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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 12:54

Permettez-moi de vous dire les choses dans la clarté : « Les valeurs algériennes et les principes de la révolution n'ont pas de code-barres comme les produits consommables exposés dans les supermarchés. Ils ne sont ni en solde ni en liquidation ».

Perdus dans un environnement pas assez clair, nos enfants recherchent le Nord sans boussole et sans gouvernail. Il est temps de surveiller sérieusement la non-contradiction des valeurs idéologiques, tant au sein de l'École qu'entre l'École et la société.

Nos pertes légendaires dans le souk des connaissances s'affichent en gains dans la supérette de l'ignorance. Les négociations entre le perdant et le demi-gagnant continuent et les gamins dans nos écoles sinistrées crient faillite et demandent secours. Pis encore, au cœur des fléaux les plus graves dans nos écoles – telles les violences, la drogue, l'autodestruction des cerveaux jeunes – se découvre une nouvelle arrogance intellectuelle. Une arrogance qui célèbre l'échec et chante la décadence pour exprimer la grande réussite dans nos écoles. Il est malheureux de reconnaître que les idées farfelues détruisent nos écoles et Zaïdouk l'escroc sur son mulet chinois galope sur les estrades officielles pour défendre nos principes. Ce tableau oblige les pauvres parents de chanter les paroles de Matub Lwennas « Mon fils je ne te garantis pas le savoir et la paix, dans un pays qui dévore les siens ».

Benghebrit parle des zaouïas, des taleb et des étudiants envoyés en bourse d'études par le FLN pendant la révolution d'une manière vague et dérisoire. Je l'invite de consacrer cinq minutes de son temps libre pour lire le septième Mawqif de l'Emir Abdelkader avant de transformer notre école en Tour de Babel « Dieu m'a ravi à mon «moi» [illusoire] et m'a rapproché de mon «moi» [réel] et la disparition de la terre a entraîné celle du ciel. Le tout et la partie se sont confondus. La verticale (tul) et l'horizontale (‘ard) se sont anéanties. L'œuvre surérogatoire a fait retour à l'œuvre obligatoire, et les couleurs sont revenues à la pure blancheur primordiale. Le voyage a atteint son terme et ce qui est autre que Lui a cessé d'exister. Toute attribution (idafat), tout aspect (i'tibarat), toute relation (nisab) étant abolis, l'état originel est rétabli. «Aujourd'hui, J'abaisse vos lignages, et J'élève le Mien!».

Puis me fut dite la parole de Hallaj, avec cette différence qu'il la prononça lui-même alors qu'elle fut prononcée pour moi sans que je l'exprime moi-même. Cette parole, en connaissent le sens et l'acceptent ceux qui en sont dignes; en ignorent le sens et la rejettent ceux chez qui l'ignorance l'emporte »

Après cette introduction, je continue mes idées par un passage d'un papier intitulé « Ecole et religion » rédigé par Benghebrit et publié dans un recueil d'articles titré « Où va l'Algérie » sorti en 2001. Je vous rappelle qu'en 2001, Benghebrit faisait partie de la commission, dite commission Benzaghou, chargée de proposer un rapport visant à réformer le secteur de l'éducation en Algérie. Le titre de ce livre sème la confusion et appelle au trouble. Il nous rappelle le héros Boudiaf mais le hasard a voulu que le numéro du papier de Benghebrit dans la table des matières coïncide avec le matricule de sa wilaya. Dans ce papier, nous lisons « Des personnes ayant pour seul antécédent scolaire –si l'on peut appeler ainsi- la fréquentation de la zaouïa accédèrent à l'université. D'autres ayant le même cursus profitèrent dans les écoles théologiques des pays arabes ou ils furent envoyés par le FLN à partir de 1956. A leur retour au pays, ils n'eurent aucune difficulté à obtenir des équivalences académiques ; le brevet, le Bac ou la licence. L'article 120 de l'ex-parti unique leur ouvrit les portes des emplois stratégiques de la fonction publique. Pour un même poste de la fonction publique, c'est l'ancien taleb de la zaouïa qui est choisi ». A la manière du titre du recueil, je dis « Où va Benghebrit avec cette idée? »

Dans le parcours éducationnel, les sages ont toujours su comment franchir le double obstacle d'une tradition figée et d'une modernité débarrassée de toute âme. 53 ans après l'indépendance, Benghebrit veut opposer l'une et l'autre dans ce parcours. Cette idée obsolète ne peut qu'engendrer l'expérience horrible de la décennie rouge. Dans ce jeu politique de clans animé par Zaïdouk, des fondamentalistes religieux aussi bien que les intégristes laïques tirent les ficelles des marionnettes qui proposent des reformes bidons pour s'éterniser dans le décor politique. Benghebrit et son entourage ne voient pas la gravité de leur projet. Ils ignorent la profondeur de la déculturation et l'étendue de la désintégration des esprits de nos enfants par la drogue marocaine à l'école et retouchent le superficiel.

Généralement, au centre de toute réflexion sur l'éducation, se place le couple que celle-ci forme avec la société. Pour Benzaghou, ce couple s'étend à un groupe adapté à un espace restreint « Eli-Outlek » (Il m'a dit et je t'ai dit) avec un accent tlemçani. Il le définit comme suit : un groupe est un couple dont le premier terme est un ensemble T et le second une opération sur cet ensemble « • » qui, à deux éléments Bandou et Azza de T, associe un autre élément a • b. Le point relie les deux éléments par une affinité régionale ou une fidélité clanique. Cette définition est un peu confuse. Les bouches secrètes de l'université de Bab Ezzouar disent que la confusion venait de la traduction de la langue italienne à la langue française via Google quand Benzaghou exerçait la fonction d'ambassadeur à Rome.

Toute école s'adapte à la société et lui reflète les valeurs qu'elle mérite. Dans les sociétés civilisées, l'école est le milieu sain où le respect des idées est maître. Mon métier de pédagogue me permet de dire que l'école éducationnelle est tout à la fois un lieu de scolarisation, un creuset de culturation, un foyer d'apprentissage de la langue et de transmission de liberté de penser dans le monde. En plus clair, le lieu qui favorise chez les écoliers le développement des sentiments d'appartenance culturelle et l'amour de servir la nation d'une manière sincère et honnête.

La sincérité et l'honnêteté nous mènent à la culture citoyenne si l'éducation reflète notre citoyenneté. Il est donc obligatoire d'intégrer au savoir des jeunes générations la culture de la citoyenneté pour éviter le dérapage civilisationnel. Cette idée ne peut pas se développer dans toutes ses dimensions quand les politiciens retransmettent des discours, des pratiques et des valeurs qui sont en contradiction ou opposés à notre culture. Dans les pays qui se respectent, on met en avant un discours cohérent qui insiste sur le respect de la diversité dans l'unité de la nation.

Puisque nous philosophons et nous politiquons éducation, généralisons le problème et politisons de couple (Bandou • Azza) dans toutes nos écoles.

Dans nos écoles, Bandou et Azza forment un couple qui représente quelques faits assez curieux. Les faits nous permettent d'en douter sur leurs intentions. Bandou aide Azza à rédiger en bon français. Azza est honnête. Elle le cite comme référence dans ses écrits scientifiques mais ne mentionne jamais qu'il est son mari. Ce couple est commutatif en arabe dialectal. Il image bien l'expression purement algérienne « Moussa El Hadj et El Hadj Moussa ». Et la belle musique continue.

Après 40 ans de mariage dans une Algérie libre et indépendante, un premier miracle s'est produit entre les parenthèses qui unissent ce vieux couple. Azza veut traduire en arabe la phrase « L'ouvrier Zaïdouk pousse sa bérouette pleine de béton ». Azza est convaincue que cette phrase illustre bien les travaux de construction de monsieur Teboul dans une école du douar Hna-Oula-Houma dans la région de Tébessa.

Elle demande à son mari et son entourage linguistique de l'aider dans cette tâche pénible. Bandou et ses amis traduisent le texte mot à mot en arabe dialectal en utilisant leur génie dialectiquement didactique. Ils traduisent la phrase comme suit « Azoufri Zaïdouk rah ydezz fi bérouettou maâmra baghli ». Dans cette phrase académiquement ghebritienne aucun mot ne reflète ni la langue calme et rigoureuse de l'ancien ministre de l'Education Dr. Taleb Ibrahimi ni la langue révolutionnaire et patriotique de Moufdi Zakaria.

Enthousiasmée par le farfadet de son mari dans son entourage, Azza pense qu'en utilisant l'analogie pédagogique des mots de cette phrase, nos petits enfants ne seront plus désorientés dans leur environnement scolaire et maîtriseront bien la langue de Youcef Ibn Tachfin. Selon Louisa Hanoun, cette méthode génialement conçue va permettre aux générations futures de lever le défi technologique dans le monde moderne.

Regardons de près cette phrase qui fascine Hanoun. Le mot « Azoufri » rappelle aux écoliers la chanson de Rai « Rani Nsoufri » puisque chab Mami mâche le A et allonge le S. Le mot « baghli » leur rappelle mon mulet, un petit jouet en plastique chinois, importé spécialement pour les bambins qui fréquentent la crèche El-Hayat à Hydra pour leur apprendre à consommer chinois. C'est dans cet environnement sans repères, que la brouette est devenue bérouetta et le béret de François a évolué en bérita. Zaïdouk est le diminutif de débrouillard chez monsieur Albert.

Le mot Dezz est facile à retenir par nos enfants. Ils l'ont déjà entendu dans l'expression des gens de la rue « Dezz maahoum » qui veut dire pousse avec eux dans la langue de Françoise. Je ne sais pas si nos jeunes connaissent l'origine de cette expression purement algérienne ou non. Cette expression est née dans le douar de Zaïdouk. Ce douar était commandé par un caïd nommé par les colons. Le caïd utilisait ses mouchards pour contrôler le douar. Il récompensait celui qui lui rapportait un évènement exceptionnel ou extraordinaire dans le douar. Il donnait 1000 DA pour chaque évènement rapporté à temps. Zaïdouk est connu dans le douar comme l'expert des indicateurs. Il était toujours le premier à gagner les 1000 DA.

Un jour, le douar était tranquille et calme. Pas d'évènement à rapporter au caïd. Zaïdouk quitte son gourbi de bonne heure et se dirige vers la maison du caïd pour une courte halte chez le grand patron. Zaïdouk voulait faire son briefing.

Sachant que Zaïdouk est venu pour récupérer les 1000 DA comme d'habitude, le caïd demande à Zaïdouk les nouvelles du douar. Cette fois-ci le douar est au statu quo et son baromètre affiche R. A. S (rien à signaler).

Zaïdouk répond au caïd d'un ton sérieux : « le douar était calme cette nuit mais j'ai fait un rêve qui mérite d'être raconté. J'ai vu dans mon rêve que les habitants de ce douar voulaient votre tête. Dans ce rêve, j'ai vu un groupe de jeunes de ce douar vous transporter dans une bérouetta. Ces jeunes voulaient se débarrasser de vos idées en vous jetant dans la mer. Vous savez monsieur que je suis votre homme de confiance. Je ne veux point de mal ni pour vous ni pour votre famille. Je me suis hâté vers la mer. J'ai fait un grand saut dans l'eau. Pendant que ces jeunes poussaient la bérouetta vers la mer pour vous noyer, moi le Zaïdouk du douar, je poussais seul contre eux tous pour vous protéger et éviter votre péril.

Le caïd a bien compris le message de Zaïdouk. Il lui tend 1000 DA et dit « Si ce rêve se répète, je vous conseille de passer de l'autre côté de la rive pour pousser avec eux. Dezz maâhoum est un acte de bienveillance. Il symbolise la liberté dans mon douar ».

En conclusion : Le caïd, Zaïdouk et les colons illustrent une période de l'Histoire coloniale. Les colons sont partis. Le caïd est mort. Benghebrit est ministre de l'Education et la vie continue. Dans cette vie, Zaïdouk est toujours là pour accomplir sa mission de dezz maâhoum dans nos écoles.

O. Challal

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 12:53

Pour le commun des citoyens, l'administration, en l'état, reste un labyrinthe de ruelles sinueuses, emmêlées, tortueuses, où il ne fait que se heurter à des difficultés d'accueil, au manque d'information, à la complexité des procédures, à l'inertie des responsables, à l'impéritie des agents et, pour couronner le tout, à l'abus d'autorité et l'inapplication du droit.

Ce n'est pas, bien évidemment, une tare spécifiquement algérienne car, réellement, quelle est cette société qui peut se vanter d'avoir une administration parfaite ? Partout dans le monde, les relations administration-citoyens se caractérisent pas des hauts et des bas, mais le plus significatif, c'est la régularité de la courbe: elle ne doit pas traduire un état de mauvaises relations.

Evoquer ces mauvaises relations, ce n'est pas faire le procès des services publics; cela signifie tout simplement qu'il faut mettre le doigt sur une réalité amère, vécue par le commun des Algériens, difficilement évitable, produit normal de tout appareil bureaucratique: l'administration fonctionne mal, au point où, parfois, elle dessert plus qu'elle ne sert !

