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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 11:37
Le mal algérien est profond.

Le mal algérien est profond.

«Il nous faut une 3ème indépendance qui est l'indépendance des neurones, de la science, c'est une indépendance qui fait qu'on soit une nation qui ne dépend pas des énergies fossiles, » affirme le professeur Chems-Eddine Chitour. Il appelle à une Algérie qui fait du Développement Humain Durable « sa boussole » pour sortir de cette addiction.» Le professeur nous explique dans cette interview comment les Algériens, gouvernement et peuple, doivent-ils impérativement s'engager en faveur de ce qu'il qualifie de «révolution énergétique. » Il pense que la révision des subventions constitue une partie de cette lourde problématique. 

Le Quotidien d'Oran: Dans vos interventions, vous faites un bilan alarmiste sur les effets de la dépendance de l'Algérie du pétrole alors qu'elle produit bien plus de gaz. Qu'est ce qui justifie cette peur de voir le pays sombrer dans une crise complexe dans le cas ou le pétrole maintiendrait sa chute ? Ne pourra-t-elle pas rebondir sur le gaz même si son prix est indexé sur celui du pétrole ? 

Chems-Eddine Chitour: Des nuages s'accumulent sur le futur pétrolier et gazier de l'Algérie du fait de notre dépendance quasi totale à la rente. La décision d'indexation du gaz n'appartient pas à l'Algérie, ni même aux pays gaziers du fait de la mésentente entre eux, du chacun pour soi. Nous l'avons vu avec les tentatives de créer une organisation des pays exportateurs du gaz. Aujourd'hui, il y a la chute du prix du pétrole. Quand cela a été décidé au niveau mondial, les Algériens l'ont subi parce que nous n'avons pas été assez vigilants. Il faut donc sortir de cette dépendance. L'Algérie ne doit pas se tenir le ventre à chaque fois que le prix du pétrole «yoyote» ! De plus, le grand problème est que les citoyens ont acquis des habitudes de consommation à l'européenne qui ne sont pas le prix de l'effort. Une faible prise de conscience des habitudes de consommation, où tout est pratiquement gratuit, à l'égard du coût de l'eau, des carburants, du pain, du lait. A titre d'exemple, nous avons une augmentation de la consommation d'énergie qui dépasse les 10 % par an. Comme contrainte que nous subissons, les dangers des changements climatiques. A chaque inondation ce sont des pertes humaines, des infrastructures détruites et des coûts qui se chiffrent en dizaines de millions de dollars. Comme autre contrainte externe, la situation ne peut pas durer ainsi si on veut pérenniser l'utilisation rationnelle de l'énergie et laisser un viatique aux générations futures. 

Q.O.: Quel est l'état des lieux de la situation énergétique de l'Algérie ? 

C.E.C: Il faut qu'on sache que l'Algérie peut développer l'énergie éolienne. Elle dispose de 250 sources d'énergie géothermique avec un gradient de 40 à 90°C. Elle a aussi la possibilité de développer la petite hydraulique. En outre, nous avons une nappe phréatique au Sahara de l'ordre de 45.000 milliards de m3 qui est, en fait, la vraie richesse, de loin plus importante que les hydrocarbures. Nous produisons 1 million de barils/jour soit 50 millions de tonnes de pétrole par an, nous produisons également près de 80 milliards de m³ de gaz naturel et nous exportons près de 50 milliards (moitié par gazoduc, moitié par méthaniers sous forme de GNL). Pour le pétrole proprement dit, on n'exporte qu'une partie et l'autre partie est raffinée qui sert notamment de carburant où on atteint une consommation de plus de 17 millions de tonnes. Nous sommes obligés d'importer du gasoil pour satisfaire la demande croissante. En 2016, les importations étaient autour de 2 milliards de dollars. Malgré les dispositions prises, une grande partie de carburants «s'évapore» par les frontières marocaines, tunisiennes et celles au Sud. Cette hémorragie est due au prix différentiel entre les pays voisins et l'Algérie. Au Maroc par exemple, le gasoil est 7 fois plus cher qu'ici, l'essence aussi. En France, l'essence est à 1.6 euro, c'est l'équivalent de 200 DA au prix officiel. Nous consommons environ 50 millions de tonnes équivalent pétrole par an, soit 1,25t par habitant/an. Nous disposons d'un parc de 18.000 MW en centrales thermiques, Nous consommons environ 1250 kWh/an/habitant. Nous avons un modèle de consommation basé principalement sur le résidentiel et sur les transports (40% chacun), la consommation énergétique de l'industrie et celle de l'agriculture sont à 10% chacun, nous avons installé pour 380MW d'énergie solaire soit 2 % du bilan global. Les pouvoirs publics envisagent la construction de centrales solaires et fermes éoliennes pour environ 22.000 MW d'ici 2030. Au rythme actuel, il sera très difficile d'y arriver. 

