur progéniture dans des cliniques parisiennes afin de leur assurer une nationalité de secours. Leurs résidences dans les capitales occidentales sont fin prêtes à les abriter si d’aventure, la situation venait à s’aggraver. Cette harga de luxe contraste avec les tentatives à haut risque d’une jeunesse désespérée. D’autres, aux intérêts internes colossaux, s’en remettront probablement aux hordes intégristes dans l’espoir de se préserver et, pourquoi pas, de ressusciter à la faveur d’un chaos certain.

De Madani à Madani : tout ça pour ça ? Cette opportunité n’a pas échappé à un chef terroriste notoire. Ses différentes sorties publiques ne visent nullement une éventuelle réinsertion dans le champ politique. Un véritable Etat parallèle est en gestation. En effet, tous les éléments sont déjà en place : des maquis en guise de territoire, des militants, une armée, une doctrine et un projet. La crise imminente fera le reste.
Convier Mezrag à une consultation officielle ou inviter Benhadj à une conférence sont deux actes d’une égale gravité. Les uns et les autres doivent cesser de se défier par fragments du FIS interposés.

L’islamisme radical nous éloigne du politique, nous éloigne les uns des autres et menace le pays de dislocation. Il n’est pas une idéologie du passé. Pas plus que celle du présent ou du futur. Il est l’ennemi du temps. Des choix existentiels incompatibles et irréconciliables ne peuvent coexister dans un même espace. L’Algérie ne saurait demeurer éternellement otage d’idéologies rétrogrades et déshumanisantes. Si l’intégrisme venait à nouveau à s’abattre sur la société, les fractures seront irrémédiables. Il revient alors de droit à tout groupement citoyen de concevoir le vivre-ensemble comme il l’entend.

Abêtir pour régner

Autre sujet d’inquiétude : la baisse tendancielle du niveau scolaire et universitaire. Cela participe d’un processus de dépendance insidieux, amplement plus problématique comparé à la sphère économique. C’est de l’autodestruction par le bas. Les pays dits émergents, il est utile de le rappeler, doivent principalement leur croissance au développement du savoir et à l’innovation, armes par excellence du troisième millénaire.

Lors d’un débat sur le gaz de schiste au Forum social mondial de mars 2015 à Tunis, le directeur de département «techniques production» à Sonatrach lâchait le verdict suivant : «Une nation vaut par ses réserves.» L’état d’esprit néo-patrimonialiste de ce cadre révèle la misère de la culture rentière dans toute sa splendeur. La culture rentière est une véritable anticulture dans la mesure où elle enlève au citoyen ses capacités à réfléchir, concevoir et élaborer. Elle le socialise dans le «prêt à» et la ruse. Nos enfants ne croient plus aux vertus du savoir et de la connaissance. Ils se tournent désormais vers la combine, quand ils ne choisissent pas de tenter l’exil au péril de leur vie. Certains de nos dirigeants leur montrent d’ailleurs parfaitement la voie.

Eriger la réussite par l’effraction en modèle d’ascension sociale est le plus grand crime contre la nation. Jusque-là, l’Algérie importe l’essentiel de sa consommation. Sera-t-elle, dans un proche avenir, forcée de recourir à l’encadrement étranger ? Les questions d’indépendance et de souveraineté se situent aussi et surtout à ce niveau. Cette catastrophe est voulue. Les récentes réformes initiées par la ministre de l’Education ont provoqué une levée de boucliers dans les milieux rétrogrades. En portant l’espoir d’une Algérie moderne, la ministre a essuyé les pires outrages.

L’abandonner aux chiens serait une lâcheté impardonnable. Car au-delà des mesures pertinentes proposées, Mme Benghebrit dérange pour avoir rallumé cette flamme de la résistance féminine admirablement incarnée par Hassiba Ben Bouali, Djamila Bouhired et autres héroïnes de l’épopée libératrice. Son courage, sa compétence, sa détermination et, osons-le, son élégance, ont semé panique et hystérie chez les tenants des idéologies polluantes. La redjla n’est pas l’apanage des seuls hommes. Dieu merci.

Le génie algérien existe. Mais il est étouffé, marginalisé, méprisé et condamné à l’inutilité. C’est souvent ailleurs qu’il trouve reconnaissance et consécration. Quelle ironie de l’histoire ! Persister dans ce mépris accentue nos vulnérabilités déjà très nombreuses. Mustapha Hammouche concluait une de ses brillantes chroniques dans le journal Liberté par la phrase suivante : «Ce n’est donc pas une conversion économique qu’il faut, c’est une révolution culturelle.» Le verdict est sans appel.

Avilir pour régner

La contribution décisive de Nelson Mandela à la philosophie des droits de l’homme a été incontestablement sa critique originale du système de l’apartheid. Il a eu la lucidité et le courage de soutenir la thèse selon laquelle les premières victimes de l’apartheid sont les tenants de l’apartheid eux-mêmes. Il a ainsi arraché la société sud-africaine à toute idée de vengeance et à la tentation de substituer à l’apartheid un apartheid inversé.

L’approche de Mandela peut être étendue à tous les phénomènes autoritaires et totalitaires dans leurs différentes déclinaisons.
En effet, avant de pouvoir asservir les autres, un système autoritaire ou totalitaire doit au préalable soumettre les siens, leur enlever toute humanité pour en faire des monstres capables des pires atrocités. L’analyse du fascisme, du nazisme, du stalinisme ou encore de l’islamisme apporte des éclairages édifiants à ce sujet. L’autoritarisme n’est pas seulement une manière de gouverner. C’est aussi et surtout un mode de pensée, un comportement, une façon d’être. C’est une redoutable machine idéologique. L’un des aspects le moins exploré du système autoritaire est sa capacité à avilir et à déteindre sur les esprits.

C’est le principal obstacle à la démocratisation. Certaines élites, officielles ou indépendantes, terrifiées à l’idée de perdre un confort ou en quête d’un statut valorisant, s’abandonnent à l’appel du ventre. Elles scrutent la direction des vents pour choisir le cap avantageux sans se soucier de la tempête qui gronde et avance à pas résolus. Dans notre pays, l’avilissement a atteint ces dernières années un degré inimaginable. La conscience nationale s’est peu à peu érodée au profit d’une mentalité nouvelle, faite d’imposture, coups bas, ruse, draâ, hogra et autres postures du même registre.