En théorie, elle est supposée être au service de l'intérêt général, soucieuse du respect du droit, n'ayant pour buts que ceux consistant à remplir, convenablement, les missions qu'on lui assigne, notamment les missions de service public. Dans la réalité, l'administré qui se présente à elle a l'impression d'être livré à son propre sort ou, pis encore, d'être l'intrus qui dérange les responsables «qui n'ont pas que ça à faire, c'est-à-dire se préoccuper de lui et de son devenir !».

Et, quand quelqu'un daigne enfin l'écouter, il doit, au mieux, administré qu'il est, improviser un bref exposé afin de justifier sa présence dans les couloirs de l'administration. Dans ce cas précis, il n'est pas à l'abri d'entendre une réponse lui signifiant «de revenir plus tard». En réaction, l'administré peste contre l'Etat; il se trompe de cible, en réalité, c'est à l'administration qu'il a eu à faire et d'où il est reparti bredouille !

Ceci étant dit, on présente, toujours, l'administration comme le bras de l'Etat, mais on ne doit pas perdre de vue que c'est un bras qui dispose, en réalité, d'une autonomie voisine de l'indépendance. En plus, l'administration, c'est la réglementation appliquée dans toute sa rigueur; l'administré, quant à lui, est censé ne pas ignorer la loi. D'ailleurs, tous les textes juridiques, du plus important à la simple circulaire, sont élaborés, pensés, réfléchis et discutés dans les sphères de l'administration et ne peuvent, conséquemment, échapper aux avis, observations et amendements de celle-ci, avant d'arriver à leur approbation. L'administration est omnipotente et omniprésente, dans la vie du citoyen, dans la vie tout court. Elle reste incontournable et les services publics qu'elle assure représentent l'essentiel.

En parlant des services publics, s'ils ont une raison d'être, c'est bien sûr, celle consistant, majoritairement, à fournir des prestations aux citoyens mais lorsque celles-ci présentent des défaillances, elles deviennent, fatalement, un ensemble de désagréments et surtout d'illusions pour eux. Conséquemment, un mur d'incompréhension s'installe entre l'administration et les administrés et le fossé se creuse davantage; il en est de même de la confiance qui s'effrite. La contestation s'installe forcément. On demande le départ des élus, on conteste les walis. On ne veut plus de cette administration fondée sur l'autoritarisme, sur le repli, le clientélisme et où s'entremêlent des notions confuses d'intérêt général, intérêt public, ordre public ou intérêt du service. L'administration, depuis 1962, continue d'apparaître comme opaque, énigmatique et inhumaine pour les administrés. Elle leur est, de leur point de vue, injuste, contrairement à ceux, une minorité, «qui ont leurs entrées», et qui par des pratiques condamnables, faut-il le rappeler, arrivent à tous les coups à se faire entendre et à concrétiser leurs demandes, dont certaines sont à la limite de la légalité.

Là, il faut le dire et le dénoncer: qu'un responsable sait qu'il peut, en toute impunité, défier la règle de droit pour lui supplanter ses propos critères et apporter à ses connaissances «son petit coup de pouce» est tout simplement intolérable, mais malheureusement usité dans l'administration telle qu'elle est pratiquée dans nos contrées d'ici-bas. Et n'importe quel citoyen peut citer une foultitude d'exemples du genre, pour accréditer cette affirmation et justifier son désamour de l'administration. Il va sans dire que cette façon de faire est, heureusement, circonscrite à quelques cas et qu'elle ne concerne pas toute l'administration, encore moins l'ensemble des agents qui y officient.

Mais le danger est là. L'Etat peut décider des projets les plus ambitieux, donner les instructions les plus louables, signer les textes les plus audacieux et se rendre compte que son appareil d'exécution est atteint de paralysie, de bureaucratie, et ne répond pas aux objectifs assignés.

Que faut-il faire en pareil cas ?

1. Décider de déplacer les responsables, en nommer d'autres plus compétents, oui, peut-être.

2. Faire tourner les agents plus ou moins confrontés à ces risques, les permuter, peut constituer une solution.

3. Se refuser à admettre de telles situations, qui, comme affirmé supra, concernent peut-être des cas isolés, et dire que tout va bien dans le meilleur des mondes, c'est quelque part vouer à l'échec toute volonté de progresser. Et quand bien même il n'existerait que quelques cas rares, il faut se garder de les qualifier d'insignifiants. On doit, au contraire, les considérer comme une tumeur qui risque de gangréner, à terme, tout l'appareil administratif.

4. Ou alors, annoncer, comme vient de le faire Noureddine Bedoui, le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, la mise en place prochaine d'un «Observatoire du Service public», avec pour but l'identification des zones de tension entre l'administration et les usagers. Quand on sait l'inutilité de l'autorité en charge de la lutte contre la corruption, on est en droit de douter de l'efficacité d'un tel observatoire, surtout s'il n'est pas indépendant des institutions et qu'il n'implique pas la société civile !

On ne doit pas amplifier, outre mesure, le sujet de la bureaucratie, par exemple, au point de le noyer dans l'immense problématique de la réforme du service public, concept encore à la recherche de sa propre définition. La solution ne doit pas consister dans la création d'un observatoire du service public, budgétivore, inutile, qui ne servirait qu'à recycler un personnel en panne d'idées. Et puis que peut faire cette structure dans l'immédiat, sachant, comme l'expérience l'a démontré, que le mauvais accueil de l'administré, le manque de transparence des décisions administratives…, en un mot, tous ces aspects négatifs ne nécessitent ni lois, ni décrets, ni des réformes décidées à partir du palais du gouvernement, pour être supprimés ou tout au moins atténués. Encore moins, des recommandations d'un quelconque observatoire, consignées dans un rapport qui échouera dans un obscur tiroir d'un quelconque responsable !

Ce qu'on peut faire dans l'immédiat consiste, pour chaque département ministériel, à recenser, à travers une structure ad-hoc, tout ce qui préjudicie aux relations administration-citoyens dans le but de leur amélioration et leur perfectionnement; cette structure pourrait fixer des délais raisonnables pour le traitement des dossiers, améliorer les prestations aux usagers, simplifier les procédures, éviter celles qui sont inutiles, réduire les pièces du dossier, affecter la ressource humaine qu'il faut, là où il faut.

De plus, et dans la mesure où les réformes exigées pour améliorer les services publics dans le secteur de la santé publique ne sont pas les mêmes que celles exigées dans celui des travaux publics, des transports, ou des impôts, chaque ministère doit chercher l'amélioration de ses propres services, sans attendre la réforme de l'administration dans son ensemble ou plus encore, ce qui va émaner comme «mesures novatrices» de l'Observatoire du Service public, si l'idée de sa création est maintenue. Le ministre des Finances va, certainement, «s'arracher les cheveux» au regard de la pléthore des observatoires qui alourdissent sa nomenclature et dont l'efficacité, disons-le, reste sujette à caution. Même Mihoubi, le ministre de la Culture, veut son observatoire pour «coiffer» les musées, a-t-il affirmé !

En clair, ce que désire le citoyen, ce n'est pas tant un observatoire, fut-il celui du Service public, mais une administration, centrale et locale, respectueuse du droit, transparente, humaine. Une administration efficace, comme celle qui va éviter à l'administré des déplacements dans sa commune d'origine pour se faire établir «un acte de naissance authentifié», qui a pris l'appellation définitive de «S12» et que le citoyen se fait établir dans n'importe quelle APC !

Le citoyen l'a rêvé, si Yazid Zerhouni, en son temps, l'a fait et les deux ministres qui lui ont succédé, se sont même partagé les dividendes du passeport biométrique dont il a pensé le moindre détail ! C'est ça la continuité de l'Etat et c'est tout aussi bien, car ça vaut tous les discours ! Ce grand commis de l'Etat qui avait investi, également, sur la ressource humaine et la formation des élus, n'avait de cesse de leur recommander de «se mettre au diapason des nouvelles technologies de l'information et de la communication pour se rapprocher, davantage, des citoyens et aussi de se doter de tous les moyens leur permettant de se mettre à l'ère numérique». Il avait fait de la «démocratie participative» un axe fort de sa politique locale; «nous devons passer de la démocratie représentative à la démocratie participative», a-t-il déclaré aux maires, y compris ceux étiquetés «FFS» réticents au départ, qu'il avait regroupés lors d'un séminaire régional de formation en 2008.

Le chemin est maintenant balisé pour le ministère de l'Intérieur et les walis: il faut «donner la part belle» au dialogue pour faire émerger une véritable «citoyenneté» dans le pays ! Aux citoyens de s'organiser, en conséquence, et de contribuer à l'émergence d'un sens de l'intérêt commun. Il faut en finir avec la notion du «beylik» ! L'Algérien doit prendre conscience de ce que «citoyen» signifie, et des responsabilités et des devoirs qui lui incombent. Ceci est un prérequis pour tout changement qualitatif de l'administration locale notamment, celle que le ministre Bedoui connaît «sur le bout des doigts», qui doit être, conséquemment, à l'écoute de la société civile pour lui fournir aide et assistance et lui donner la place qu'elle mérite. A ses côtés !

Pour en finir d'un mot sur l'administration, arrêtons-nous sur cette image de l'administration publique qui est présentée, à tort ou à raison, comme «le premier parti du pays» !

Les tenants de cette affirmation, par calcul politique ou politicien, avancent cette théorie pour justifier leur positionnement, au motif de «l'administration qui roulerait pour le pouvoir». Cette dernière s'en défend et se fait fort de le prouver, réaffirmant sans cesse les principes d'équité et de neutralité qui président à son action. Il faut lui en donner acte, même s'il est temps pour elle de passer à la transparence et de s'ouvrir à la société civile. De nos jours, le citoyen ne demande pas qu'on lui règle ses problèmes, quoique. Ce qu'il veut, c'est qu'on le laisse libre de participer à leur résolution et la société ne s'en porterait que mieux !

C. Ali

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 12:52

Nous allons bientôt commémorer le cinquante-neuvième anniversaire du Congrès de la Soummam. Le parti du Front des Forces socialistes a choisi de célébrer ce rendez-vous historique sous les mots d'ordre «Le consensus national est la solution» et «Primauté du politique sur le militaire». Dans ce texte, je voudrai soutenir que la primauté du politique sur le militaire qui est aujourd'hui inscrite dans toutes les constitutions démocratiques du monde, avant d'être une affaire de construction institutionnelle, est une affaire de différenciation sociale. Cette primauté est aussi inscrite dans l'habitus social, elle résulte de tout un processus de civilisation, de rationalisation de l'activité sociale. Les démocraties ont des histoires, les pays nouvellement indépendants ne peuvent devenir démocratiques en adoptant un système démocratique par simple mimétisme institutionnel. Ils doivent trouver leur propre voie, parce que le temps dans lequel leur société va devoir se différencier, s'intégrer dans le monde, n'est pas celui qui a vu naître les démocraties les plus anciennes. C'est dans des conditions nouvelles qu'elles vont devoir le faire. J'ajouterai que le consensus social ne peut être produit indifféremment dans n'importe quel cadre de confrontation politique. Il peut être produit bien plus facilement, bien plus rapidement dans les cadres en mesure de fabriquer de la cohésion sociale que dans d'autres plus abstraits.

Les forces de libération nationale, au travers de leur armée, ont voulu dominer l'ordre social de l'extérieur. C'est à partir des frontières qu'une armée a été construite et bien équipée pour ce faire. Plus d'un demi-siècle plus tard, l'extériorité de la puissance publique persiste, le désordre social engendré par la colonisation n'ayant pu être réduit par l'intériorisation de nouvelles normes sociales n'a pu qu'être accompagné, la croissance du pouvoir d'achat aidant, dans un semblant de libération individuelle. Depuis deux décennies il a été accompagné dans le souci de préserver la cohérence de la force publique et l'espoir qu'un équilibre social puisse être trouvé[1]. On doit se rendre à l'évidence, l'unité de la force publique a été préservée mais d'une manière qui ne garantit pas sa pérennité.

On ne peut assurer de sa résilience si des chocs d'importance quant au pouvoir d'achat social pouvaient survenir. Avec la croissante soif de consommer, la réduction des moyens de la satisfaire et la légitimité décroissante des institutions, le désordre peut gagner l'intérieur de la force publique et se diffracter largement et dangereusement à l'intérieur de la société. Avec la crise mondiale, la compétition internationale s'exacerbe parce qu'elle s'apparente à un jeu à somme nulle entre les partenaires : ce qu'un pays gagne en pouvoir d'achat, un autre le perd. Nos partenaires d'Europe du Sud qui sont touchés par une grave crise s'efforcent de réduire le coût de leurs importations en provenance d'Algérie. Avec la diminution des recettes d'exportations, la rigidité de l'offre nationale qui fait qu'elle ne peut répondre à la hausse des prix par une hausse de la production, nous serons conduits à une nouvelle répartition du pouvoir d'achat en faveur des plus riches. Que soit appliquée une politique des quotas plutôt que la vérité des prix permettra juste d'entretenir quelque temps un marché informel avant que cette dernière ne s'impose. La soif intérieure de consommer n'ayant plus les moyens d'être sustentée, la défense de leur pouvoir d'achat par les possédants, la compétition nationale et internationale autour des ressources s'exacerbant, les conflits autour de la répartition du pouvoir d'achat prennent une dimension de plus en plus violente. Aussi, peut-on prévoir une certaine fragmentation du pouvoir politique pour d'abord disqualifier certaines demandes et en faire prévaloir d'autres qui correspondent mieux à certaines offres[2] et ensuite produire un certain ordre public en mesure de réduire la distance qui s'est créée entre une force publique et un ancien ordre social. Car, quand un ancien marché est conquis par une puissance adverse, il faut en créer un nouveau qui soit autrement attaché à la puissance qui l'a créé. Ensuite, plus le souci de se préserver chez la force publique l'emporte et se sépare de celui de l'ordre public, plus l'ordre social tend à produire de lui-même ses forces d'ordre pour réduire son entropie. Ce qui ne veut pas dire qu'elle puisse y réussir conformément à sa volonté de persister.