D'autant que l'on ne sait pas à quoi correspondraient ces 22.000 MW dans la consommation en énergie électrique à 2030. 

Q.O.: Vous évoquez ici le programme pour le développement des énergies renouvelables qui a été adopté par le gouvernement en février 2011 et révisé en mai 2015. Que doit faire l'Algérie pour que ce programme soit un bon début pour amorcer un processus de développement des énergies renouvelables ? 

C.E.C: Personnellement, je ne sais pas comment ces chiffres ont été calculés et comment cette ambition a été limitée à 22 000 MW. Pourquoi pas plus? Je vais faire comme Antonio Gramsci, « je suis pessimiste sur l'analyse du plan énergie renouvelable mais je suis optimiste quant à la possibilité qu'on puisse impulser une transition multidimensionnelle vers le Développement Humain Durable.» Force est de constater que jusqu'à présent nous n'en prenons pas le chemin. 

Le fameux appel d'offres n'est toujours pas lancé. Je ne sais pas qui va s'en occuper, je demande à voir comment cela va se passer. 

Quand véritablement allons-nous enfin commencer ? On en parle depuis huit ans. Il faut savoir qu'une centrale solaire de 1000 MW, c'est la cadence minimale qu'il nous faut mettre en place. C'est 1.5 milliard de m³ de gaz épargné qu'on laisserait dans le sous sol pour les générations futures. Mieux encore, le gaz naturel épargné peut financer le solaire dans le cadre d'un partenariat win-win avec des locomotives dans le domaine comme la Chine et l'Allemagne. 

Q.O.: Le gouvernement a pris le soin de mettre en place en parallèle tout un arsenal juridique et règlementaire pour la mise en œuvre de ce programme… Ce «cadrage» n'est-il pas assez pertinent pour prouver l'engagement de l'Algérie à s'inscrire dans une nouvelle ère énergétique durable ? 

C.E.C: Ce ne sont pas des textes, aussi parfaits soient-ils, qui vont nous faire sortir de la situation actuelle. Il n'y a pas de vision d'ensemble, chacun fait ce qu'il pense être le meilleur dans son département ministériel sans prendre en compte la nécessité d'une synergie. Il n'y a pas d'ambition et surtout il y a un manque de pédagogie criard. Le citoyen qui doit appliquer cela par conviction est totalement out. Nous avons perdu assez de temps. 

Q.O.: En attendant, il est même établi par des spécialistes que l'ancrage juridique du programme en question est presque parfait à travers l'adoption de la loi 04-09 du 14 août 2004 relative à la promotion des énergies renouvelables dans le cadre du développement durable. Partagez-vous cet avis ? 

C.E.C: Non ! Mille fois non. Je suis de ceux qui ne mettent pas la charrue avant les bœufs. Je pense profondément qu'il faut d'abord définir, savoir où nous allons « tous ensemble » car une stratégie décidée en haut n'a aucune chance de réussir si elle n'est pas mobilisée par les citoyens lambda qui eux, seront les architectes de sa réussite ou de son échec. Pour convaincre le citoyen de divorcer de la mentalité du beylik, il est nécessaire de l'amener sur le terrain du «bien commun», le responsabiliser et le rendre important, qu'il ait la conviction qu'il compte, que la réussite dépend de lui. 

Il sera nécessaire de l'instruire sans condescendance, lui faire toucher la réalité de la situation qui sera de plus en plus difficile notamment pour nos enfants si nous leur laissons une Algérie stérile ouverte à tout vent où les slogans qui ont galvaudé la glorieuse Révolution de Novembre n'ont plus cours dans un siècle de la guerre de tous contre tous. On l'aura compris, pour que le citoyen adhère, il est nécessaire que les gouvernants donnent l'exemple et mouillent la chemise d'une façon apaisée avec l'humilité qui doit prévaloir pour amener l'Algérie à bon port. 