Dans le langage populaire, le vocable chriki a supplanté khouya, révélant par là l’énorme bouleversement intervenu dans les rapports sociaux. La relation transactionnelle, la culture du «ched-med», a acquis un statut de centralité. Cette marchandisation des relations humaines installe un substrat culturel en rupture avec le capital symbolique accumulé, souvent dans la douleur, le long de millénaires d’histoire. Jamais la déconstruction du lien social n’a atteint un seuil aussi critique. Le fondement du vivre-ensemble est réellement menacé. L’honnêteté, la droiture et le patriotisme sont de nos jours décriés et considérés comme des valeurs dérangeantes. L’allégeance, par contre, ouvre droit à toutes les transgressions.

Se réjouir de l’effacement du politique et de l’affaiblissement de la société est une attitude irresponsable et une méconnaissance de l’histoire des contestations sociales. En effet, la perversion des institutions, le captage des ressources par une minorité et l’exclusion des populations sont les principaux facteurs déclencheurs des processus de désagrégation sociale et d’effondrement national. Les cas de la Syrie, du Yémen, de l’Irak ou encore de la Libye en sont les preuves vivantes.

Le capitalisme en folie

Le monde connaît, ces dernières décennies, des bouleversements spectaculaires. Dominé par un capitalisme en crise, il en subit les perverses mutations. En effet, de national et productif, le capitalisme est devenu mondial et spéculatif. La formule du procès capitaliste-type A-M-A’ (argent-marchandise-argent) tend à être supplantée par la formule A-S-A’ (argent-spéculation-argent). Le monde est désormais administré par des experts pour le compte de blocs mondialistes de plus en plus envahissants. Dominées ou laminées, les anciennes classes sociales perdent peu à peu leur rôle d’acteurs privilégiés. En revanche, la masse des chômeurs connaît une croissance exponentielle. Sans perspective historique, elle constitue l’armée de réserve de tous les intégrismes.

Cette évolution explique en partie la faiblesse de la gauche et du courant libéral et éclaire sur la montée fulgurante des utopies communautaristes. L’islamisme en terre musulmane et le social-nationalisme en Europe en sont les expressions les plus visibles. Ces rétractions identitaires sont l’effet du désarroi et du sentiment d’impuissance face à une mondialisation effrénée, injuste et inhumaine.
Cette évolution explique par ailleurs, là est l’essentiel, la forte conflictualité dans le monde. Le «choc des civilisations» et la «guerre des religions» sont les nouveaux paradigmes idéologiques subtilement imaginés par les nouveaux empires dans leurs luttes pour imposer de nouveaux rapports mondiaux.

L’empire du XXIe siècle est rarement territorial. Il est tutélaire et tire paradoxalement sa légitimité du chaos dont il est lui-même responsable. L’humanitaire et le sécuritaire sont ses prétextes de prédilection. Ses contradictions devenant indépassables, le capitalisme recourt au désordre. Il se régénère par l’expansion à travers la satellisation des élites aux commandes ou, le cas échéant, par la guerre interne. Les évolutions récentes dans la géopolitique des conflits prouvent notre propos. L’Algérie aurait tort de se croire à l’abri. Elle n’est ni immunisée contre le populisme ni protégée des convoitises mondialistes.

Appel aux patriotes

La question du pouvoir est, de notre point de vue, secondaire devant la menace qui pèse sur la souveraineté nationale. L’urgence est de réhabiliter l’Etat, l’extraire des mains de groupes informels pour le remettre au service de la Nation. Nous appelons à une rébellion positive, un sursaut patriotique loin de la chasse aux sorcières et du règlement de comptes. Un large front patriotique est nécessaire pour porter ce renouvellement de la perspective historique.

Le plus grand fossoyeur de la démocratie est la démocratie elle-même, dès lors qu’elle est réduite à son seul aspect procédural. Amputée de sa dimension substantielle, la démocratie se retourne contre elle-même. La preuve de notre propos est magistralement donnée par les élections de 1990 et 1991. Cela nous amène à ne pas reconnaître dans l’absolu quelque vertu réformatrice à une élection présidentielle anticipée ou à une révision constitutionnelle. Sauf si elles sont portées par une initiative politique forte et comme couronnement d’un processus de changement graduel négocié.

Pour notre part, nous plaidons pour une transition par les grandes réformes sur le triple plan politique, économique et sociétal. Cette démarche a l’avantage de ne pas bouleverser dans l’immédiat l’ordre constitutionnel ou l’édifice institutionnel. Un nouvel Exécutif doit impérativement être mis en place. Nous rejetons d’emblée le gouvernement d’union nationale en raison de son inertie partisane et le gouvernement de technocrates pour son manque de visibilité politique. Nous appelons à un gouvernement de compétences patriotiques nationales qui réunira stratégie et technicité.

Le système est arrivé à son terme et vouloir le prolonger à tout prix exposerait le pays à la mésaventure. Aujourd’hui, le courage, la sagesse et le patriotisme consistent à accepter de se confronter sans s’affronter. Nous pouvons le faire. Nous devons le faire par fidélité aux pères fondateurs de notre pays et en reconnaissance à leurs sacrifices. Nous le devons aussi comme exemple à tous les peuples opprimés et comme témoignage pour l’histoire. Si nous arrivons à puiser dans le plus profond de nous-mêmes l’effort nécessaire au dépassement de nos haines et de notre avilissement, nous pourrons alors dire que rien n’est encore perdu. L’espoir reviendra réenchanter à nouveau nos esprits et la confiance illuminera nos regards.

Une fois rappelés à Dieu, nous partirons le cœur léger et la conscience apaisée. Car l’Algérie et ses enfants auront enfin retrouvé les chemins de la paix et du progrès.


Djamel Zenati

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 13:57

Hocine Malti, ancien haut responsable de Sonatrach, auteur d’une Histoire secrète du pétrole algérien (La découverte) a lancé un appel aux Algériens à "s’indigner " et à contraindre le gouvernement à renoncer à exploiter le gaz de schiste. Dans cet entretien, il explique les raisons de son opposition à une option qui, affirme-t-il, est dangereuse et suicidaire pour l’Algérie.

Pourquoi vous opposez-vous à l’option du gaz de schiste alors que le pays connait, selon les experts, un déclin pétro-gazier ?

Nous parlerons un peu plus loin du déclin de la production de pétrole et de gaz. Quant aux raisons pour lesquelles je m’oppose à l’exploitation du gaz de schiste, elles sont nombreuses et connues de tous.