Un demi-siècle d'indépendance politique, d'histoire postcoloniale, devrait nous permettre de tirer deux leçons d'importance. Une force extérieure qui n'arrive pas à être assimilée par une société finit par être rejetée comme un corps étranger. Autrement dit, une force extérieure dont les valeurs et les habitudes ne finissent pas par être assimilées par une société reste une force d'occupation et non de civilisation[3]. Un système de valeurs et d'habitudes est à la base de tout système productif. Un demi-siècle d'histoire postcoloniale a donc consacré une dépendance extérieure suicidaire. A l'image de l'Egypte, l'Algérie ne peut pas faire preuve aujourd'hui de souveraineté. La nourriture de leur population dépend du monde extérieur. Le secteur de la sécurité algérien paie aujourd'hui les velléités d'indépendance dont il a voulu faire preuve lors de l'opération de Tiguentourine. L'Egypte paie avec Sissi les velléités d'indépendance dont ont voulu faire preuve les Frères musulmans. La fierté nationale qui ne peut manquer de se manifester dans toute société qui n'a pas consommé son humiliation n'est pas garante des conséquences de sa coûteuse manifestation. Pour que la souveraineté puisse être effective et non la simple virtualité d'un pouvoir étatique dont il faut parodier l'existence, il faut rendre à la société la force de se battre (pour ses intérêts) et à la puissance publique la force (des dispositions d'ordre) de la société.

Le bilan que je tire est le suivant : premièrement on ne s'oppose pas au monde, comme on ne s'oppose pas à Dieu ou à la nature, on leur obéit. Agir autrement consisterait à les nier dans leur existence. En d'autres termes, on est dans le monde et non pas au-dessus. Sur une périphérie active ou stagnante, un centre actif ou dépérissant. Voilà ce qu'il nous en a coûté d'avoir adopté une posture qui était celle de l'Europe des premiers penseurs de la révolution scientifique : nous sommes restés en dehors du monde et de la nature alors que les Européens reviennent de leur rêve de faire du monde leur chose. Être du monde est la seule façon de lui faire partager ses objectifs si on en a de particuliers. Nous n'avons pas tiré toutes les leçons de nos luttes de libération, nous avons cloisonné, stérilisé nos débats. L'ennemi colonial ayant été arcbouté hors d'Algérie, il aurait fallu veiller à ce que les visées néocolonialistes ne nous cantonnent pas hors du monde pour nous maintenir dans la dépendance. Le non-alignement est resté une prescription négative. Il nous aurait fallu adopter les normes du monde pour pouvoir nous transformer en même temps que lui. En refusant de les incorporer, nous n'avons pas pu les acclimater, en produire de meilleures, nous nous sommes marginalisés. La fidélité à nos combats antérieurs ne nous prémunit pas de défaites prévisibles, quand certains de nos attachements peu glorieux l'emportent sur d'autres plus précieux.

Deuxièmement, pour qu'un ordre extérieur puisse s'imposer à une société, celle-ci doit incorporer ses normes. Une société à qui l'on impose, qui ne consent pas d'abord et adhère ensuite, ne peut être le lieu d'un processus de civilisation, de rationalisation de son activité[4]. On pourrait soutenir la thèse suivante : nous subsistons dans un état d'indifférenciation entre le civil et le militaire, entre le social et l'économique dont nous n'arrivons pas à stabiliser les processus d'autonomisation et les rapports. Il faut reprendre le processus de différenciation sociale et le recharger d'une légitimité incontestable. La légitimité ne peut être obtenue sans un large consensus social. Les cadres les plus appropriés pour produire du consensus social ne sont pas les cadres institutionnels adoptés par mimétisme international, mais les cadres en mesure de fabriquer de la cohésion sociale. Ils ne peuvent être définis de manière arbitraire et sans expérimentation sociale.

A partir de ces deux prémisses, on peut en venir à une recommandation pratique : pour que « la force puisse revenir à la loi », pour que la force publique devienne une force régulière qui plonge ses racines à l'intérieur de la société, pour qu'elle puisse être l'expression fonctionnelle d'une disposition de la société à se défendre, à promouvoir sa sécurité, il faut rendre à la force publique son autonomie dans la société, il faut mettre fin à son extériorité. L'extériorité comme garantie de son autonomie est une vérité dépassée. Telle est la véritable leçon de la période postcoloniale, bien plus sérieuse que celle qui oppose socialisme et libéralisme. Tout en étant au service de la société, elle doit pouvoir rendre compte, d'elle-même à elle-même et d'elle-même à autrui, de sa régularité. Une autonomie du secteur de la sécurité, non une indépendance. Son extériorité, l'extériorité de ses ressources sont devenues la marque de sa vulnérabilité. Un partage des normes puis une division du travail fonctionnelle, voilà la garantie de l'unité de la société et de ses différents secteurs.

Dans les circonstances politiques actuelles, on pourrait conclure de la manière suivante : le secteur de la sécurité qui entre apparemment dans un certain mouvement de réforme, a aujourd'hui le choix entre obéir aux exigences du monde extérieur pour soumettre la société à l'ordre international quitte à accepter la fragmentation du pays et de son pouvoir d'achat quand ce n'est pas une répression violente de la soif sociale de consommer ou construire son autonomie dans la société et dans le monde pour pouvoir participer effectivement à la construction d'un meilleur ordre mondial.

Note :

[1] On croyait en avoir fini avec la transition démographique. Il faut se détromper.

[2] Chose que le président Bouteflika a parfaitement bien anticipée, contrairement à certains de ses semblables. Il a ainsi confié la production d'électricité en Algérie à General Electrics.

[3] On pourra se référer ici aux travaux de Pierre Bourdieu pour sa théorie de l'habitus et à Norbert Elias pour sa théorie du procès de civilisation.

[4] Nous avons eu l'occasion de développer ce point dans des articles antérieurs.

*Enseignant chercheur, faculté des sciences économiques, université Ferhat-Abbas –Sétif. Député du Front des Forces socialistes, Béjaia.

A. Derguini

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 12:51

Ce que les experts prévoyaient suffisamment à l'avance arrive. Mais l'expertise n'est hélas appréciée qu'avec différé. Le politique supplante souvent l'économique.

A l'heure où le coût du baril à 115 $ s'engageait dans sa dégringolade pour atteindre en l'espace de 20 mois une perte de 57 % de sa valeur, le discours promettait dans sa logique modale une croissance économique de l'ordre de 7 % et la création de 100.000 emplois. Quelle autosatisfaction ! Par son seul discours il réduirait le taux de chômage de presque un point et augmenterait la croissance de 4 points.

C'est merveilleux ! Mais il n'annonçait pas comment ? Cette promesse n'émanait ni du Premier ministre, ni du ministre de l'Economie que nous n'avons pas, ni du ministre de l'Emploi. C'était la déclaration du candidat unique à la présidence du FCE devant un parterre où un bon nombre de membres de Gouvernement lui faisaient par leur présence bonne audience. C'est entre autres un engagement par écrit dans le rapport qu'il aurait remis au Premier ministre. Et pourtant, depuis le 27 novembre 2014 le chômage stagne autour de 10 % avec plus de 1 200.000 chômeurs alors que la croissance est passée à moins de 4,1 %..

L'Algérie fait plutôt toujours face à la baisse progressive du Produit national. Elle réagit comme surprise dans la conduite de son développement économique. Surprenante attitude compte tenu que la situation actuelle était prévue depuis plus de trois ans par les experts nationaux versés dans le rôle, l'analyse et la prospective pour prévenir le pouvoir public et les gouvernants de la micro- et macroéconomie. Eux prêchaient en scène libre. Le temps, trois ans, a confirmé leurs prévisions. En économie prévisionnelle trois années c'est beaucoup.

C'est déjà le moyen terme. Les menaces visant le mouvement économique national face aux crises financières externes étaient annoncées et correctement annoncées. La seule motivation de nos observateurs nationaux, professionnellement outillés, concernés par l'évaluation dynamique de notre croissance n'était que d'alerter sur le risque prévisible et sur la méthodologie à faire mettre au service des tenants de la décision. C'était porter l'inquiétude sur le registre managérial de la finance nationale. En réaction, les motivations des uns et des autres faisaient développer l'information affirmant que la situation financière nationale n'était aucunement concernée et que les programmations financières mettaient notre économie à l'abri de l'inquiétude exprimée.

Ils déclaraient que l'Algérie n'était pas dans une situation de vulnérabilité.

Ils indexaient la notion de vulnérabilité sur la crise dite « prime time » mais occultaient les menaces relatives au revenu national. Un discours : « …la prudence s'est avérée d'intérêt général… » (BCA). « L'Algérie avait un faible taux d'endettement… » (BCA). « Il n y a pas le feu » (ex 1er Argentier) ? Comme quoi un désendettement engagé en 2004 expliquerait la protection de l'Algérie d'une éventuelle panne économique et financière en 2015. Mais la logique de la vulnérabilité de la finance de l'Algérie est de s'être rendue, durant plus de cinquante années, annexée au revenu pétrolier. Cette addiction aux revenus d'hydrocarbures fait de la dynamique de notre développement économique une dynamique structurée en pannes cycliques. La dernière trouvaille est que l'Algérie ”va recouvrer graduellement le niveau de ses entrées en devises». Comment ? Par la mise en production des nouvelles découvertes en 2013. C'est augmenter la production quotidienne du nombre de barils. C'est dire que le revenu national exclut la valeur ajoutée des opérateurs économiques résidents et non résidents. Un tel concept rejoint celui de l'Arabie saoudite qui est à l'origine de la dynamique baissière du coût du baril. Mais le problème de l'instant n'est pas celui de l'exploitation des nouveaux gisements.

C'est celui du coût du baril qui baisse et des mesures internes et externes à prendre à cet effet. C'est le comment et où agir pour réduire la production quotidienne en espérant freiner la course baissière du coût du baril ? Mais même à 10 dollars le baril avec une mise en production de tous les gisements pétroliers d'Algérie, anciens et nouveaux, cela relève de la règle de la facilité. C'est projeter la mise en péril de toutes les ambitions économiques et politiques projetées régionalement par l'Algérie. Aujourd'hui le baril de pétrole est à 49 dollars US.

La Banque mondiale le situe dans ses prévisions, à moins de 40 dollars US dès 2016, c'est-à-dire dans cinq à six mois. Mais c'est demain. Qu'est devenue la mission de l'OPEP ? Le ministre algérien de l'Energie affirme : « Cette organisation (OPEP) a été créée pour pouvoir, selon ses statuts, sauvegarder les intérêts individuels et collectifs de ses membres… ». Ne sommes-nous pas un membre de l'OPEP ? Le constat est que l'OPEP semble devenue un pouvoir externalisé de l'Arabie saoudite. Alors quoi faire ? Faut-il continuer à « … travailler dans le cadre d'un Consensus à l'intérieur de l'OPEP… » ? Alors qu'il affirme plus loin « … que la réduction de la production par l'OPEP ne peut pas garantir réellement le retour à la stabilité du marché … . » Le contexte économique, financier et politique dans le monde a certainement changé. Les rapports de force au sein de l'OPEP ont subi ces changements.

L'Algérie avec ses 4 % de la production de l'OPEP savait être écoutée. Est-elle devenue un membre sans voix et sans influence aucune au sein de l'OPEP ? Il faut se rendre à l'évidence que la solution ne viendra pas de l'OPEP.. Les mesures à faire prendre au développement économique sont donc internes.

La réaction vient à travers une loi des finances complémentaire. Encore une ! Elle décrète une croissance hors hydrocarbure de 5,1 % au lieu de 4,2 %. (loi de finances 2015). Mais c'est la même qu'en 2014 (5,1 %).