Q.O.: L'Algérie est classée 3ème réserve mondiale de gaz de schiste. Qu'est-ce qui est le plus craint dans le cas de son exploration pour des besoins d'exploitation, la dégradation de l'environnement et ce, quelle qu'en soit la méthode? L'exemple des Etats-Unis est-il si mauvais à suivre dans ce domaine ? 

C.E.C: Cette classification ce n'est pas nous qui la donnons, c'est une Agence américaine, je ne sais pas si Sonatrach a pu la valider. Même si c'était vrai, j'ai été l'un de ceux qui ont été vent debout contre ce qui me paraissait être une dangereuse aventure. On dit que le forage horizontal et la fracturation ont été déjà utilisés par Sonatrach dans la production conventionnelle, il eut fallu ajouter que cela ne nécessitait pas d'ajouter de l'eau douce. 

Il faut savoir que si l'on veut récupérer 1 milliards de m3 de gaz, il faut au moins 1 million de m3 d'eau sans compter la centaine de produits chimiques dangereux. Le problème est de savoir si on tient le Sahara pour un désert ou pour un écosystème où il y a une faune, il y a une flore, il y a des habitants qui sont là depuis la nuit des temps et qui ont traversé l'histoire parce qu'ils ont pu préserver l'eau des foggaras. Aux Etats-Unis, le problème se pose différemment. C'est un fait que la législation permet à un fermier de louer son champ qui contient un potentiel de gaz à une entreprise. Il existe bien une agence fédérale de l'environnement qui essaie de tempérer l'ardeur des foreurs. Cela se termine généralement par des procès mais l'écosystème est affecté. 

Le problème est encore plus ardu avec l'administration Trump qui n'a pas d'état d'âme. Les changements climatiques, Trump n'y croit pas. Il a nommé au poste de secrétaire à l'énergie un climato-septique pur et dur. S'agissent de l'Algérie, le dilemme est le suivant : polluer pour empocher quelques dollars ou préserver la vie, il faut choisir. Ceci dit, la technologie évolue. 

Les sociétés américaines arrivent à produire avec des prix du pétrole autour de 50 dollars au lieu des 80 dollars. Les Etats-Unis sont le temple du savoir et de la technologie mais le contexte n'est pas le même. Pour avoir une idée du fonctionnement de l'industrie pétrolière aux Etats-Unis, souvenons-nous, à partir de la deuxième moitié de 2014, le baril a commencé à plonger. Le résultat a été catastrophique aux Etats-Unis mais pas pour les mêmes raisons ayant prévalues dans les pays rentiers vivant en satrapes sur une richesse qui n'est pas celle de l'effort et du savoir. Bref, soixante compagnies pétrolières ont fait faillite, mais celles qui ont survécu ont réussi à trouver des financements qui leur ont permis de produire autour de 50 $ aussi bien pour le gaz que pour le pétrole de schiste. 

Si la technologie évolue, qu'elle soit respectueuse de l'environnement, pourquoi pas ? Si elle évite de polluer la fameuse nappe de 45.000 milliards de m3 qui est en fait, la vraie richesse du Sahara que l'on pourrait faire reverdir avec l'eau et l'électricité renouvelable, pourquoi pas ? Dans l'intervalle, il faut faire une veille technologique et former les hommes et les femmes qui auront le difficile privilège de gérer le pays. 

Q.O.: Vous appelez, écriviez-vous dans une de vos contributions à «une révolution énergétique qui mérite une stratégie de sensibilisation très élargie pour convaincre le citoyen algérien à changer son comportement de consommation de l'énergie » ? Que proposez-vous à cet effet ? 

C.E.C: Notre pétrole est une richesse. Nous devons en faire le meilleur usage, c'est-à-dire son utilisation en pétrochimie. Le gaz de schiste le sera également quand la technologie sera mature et respectueuse de l'environnement, c'est une richesse importante mais cela ce n'est pas pour notre génération, c'est pour celles futures. Il nous faut un cap, une vision, une stratégie mobilisatrice où tout le monde serait impliqué. Cette vision vers un développement humain durable doit reposer sans être exhaustif sur quelques principes : 

1° Halte au gaspillage sous toutes ses formes à la fois par une politique intelligente où la moindre calorie est récupérée pour la laisser aux générations futures. 

2° Mettre en place une politique de substitution du solaire thermique aux chauffe-eau au gaz naturel et rendre les habitations sobres en énergie. 