Premièrement la pollution qu’elle cause. La technique aujourd’hui utilisée pour extraire le gaz est la fracturation hydraulique. Il s’agit d’injecter à très haute pression dans le puits un mélange d’eau, de sable et des produits chimiques afin de créer une perméabilité artificielle de la roche en la fracturant, car le schiste est très compact et imperméable. Les fissures ainsi créées constitueront autant de voies de communication possibles entre la couche porteuse et d’autres situées au-dessus ou au-dessous, à travers lesquelles vont circuler le mélange eau-produits chimiques, mais aussi un peu de gaz. Et c’est là que se trouve le grand danger de cette technique, car les deux peuvent atteindre lors de leur migration les immenses réserves d’eau de la couche albienne notamment. Or les produits chimiques utilisés sont pour certains radioactifs et pour d’autres cancérigènes ; le schiste lui-même recèle des gaz radioactifs qui seront également libérés. Tous ces produits vont se retrouver aussi en surface et dans l’air.

Certains parlent d’exagération et citent les Etats-Unis comme exemple...

On a vu aux Etats-Unis des robinets d’eau flamber ce qui prouve bien que même les couches d’eau potable, proches de la surface du sol, ont été contaminées. Aux Etats-Unis toujours, où la règlementation est pourtant très stricte, plusieurs compagnies pétrolières ont été condamnées à de très fortes amendes car les décharges de produits chimiques qu’elles avaient créées et la pollution des eaux de rivières qu’elles avaient provoquée, ont causé d’énormes dégâts à la faune et à la flore environnantes.
Dans le cas de l’Algérie, si l’eau de l’albien venait à être polluée, ce sont des milliers de milliards de mètres cubes d’une eau de pluie accumulée depuis des siècles qui serait définitivement perdus. L’Etat algérien aura ainsi porté atteinte à la source de vie des générations futures ; si les citoyens que nous sommes laissaient faire, nous serions complices d’un tel crime. On assiste quasi journellement à travers le monde à des manifestations contre l’exploitation du gaz de schiste.
Parmi les rares pays qui l’ont autorisée, on trouve la Pologne où les fermiers se sont opposés violemment aux opérations de Marathon, Exxon et Talisman Energy. Déçues par les résultats enregistrés, par les réserves du pays qui sont passées en quelques années de 5 300 milliards de mètres cubes à 800 et par l’accueil de la population, ces multinationales ont fini par quitter le pays.

En Argentine, ce sont les Indiens du sud du pays, les Mapuche, qui se sont insurgés contre les opérations menées par Chevron. La plus haute autorité morale du christianisme, le pape François a fait part de son opposition à la fracturation hydraulique dans son pays d’origine l’Argentine, en recevant un groupe d’activistes argentins et en posant avec eux pour une photo avec un tee-shirt indiquant "No al fracking" (Non à la fracturation hydraulique).
En France, le gouvernement a proclamé un moratoire interdisant l’exploitation du gaz de schiste jusqu’à ce que soit mise au point une technologie moins polluante, moins nocive pour l’homme, pour les animaux et pour la végétation. Le gouvernement algérien lui-même reconnait la dangerosité de cette exploitation : le communiqué publié à l’issue du conseil des ministres du 21 mai dernier spécifie qu’il y a lieu "de veiller à ce que la prospection, et plus tard l’exploitation des hydrocarbures schisteux soient menées en permanence avec le souci de préserver les ressources hydriques et de protéger l’environnement".

Est-ce uniquement pour des questions environnementales que vous êtes contre?

La deuxième raison pour laquelle je suis opposé à l’option gaz de schiste est que les Algériens ne maitrisent pas la technique d’extraction ; ils sont condamnés à faire appel aux compagnies étrangères qui nous factureraient certainement très cher leur savoir-faire. Or cette activité est très peu rentable.
On ne peut, en effet, mettre en production par fracturation hydraulique qu’une zone limitée à cent ou deux cents mètres maximum autour du puits, car la nature imperméable de la roche empêche le gaz de circuler, contrairement à ce qui se passe dans les gisements de gaz naturel. On ne peut donc extraire qu’une faible partie des réserves en place.
Pour ces mêmes raisons, le profil de production d’un puits de gaz de schiste est totalement différent de celui produisant du gaz naturel ; ce dernier va continuer à produire durant plusieurs décennies, tandis que l’autre va s’essouffler au bout de 4 à 5 ans. Pour maintenir le niveau de production, il faudra forer encore et encore et par conséquent engager des sommes énormes d’argent, que l’Algérie aurait tout intérêt à utiliser pour d’autres activités économiques. Ce qui explique pourquoi l’exploitation du gaz de schiste ne serait pas rentable en Algérie aujourd’hui.

Ce n’est pas rentable aussi aux Etats-Unis?

Même aux Etats-Unis où les coûts sont moindres que chez nous, l’exploitation n’a été rendue possible que grâce à la politique laxiste en matière de crédit adoptée par la Réserve Fédérale depuis 2007. Malgré cela de nombreuses compagnies ont de grosses difficultés à rembourser les prêts qu’elles ont contractés pour se lancer dans l’aventure du gaz de schiste, tandis que d’autres ont tout simplement mis fin à leurs opérations. L’activité elle-même a nettement baissé : les investissements pour le pétrole et le gaz non conventionnel sont passés, selon l’agence Bloomberg, pour toute l’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) de 54 milliards de dollars au premier semestre 2012 à 26 milliards pour la même période de 2013.
C’est d’ailleurs parce qu’elles espèrent réaliser des opérations plus juteuses que chez elles que les compagnies américaines voudraient venir travailler en Algérie.
Elles ont effectivement de grandes chances de tirer leurs épingles du jeu en raison du coût élevé des prestations qu’elles factureront à Sonatrach, d’une part, mais aussi parce que la nouvelle loi sur les hydrocarbures leur permet de ne payer des impôts à l’Etat algérien qu’en fonction de la rentabilité des opérations qu’elles entreprennent. Il leur sera facile de démontrer que celle-ci est nulle ou très proche de zéro. Pour Total, la situation est identique avec en plus le fait que le groupe ne peut, pour le moment pas travailler en France.

Vous avez appelé les Algériens à s’indigner et à contraindre le pouvoir à revenir sur sa décision d’exploiter le gaz de schiste. Entretemps, Abdelmalek Sellal a dit que l’exploitation du gaz de schiste ne se fera que sur le long terme et Youcef Yousfi a affirmé qu’il serait irresponsable de ne pas l’exploiter le gaz de schiste. L’opinion algérienne est assez désemparée devant ces discours contradictoires. Peut-on expliquer les choses simplement?