Comment si le gisement des opérateurs économiques reste le même? La prévision du FMI arrête la croissance hors hydrocarbure à 4,8 % en 2015. Mais c'est en révisant les différents impôts et taxes que l'Algérie projette résoudre le problème du revenu national., l'IBS ne sera plus fixe (23%) mais oscillera entre 19 et 26%, la TAP variera sur quatre paliers, 1 % , 1,5% , 2 % et 3 % selon l'activité. Les recettes d'hydrocarbures prévues à 68 milliards de dollars US (loi de finances 2015) sont revues à la baisse, soit 34 milliards de dollars US. Les recettes budgétaires passeront à 4 953 md (au lieu 4 710,6 md) et les dépenses budgétaires passeront à 7588 md DA( au lieu 7 692 md DA). Enfin la LFC annonce un déficit global de 647 milliards de DA. L'annonce de la LFC 2015 reste un exercice comptable traduisant les comportements prévisionnels attendus de l'exercice économique national. Elle ne résout pas le problème. La meilleure démonstration est la chute de la fiscalité de 28 % avérée au premier trimestre 2015 ; elle est de 570 milliards de DA alors que pour la même période 2014 elle était de 793 milliards de DA.

Le problème est celui du revenu national assiette de toutes ces dispositions fiscales mais qui a chuté. Et quel est le mécanisme opérationnel de substitution à mettre en œuvre ? Alors que les déficits financiers de l'action publique sont imputés sur le fonds de régulation des recettes, celui-ci semble muter sa mission vers les financements de la paix sociale et des infrastructures budgétairement dotées..

L'Etat ou le Trésor public ne sont ni l'un ni l'autre un opérateur industriel ou commercial. Le vrai problème est celui du plan directeur cohérent du développement économique, de la mobilisation et de l'incitation de l'opérateur créateur de la valeur ajoutée. Un marché porteur de près de 40 millions de consommateurs existe. Est-ce à la mission de la LFC 2015 d'aller vers ce marché? Qu'en est-il du capital financier non étatique et non mobilisé ? Qu'en est-il de la base industrielle qui a déserté son marché et sa raison d'être pour se reconvertir en demandeur cyclique des apports de l'Etat ? Qu'en est-il de la rationalisation et de la diversification industrielle en adéquation avec la synergie existante ? Qu'en est-il de la mobilisation et de la motivation de l'expertise et de la ressource humaine qualifiée existantes ? Qu'en est-il des 1200 ou 1400 km de littoral dont l'exploitation normée et diversifiée serait en mesure non seulement de créer des centaines de milliers d'emplois mais de compenser le déficit des ressources pétrolières ? Qu'en est-il de l'adaptation des structures de formations universitaires et professionnelles disponibles et largement réparties sur l'immensité du territoire ? Qu'en est-il de l'atout géographique de l'Algérie face à l'Europe et rayonnant sur le marché africain (six frontières terrestres) ? Qu'en est-il du réseau des télécommunications et des TIC ?

Qu'en est-il de la distribution énergétique et de sa disponibilité sur tout le territoire ? Tous ces axes contribuant au développement doivent faire dans l'adaptation au service de la croissance. C'est sur ces grands axes générateurs de croissance que l'anticipation est plus que requise. Il est vrai qu'agir sur ces paramètres fondamentaux nécessaires à la croissance et au ressourcement du Trésor public ne relève pas du seul département du premier Argentier du pays et de la LFC 2014.

Divers systèmes économiques ont été expérimentés en Algérie. Le temps de l'expérience est passé.. « La connaissance s'acquiert par l'expérience, tout le reste n'est que de l'information », disait Einstein. Il ne s'agit plus de prudence mais d'évaluation de la menace des financements de notre développement. L'Algérie n'est plus à l'ère des excédents de recettes pétrolières. Que l'ingénierie économique et financière nationale ne soit pas défaillante. La création de l'emploi ainsi que la croissance doivent être promus par la diversification de l'investissement national autre qu'étatique.

La faisabilité économique nationale refuserait-elle de se rendre à l'évidence, de se remettre en cause pour inscrire en temps réel la révision des priorités de ses réalisations et le réexamen des subventions et transferts sociaux directs et indirects ainsi que les affectations budgétaires ? N'est-elle pas en mesure de redéfinir les droits et obligations de l'investisseur ainsi que son devoir d'insertion dans le schéma synergétique industriel existant ? Les responsabilités du temple des lois sont engagées. Elles doivent distinguer l'aptitude de l'investisseur créateur de richesses de celle de l'investisseur attentiste et accapareur. Elles doivent consacrer l'éthique de l'opérateur économique. Que l'investisseur se hisse au niveau de l'envergure qu'il se donne et matérialise le discours féerique qu'il projette devant le pouvoir politique. Qu'il se déleste de cette complainte permanente qui laisse croire qu'il est le sauveteur attendu du peuple. La puissance financière de l'Etat s'appuie sur l'aptitude et l'éthique des investisseurs créateurs de richesse et non pas l'inverse.

L'Algérie est une jeune république et son espace économique est relativement vierge. C'est la résultante pluri-vectorielle et incitative de croissance qu'il faudrait intégrer dans un plan cohérent de son développement. Avec son expérience facturée à des milliards de dollars US, l'Algérie n'a pas le droit de rater son émergence économique.

D. El Mejdoub

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 12:41

En cet été chaud sur maints fronts, où ceux qui se permettent une virée touristique en dehors de nos frontières, même si le dinar fond, il est peut-être utile d’effectuer une excursion virtuelle vers d’autres lieux, entre pantouflards ou profanes, façon d’avoir une idée sur la place des langues, de comparer, même si comparaison n’est pas toujours raison, et d’espérer que nos compétences scientifiques et non pas nos hommes politiques, s’expriment publiquement, pour nous éclairer sur des questions liées à la problématique linguistique, car pour l’ instant, seule une poignée de spécialistes s’est manifestée. Est-ce à dire qu’il n’y en a pas d’autres, dans nos nombreuses universités, sous d’autres cieux, et dans nos centres de recherche ?

Pour commencer l’excursion dans sa première étape, il est clair que la langue arabe est un élément de notre patrimoine. Plus que cela, il existe des chaires de langue et civilisation arabes en France, en Israël, en Allemagne, aux Pays-Bas et ailleurs dans les pays du Nord, où la création de certaines remonte à plusieurs siècles. Du coté de nos cousins, la langue arabe et l’hébreu sont des langues officielles, même si elles ne sont pas logées à la même enseigne. Mais depuis la rentrée scolaire 2011, les cours d’arabe sont obligatoires dans le primaire en Israël, tout cela par nécessité stratégique, et non par amour fou envers nos frères Palestiniens, l’hébreu contrairement à l’arabe étant d’un usage géographiquement et numériquement limité.

Pour l’ONU, l’anglais, l’arabe, l’espagnol, le français, le mandarin et le russe cités par ordre alphabétique, sont des langues officielles, car les plus largement comprises dans le monde. Même là où certaines ne sont pas parlées spontanément, tel l’arabe classique. Oui, pas spontanément. Comme en Algérie. Comme dans tous les pays de la sphère arabo-islamique. Et si tous les travaux et débats à l’ONU sont retranscrits dans ces six langues, seuls l’anglais et le français sont considérés, dans cette organisation, comme langues de travail, c’est à dire de moyens de communication, pour la rédaction et la conversation usuelles. Puis, selon les estimations, il existe environ 6000 langues dans le monde. Nous pouvons donc affirmer que si l’ONU a officialisé six langues en son sein, c’est qu’elles ont toutes les six, le meilleur poids, comparativement à des milliers d’autres.

D’autre part, nous pouvons nous interroger sur le niveau éducatif ou de développement et son éventuel rapport avec l’agencement linguistique dans des pays, dont ceux anglophones en particulier .Notons alors que tous les pays où l’anglais fut une langue coloniale, ont très probablement conservé celle-ci en tant que langue officielle ou d’enseignement, ou de langue véhiculaire très présente. Et si nous nous limitons aux pays arabo-islamiques du Proche et Moyen Orient, où la langue officielle est l’arabe classique, ils utilisent tous, sans exception aucune, à grande échelle, les dialectes locaux et l’anglais. Et parmi les pays arabo-islamiques seulement quatre figurent dans le classement PISA 2012, avec en tête les Emirats arabes Unis (EAU), suivis de la Tunisie, la Jordanie et le Qatar. Les Emirats arabes Unis, ce pays de 9,35 millions d’habitants, où l’anglais est largement présent comme langue véhiculaire et comme langue d’enseignement, dans ses meilleures écoles et universités.

Faisons une escale du côté du groupe des BRICS, c’est-à-dire un pays émergent qui n’est autre que l’Afrique du Sud. Ainsi, avec ses 50 millions d’âmes, le pays de Nelson Mandela comprend onze langues officielles, avec l’anglais dominant, suivi de l’afrikaans et de neuf langues maternelles.

Que retenir alors ? L’anglais aux Emirats arabes unis et en Afrique du Sud n’a pas été négligé. De même pour l’afrikaans Chez Mister Mandela. En somme, les langues coloniales s’imposent. Alors autrement dit : Colonisable, tout colonisé ou ex-colonisé n’a pas choisi ses colonisateurs. Il s’agit donc de différencier entre le colon et sa langue. Ne pas rejeter une langue parce que c’est celle du colon ou de l’ennemi. Et, pour revenir au bercail, c’est ce qui a été intentionnellement injecté dans la petite tête de nos enfants, par notre école, pour le français, ce qui ne leur a pas permis pour autant d’améliorer leurs connaissances en langue arabe. A cet effet, il faut relever une aile radicale qui nous propose de démolir l’usage du français pour le transplanter par l’anglais, au motif séduisant et vrai, que c’est la langue scientifique par excellence. Et aucun politique n’a réagi à cette exigence démagogique de démolition/transplantation. N’oublions pas également que cette langue est pratiquée par la communauté algérienne immigrée la plus importante, celle qui réside en France, au nombre d’au moins cinq millions (estimation 2012) dont 23.000 étudiants (2015), ces chiffres n’incluant pas la troisième génération et les suivantes, ni l’immigration illégale, ni les harkis et leurs descendants.

Il ne s’agit pas de négliger la pratique de l’anglais en Algérie, surtout qu’elle est indispensable pour des études supérieures poussées, donc pour une élite, donc une minorité. Mais la langue française, plantée chez nous depuis bientôt deux siècles et ayant des racines, il est raisonnablement, objectivement, financièrement et matériellement plus rentable d’améliorer son enseignement, pour encadrer des disciplines à l’université que de tout angliciser. Ainsi, avec des réformes éducatives où la politique politicarde est évacuée, et où seule la compétence prime, on peut espérer à court terme, la maitrise d’au moins les trois langues que sont l’arabe, le français puis l’anglais, par nos bacheliers .Et c’est déjà beaucoup. A très bientôt pour la deuxième étape de l’excursion.

R. Brahmi

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 18:06

Pétard et sidération : il est de retour… Certes, on ne l'a jamais oublié depuis sa fessée électorale, lors de la présidentielle française, de mai 2012. De manière régulière, au fil de meetings et de déclarations intempestives, au sujet de tout et, surtout, de n'importe quoi, il s'est rappelé à notre bon souvenir, avec sa syntaxe approximative, son parler plus « vulgos » que populo et ses multiples déboires judiciaires dont on peine, désormais, à établir le nombre exact. Il y a quelques jours, lors d'une visite, au ton très paternaliste en Tunisie, Nicolas Sarkozy, époux Bruni s'est donc permis quelques digressions à propos de l'Algérie et de son avenir. Un « sujet » de préoccupation, selon lui, notamment pour la stabilité de la Tunisie.

Comme l'a noté le journaliste Mohamed Saâdoune dans un billet au vitriol, il est évident que ce genre de propos relève de plusieurs motivations (*). D'abord, l'envie de faire plaisir aux Tunisiens – notamment aux reliques de l'ancien régime qui, hélas, mille fois hélas, se sentent pousser des ailes en ce moment - en disant du mal de l'Algérie. Un calcul – stupide voire naïf – destiné aussi à glaner quelques sympathies chez les binationaux franco-tunisiens. Ensuite, filer un coup de main électoraliste à Christian Estrosi, son pote bac moins quinze qui peine à convaincre certains électeurs en région Provence Alpes Côtes d'Azur (PACA) de ne pas voter Front National aux prochaines régionales. Et, cerise sur le gâteau, se faire plaisir en se défoulant sur un pays que Sarkozy n'a jamais porté dans son cœur.

Cette péripétie est un avant-goût ce qu'il va falloir subir au cours des prochaines semaines et des prochains mois. L'oscillant de l'épaule va s'emparer du micro, des caméras, des écrans et des colonnes. Ministre du verbe et de l'interjection, il va monopoliser la parole et nous infliger des « ben moi, j'veux vous dire que moi je pense que » à la pelle. Il y aura des sorties qui, à chaque fois, seront destinées à cliver, à provoquer, non pas le débat, mais le buzz, ce fracas insupportable qui empêche tout recul et toute réflexion. Cela avec la complicité de ces journalistes dits politiques, toujours prompts à traquer la petite phrase plutôt qu'à se plier à la vérification systématique des discours pour débusquer les élucubrations et les mensonges électoraux. Nous allons, donc, subir les propos les plus invraisemblables, les clichés les plus éculés et gageons qu'il fera, encore, mieux que son tristement célèbre discours de Dakar sur l'homme africain qui ne serait pas entré dans l'Histoire (discours pestilentiel qui n'avait pas empêché son élection en 2007). En un mot, la campagne électorale pour 2017 est lancée et elle ne sera pas ragoûtante.