3° Ne réserver le pétrole qu'aux usages nobles, tout ce qui peut se faire pour diminuer la consommation par l'efficacité énergétique doit être fait. 

4° Mettre en place un objectif à 2030 avec un plan Marshall pour les énergies renouvelables pour être au rendez-vous en programmant pour chaque année ce qu'il faut faire, une moyenne de 1500 MW à installer par an. 

4° Développer la géothermie, le biogaz. 

5° Rentabiliser les 15 millions de tonnes issues des décharges pour récupérer à la fois l'énergie (la chaleur du biogaz) et toutes les matières recyclables (plastiques, papiers verre, métaux). 

6° Former l'ingénieur, le technicien de demain en réhabilitant les disciplines scientifiques, consommer mieux en consommant moins et ne diriger les subventions qu'aux catégories à faible pouvoir d'achat. Au lieu de subventionner tout le monde, il faut cibler ceux qui réellement ont besoin d'aide en ce qui concerne l'eau, l'électricité, les carburants, le pain, le lait... comme cela se fait dans beaucoup de pays comme l'Egypte qui met à la disposition des catégories vulnérables des cartes pour le pain, et cela marche et diminue drastiquement le gaspillage. Il faut pour cela beaucoup de pédagogie et l'implication des médias lourds avec des spots bien faits, voire susciter des débats pour que tout le monde se sente concerné. A titre d'exemple, si nous avons une politique des économies d'énergie, l'électroménager importé ou fabriqué en Algérie doit être de classe A. Nous devons penser à subventionner des chauffe-eau solaires pour les 8 millions de logements. Nous aurons un gain qui divisera par deux la consommation de gaz naturel surtout si on y ajoute le calorifugeage. 

Maintenant que le kWh solaire a le même coût que le kWh thermique, les grandes compagnies pétrolières et automobiles se lancent dans le segment transport électrique, en plus du rail de plus en plus développé, ce sont les bus et les camions qui sont développés. 

Il est important de mettre en place un modèle de consommation d'ici 2030. La population sera de 55 millions d'habitants en 2030. Un premier scénario au fil de l'eau qui tient compte des tendances actuelles, il faudra 100TWh d'énergie électrique. Actuellement, nous sommes à 50TWh il faut donc doubler la capacité. Mais est-ce qu'il faut le faire par le gaz naturel ou par le renouvelable ? 

La grande majorité des Algériens a plus besoin de transports en commun que de voitures particulières. Mieux encore, cette révolution électrique peut être mise à profit pour créer un réseau de transport par camions et bus électriques. Peut-être qu'il faille penser à une transsaharienne électrique, le train sera l'artère qui permettra une véritable explosion du commerce notamment des produits agricoles du Nord vers le Sud !! Le Sahara avec l'électricité renouvelable, est une véritable pile électrique inépuisable. Avec la disponibilité de l'eau le Sahara pourra devenir une seconde Californie surtout si on y ajoute une politique de création de villes nouvelles où les jeunes seraient les pionniers d'une nouvelle utopie. Un modèle énergétique à 50% renouvelable à 2030 a été présenté lors de la 21e Journée du Développement Humain Durable. Les calculs montrent que c'est tout à fait faisable. On appelle le Sahara algérien «la pile électrique». Notre gisement solaire est de 3 500 KiloWattheure par m² par an, ce qui fait 3 fois le gisement solaire de l'Allemagne qui est un leader dans le développement durable et notamment en solaire. Actuellement, la Chine a 70% du marché des cellules photovoltaïques. Pourquoi ne pas donc s'associer à des pays leaders dans le cas de marchés où on propose une calorie thermique contre une calorie photovoltaïque avec un transfert réel de technologie ? En s'accrochant à des locomotives comme la Chine ou l'Allemagne, nous pourrons mettre en place cette transition. 

Q.O.: Pensez-vous qu'il faut imposer dès à présent aux usines de montage automobiles une production durable pour aider le pays à faire sa transition énergétique ? Les constructeurs automobiles accepteraient-ils de marcher dans ce choix? 

C.E.C: Le problème est plus complexe. Il y a 6 millions de véhicules environ. Cela veut dire qu'au moins les trois quarts des Algériens n'y ont pas accès. 