C’est probablement de crainte de heurter l’opinion publique que le premier ministre a semblé rejeter à beaucoup plus tard l’exploitation du gaz de schiste, tout en rajoutant quand même que ce serait "haram" de ne pas le faire, tandis que le ministre de l’énergie a lui été plus direct. Il est clair qu’ils sont tous deux taraudés par le déclin de la production de pétrole et de gaz en Algérie un phénomène qu’ils semblent découvrir, alors que les spécialistes ont tiré depuis longtemps la sonnette d’alarme. Je dirais même qu’un vent de panique souffle actuellement dans les rangs du pouvoir. Mais ce que ne disent ni Sellal, ni Yousfi, c’est qui est responsable de cette situation. Qui a poussé au-delà des limites du raisonnable, au-delà des règles de bonne conservation des gisements, l’exploitation de Hassi Messaoud et de Hassi R’Mel pour ne citer que les deux plus gros gisements algériens ? Qui a publié une profession de foi dans le Washington Times du 22 novembre 2002, selon laquelle "l’Algérie ambitionne de devenir le premier producteur de pétrole du continent africain et d’assurer ainsi aux Etats-Unis la sécurité énergétique dont ils ont besoin"? Abdelaziz Bouteflika. Chakib Khelil l’a mise à exécution.

A la suite de quoi les importations américaines de brut algérien qui étaient quasi nulles à l’arrivée de ce tandem aux affaires (50 000 tonnes en 2000), sont passées à 500 000 tonnes en 2001, avant d’atteindre 1 500 000 tonnes en 2002, pour culminer à plus de 22 000 000 de tonnes en 2007 et se stabiliser enfin aux alentours de 16 à 17 millions de tonnes jusqu’en 2010, année du limogeage de l’ex-ministre de l’énergie. Cette frénésie à satisfaire les desiderata des Américains a causé une très sérieuse détérioration des gisements de pétrole. Dans nombre d’entre eux d’importantes quantités de pétrole ont été piégées et ne seront plus jamais récupérées. Le même point de non-retour a été atteint à Hassi R’Mel également. C’est là la pire des situations que puisse connaitre tout gisement et que tout ingénieur de réservoir –Chakib Khelil en est un– doit tout faire pour l’éviter.

On pourrait objecter que l’option prise pour le gaz de schiste vise à corriger cette situation...

Laisser faire est tout simplement criminel. Maintenant que le mal est fait, que le régime de Bouteflika a bradé les ressources en hydrocarbures de l’Algérie, il nous propose de porter atteinte à la denrée la plus précieuse que recèle le sous-sol algérien, l’eau. Voici des années qu’il nous rabâche les oreilles avec la même litanie : nous devons nous préparer pour l’après-pétrole. Mais qu’a-t-il fait dans ce sens ? Rien, si ce n’est continuer à dilapider les ressources financières du pays afin de pérenniser son pouvoir. A-t-il cherché à modifier le système économique rentier sur lequel il a bâti ce pouvoir? Non. Et maintenant que nous sommes entrés dans l’après-pétrole que nous propose-t-il ? La solution de facilité : continuer à vivre de la rente ! Produire un autre pétrole dans l’après-pétrole afin de perpétuer le système et le régime en place ! Continuer à utiliser la même recette, celle qui lui a permis d’acheter des consciences, d’acheter des soutiens, à l’intérieur et à l’extérieur, d’acheter le silence des grandes puissances, celle qui a aussi permis à tous les mafieux qui gravitent autour et à l’intérieur du pouvoir de constituer d’énormes fortunes!

A-t-il pensé à stimuler le génie des hommes? Non. A mettre à contribution l’intelligence humaine ? Non. Il ne sait d’ailleurs pas ce que cela signifie, car de l’intelligence, il n’en a pas. A imaginer un autre système économique qui ferait que le pays ne dépendrait plus d’une seule et unique ressource, un système qui rendrait les citoyens plus inventifs, plus industrieux et finalement plus libres ? Encore une fois, non. Ce régime est incapable de raisonner de cette façon. Et puis c’est dangereux pour lui. Des citoyens qui innovent, qui travaillent, qui ne dépendent pas de lui, c’est le glas qui sonne pour lui.

Mais sortir de la rente prendra du temps...

Les Algériens ne sont pas des manchots, ils savent utiliser leurs mains. Savent-ils manufacturer, fabriquer un quelconque objet dans une grosse usine ou dans une toute petite échoppe ? Bien sûr qu’ils savent le faire. Sont-ils des débiles incapables de faire fonctionner leurs cerveaux, incapables de toute réflexion, incapables de toute créativité ? Evidemment, non. Les Algériens sont, comme tous les autres peuples de la Terre, en mesure de créer, de produire, de réfléchir, d’imaginer, d’innover, de maitriser, même les technologies de pointe, pour peu que l’Etat mette à leur disposition les conditions nécessaires ! Mais ils ont affaire à des gouvernants qui ne sont pas à la hauteur des aspirations du peuple, des gouvernants qui ne sont motivés que par leurs intérêts personnels, qui ont tout fait pour briser toute initiative qui viendrait du peuple, des gouvernants qui ont cherché à faire de chaque citoyen algérien un assisté, un individu qui viendrait quémander auprès d’eux les miettes de ce gros gâteau, la rente pétrolière, qu’ils considèrent être leur bien privé.

Est-ce qu’il y a des solutions?

Des solutions existent pour éviter ce " naufrage " qui leur fait tellement peur. Revoir la politique des prix des produits dérivés des hydrocarbures afin d’éviter la gabegie instaurée dans ce secteur, instaurer un sérieux contrôle des prix et des circuits de commercialisation des produits pétroliers ou de la bouteille de gaz butane qui ont permis à toute une mafia de s’enrichir en les revendant au Maroc ou au Mali. Il suffirait aussi que nos gouvernants décident de mener une lutte implacable contre la corruption pour faire rentrer immédiatement, et chaque année, au minimum quelques 10 milliards de dollars dans les caisses de l’Etat. C’est évidemment ce qu’ils ne comptent pas faire, car pour eux la corruption est le système de gouvernance sur lequel ils ont bâti leur pouvoir ; prêcher la vertu équivaudrait donc à scier la branche sur laquelle ils sont assis. D’autant plus que derrière eux on a vu apparaître ces dernières années une nouvelle race d’oligarques, encore plus voraces que ceux qui les ont précédés, qui vont exiger qu’en cette fin de règne, et avant d’entrer complètement dans la période trouble de l’après-pétrole, leur soit garantie une nouvelle rente.