Le pire dans l'affaire, c'est que l'ancien copain de Kadhafi – ah, cette tente plantée en plein huitième arrondissement de Paris – risque bien de l'emporter. En effet, François Hollande qui ne pense qu'à une seule chose, sa réélection, va certainement payer sa socialo-traîtrise mais aussi ses sympathies néo-conservatrices et son soutien appuyé aux bombardements israéliens de Gaza en juillet 2014. Autant de manquements impardonnables qui pousseront, en cas de deuxième tour Sarkozy-Hollande, nombre d'électeurs de gauche à préférer la pêche ou l'émission de Drucker, à un passage par l'isoloir. Faudra-t-il se résoudre à voter Hollande pour empêcher le retour du prétendu lecteur de Roland Barthes (prononcer comme lui Barthesss) ? En ce qui concerne le présent chroniqueur, la réponse est évidemment non mais c'est une autre histoire.

En tous les cas, pauvre France et pauvre droite. En arriver là… Mais revenons à l'Algérie. Ce serait mentir que de ne pas reconnaître que l'Algérie est un sujet de préoccupation. Certes, Sarkozy ferait mieux de s'occuper de ses propres histoires et personne ne peut nier qu'il a manqué à la plus élémentaire des corrections et des pratiques diplomatiques, en évoquant, de la sorte un pays dont la Tunisie a grand besoin, en ce moment…

Mais les choses seraient bien plus simples si l'Algérie ne prêtait pas tant à la critique et à l'inquiétude, à commencer par celle de ses enfants qu'ils y vivent ou non. La mort récente de plusieurs jeunes conscrits du service militaire, lors d'une énième attaque du « terrorisme résiduel » a provoqué un immense choc au sein de la société mais aussi de la consternation et de la colère, face à l'attitude désinvolte des autorités et des médias officiels face à cette tragédie.

Cela fait des années que la sonnette d'alarme est tirée. Malgré les déclarations officielles, malgré les ravages profonds du « wantoutrisme » prompt à faire croire que le monde entier comploterait contre l'Algérie (on se demande bien pourquoi…), la vraie menace est interne. Elle réside dans l'absence de prise de conscience quant à l'importance des défis actuels. Réforme en profondeur du système éducatif, rénovation urgente de celui de la santé, changement du modèle économique avec une sortie du tout-hydrocarbures, retour de l'Etat mais, aussi, décentralisation voire régionalisation, prise en compte des dégâts subis par l'environnement et, enfin, libéralisation de la vie politique : dans tous ces domaines, les progrès, quand ils existent, sont insignifiants. Oui, l'Algérie est bien un sujet de préoccupation et il est dommage qu'un fâcheux comme Sarkozy puisse se permettre de nous le rappeler avec tant de dédain.

Et il aura, certainement, l'occasion de le refaire à l'automne prochain puisqu'il a l'intention de se rendre à Alger. Gageons qu'il sera alors accueilli à bras ouverts, verre de lait, dattes, couscous au miel et « vous serez toujours ‘la' bienvenue » en prime. Car, là aussi, l'Algérie ne semble guère avoir progressé. Le complexe du colonisé y fait toujours autant de ravages…

(*) Le p'tit Sarko, si vulgaire et si peu instruit, s'inquiète de l'avenir de l'Algérie, Al Huffington Post, Maghreb-Algérie, 21 juillet 2015.

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 18:04

« Celui qui jette son pain en riant le ramasse plus tard en pleurant. » proverbe

Le problème n'est pas qu'il n'y a pas assez de richesse, mais que celle-ci est répartie de manière scandaleusement inégale, cet état de fait résulte de l'existence d'un système de fabrique de pauvres et de la pauvreté. Il n'a jamais été une aubaine, aussi tangible, pour l'Algérie après la hausse vertigineuse du prix des hydrocarbures, à plus de 130 $ le baril. Une richesse éphémère, sans pareille, pour l'Algérie. Si cette richesse était repartie, intelligemment, et de façon équitable, entre tous les Algériens dans ce même pays qui a souffert de 132 ans d'une colonisation inhumaine.

Par principe sociétal, chaque famille devrait disposer d'un revenu de quelques dinars et d'un patrimoine bienséant dans un contexte ou valeurs, morales et normes universelles font le crédo de la société de droit.

Ce n'est, certes, pas assez pour vivre dans le luxe, mais bien suffisant sinon modestement pour que tous les Algériens disposent d'un logement confortable, d'électricité, d'eau potable, de sanitaires… Il y a, donc, suffisamment, pour l'ensemble des Algériens, sans exception, avec la richesse dont dispose ce pays.

Par ailleurs, beaucoup d'Algériens ne disposent pas de logement à ce jour, la crise aiguë persiste aujourd'hui, le nombre de logements construits est supérieur, peut-être, à la demanden seulement la distribution inégale fait que beaucoup de lambda n'ont pas eu de ce droit, en l'absence du droit.

Les bidonvilles se font voir, horriblement, déjà sur la périphérie des grandes villes, où le manque de dispositifs sanitaires de base font que la faim, la maladie, la pauvreté et l'ignorance refont de plus « moche » surface dans ce pays.

Le problème n'est pas, qu'il n'y ait pas suffisamment de richesse mais que cette rente est très mal repartie et la croissance se fait dans un sens unique, pour les riches seulement. Il est plus que nécessaire, utile et sage de faire une refonte générale politique de la sphère de la production de façon générale ( biens, services,) , de la sphère de la distribution et aussi de la sphère de la commercialisation pour aller vers une équité générale selon le mérite, la valeur et enfin la solidarité dans la transparence la plus totale et la justice la plus impartiale possible pour que le discernement d'événements, de faits… épouse le positivisme.

Dans ce nouveau contexte nous allons droit vers, approximativement les 5% les plus riches (statistiques officielles non établies) qui possèdent toute la richesse du pays et le reste s'engouffre dans une classe économique ou la pauvreté ne leur permettrait pas de répondre aux besoins de base.

La loi 88 a enfanté, sous la pression des événements de 1988 et mis en marche le grand chamboulement de notre système politique et économique, le passage de l'économie socialiste ou dirigée, vers une économie capitaliste conceptuelle, mais en réalité une économie de bazard dont la rente faisait fonctionner bien les containers, au détriment de la production nationale. Rabrab l'avait très bien schématisé, dans ce pays, il disait que créer de la richesse nécessite une autorisation. No comment !!!

Sous un bon gouvernement la pauvreté est une honte !

Sous un mauvais gouvernement la richesse est aussi une honte

Un pays, particulièrement fertile, qui ne produit rien est une honte ou plutôt un opprobre pour ce gouvernement ; on importe, encore, du lait en poudre et les Chinois construisent mal nos villes, alors que notre jeunesses est totalement désœuvrée. La classe « fausse-bourgeoise » et politique se soigne à l'extérieur du pays, la CNAS se charge de régler, rubis sur ongle, les factures médicales avec l'argent des cotisations des travailleurs, bien sûr.

Le système sanitaire délabré est conçu pour la plèbe. Tout cela entraîne, manifestement, un gaspillage de temps, d'argent, de la matière et même de l'espace; ne dit-on pas que celui qui n'avance pas recule !!!.

C'est une histoire non passionnelle et non une romance émotionnelle qui devrait être écrite, avec beaucoup de sincérité, même si se n'est avec moins de vérité.

Dans le capitalisme de bazar, la crise est là , le nettoyage brutal et chaotique de l'économie devrait avoir lieu, un de ces jours, par les véritables acteurs de ce métier. Le prix bas du baril fait que la rente pétrolière s'amenuise dramatiquement et la facture est, invariablement, imposée aux travailleurs et aux plus faibles de la société, austérité oblige !! Le commerce informel et le travail illicite s'amplifient, éperdument, la couverture sociale se rétrécie, profondément, dans sa déstructuration.

En d'autres termes, une crise économique est un excellent moyen pour organiser, sérieusement et intelligemment, un transfert du travail au capital comme disait K. Marx, c'est-à-dire des pauvres vers les riches, c'est la méthode de l'économie pragmatique chinoise, mise en œuvre, aujourd'hui.

En Algérie c'est bien l'inverse, en pratique, qui se produit ( la conception n'existe pas) et on observe une pauvreté qui prend de l'ampleur (chômage en hausse avec la perte de l'emploi, crise oblige !! ). Le fossé entre riches et pauvres a augmenté les statistiques ne nous renseignent point sur le seuil de pauvreté des Algériens qui ne travaillent pas et ceux qui travaillent et n'arrivent pas à subvenir au strict minimum de leurs besoins, mais le couffin du Ramadhan, à travers la presse et les communes, nous donne une idée sur ce désastre qui nous guette !! .

La pauvreté continue à augmenter. Aujourd'hui, dans ce pays rentier, les personnes ont besoin de l'aide alimentaire de la Croix-Rouge et du couffin de Ramadhan, nous disent quelque chose qui n'est pas bonne : (le pauvre s'appauvrit et le riche s'enrichit, de plus en plus).

Pour les riches, la crise, la rente, a, en tout cas, été une bénédiction et une aubaine pour eux.. Les « individus très riches » (avec des moyens d'investissements potentiels) ont vu leur richesse croître dans la pure spéculation, dans la médiocrité des réalisations des marchés, dans le trafic des stupéfiants, dans le business informel... Clairement, ce n'est pas la crise pour tout le monde.

Par conséquent, un immense fossé sépare les riches des pauvres, il enfante un danger, au niveau, de la crise (politique, sociale, économique et culturelle), davantage dissimulé (période d'incubation) et faisant des scénarios à l' hollywoodienne entre DRS - Armée et présidence, en dehors du peuple et de la société civile, ces deux derniers sont mis en écart du jeu. L'inégalité économique croissante et le recul des bas et moyens revenus suscitent le mécontentement et l'agitation dans une large couche de la population. Il existe une possibilité haute, à très haute agitation et de révolte, comparable à celles des Printemps arabe et aux révolutions de couleurs.

Le pouvoir, le régime, l'Etat, le gouvernement et l'administration n'ont pas, encore, réalisé, à ce jour, devant ce cataclysme économique et social qu'il ne s'agit pas, ici, d'un abus sur droit ou d'un « passing-shot » modulé par quatre régulateurs à savoir : la violence, le football, l'islamisme et le visa, mais bien d'une erreur de système global de gouvernance, semblable à un vice de construction. Il est grand temps pour que les choses retrouvent l'équanimité…

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 18:03

COMPRENDRE LE MONDE. Essai de Pascal Boniface. Editions Anep, Alger 2010, 288 pages, 850 dinars.

L'état politique d'un monde qui change… Mais qui va, pour l'instant, toujours dans la même direction… avec, aux commandes les Etats-Unis d'Amérique. Une obsession ? Non, une réalité politique, économique et militaire incontournable et qui risque de durer un bon bout de temps. Le 6 août 1945 (fin de la Deuxième Guerre mondiale) avait fait entrer la planète dans une nouvelle ère, celle du nucléaire et du monde bipolaire... Le 9 novembre 1989 (effondrement du mur de Berlin) marquait la fin de l'époque bipolaire et la face du monde allait changer. Pour l'auteur, on a tort de croire que le 11 septembre 2001 allait apporter une structuration des rapports de force ou un état du monde différent de celui qui existait auparavant… il est venu seulement illustrer «la face tragique de la mondialisation»… et montrer que, dans un monde globalisé, le plus puissant au monde était, lui aussi, vulnérable… et, il a continué à poursuivre sa politique sur les mêmes fondements qui avaient prévalu avant les attentats du World Trade Center.

Il n'y a, en fait, pas eu de nouvelle rupture historique depuis la fin du monde bipolaire… On a seulement un monde en recomposition: Europe, Russie, Brésil, l'Asie tirée par le Japon puis, selon la théorie du vol d'oies sauvages, par les Tigres asiatiques (les Quatre Dragons) et les géants chinois et indien… De nouveaux pôles de puissance ? Le fin du monopole du monde occidental ? Un monde déjà multipolaire ? L'auteur n'y croit pas. Par contre, pour lui, le monde est en voie de multipolarisation… Avec, peut-être, plus de liberté, plus de vie… Mais moins de solidarité, moins de dignité individuelle… et pas trop de bonheur et encore moins de rire.

L'Auteur: C'est le directeur de l'Institut de relations internationales européennes de Paris 8. Auteur de plusieurs ouvrages, dont «Football et mondialisation» (2e édition, 2010), ainsi que le «Dictionnaire incorrect de l'état du monde». Bien connu pour son franc-parler et son sens de la pédagogie.

Avis : Un livre qui conjugue à la fois la rigueur du scientifique, l'esprit critique de l'universitaire et l'engagement d'un partisan d'un «monde meilleur». Presque complet (même si le livre date de 2010… et, entre-temps, les lignes ont beaucoup bougé, surtout sur les plans nationaux) avec sa partie explicative sur les défis globaux et des interrogations sur les valeurs du monde actuel.