En clair, on enrichit les riches en bradant l'essence et le diesel au cinquième de leur valeur. Ce dont ont besoin les citoyens lambda, c'est un réseau de transport qui met la possibilité à la portée de toutes les bourses. De plus, le réseau de transport électrique est moins énergivore surtout s'il utilise une électricité renouvelable. Il ne consommera pas de l'essence qui sera disponible pour les générations futures. Enfin, s'il est nécessaire de mettre en place les jalons d'une industrie automobile pourquoi ne pas profiter du boom mondial de la voiture électrique ? Nous gagnerons sur tous les plans. D'abord en préservant le pétrole pour les générations futures, en ne polluant pas en utilisant une électricité renouvelable.         

Nous gagnerons une étape. Il est prévu que dans une quinzaine d'années, il y aurait 400 millions de voitures électriques ! De plus, le diesel tend à être abandonné en raison de sa nocivité. Volkswagen pense le supprimer après 2025. Ce constructeur va mettre sur le marché 11 modèles électriques. Pourquoi ne pas lui demander de nous aider dans la mise en place d'une industrie de la voiture électrique ? La Golf7 électrique ne coûte pas plus cher que la Golf7 thermique. De même avec Renault, la voiture électrique Zoe est montée en Israël. Nous, nous avons une voiture roumaine recyclée. Enfin, Hyundai est un des leaders des voitures électriques. Pourquoi continuons-nous à être toujours en retard d'une guerre ? L'Algérie ne doit pas rater cette révolution. Dans les transports, il faut compter que 25% de notre parc de voitures sera électrique. Il faut donc préparer la société à cela. Le déclic a été donné en 2014. Actuellement, 2 millions de voitures dans le monde sont électriques. En 2030, on prévoit 35% de 80 millions de voitures faites qui seront électriques. Imaginons que 25% de notre parc (nous aurons près de 11 millions de voitures) sera électrique, cela veut dire qu'on diminuera la consommation d'essence qui sera soit vendue ou laissée pour les générations futures. En tout état de cause, le carburant sera de plus en plus renouvelable, c'est-à-dire qu'il proviendra des panneaux photovoltaïques, du vent, de la biomasse ou de l'énergie hydraulique, on va donc déplacer la situation. Nous ambitionnons de faire le montage de voitures consommant de l'essence ou pire du diesel Qu'allons-nous faire du GPL (Sirghaz) dont nous peinons à transformer 30.000 véhicules an ? N'aurait-il pas été judicieux de miser dans le cadre du montage sur des véhicules à double carburation ? 

Q.O.: Le ministère du Commerce a-t-il, selon vous, les outils qu'il faut pour pouvoir être sélectif dans l'importation des équipements polluants et imposer ceux issus des technologies propres ? 

C.E.C: Il y a nécessité rapide d'édicter des normes de consommation. Par exemple ne plus importer d'appareils électriques au-delà du A. Entre le A et le G la consommation de l'appareil double. Il en est de même des voitures ; il est important de ne plus importer des voitures thermiques, dans l'attente d'une transition graduelle vers la voiture électrique- qui dépasse les 110 ou 120g de CO2/km. La norme européenne va descendre à 100 ou même à 95 g de CO2/km. Les voitures que nous importons consomment en moyenne 15 à 20 % d'énergie en plus. En parlant de pédagogie, l'ancien ministre du Commerce par intérim a dans une émission «secoué le cocotier » sur les importations inutiles (200 millions de dollars en mayonnaise ketchup et autre moutardes). C'est le même langage pédagogique, du parler vrai, concernant les économies d'énergie qui doit prévaloir. 

Q.O.: La réforme des subventions (et par conséquent leur réduction) que vous avez évoqué plus haut a été officiellement annoncée par le gouvernement (étude élaborée par la Banque mondiale). Qu'elle est votre approche à ce sujet ? 

C.E.C: Les subventions ne sont qu'une partie de la problématique.       Le retrait des subventions qui est nécessaire (il serait de 10 milliards de dollars uniquement dans l'énergie) doit être précédé d'une vision d'ensemble. Il faut expliquer dans le cadre d'états généraux la nécessité d'une Transition Energétique vers le Développement Humain Durable qui ne laisse personne sur le bord de la route mais qui passe par les économies d'énergie. 

Il faut aussi expliquer le juste prix et comment les couches à faible pouvoir d'achat ne seront-elles pas lésées. Etant entendu que tout le monde doit sortir de l'ébriété énergétique et aller vers la sobriété (‘al kanna'a). 