Réétudier sérieusement le barème du prix du gaz vendu aux ménages et aux industriels afin que soit établi un meilleur équilibre entre l’offre et la demande est une autre solution qui éviterait que ne soit bradée et gaspillée une ressource de plus en plus rare. Mettre en place un nouveau modèle énergétique, exploiter les énergies renouvelables, l’énergie solaire notamment, sont deux autres pistes à explorer. Puis enfin, poser à la base de toute réflexion, un axiome : l’Algérie n’est pas condamnée à être à jamais un simple fournisseur d’énergie.

Dans le cas où l’Algérie va vers l’exploitation, qui en profitera le plus? Les Américains? Les Français? Qu’y gagnerait l’économie algérienne?

Je sais en tout cas qui y perdra beaucoup, l’Algérie. Pour toutes les raisons que j’ai déjà évoquées. J’ai expliqué comment les partenaires étrangers ne paieraient à l’Etat qu’un impôt très faible, voire pas du tout, car il leur sera facile de démontrer que la rentabilité de l’exploitation est quasi nulle, si ce n’est carrément nulle. Sonatrach, de son côté, perdra de l’argent, car elle aura en plus à supporter le coût de l’assistance que lui facturera son partenaire. On constate qu’aujourd’hui aux Etats-Unis, le coût de revient du gaz de schiste est supérieur au prix de vente, ce qui explique la baisse de l’activité dont j’ai parlé tout à l’heure. Ne gagnent de l’argent que ceux qui produisent de l’huile et du condensat en concomitance avec le gaz. Ce sera pire en Algérie. On sait que Sonatrach subit à l’heure actuelle d’énormes pressions de la part de ses clients qui lui demandent de baisser les prix du gaz naturel qu’elle leur livre et de le déconnecter du prix du brut. Ce retournement du marché est dû au gaz de schiste qui est venu concurrencer le gaz naturel. Si l’Algérie venait à produire de nouvelles quantités de gaz de schiste, elle participerait donc à accentuer la tendance ; elle se tirerait une balle dans le pied.

Économiquement parlant, Américains et Français en tireraient, je pense, un profit équivalent, la différence étant qu’en France il existe une seule grosse compagnie pétrolière Total, alors qu’aux Etats-Unis on en trouve des dizaines, de toutes tailles.

Par M. Tahir

Manifestation anti-gaz de schiste

Manifestation anti-gaz de schiste

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 13:49

Par Kamal Guerroua

Le titre de la présente chronique ne vise pas le sensationnel, il n'est guère non plus dans l'ordre de la provocation. Car dire qu'aujourd'hui l'administration algérienne est une grande machine bureaucratique coule de source.

En effet, bien que toute machine ait un fonctionnement mécanique, elle n'a pas en elle-même ni esprit ni conscience sociale, moins encore une intelligence humaine capable de la guider et stimuler une certaine "psychologie des foules" pour reprendre la propre expression de Gustave Le Bon (1841-1931). Le bureau est la première cellule de la bureaucratie en ce qu'il est aussi bien un lieu d'espoir qu'un tombeau des ambitions individuelles et collectives. Souvent également le centre vers lequel convergent des files d'attente de demandeurs d'emplois, de prestations et de services en quête de ce quelque chose qui allège leur impatience, soulage leurs âmes et promette une issue à leur impasse. Mais, hélas, ce bureau-là n'est pas toujours au rendez-vous des espérances des uns et des autres. Réservoir d'archives et de documents de toutes sortes, la paperasse quoi, il symbolise pour beaucoup d'entre mes compatriotes un horizon fermé où beaucoup de facteurs entrent en jeu : réseau de connaissances, cercle informel, clientélisme, pots-de-vins, dessous-de table, etc. Pour preuve, combien d'algériens se plaignent-ils chaque jour des dysfonctionnements récurrents de leur administration? De l'arrogance, de l'indiscipline ou du manque du civisme d'un ou même de plusieurs fonctionnaires à leur égard dans une salle d'embarquement d'un port ou d'un aéroport, un bureau de poste, un centre de paiement, une agence d'assurance, ou une caisse de retraite ou de maladie? Du type de cette femme, chef d'escale de son état, qui criait face à son compatriote sur le quai d'un aéroport national dans une vidéo relayée sur Youtube "ana li n'decidi" (c'est moi qui décide)! Je n'en ai pas de statistiques exactes mais, sans doute, il y en a plein. Qui a tort et qui a raison? Peut-être les deux à la fois (le fonctionnaire et l'usager) et pas un seul en même temps.

C'est que, chez nous, le problème est complexe parce que d'abord lié à l'absence criante dans la vie quotidienne de la culture de la politesse, de la ponctualité, du respect, du savoir-vivre et surtout de la connaissance des droits et des devoirs citoyens. La bureaucratie, ou je préfère dire, la pathologie bureaucratique - ce terme-là semble en effet le plus proche pour désigner ce mal de désorganisation, d'inversion des repères, de concentration de pouvoirs, et de mauvaise gestion au sein de nos entreprises ou organismes étatiques - est dans la tête de certains responsables un vice nécessaire, voire un modèle de gestion des biens de la collectivité. Bref, un système de médiocrité qu'ils tissent en toile d'araignée afin de sauvegarder leurs intérêts et écraser le génie. Filet dont la première victime ne serait autre que le pauvre citoyen. Quand un dossier traîne dans les tiroirs d'une mairie, d'une daîra ou d'une wilaya, ceux-là en invoquent devant ce dernier diverses raisons : il n'est pas encore traité, il est peut-être égaré, en instance d'instruction, ou ils nient même sa réception malgré l'existence de l'outil informatique, terrible! D'aucuns ont évoqué même un «terrorisme administratif». Des méthodes bien connues par quelques bureaucrates véreux qui tentent de se recentrer dans un jeu psychologique malsain, créateur d'un semblant d'autorité morale et symbolique vis-à-vis de l'usager du service public. S'ajoute à cette complexe équation : le facteur d'incompétence. A proprement parler, depuis que l'Algérie a arabisé son système administratif, nombre d'embûches se sont dressées en face des usagers au rang desquelles on trouve les erreurs dans les extraits de naissance, les registres du mariage, les actes de propriété, les services du cadastre, etc. Pour cause, l'élite francophone des années 60-70 fut incapable de s'adapter rapidement au «délire identitaire» de nos gouvernants. Ces derniers ont décidé de tourner du jour au lendemain la page, en remplaçant le français administratif par l'arabe classique! Conséquence: anarchie totale au grand bonheur des fraudeurs et des tricheurs. Or pour changer l'ossature des structures administratives, il faudrait de prime abord imprégner une certaine philosophie linguistique, culturelle, éducative dans les mentalités, etc. Et puis, comment espère-t-on convertir, en si peu de temps, un fonctionnaire qui ne connaît rien ou presque à la langue arabe classique en un bilingue confirmé? Le même problème s'est posé au niveau des universités où des centaines de profs à 100% francophones étant obligés de dispenser leurs cours en arabe, dans les sciences sociales en particulier. C'est comme si l'on s'est aventuré sur un coup de tête en Algérie à changer tout le fonctionnement (administratif, idéologique, politique, social, etc) du pays et non pas l'humain qui le sous-tend.