Extraits: «Très souvent, par précipitation, par absence de mise en perspective ou par nécessité de forcer le trait afin d'attirer l'attention, on confond événement et rupture historique» (p 12), «Dans la mesure où le principal facteur d'innovation est la créativité, qui dépend en grande partie elle-même de la sociabilité, l'isolement conservera des vertus limitées» (p 30 ), «Il est (…) plus facile pour une puissance économique ou technologique de se militariser (…) que pour une puissance militaire de se transformer en puissance économique» (p 61 ), «L'Histoire n'est pas écrite à l'avance (…), l'on peut en modifier le cours (…), et la volonté politique en reste l'élément déterminant» (p 99), «Les Etats-Unis se pensent et se veulent uniques. Ils le sont d'ailleurs puisque, effectivement, nul ne peut songer à se comparer à eux» (p 121), «La Russie a une natalité européenne et une mortalité africaine» (p 157), «Lorsqu'une partie de la population a la possiblité d'échanger des idées ou des nouvelles par téléphone mobile ou par le net, les régimes dictatoriaux ont du mal à garder le pouvoir» (p 170), «A montrer ou à désigner un adversaire éventuel, on contribue à le créer» (p 200), «Dans les conflits idéologiques, la question était: ‘De quel côté es-tu ?'. Les gens pouvaient choisir leur camp et en changer. Dans les conflits entre civilisations, la question est: ‘Qui es-tu ?'. Et les changements ne sont plus possibles» (p 202), «La popularité est une des composantes de la puissance, et l'impopularité une entrave» (p 272)

C'est une chose étrange à la fin que le monde. Roman-essai de Jean d'Ormesson (de l'Académie française). Editions Media-Plus, Constantine 2012, 313 pages, 1.200 dinars.

L'histoire du monde. L'évolution de la science. La découverte de la raison. Les croyances qui s'entrechoquent ou qui cohabitent ou se surajoutent. Les théories qui se succèdent, à travers plus de trois mille ans. L'infiniment petit et l'infiniment grand. Le rien et le tout. L'Histoire qui s'accélère. Le règne de la foi. L'existence de l'être humain. L'existence de Dieu…

Avec l'auteur et sa dernière œuvre, c'est un peu (dans un style léger mais profond… comme lors d'une discussion tranquille «au coin du feu»), une réflexion, plus même, un vériable roman (fabuleux) du monde et de l'homme à la recherche de Dieu.

Les civilisations (avec l'homme au centre, toujours) naissent, croissent et disparaissent… mais l'être est toujours là, car il y a «quelque chose au lieu de rien»… Mais, tout cela, seul, le «Vieux» le sait et comprend le «fil du labyrinthe».

L'Auteur: Normalien, agrégé de philosophie, membre de l'Académie française depuis 1973, journaliste-chroniqueur, ancien directeur du Figaro, ... homme du monde ne boudant jamais les médias et les plateaux de télévison, amoureux du beau et du bon, fin bretteur de la langue française, à l'humour et l'érudition aiguisés… acteur aussi, Jean Bruno Wladimir François de Paule Lefèvre d'Ormesson, fils et neveu de diplomate, famille de la mère monarchiste, ultra-catho', «homme de droite avec beaucoup d'idées de gauche», époux d'une héritière Beghin, 90 ans aujourd'hui, est l'auteur de plusieurs ouvrages (romans, essais, contes pour enfants, biographies…).

Avis : A lire pour mettre fin à vos problèmes existentiels… et pour méditer, avec l'auteur, sur «le temps qui passe»… et pour ceux qui n'ont pas (ou plus) la foi, agnostiques (comme l'auteur) ou même athées, afin de «renouer avec l'espérance». Des pages superbement et simplement rédigées qui résument l'humanité, son passé et son (probable) devenir.

Extraits: «Nous venons tous de la même source. Nous sortons tous de la même matrice. Nous sommes tous des Africains modifiés par le temps» (p 30), «L'histoire est une nécessité aléatoire. Son avenir m'appartient. Son sens est un mystère. Et, seule la fin du temps éclairera ce mystère» (p 41), «Dieu vit à jamais parce que les hommes doutent de lui» (p 79), La vérité est contraignante comme la nature. La beauté est libre comme l'imagination» (p 83), Dieu est éternel, et il a pourtant une histoire –qui est l'histoire des hommes» (p 101), «La science d'aujourd'hui détruit l'ignorance d'hier et elle fera figure d'ignorance au regard de la science de demain» (p 113), «Le roman de l'univers a été un secret.

Grâce à la science, le secret s'est changé en enigme» (p 168), «Les hommes font l'histoire, mais ils ne savent pas l'histoire qu'ils font» (p 276), «Les bons livres sont ceux qui changent un peu leurs lecteurs» (p 279), «Il faut toujours penser comme si Dieu existait et toujours agir comme s'il n'existait pas» (p 292).

LE PROPHETE. Essai… en prose et poésie de Khalil Gibran. Hibr. Alger, 2013, 143 pages, 300 dinars

Sa mystique est au confluent de plusieurs influences: christianisme, islam, soufisme, grandes religions de l'Inde, théosophie… Globalement, c'est ce que l'on trouve dans le chef- d'œuvre de Gibran Khalil, ouvrage (dont la première mouture a été écrite en arabe à l'âge de quinze ans, mais il a fallu attendre encore vingt ans, deux révisions en arabe et quatre en anglais ans… pour avoir la version définitive) qui accompagne, quotidiennement, depuis plus d'un demi-siècle et près d'un siècle, tous ceux qui recherchent un supplément d'âme encore introuvé, ceux qui recherchent une lumière (sous forme de conseil ou de parabole), même très infime, pour éclairer leur vie. Et les aider à cheminer.

C'est dit, c'est écrit avec amour, avec tendresse, avec humanité, poétiquement… ce qui facilite la lecture, la compréhension… et l'adhésion, quelle que soit la foi.

Les thèmes universels sont abordés. «Il» doit partir ailleurs. On «le» questionne. «Il» répond sur: Au départ, l'Amour, le Mariage, les Enfants, Le Don, le Manger et le Boire, le Travail, la Joie et la Tristesse, les Maisons, les Vêtements, l'Achat et la Vente, le Crime et le Châtiment, les Lois, la Liberté, le Raison et la Passion, la Douleur, la Connaissance de soi-même, l'Enseignement, l'Amitié, la Parole, le Temps, le Bien et le Mal, la Prière, le Plaisir, la Beauté, la Religion,… et, à la fin, la Mort.

Et, «lorsque vous vous souviendrez (de «lui»), vous vous souviendrez de ceci: ce qui semble le plus faible et le plus désorienté en vous est le plus fort et le plus déterminé».

L'Auteur: Gibran Khalil Gibran, poète, peintre, le «Victor Hugo libanais», issu d'une famille maronite assez pauvre, est né en 1883 et est décédé en avril 31 à New York. 52 ans à peine. Son livre, publié en 1923, a été encore plus populaire dans les années 60, dans le courant de la contre-culture et des mouvements New Age. Son livre, continuellement épuisé, a été traduit dans près d'une trentaine de langues. Son premier livre Les Esprits rebelles, violente critique de l'hypocrisie de la société libanaise et du statut des femmes, fut, à l'époque, brûlé publiquement par les autorités occupantes turques, car jugé hérétique par la hiérarchie maronite.

Avis : A lire pour mettre fin à vos problèmes existentiels. Vous allez planer et le produit n'est pas interdit ! De la sagesse immémoriale pour pas cher.

Extraits: «Tout savoir-faire est vain sans travail. Et tout travail est vide sans amour. Et travailler avec amour revient à se relier à soi-même, et à autrui, et à Dieu» (p 47), «La soif de confort assassine la passion de l'âme, et va en ricanant à son enterrement» (p 56), «Si vous voulez détrôner un despote, voyez d'abord si son trône, érigé en vous-mêmes, est bien détruit» (p 79), «Si la raison règne seule, elle confine la force (…). Laissez la raison diriger votre passion (…). Vous devez aussi reposer dans la raison et vous mouvoir dans la passion» (p 82), «Ne dites pas: ‘j'ai trouvé la vérité', mais plutôt, ‘j'ai trouvé une vérité' (p 88).

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 18:02

Le nouveau siège du ministère des Affaires étrangères construit sur le plateau des Annassers sur les hauteurs d'Alger n'a pas réglé pour autant les problèmes d'exigüité et de stationnement rencontrés par les citoyens usagers lorsqu'il était au Golf.

En effet, l'allure du bâtiment regardée de l'extérieur est imposante, voire impressionnante et laisse penser au premier visiteur qu'il trouvera tout ce dont il a besoin pour régler ces petits soucis de paperasse. Mais il ne se doute à aucun moment du parcours du combattant qui l'attend. Cet auguste bâtiment blanc de style mauresque qui pourrait être le symbole et le prestige des Algériens montre ostensiblement, néanmoins, un point faible au niveau de son service d'état civil. Chaque jour, c'est le même calvaire qui se répète pour les Algériens qui ont la «malchance» d'être nés à l'étranger ou contraints d'envoyer des papiers à leur parents ou enfants. Si le ministère de l'Intérieur a réussi à décentraliser la légalisation de documents relevant de son secteur comme les extraits de naissance, les fiches familiales, les certificats de résidence, les attestations de célibataires etc. aux différentes daïras réparties à travers le territoire national, les autres ministères et en premier lieu celui des Affaires étrangères continuent à sévir dans la centralisation bureaucratique. Les 48 wilayas sont concentrées à Alger. Même ceux qui résident à Bechar, Tamanrasset ou Constantine sont obligés de faire le déplacement jusqu'à Alger, dans des conditions, au demeurant, épiques, pour se faire établir un extrait de naissance n°12, un «12-S» ou éventuellement légaliser un document à présenter à n'importe quel ambassade ou consulat étranger.

D'ABORD POURQUOI UN SI GRAND SIEGE ?

Cet édifice s'étend sur près 7 hectares. Il est composé d'un ensemble de 9 bâtiments érigés autour de deux grandes cours intérieures, avec un aménagement extérieur couvrant une surface de 53.000 m². Il comprend également une salle de «crise» d'une superficie de 510 m2 et des espaces destinés aux services de la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS), de la Poste, des services médicaux et sociaux et d'Air Algérie sans compter bien entendu les services de sécurité. Cet immense palais parait bien trop grand pour abriter un seul ministère. Il peut contenir aussi le Premier ministère et le ministère de l'Intérieur, toujours implantés au cœur de la capitale dans l'ancien siège du Gouvernement général colonial, transformé en bunker et qui gêne la circulation automobile au centre-ville. Ce vestige colonial pourrait trouver une autre utilité pour au moins rendre Alger-centre agréable pour ceux qui y vivent. Cet ensemble, avec 12 directions générales, une bibliothèque, une médiathèque, des services sociaux, aurait coûté plus de 18 milliards de dinars le m2 quant à lui s'écarte de près de 4 fois la moyenne nationale estimée à 55 000 DA

DANS CET IMMENSE ESPACE, QUE RESERVE-T-ON POUR LES NATIONAUX ?

L'état civil de ce ministère est confiné dans une petite salle de 3 m sur 6 m soit à peine 18 m² pour les centaines d'Algériens qui le visitent chaque jours entre 9 heures et 13 heures. Ce minuscule espace bordé par une bandelette de sécurité et des guichets doit assurer comme indiqué dans des panneaux 3 services : délivrer les 12S, les attestations d'immatriculation consulaires et enfin le plus important, la légalisation des divers documents d'état civil, diplômes et autres. 30 chaises y sont disponibles mais les usagers devront rester debout entassés les uns sur les autres pour pouvoir entendre les appels inaudibles des agents qui leur remettent leur documents une fois signés par un responsable qui fait des rondes toutes les heures, parfois moins. Le couloir à l'extérieur de cette toute petite salle est spacieux mais les administrés ne peuvent sortir pour souffler un peu au risque de rater l'appel, auquel cas ils auront à passer toute la matinée pour espérer que l'agent refasse l'appel ou perdre carrément leurs documents car aucun accusé de réception ne leur est donné lors de leur remises pour légalisation. Il est onze heures du matin, un jeune doctorant en mathématiques à Bab Ezzouar, avance avec une pile de documents à légaliser, il avait le numéro 461. Il a raconté qu'il devait se rendre en Espagne pour présenter une communication dans le cadre du diplôme qu'il prépare. Le pays d'accueil lui a exigé non seulement des papiers d'état civil mais aussi une légalisation complète de tous ses diplômes depuis le bac. Il est passé par la daïra de son lieu de résidence, le ministère de l'Education nationale, celui de l'Enseignement supérieur et la Recherche scientifique et enfin celui de la Justice pour atterrir avec tous les papiers aux Affaires étrangères dans lequel il attendait son tour depuis plus de deux heures. Mais ce jour-là, il n'a pas eu de chance car celui qui lui a signé la reconnaissance de ses diplômes à l'Enseignement supérieur n'a pas apposé sa griffe, donc ils ne sont pas recevables aux Affaires étrangères. Le concerné, visiblement énervé, n'a pas voulu retourner sans vider son cœur par cette journée ramadanesque très chaude. Il a profité de l'occasion de la présence du chef de service pour lui rappeler que ses documents comportaient le cachet du ministère de l'Enseignement supérieur, cela devrait suffire pour les services des Affaires étrangères car les institutions sont plus importantes que la simple griffe de ceux qui les représentent. Si ceci paraissait logique aux yeux d'un mathématicien, il ne l'était pas pour le chef de service qui lui a répondu sèchement qu'il se cassait la tête pour rien et que crier ne résoudra pas son problème car il devra retourner au ministère concerné pour compléter sa légalisation. Il a fini par abdiquer dans l'espoir de faire le trajet Kouba - Ben Aknoun en deux heures pour revenir avant 13 heures car le délai d'envoi de son dossier est éminent au risque de perdre cette opportunité pour son avenir. Un autre jeune homme, visiblement inquiet s'est avancé vers la foule pour leur demander si son extrait de naissance en français et son attestation de célibataire sont légalisables et quelqu'un de lui répondre d'aller se renseigner au guichet au lieu de perdre son temps à attendre, peut-être pour rien. Mais en allant, une surprise l'attendait : ses papiers n'étaient pas validés par le ministère de l'Intérieur. On ne lui a donné aucune orientation. En revenant, il racontait qu'il venait de Constantine par bus et qu'il a roulé toute la nuit en dépensant près de 3000 DA entre bouffe et transport et qu'il comptait retourner le soir même pour éviter des frais d'un hôtel. C'est un jeune chômeur qui espère se rendre en Belgique pour se marier et ces papiers lui sont exigés pour obtenir un visa. La foule se solidarise et un jeune émigré en Espagne qui habite aux Anassers pas loin du MAE lui propose d'attendre qu'il récupère ses papiers en signature, il pourrait le déposer à la daïra d'Hussein Dey qui reste la plus proche pour valider ces documents et éventuellement retourner par taxi aux Affaires étrangères. Le parcours et l'opération en elle-même paraissent impossibles à faire en deux heures mais qui ne tente rien n'a rien. Toute la question : ce pauvre jeune homme va-t-il trouver le chef de daïra disponible pour les lui signer ?