Q.O.: Vous soutenez que l'école est cet autre ou ce premier partenaire sur lequel les pouvoirs publics doivent compter pour inculquer la culture du non-gaspillage et du respect de l'environnement. L'apprentissage en la matière doit-il se faire dès les classes primaires ? 

C.E.C: La transition énergétique requiert une culture citoyenne qui doit prendre son essor au sein de la cellule familiale, ensuite à l'école. Le développement humain durable pourra-t-il en être l'aboutissement ? 

Serait-il possible d'économiser, avoir une nouvelle vision du futur qui passe par l'éducation, la citoyenneté et faire preuve d'imagination ? Il faut, pour cela, former, réhabiliter les formations d'ingénieurs. Les Algériens sont capables de faire le saut qualitatif pour pouvoir réussir cette transition énergétique. Après l'école, au lycée il est nécessaire de penser à un baccalauréat du Développement humain durable qui pourra déboucher sur les métiers du Développement Durable dans le supérieur et dans la formation professionnelle. Des états généraux permettront d'expliciter les enjeux du futur et l'adhésion des citoyens est capitale. Ce sont eux qui auront à vivre et à faire des économies. Il faut beaucoup de pédagogie, il faut que les médias parlent de ça, il faut que les députés soient instruits de cela et ceci sans provocation, leur expliquer le développement durable. Ils doivent connaître les enjeux du pays. Nous sommes des «égo» citoyens, nous devons tendre à être des éco-citoyens. L'écocitoyenneté est un combat qui commence à l'école, il est nécessaire de faire beaucoup de pédagogie, expliquer les enjeux du développement durable. 

La nationalisation des hydrocarbures a été une deuxième indépendance car l'Algérie a décidé ce jour-là de prendre en charge son destin pétrolier. Nous sommes en 2017, il nous faut une 3ème indépendance qui est l'indépendance des neurones, de la science, c'est une indépendance qui fait qu'on soit une nation qui ne dépend pas des énergies fossiles. Il faut donc éduquer la jeunesse et faire en sorte qu'on puisse avoir un destin commun et expliquer ce qu'on doit faire pour réussir une nouvelle révolution, et faire en sorte que l'Algérie garde son rang dans l'échelle des nations. «C'est tout le pari que vous devriez relever ! ».» 
 
 
  

Interview Réalisée Par Ghania Oukazi

 

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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 10:49
Le syndrome de la fraude électorale a toujours été une marque de fabrique en Algérie.

Le syndrome de la fraude électorale a toujours été une marque de fabrique en Algérie.

« La perversion de la cité commence par la fraude des mots». Platon. 

Souvenez-vous, au mois de juin dernier, le peuple Algérien assistait aphone et impuissant face à une agression immonde contre un symbole, une institution. L'on pouvait prendre connaissance des communiqués du commandement de gendarmerie nationale, de la police nationale, de plusieurs ministres de la république et suivre l'intervention du premier ministre en personne dénonçant une atteinte à la sécurité nationale. Des enquêtes, des interpellations, des dizaines de personnes auditionnées et des promesses de sanctions-sévices à la hauteur de l'affront. Rassurez-vous il ne s'agissait pas de guerre ni d'attentat, mais seulement -excusez le terme- de tricherie. 

En effet, des fuites organisées des sujets des examens avaient provoqué des fraudes généralisées au Baccalauréat 2016. L'affaire avait pris les allures de scandale politique appelant l'indignation des plus hautes autorités du pays, qui, devant l'ampleur du phénomèneavaient décidé d'annuler une partie des épreuves et d'organiser une seconde session où quelques 350 000 élèves sur les 818 518 inscrits devaient ainsi repasser une à plusieurs matières. 

Pour éviter la réédition d'un pareil scénario qui serait catastrophique, des réunions, comme ils aiment les appeler de haut niveau, se sont tenues et des décisions sont tombées : Nous allons traiter le mal à la racine, nous allons couper internet. Oui c'est tout. Mais avouez que c'est radical. 

La tricherie en examen, même si elle est facilitée, n'est pas en fonction des moyens, elle est le symbole d'une faillite morale. Le système éducatif fait semblant de promouvoir des valeurs fondées sur le mérite qui vont à l'encontre de la réalité vécue par la majorité écrasante des populations dans leur quotidien. 