Or c'est à ce dernier qu'il faudrait s'attaquer en premier lieu pour toucher aux points sensibles de l'administration, de l'architecture sociale, des mentalités, etc. D'autant que l'important dans l'existence d'une nation n'est pas la promotion matérielle ou idéologique de ses citoyens mais leur développement personnel. Ce qui leur garantit des valeurs sûres et un ascenseur psychologique solide "tous les sociologues vous le diront, écrit Lætitia Rugeaud : au sommet de la pyramide de Maslow, à l'acmé de tout épanouissement humain, ne se situe pas la possession d'une Ferrari ou d'une Rolex mais celle d'un jardin" (Y-a-t-il une vie à la périph, Eyrolles, 2015). Bien sûr, le jardin dont il est question dans cette citation rime avec sécurité intérieure, équilibre mental, moral extraverti, bonheur, joie, etc. Dans un concept de gestion né aux Etats Unis,"holocratie", du grec holos (qui est simultanément un tout et une partie d'un tout) et de kratos (pouvoir), "l'embrigadement des grandes pensées collectives" érigé en modus vivendi par l'ancienne génération est battu en brèche. En ce sens que cette méthode jusque-là inédite implique un double changement de mentalité : le manager d'une société, coopérative, entreprise ou organisme d'Etat est un parmi d'autres et ses collaborateurs n'ont plus de référents. En quelque sorte, ces derniers sont eux-mêmes leur propre chef. Ce mode de gestion est appliqué par exemple à Rennes en France par la société Scarabée Biocoop. Celle-ci gère avec ses 130 salariés quatre magasins, trois restaurants et un traiteur. Dotée de cercles de projets pilotés par un manager provisoire, ladite société a réalisé sa mutation en «holocratie» grâce à Bernard Marie Chiquet, spécialiste en Hexagone de ce concept américain. Ce système de «holocratie» permet en effet à tout un chacun de proposer ses idées, de coopérer positivement avec les autres, faciliter les procédures, fluidifier la communication, etc. Le «je» y est prioritaire, l'individualité est mise en évidence, l'esprit d'initiative est un axe de travail bien prisé. De plus, tout s'appuie sur la confiance, l'interaction et la coopération à l'intérieur du groupe sans leadership ni freins bureaucratiques.

Dans la même veine, on trouve le concept de "l'entreprise libérée", importé des Etats-Unis par Isaac Getz. Le mode de roulement de cette dernière est d'une grande simplicité. Jean François Zobrist, un retraité depuis 2009 ayant dirigé pendant 30 ans la société Picard Favi, un équipementier automobile fort de ses 400 salariés est parti d'un leitmotiv riche en symboles : "c'est l'ouvrier heureux qui fait le client heureux et c'est le client heureux qui fait l'actionnaire heureux". D'abord, il a retiré de sa société les pointeuses et les services internes (ressources humaines, planning, méthodes, entretiens, qualité, etc.). Ainsi a-t-il donné plus de liberté à ses ouvriers pour s'organiser en équipes autonomes. Genre "petites usines" de 10 à 40 personnes dont chacune décide seule des horaires de l'organisation, des investissements dans son secteur, des congés, des augmentations en cooptant un responsable. Celui-ci coordonne la mini-usine et assure lui-même le lien avec la direction. Pas de pyramide ni d’ego exacerbé, tout est horizontal dans le relationnel.

De même, aucune place n'est laissée à l'assistanat ni à la fuite des responsabilités. Ce qui a amélioré la rentabilité (3% de productivité par un dans un secteur commercial très concurrentiel). Et dans certaines années, la société a pu payer d'avance jusqu'à 18 mois de salaires à son personnel! Chose irréalisable dans les hiérarchies pyramidales qui favorisent la stagnation dans la fonction publique, les nominations au long cours et les contrats C.D.I au détriment des compétences nouvelles dans un champ économique en perpétuel changement.

La bureaucratie crée un taux de stress très élevé chez les fonctionnaires, lequel peut mener jusqu'au suicide. Ne dit-on pas d'ailleurs que la meilleure façon de tuer un homme, c'est de le payer à ne rien faire ? La routine, le manque de motivation et le sens directif quasi-répétitif qui prime dans les relations entre fonctionnaires renforce l'échec. Car le management hiérarchique ne fait que cultiver le carriérisme où la culture du chef est trop prégnante, un sacerdoce quoi ! Ce qui rend les relations entre le supérieur et ses subordonnés rigides et multiplie, voire complique les démarches administratives. Dans ce cas, la D.R.H (Direction des Ressources Humaines) n'est autre qu'une instance de contrôle et de supervision, loin de la réalité du terrain. De même, les conflits d'intérêts et les abus d'autorité font entrer à chaque fois en compétition les arbitrages de «l'inspection du travail», ce qui est étouffant et stressant à la fois. La hiérarchie est lourde, frustrante pour le personnel et coûte très cher. Il est même une forme de "nounoucratie" dont l'objectif est de protéger et non de laisser les employés se débrouiller d'eux-mêmes. La nounoucratie, c'est lorsque les employeurs croient qu'il est plus important pour l'employé d'évoluer dans la douceur, de ne pas être compétitif ni affronter les difficultés de front. Le fonctionnaire se sent alors bon dans son cocon, son bureau ou derrière son guichet à attendre la fin des mois pour percevoir son salaire et compter les heures passer. L'humain n'a jamais été placé au cœur des systèmes bureaucratiques dans la mesure où il n'y a eu guère d'articulation entre le "je" individuel et le "moi" collectif en vue d'arriver à la performance, l'amour du client et l'esprit d'ouverture.

La bureacratie tue les petits Etats

La bureacratie tue les petits Etats

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 15:13

Lorsque trop d'erreurs ont été commises, que tout ton univers menace de s'écrouler et que, fatigué, tu sens la confiance t'abandonner...