MEME A L'EXTERIEUR LE CALVAIRE N'EN FINIT PAS

Les deux entrées du ministère des Affaires étrangères sont mitoyens d'un espace aussi grand qu'il vous donne le vertige mais aucun bus ni parc de stationnement pour permettre à un usager véhiculé de stationner pour rentrer à l'aise sans se soucier du retour. Si vous venez par véhicule particulier, soit un chauffeur vous dépose puis continue de faire la ronde jusqu'à votre sortie. Cela pourrait prendre jusqu'à trois heures. Ou se diriger à la cité des Annassers la plus proche située à huit cents mètres pour stationner chez les jeunes concessionnaires de parkings qui profitent de la situation pour demander jusqu'à 100 DA sans pour autant vous garantir la moindre assurance que vous ne serez pas volé. Les centaines de mètres qui vous séparent du MAE sont à faire à pieds soit en période de forte chaleur ou en pluie abondante. Juste en face de la rentrée du service d'état civil, se trouve au bord de la route un parking d'une cinquantaine de mètres de longueur sur 3 mètres de largeur réservé uniquement aux véhicules de plaques d'immatriculation couleur diplomatique. Deux policiers dont la mission principale est de faire circuler toutes les 4 roues qui ne font partie de la catégorie sus-citée et ceci avec toutes les difficultés qui en découlent : quelqu'un demande une minute pour une urgence, l'autre fait descendre un passager en jouant à cache-cache, et un troisième pourrait être un pistonné qui se fait passer aux yeux des citoyens présents sur place pour une autorité etc. Les taxieurs de l'autre côté de la route guettent des clients qui sortent pour leur demander pas moins de 500 DA pour un simple aller. Ce matin-là, parmi tous les véhicules immatriculés aux couleurs diplomatiques, est parquée une Chevrolet grise immatriculé à Oran, y sont assis en somnolant deux jeunes bruns costaux, de toute apparence immigrés. Le policier en service ne dit rien mais une demi-heure après est sortie une femme, leur mère sans doute. En échangeant quelques mots avec ses enfants, elle s'est mise à crier en mouillant sa tête avec une bouteille d'eau car elle paraissait très fatiguée. Ses enfants lui ont appris que la ronde des agents de la Sûreté nationale est passée pendant qu'ils se garaient pour l'attendre et ont pris les papiers de la voiture. Maintenant, il va falloir attendre la prochaine ronde pour espérer les récupérer. Le poste de police, voyant le milieu de la journée qui approche et le soleil qui monte et fait monter la chaleur ont tenté plusieurs appels à leurs collègues par radio, en vain. Les pauvres ont dû attendre près d'une heure pour voir le brigadier revenir extrêmement énervé d'être dérangé en plein soleil pour remettre les papiers des contribuables qui se sont acquittés de leur procès. Le jeune chauffeur n'a pas manqué de se montrer désobligeant en prenant la route.

QUELLE LEÇON TIRER DE TOUS CES CALVAIRES ?

On sait que les procédures bureaucratiques ont été inculquées par la puissance coloniale. Le terme bureaucratie est d'origine française. Sa racine est « bureau ». Le concept permet de désigner l'organisation qui est réglementée par des normes visant un ordre rationnel dans la gestion et la distribution de ses affaires. Elle est également l'ensemble des fonctionnaires publics, bien que le terme ait une connotation négative: on entend par bureaucratie l'administration inefficace due à toute une panoplie de papiers et de formalités, ainsi que l'influence excessive des fonctionnaires dans les affaires publiques. Mais tout porte à croire que les pays européens s'en débarrassent progressivement pendant que les anciennes colonies notamment africaines l'enracinent pour en faire un tremplin pour les pratiques illégales et surtout la corruption. Aujourd'hui dans les pays du vieux continent, toute cette paperasse se fait en ligne, chaque personne possède sa propre immatriculation citoyenne. N'en parlons pas des Anglo-Saxons qui la pratiquent depuis bien longtemps. Ces pays ont compris qu'il est contre-productif de charger le citoyen par des procédures bureaucratiques. Alors dans quel but les autres la maintiennent, voire même insistent pour l'ancrer dans le tissu social ? On a l'impression qu'un pouvoir occulte caché souvent sous le vocable « législateur » crée des lois et des procédures pour mettre face à face administrateurs et administrés en perpétuel conflit. Les premiers sont maintenus dans un espace restreint par des lois et des procédures rigides. Ceci bloque tout esprit d'initiative. Un chef de service qui constate qu'un de ses guichets est surchargé pendant qu'un autre roule les pouces n'a pas le pouvoir de faire des changements prétextant les procédures réglementaires. Sonelgaz par exemple, lorsqu'elle n'a pas de réseau, ferme ses guichets au public alors qu'elle peut procéder au paiement manuel mais qui doit prendre l'initiative, nous dit-on ? Cette rigidité dans les procédures bureaucratiques favorise l'état d'exception et ouvre par la même occasion des brèches à des pratiques de corruption. Cela ne veut pas dire que tous les fonctionnaires sont corrompus mais des ouvertures existent pour les opportunistes et il y en a. Bien que la majorité des fonctionnaires soit victime au même titre que les citoyens de ces procédures, les bons paient pour les mauvais pour entacher toutes les institutions publiques. Les seconds, qui sont les citoyens eux-mêmes, se sentent humiliés. Ne pouvant rien faire, ils se replient sur eux-mêmes en développant une agressivité et s'éloignent de l'esprit patriotique. Il regardent leur environnement en noir. Avec le temps, ce comportement les rend hébétés, passifs et acceptant tout. Ils deviennent en définitif narcissiques et désintéressés du corps social. Il se trouve que cette situation arrange le pouvoir législateur de gérer des robots manipulables au lieu d'une population consciente. C'est justement le but recherché par tout pouvoir autocratique.

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 18:00

Le Mal n'est pas un concept scientifique avec une signification fixe, mais l'idée du Mal est un héritage culturel partagé par l'Humanité.

L'essence du Mal est la destruction des êtres humains. Cela inclut, non seulement, le meurtre, mais également la création de conditions qui détruisent, matériellement ou psychologiquement, les personnes ou réduisent leur dignité. Par Mal, j'entends les actions qui ont de telles conséquences. On ne peut pas juger le Mal par les intentions conscientes, parce que les distorsions psychologiques tendent à cacher leurs vraies intentions chez les ‘perpétrateurs' eux-mêmes... Les ‘perpétrateurs' du Mal... le considèrent comme nécessaire ou comme servant un plus haut Bien. De plus, les gens ont tendance à cacher, des autres, leurs mauvaises intentions et à justifier leurs mauvaises actions par des idéaux élevés ou par la mauvaise nature de leurs victimes. (Ervin Staub (1989: The Roots of Evil, The Origin of Genocide and Other Group Violence. Cambridge University Press, p. 25)

Les récents évènements tragiques qui se sont déroulés dans notre proche environnement géopolitique, ont relancé, dans certains milieux officiels aux cœurs, particulièrement, sensibles, et aux hautes valeurs morales, toutes imbues d'humanisme, comme d'humanité, et profondément ancrées dans leur civilisation, le débat sur la guerre des civilisations et la barbarie.

LE GENOCIDE, FORME EXTREME DE LA BARBARIE

La barbarie, qui est la forme extrême du Mal, auquel l'auteur de la citation donnée en chapeau de la contribution, a ses degrés. Et il serait difficile pour ceux qui se targuent de représenter ce qui peut y avoir de mieux chez l'être humain, de ne pas reconnaître que la forme suprême de la barbarie est le génocide. Car l'objectif du génocide est, non de faire du mal à un ou plusieurs individus qui se trouvent être au mauvais endroit et au mauvais moment, non seulement de manifester l'intention de détruire, systématiquement, une collectivité humaine, d'en effacer toute présence sur cette planète, mais également d'être capable de mobiliser et d'utiliser les moyens, à la fois, politiques et matériels pour mettre à exécution et réussir cette destruction.

UN GENOCIDE N'EST PAS UNE « PME »

Un génocide n'est pas une « petite et moyenne entreprise. » Ce n'est pas non plus une addition d'actes de barbarie, plus ou moins opportunistes, destinés à faire le maximum de mal aux membres d'un groupe que l'on veut faire disparaître de la face de la terre. Ce n'est pas un ensemble d'actions isolées, perpétrées par des groupuscules clandestins , plus ou moins coordonnés, qui agiraient dans l'ombre et au gré des circonstances, en lançant des opérations, plus ou moins, bien ou mal ,préparées et aux résultats, au vu de l'objectif plus ou moins positif. En bref, un génocide ne peut pas être le fait de petits groupes isolés de la société dans laquelle ils agissent. Un génocide est - et ne peut être par la nature même de ses objectifs- le fait d'individus, si bien nantis intellectuellement ou matériellement qu'ils soient.

DERRIERE TOUT GENOCIDE, IL Y A UN ETAT ORGANISE ET RECONNU, INTERNATIONALEMENT

Un génocide ne peut être perpétré que par une collectivité humaine organisée en Etat. Derrière tout génocide, il y a un Etat, capable de mobiliser sa collectivité, au profit de cet acte de suprême barbarie, de prendre, au nom et pour le compte de cette collectivité, dont le salut ne viendrait que de l'élimination totale de la collectivité visée par le génocide, les mesures de types législatif, financier, idéologique, informationnel, administratif et militaire, nécessaires pour la réussite de ce projet. Tout projet génocide implique, par définition, un état dans sa totalité, et, au vu de l'ampleur de la tache d'annihilation, la mobilisation de toute la puissance dont même le faible des Etats est seul capable d'effectuer. Si important que soit le potentiel synergétique d'une collectivité humaine, et si urgent que soit son envie de détruire une autre collectivité, en son sein, elle ne peut aboutir à rien sans l'engagement direct de l'Etat qui l'incarne.

L'ETAT MAINTIENT L'ORDRE ET PEUT ORGANISER LE DESORDRE

L'Eétat maintient l'ordre, comme il peut organiser le désordre, nécessaire à l'aboutissement de son projet génocide, quelque engagée que soit sa propre population dans les actions de perpétration de ce génocide. Là où il a génocide, même sous la forme d'émeutes « spontanées », d'attaques « provoquées, » contre le groupe éthnique ou religieux visé, de boycott et d'isolement social de ce groupe, il y a un Etat qui encourage, finance, arme et organise, même lorsqu'il se cache derrière des « groupes extrémistes », religieux ou politiques, qui pourraient laisser croire que cet Etat ne serait pour rien dans ces actions.

Les ‘génocidaires' ne sont pas des « criminels » dont les intentions ne seraient pas partagées par un Etat au-dessus de la mêlée, et qui tenterait de rétablir un minimum de sérénité dans les relations entre différents groupes antagonistes, échappant totalement, à son contrôle. Sans intervention directe et indirecte de l'Etat, il ne peut y avoir de génocide.