Nos façons de vie, de travail et de promotion sociale nous poussent à prendre, à chercher et à privilégier toutes formes de raccourcis. Pourtant, chacun de nous le sait, la triche nuit à un véritable apprentissage, affaiblit nos capacités à innover et fausse la compétition, moteur de l'humanité et essence du progrès. 

Notre système éducatif est incapable de former des élèves consciencieux et les protéger contre la banalisation de la fraude que leur renvoi la société. Nos élèves manquent de confiance en eux, en les autres et en l'avenir. Malheureusement, ce n'est pas tout, Le comportement passé est un indice capital qui permet de prédire l'avenir. Il serait légitime de penser que ceux qui s'adonnent à la fraude sur les bancs des écoles, pendant les examens et à l'université seront tentés de continuer dans le monde de l'entreprise, dans les administrations publiques, dans la justice, en politique, à tous niveaux de responsabilités. 

Tenez, on assiste, à l'occasion des législatives de mai 2017, à une valse d'ex-responsables, à qui on offre des tribunes pour procéder à un lynchage en règle de l'autre, tout en reconnaissant leurs participations à des opérations de fraudes généralisées d'élections de tout genre. Non contents d'avoir trahi la confiance publique, avec leurs déclarations répétitives, ils ébranlent la confiance, sèment le doute et entretiennent la suspicion sur nos institutions les plus vénérables et demandent au peuple de les croire sur parole en prétendant vouloir faire leurs examens de conscience. Peut-on se fier aux paroles d'un fraudeur ? Aux récits d'un tricheur ? Peut-on encore lui faire confiance ? La confiance se construit très tôt, à l'enfance, elle est primaire et originaire : rien ne se fait sans elle. Elle suppose une certaine dépendance à l'autre. Ces commis de pouvoir en place, indignes du peuple, sont coupables d'oubli de reconnaissance et d'auto-réification. Lorsqu'on a été élevé à des fonctions disproportionnées, on ne perçoit pas l'autre comme semblable, encore moins comme une partie de soi, on est froid et détaché et, on nous fait croire que nous détenons une compétence rare, clé de tout succès. 

Le regretté Abdou Benziane commençait toujours ses chroniques par une citation. Dans l'une de ses chroniques il reprenait Napoléon Bonaparte qui disait « le sot a un avantage certain sur l'homme d'esprit, quoi qu'il fasse, il est toujours content ». Nous pouvons toujours couper quelque chose pour éviter la fraude -ou pour l'accomplir d'ailleurs- mais nous pouvons faire autre chose, intemporelle et radicale pour de vrai : être citoyen au Bac comme au Vote. 

Nous sommes aux portes de deux grandes échéances, l'une électorale et l'autre éducative. De la première découlera une institution des plus vénérable : l'Assemblée Nationale, et, de la deuxième dépendra l'avenir de l'Algérie : les universitaires et futurs cadres de la Nation. Ce sont là deux grandes occasions pour dire non. Non à la fraude. 

Brahim Chahed

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 10:49
Les émeutes de Bougie sont annonciatrices des grands dangers pour le pays.

Les émeutes de Bougie sont annonciatrices des grands dangers pour le pays.

L'année 2017 commence par des émeutes en Algérie. Loin de surprendre grand monde, les pronostics alarmistes faits par certains analystes ayant prédit la détérioration de la situation du pays n'étaient pas faux.

En réalité, cette loi de finances inique votée récemment par le parlement n'a fait qu'installer la peur dans les esprits car elle n'est là que pour creuser davantage le fossé entre les riches et les pauvres. A Béjaia comme dans quelques autres villes, c'est l'anarchie totale. Les commerces sont en grève et l'odeur du brûlé vient empester le décor d'une wilaya longtemps délaissée par les pouvoirs publics. Les images du saccage retransmises par le biais des réseaux sociaux sont un signe avant-coureur de ce qui pourra advenir à large échelle si le gouvernement ne réagit pas au plus vite. Le plus grave, c'est que, par-delà la cherté de la vie, c'est tout une société mise à rude épreuve par les retombées des inégalités sociales qui exprime son ras-le-bol. Le risque du dérapage est à la mesure des dangers de manipulation qui guettent la Kabylie accusée par d'aucuns de tous les torts. Or, cette région n'a plus de leçons de patriotisme ni de nationalisme à recevoir de personne. Pour ceux qui s'en doutent, ils n'ont qu'à feuilleter les livres d'histoire pour se renseigner. C'est un bastion de résistance qui a tout donné au pays et n'en a, hélas, presque rien reçu en retour!