Repose-toi s'il le faut, mais n'abandonne surtout pas.

Combien de gens ont malheureusement cessé de lutter alors qu'il n'aurait peut-être fallu qu'un petit pas de plus pour transformer un échec en réussite ?

Et, pourtant, un pas à la fois n'est jamais trop difficile.

Tu dois donc avoir le courage et la ténacité nécessaire pour faire ce petit pas de plus, en affirmant que la vie est une grande et puissante amie qui se tient toujours à tes côtés, prête à te porter secours. Mouloud Mammeri

Combien il eut été honorable de se retirer au terme du second mandat ! Avec le sentiment du devoir accompli - la mise en ordre de marche le pays - le pari du rétablissement de la sécurité - même relative - tenu. L'avoir tiré de l'abîme, en somme. Ce n'est pas peu de choses. Ainsi serait-il entré dans l'histoire. En homme de respect de soi, de la loi fondamentale, des règles établies. Le printemps de la démocratie n'aurait été que plus beau. Sorti des méthodes applicables en situation d'urgence, la difficile « reconstruction », après la lourde dépression, nous aurait éloigné, peut-être, de la mal-vie. Cette posture de référence, cette loyauté aux principes en aurait fait un modèle de sortie de crise, celle que nous vivons depuis 1962. Même si je continue de prétendre, mordicus, que le « redressement » de 1965 était salutaire. Qui ne m'a rien rapporté sinon la fierté de croire que « quelque chose était en train de se faire, qui valait la peine d'y souscrire.

Il ne fallait pas s'arrêter là. Ou avancer en reculant, comme un crabe.

Noreddine Boukrouh, dans Le Soir daté du 2 août 2015 écrit, fort justement : « Le sort des idées neuves, c'est de changer le monde en changeant les anciennes idées des hommes, les idées qui ne marchent plus, qui n'engendrent plus de réalités sociales positives et stimulantes et qui peuvent même devenir criminelles entre certaines mains ou suicidaires entre d'autres ».

A défaut de cela, dans l'euphorie des premiers succès qui ne dépendaient nullement d'une gestion rigoureuse et d'une répartition équitable des richesses nationales – mais, bien au contraire, facilités par les puissances qui détiennent les cours des bourses internationales - des actions débridées, sans consistance ni vision ont conduit le pays dans l'impasse. Impasse où l'on prit soin d'élever le mur par sa voie d'accès. Depuis lors, nous sommes prisonniers du système. Comme il est notre prisonnier.

M. Ouyahia, 3 juin 2012, le reconnaissait. A El Watan, il admettait l'échec de son gouvernement. De sa gestion. «Cet échec est collectif» parce que «la responsabilité est également collective». Voire. Il prétend : «Je ne suis pas le seul responsable. Si vous pensez que le fait de changer de gouvernement, la situation sera mieux, je voterais avec dix doigts pour ce changement. Mais je vous signalerai que le train a mal démarré en 1990, lorsque l'Algérie a opté pour l'économie libérale basée sur l'importation qui a pris le dessus sur la production». J'étais prêt à le croire si …

Faux, se reprendra-t-il le 20 juin 2014, en reprenant langue avec le Président : «le pouvoir est à l'aise» et n'acceptera pas «la transition» parce que «l'Algérie d'aujourd'hui est un Etat aux institutions démocratiques et n'a nullement besoin de période de transition. L'option d'une période de transition brandie par ceux ayant préféré boycotter ces consultations se veut l'une des plus dangereuses formes d'opposition à l'appel de la présidence de la République à la participation au dialogue sur la révision constitutionnelle», lance-t-il. Sans ciller. Il en faut du cran pour réaliser un périlleux 180 degrés.

Comment s'en sortir, s'évader, pour utiliser un mot plus juste ?

Les partis politiques, dont la création fut facilitée pour réduire la pression populaire dans un système verrouillé, y vont de leurs diagnostics.

Dans une résolution publiée le 20 septembre, le Conseil national du FFS déclare, au terme de sa session : Cette crise « est la résultante de la faillite de toutes les politiques prônées par le pouvoir depuis l'indépendance et de son obstination à maintenir le statu quo et le rejet de toute alternative crédible»… «Tel un pompier pyromane, il impose des mesures d'austérité qui menacent les acquis sociaux des Algériennes et des Algériens».

Faute d'évasion, une sortie de crise ?

La sortie de crise, déclare M. Benflis, au Quotidien d'Oran, serait possible par la « transition par le haut », en d'autres termes par le fait d'« un accord entre le pouvoir actuel et l'opposition ». « Il sera un passage obligé lorsque viendra le moment de décider du principe de la transition et des modalités de son organisation ». Le leader politique se dit disposé à étudier, avec le pouvoir « la préparation et (…) l'ouverture du grand chantier de la transition ».

Autant dire participer, avec l'accord du directeur de la prison, à la gestion de son institution.

Car cette position de négociateur de la transition est intenable. Ni acceptable par le pouvoir, qui reconnaîtrait la faillite de sa gestion. Par les organisations politiques d'opposition. Encore moins par les instances « politiques », qu'on les reconnaisse ou pas, les mosquées qui disposent des moyens électroniques pour mobiliser. Qui votent. Et personne ne pourrait les en empêcher.

Sage, M. Benflis doute de cette solution. Dès lors, il propose « le retour aux urnes sous le contrôle d'une instance indépendante et impartiale pour que soient élues et mandatées les forces politiques chargées de donner un contenu à la transition démocratique s'agissant du choix du régime politique, des institutions à mettre en place et de la nature du gouvernement qui sera chargé de mettre en œuvre le contenu de la transition ». Projet ambition, légitime, il faut le dire - qui aurait dû être la suite logique du deuxième mandat. Il appelle, cependant, d'autres questions. De quelle instance parle-t-on ? Qui penserait, sérieusement, qu'un pouvoir, quel qu'il soit, accepte une démarche qui reviendrait à le soupçonner de manœuvre à tous les niveaux de la discussion et de l'élection des représentants ?

Le seul homme qui a douté de sa politique, et qui était prêt à céder le pouvoir, en 1968, devant les manifestations de rue, fut le Président français Charles de Gaule. Il prit un hélicoptère pour se rendre - sans prendre de mesures spéciales pour sa sécurité, sans aviser quiconque et sans se faire annoncer - à Baden Baden, en Allemagne, pour se « déverser » au Général Massu en poste, représentant la France au sein des forces alliés occupantes. Général qui lui recommanda, au cours d'un échange dramatique, de retourner à Paris. Et poursuivre ce qui lui restait de sa vie d'homme d'Etat. Qui ne fut pas longue, du reste.