L'INTERVENTION DE L'ETAT DANS LES ENTREPRISES GENOCIDES, UNE LOI D'AIRAIN

Cette loi d'airain, qui constitue une grille d'analyse universelle, est prouvée, sur le terrain, par tous les génocides passés, présents et à venir. Sa validité a été démontrée par le génocide à échelle industrielle mené, entre 1939 et 1945, par l'un des Etats-phares de la civilisation occidentale, entreprise dans laquelle de nombreux Etats appartenant à la même civilisation que lui, dont il est inutile de rappeler la liste, par simple charité religieuse, ont trempé avec allégresse et quasi-spontanément, les mains.

Et même si les organisations religieuses y jouent un rôle avéré, rien de Mal ne peut se faire sans qu'elles aient l'appui d'un Etat, qu'il déclare sa neutralité religieuse ou qu'il proclame sa foi.

LA RELIGION AU SERVICE DES GENOCIDES

Les différents génocides perpétrés contre les Tutsis dans certains pays des Grands Lacs, au cours de la dernière décennie du siècle dernier- et dans lesquels la Sainte Eglise catholique universelle n'a pas fait preuve des vertus chrétiennes, enseignées par le « Christ-sauveur, »» dans les quatre évangiles reconnus, constituent, également, une confirmation de cette loi ( voir L'Eglise catholique et le génocide des Tutsis : de l'idéologie à la négation, Par Jean Damascène Bizimana, Docteur en Droit de l'Université de Toulouse I, auteur du livre L'Église et le génocide au Rwanda : Les Pères blancs et le négationnisme. Ancien membre de la Commission rwandaise d'enquête sur le rôle de la France, dans le génocide, mis en ligne le 21 octobre 2008)

Le génocide contre le peuple slave bosniaque musulman n'aurait pas pu être mis en œuvre, sans la complicité de plusieurs Etats et la bénédiction de l'Eglise orthodoxe. Le génocide du peuple palestinien, toujours en cours, n'est possible que du fait des actes de l'Etat d'Israël, et en application des enseignements du « Deutéronome, » tel que compris par le clergé rabbinique.

UNE JUNTE MILITAIRE CONSTITUTIONNALISEE

La même grille d'analyses peut s'appliquer au génocide en cours d'achèvement de la minorité musulmane Rohingya, en Birmanie, dont, pourtant, certains observateurs « objectifs et avertis », vantent les changements politiques récents. Les Birmans qui sont plus au fait de ce qui se passent dans le pays continuent pourtant à qualifier de junte militaire le gouvernement birman, mais également à l'accuser de n'avoir pas changé de politique à l'égard de ses minorités ethniques et religieuses, dont les Rohingyas.

Pour ces hommes qui ont l'avantage de connaître la langue du pays, l'ouverture politique affichée n'est qu'un trompe-l'œil facile à confirmer lorsqu'on lit la fameuse constitution du 8 avril 2008, malgré les affirmations élogieuses des représentants de cette Union, tant au niveau du Comité des Nations unies pour les droits de l'Homme, qu'au niveau des réunions de « dialogues » tenues avec les officiels de ce pays. Cette junte est, sous un nom ou un autre, au pouvoir depuis le coup d'état militaire de Ne Win en 1982. Ainsi, dans un article intitulé : « Brève analyse de la Constitution birmane (2008), paru dans une publication de la Fédération internationale des droits de l'Homme (site Internet FIDH, Bangkok, Mai 2009, pp. 53-59) , et regroupant des interventions faites par des juristes internationaux sur le système politico-juridique mis en place par la junte birmane en 2008, Hang Htoo, secrétaire général du Conseil de l'Ordre des Avocats de Birmanie, démontre, sans réserve, que la Junte militaire a, sans changer de nature, simplement constitutionnalisé son pouvoir sans partage, et affirme ce qui suit pour ce qui concerne la situation des minorités ethniques, dont les Rohingyas font partie:

« Discrimination raciale: la majorité des organisations de résistance des ethnies non-birmanes pensent que la Constitution de 2008 exacerbera la discrimination raciale, le droit à la vie et à la liberté des nationalités ethniques continuera à être violé, de même que empireront les souffrances des nationalités ethniques, comme le travail forcé, le transfert brutal des populations, la torture, les viols, les disparitions forcées, les meurtres organisés, la destruction extensive et la confiscation des propriétés, des récoltes, des stocks de produits alimentaires (de même que leur destruction), la conscription forcée de enfants-soldats.»(p.57) Rien dans les décisions de la Junte, depuis 2008, n'est venu apporter un démenti, tant à l'analyse de ce juriste birman, quant à la réalité de l'ouverture politique, dont la Constitution ne donne aucune preuve, qu'à la politique de cette Junte, à l'égard des minorités non-birmanes, dont la plus maltraitée continue à être celle des Rohingya.

UNE UNION EUROPEENNE « NEGATIONNISTE »

Et pourtant, l'Union européenne, qui se veut l'incarnation des droits de l'Homme, dans ce qu'il y de plus parfait, tient à faire croire, malgré les multiples preuves du contraire, qu'en fait non seulement le génocide des Rohyngia, en marche depuis déjà plus de quarante années, échappe à cette loi d'airain développée plus haut, mais qu'il pourrait être réduit d'un côté à un conflit religieux entre deux communautés religieuses, entre lesquelles l'Etat birman se poserait en arbitre, hélas! impuissant au vu de ses « faibles capacités de maintien de l'ordre public, » et de l'autre à un problème de gestion « d'un groupe d'émigrés clandestins, » qui tenteraient, à tout prix, d'obtenir l'égalité juridique avec les citoyens de plein droit.

Voici ce que déclare le document officiel de l'Union européenne définissant sa politique à l'égard du « Myanmar nouveau »:

« Le Myanmar/Birmanie s'est embarqué dans un processus remarquable de réformes sous le nouveau gouvernement qui a pris le pouvoir en mars 2011, processus significatif, à la fois, pour son propre peuple et pour la région. La prise en charge l'héritage de conflits, de pauvreté, d'oppression et de faibles organisations, constituent l'ouvrage de décennies. L'Union européenne- qui a appelé, pendant des années , au changement et à l'imposition de sanctions- a la responsabilité d'aider. De même, les expériences européennes et les leçons apprises en ce qui concerne la transition politique et la démocratisation pourraient être activement partagées. »

Quelles sont les sources sur lesquelles s'appuie le document de l'Union européenne, daté du 22 juillet 2013, d'où est tirée la citation donnée plus haut, et qui constitue le cadre des relations entre ce groupe de pays, hauts lieux de la civilisation et de l'humanisme, comme de barrage contre la barbarie extrême qu'est le génocide? Il y a quelque part, dans un anti-monde cher aux métaphysiciens du post-modernisme, une Birmanie fictive que seule l'Union européenne connaît, et avec laquelle elle entretient des relations d'amour et de compréhension, et dans notre monde une Birmanie d'extrême violence religieuse, d'intolérance, de rejet des notions les plus élémentaires des droits de l'Homme, que décrivent des milliers d'articles de journaux, appartenant à toutes les langues connues, de rapports détaillés d'organisations non gouvernementales, sur la réalité des souffrances et des exactions comme des crimes perpétrés par la Junte.

UN VOYAGE DE MILLE LI QUI A COMMENCE PAR UN PAS EN ARRIERE !

Effectivement, comme le dit le fameux proverbe chinois: « Un voyage de Mille Li commence par un premier pas. » Le problème est que, non seulement, la Constitution birmane, comme le prouve, amplement, le juriste birman cité plus haut, est le contraire d'une ouverture politique, mais également la politique de la Junte à l'égard des minorités ethniques n'a pas changé d'un iota, la preuve étant, s'il en fallait une supplémentaire, les lois sur « la Race et la Religion » votées le 7 juillet 2015 par le Parlement birman, et inspirées directement des fameuses lois nazies , dites lois de Nuremberg, passées le 15 septembre 1935 par le Reichtag, interdisant les mariages inter-raciaux et limitant le droit à la citoyenneté des enfants de couples mixtes, mais ajoutant des mesures de limitation des naissances chez les minorités et que ces lois nazies ne comportaient pas.

LA PROPAGANDE GENOCIDE DE LA JUNTE DIFFUSEE PAR DES MEDIAS OFFICIELS

Ce n'est pas la Birmanie qui s'est alignée sur les critères « civilisationnels, portés par l'Union européenne, mais cette dernière qui a pris en charge la défense des lois raciales de la Junte, faisant des médias officiels des instruments de propagande de ses thèses. Il suffit de voir sur TV5 Monde (cf p.e. le journal télévisé de 20 h daté du 11 juillet 2015, qui met tout le tors du génocide en cours des Rohingya sur la hiérarchie bouddhiste birmane et suggère que le projet génocide des Rohingyas peut être combattu par des « selfies » publiés sur Facebook !), ou d'écouter sur les radios publiques officielles la présentation de ce génocide .

Une émission de France-culture, consacrée à la propagande défendant le bien-fondé de la politique étrangère française, sous le couvert d'analyses « d'experts objectifs et bien informés, » a tenté d'expliquer à ses auditeurs le problème des Rohingyas. Les médias officiels birmans pourraient, sans risques, pour leurs animateurs, rediffuser cette émission in extenso, car, bien qu'animée par un maître de conférence, au prestigieux Institut d'Etudes politiques de Paris, avec la collaboration d'une « comparse » de haute compétence intellectuelle, et en fonction dans la même institution, elle n'a fait que reprendre, in extenso, et en français, toute la thématique justificative de la Junte, qui se résume dans l'introduction de l'animateur de l'émission. ( Les Enjeux Internationaux, Thierry Garcin, le 10 juin 2015 de 18:45 à 18:57)

« La question des Rohingyas est plus complexe qu'il n'y paraît. Musulmans dans la Birmanie bouddhiste, les Rohingyas sont originaires du Bangladesh. Installés (depuis quand ?) sur la façade nord-ouest de la Birmanie, dans la province d'Arakan, ils peuvent vivre dans des camps de réfugiés chez eux, sont des citoyens de second ordre et ne votent pas.» Cette présentation, d'apparence neutre, passe sous silence la loi birmane sur la citoyenneté, datant de 1982, qui exclut les Rohingyas des droits civiques dont ils jouissaient pleinement entre 1948 et cette date, laisse entendre que leur arrivée en Birmanie date de la création du Bengladesh, Etat créé en 1972, tout en faisant allusion à une certaine sympathie de sa part, ( et on laisse juger, le lecteur intéressé ) pour leur cause, le présentateur affirme, sans ambages, que ce seraient des émigrés clandestins nouvellement arrivés sur le territoire birman qui ne sauraient donc bénéficier de la citoyenneté birmane.

UNE PRESENTATION AUSSI DUPLICE QUE LA POLITIQUE DE L'UNION EUROPEENNE VIS-A-VIS DE LA JUNTE BIRMANE

Le présentateur, tout comme son interlocutrice, est un fonctionnaire de l'Etat et ne fait que défendre, non une vérité qui correspondrait à la réalité du terrain et qui serait fondée sur une analyse approfondie de faits démontrés, mais une version politique conçue, en conformité avec la ligne officielle de l'Union européenne, et qui n'a donc rien d'académique, en dehors des titres universitaires du présentateur et de sa « comparse. » C'est une présentation d'une duplicité toute en finesse qui va constituer le fil de la discussion avec l'invitée, mais dont la conclusion finale se trouve en plein accord avec la thèse officielle des autorités birmanes, innocentées du crime de génocide, jamais d'ailleurs prononcé au cours de l'émission, et même présentées comme victimes, à la fois d'une émigration « illégale, » et du « fanatisme de la hiérarchie bouddhiste, » en pleine harmonie avec l'opinion publique birmane, qui aurait toutes les raisons de craindre une « invasion musulmane. » Il faut reconnaître que cette émission constitue une chef-d'œuvre de falsification de l'histoire et de la situation actuelle, en Birmanie, une manipulation destinée à rassurer l'auditeur moyen français que les autorités de son pays, dans leurs relations « amoureuses » avec la Junte birmane, ne violeraient aucune des valeurs civilisationnelles que la France incarnerait.

EN CONCLUSION :

Si l'Union européenne ne voit pas le mal et la malfaisance officiels qui règnent en Birmanie, et fait preuve de tant de naïveté, vis-à-vis de la Junte birmane, de ses fausses promesses d'ouverture politique et d'amélioration des conditions des droits de l'Homme, tout comme de cessation de sa politique de génocide des Rohingyas et de diabolisation et d'isolement de la faible minorité musulmane, qui est la seule à ne pas utiliser la violence pour imposer le respect de ses droits dans ce pays, c'est probablement en référence à la fameuse phrase du « Christ-sauveur : Aux innocents les mains pleines. »

Car la barbarie, dans son sens le plus complet du terme, continue à être le guide idéologique de la Junte birmane. Et, quand certains font référence à la guerre des civilisations, sans doute font-ils allusion à la guerre barbare que mène la Junte birmane contre toutes les valeurs si chères à l'âme occidentale qui justifie, cimente et meut l'Union européenne. Il ne leur reste donc plus qu'à imposer à leur gouvernement d'ajuster sa politique vis-a-vis de la Junte birmane, sur la base de ces valeurs. Ils ont, en plus, le pouvoir, et, quoique se réclamant d'une laïcité pure et dure, même le « devoir religieux, » de le faire !

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