Reste la possibilité de la formation d'un gouvernement de coalition, avance M. Benflis. Il dit : « Dans mon plan de règlement, je propose clairement (?), pour cette phase, un gouvernement d'Union nationale, un Pacte de la transition qui élaborerait une Conférence nationale et qui incorporerait un ensemble d'engagements contraignants mettant la transition à l'abri des dérives et des dérapages possibles, une nouvelle Constitution qu'élaborerait une commission parlementaire élue et un mécanisme de garantie dans lequel l'ANP tiendrait une position centrale ».

L'idée ne tient pas la route, malheureusement. Comment un gouvernement, le FLN et le RND accepteraient-ils de céder le pouvoir à l'opposition coalisée ? Comment cette coalition maîtrisera-t-elle les inévitables longues négociations de « qui sera en charge de quoi » ? Avec, en spectateur intéressé, l'armée ? Celle, justement, qui doit répondre à un gouvernement civil ? Est-ce bien raisonnable de penser à une telle passation de pouvoir ? Est-il sérieux d'avancer une telle solution avec, en arrière-plan, un président et ses conseillers, civils et militaires, qui continueraient d'exercer leurs fonctions ? Et le pouvoir de l'argent qui en est la charpente ?

« Il n'est pas exact de dire que l'armée est le pouvoir », nous apprend l'ancien Premier ministre, Sid Ahmed Ghozali, dans une interview à El Watan publiée le 29 septembre. « C'est plus nuancé que cela. Il y a par exemple les forces de l'argent qui n'existaient pas naguère, ou étaient peu puissantes : elles étaient donc soumises. Maintenant, elles ne sont plus tout à fait soumises, du fait qu'elles ont grossi considérablement. C'est important. Le pouvoir est donc un mix. On ne peut pas en un mot définir le régime algérien. Ce qui est certain, c'est que ceux qui exercent le pouvoir ne sont pas ceux que la loi et la Constitution désignent comme en étant les dépositaires légitimes ».

Il pense qu' « il y a un système en place, impossible à changer d'un jour à l'autre. Et il n'est pas raisonnable de penser à cela. Le seul moyen de passer cette difficulté, c'est de commencer par un Président jouissant de la légitimité populaire, un Président accepté par le peuple. Seul un Président jouissant de la force que procure la légitimité populaire est capable de conduire dans l'ordre, la sérénité et la sécurité, les changements vers un système institutionnel qui soit à la mesure des intérêts vitaux de la nation ».

Analyse sommaire. Qui peut, aujourd'hui, prétendre jouir « de la force que procure la légitimité populaire » ?

L'élection d'une nouvelle assemblée, constituante, je ne l'imagine même pas. Je verrais mal les « élus » actuels accepter cette formule, de céder leurs chaises. Et de voir les « députés » du FLN et du RND se laisser dépouiller de leurs capacités positives ou de nuisances respectives et combinées. Alors ?

Le 28 Sept 2015 « Le Soir » d'Algérie publiait une interview de Sofiane Djillali, président de Jil Jadid, dans laquelle il formulait certaines craintes, certains dérapages toujours possibles en cette phase. Il déclarait : « Aujourd'hui, considérant la dégradation générale de l'état du pays, la montée de la misère, l'inflation, le coût de la vie et surtout l'instabilité institutionnelle, les risques de dérapages lourds sont là. Je le dis humblement et honnêtement : je n'ai pas les moyens de contrôler la rue et je ne veux pas assumer un quelconque dérapage.

Je ne me sens pas le droit de pousser quiconque vers un affrontement violent. Vu l'exaspération générale, des jeunes peuvent aller à l'émeute, sans comprendre les enjeux ».

S'en sortir, sortir de la crise institutionnelle, sans casse, sans violences surtout. Cela relèverait du miracle tenant compte de la situation d'urgence dans laquelle nous nous trouvons. Celle qui exige de promptes réponses. Quand il se trouve un homme à la mer, soit on plonge pour le sauver, soit on lui jette une bouée. Mais on ne réunit pas l'équipage du navire pour s'interroger sur l'efficacité d'une méthode plutôt que telle autre. Si l'ANP doit tenir « une position centrale », cessons de vouloir habiller notre incapacité à nous gérer de litotes. Avec, en filigrane, la crainte de « qu'en penseront les ambassades et le monde entier ». Au diable tout ce monde si le péril est évitable.

Après tout, ce ne sera que le sixième coup de force.

Ce qui ne nous changera pas. Je m'y suis converti.

Car celui-là est nécessaire. Pas suffisant cependant. Parce que, tant qu'à faire, autant éviter un Baji Essebsi, 81 ans, ou un quelconque septuagénaire qui attendent leur heure. Avec tout le respect que je dois à leurs âges vénérables. Le mien. Ce mouvement exige un « troisième homme », de son temps, du XXIe siècle, celui qui usera d'un vocabulaire nouveau, qui dominera ce face-à-face et mettra tout le monde d'accord en lui substituant un autre face-à-face. Avec le futur de ce pays et de ses composantes. Avec sa jeunesse, surtout. L'écouter. Parce qu'il y va de son avenir. Faute de quoi, nous serons encore nourris au « réchauffé ». Au déjà vu. Déjà vécu. Déjà subi.

Dans une étude publiée le 21 février 2014, un politologue nous alerte en ces termes : l'Algérie, écrit-il, aura, en 2030, en somme, demain, donc, une population de 50 millions d'habitants. A nourrir, à chauffer, à employer, à soigner, à loger. L'année précise où les puits connus, les pipelines, pour le transport des hydrocarbures, seront à sec ! Sombres perspectives.

En quinze ans, les chantiers peuvent être réorientés, corrigés et, surtout, engagés. Beaucoup de travail en perspective pour éviter aux générations futures le sort qui nous attend. Et les voir cracher sur nos tombes.

Mouloud Mammeri, le poète, a dit :

Tu verras alors que cette attitude appellera, du plus profond de toi-même, des forces de vie que tu ne soupçonnais même pas et qui t'aideront à réaliser ce que tu entreprendras.

Mais surtout et avant tout, rappelle-toi bien:

Quand dans ta vie, des moments difficiles viendront...

Repose-toi s'il le faut, mais n'abandonne surtout pas.

Oui Maître. Mais il y a trop longtemps que nous nous reposons.

B. Hadj-Chikh

N'abandonne pas
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