De plus, pendant environ 20 ans pour n'en citer que cette période caractérisée par un régionalisme exacerbé et une corruption massive à tous les niveaux sur fond d'une incroyable rentrée de devises (800 milliards de dollars dépensés à tire larigot dans un programme de relance économique inutile) et une crise morale et de valeurs sévissant même au sommet de l'Etat, aucun projet d'envergure ni des infrastructures de base ne sont fournis pour ses jeunes qui se retrouvent comme d'ailleurs la plupart des Algériens livrés à eux-mêmes, dans le merdier. La violence actuelle est prévue depuis longtemps et les provocateurs sont à l'affût du moindre faux pas d'un exécutif qui est, pour le moins que l'on puisse dire, moribond afin d'allumer les feux de la discorde. L'Algérie étant malade et ses gestionnaires incompétents. C'est un constat auquel personne ne peut échapper. D'où la crainte d'une intrusion étrangère dans les années à venir, sous divers prétextes, dans la gestion administrative, économique, politique, etc., du pays si ce n'est pas déjà le cas aujourd'hui! La vigilance devrait être de mise afin d'éviter que cette Algérie-là ne retombe, une fois encore, dans le piège de la guerre civile dans un contexte régional nouveau, émaillé, cette fois-ci, par nombre de foyers de tensions. Attention!

 

Kamal Guerroua

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 07:31
Taos Ait Mesghat

Taos Ait Mesghat

Quand j'étais petite on m'avait appris à l'école que mon pays était arabe, que le peuple était musulman et s'apparentait à l'arabisme. Un enseignant Palestinien nous faisait même répéter chaque matin : "أمة عربية واحدة ذات رسالة خالدة " , une seule nation arabe au message éternel", j'ignorais à ce moment là que c'était un slogan baâthiste À la maison j'ai grandi en m'imprégnant de la culture Française, le nez dans les classiques de la littérature francophone, les yeux rivés sur Antenne 2, les oreilles tendues sur RMC, un pied à Alger, un pied de l'autre côté de la mer.

Puis, j'ai passé 21 ans de ma vie au Moyen Orient . J'ai fait la connaissance de près de différents peuples, traditions, gastronomies, histoires, patrimoines culturels.

J'ai travaillé pendant 13 ans en Arabie, partagé le quotidien du petit peuple, côtoyé une vingtaine de nationalités différentes, appris à ranger mes petits préjugés et mes idées préconçues par les médias propagandistes et à respecter la différence.

Partout où j'ai été, j'ai su m'adapter au style de vie des citoyens, j'ai été respectée, bienvenue, aimée. Mais à aucun moment, je ne me suis sentie une des leurs. Il y avait toujours une petite voix dans ma tête qui répétait sans cesse : "Mais qu'est ce que tu fais là?! ".

Je faisais taire cette petite voix en me disant que toute expérience est un enrichissement et que cette diversité culturelle a construit ma personnalité.

En Arabe on dit "من عاشر قوما أربعين يوما صار منهم ", celui qui vit avec un peuple pendant 40 jours devient l'un d'eux, mais c'est faux! Je suis restée toujours L'Étrangère et mon identité n'a fait que se confirmer et se solidifier. Je ne leur ressemble pas et à l'école on m'a menti.

C'est en vivant en Orient, en Arabie et en voyageant en Occident que je sais plus que jamais que je ne suis ni Orientale, ni Arabe et ne peux être une Occidentale.

Je suis une Africaine, Algérienne, Berbère.
Je suis Moi.

Bonsoir le monde , bonsoir l'humanité !
 

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 07:15
Amin Zaoui.

Amin Zaoui.

Aujourd’hui, j’ai décidé de construire le paradis. Et pour construire le paradis, un vrai paradis, il faut avoir les ingrédients adéquats et nécessaires : humains, angéliques, diaboliques, matériels et textuels. 
Parce que je l’ai toujours imaginé en forme d’une vaste et riche bibliothèque, donc pour ériger le paradis, le vrai paradis, il me faut des livres, beaucoup de livres humains et divins. Les meilleurs livres de tous les siècles et de tous les Cieux. Des livres dans toutes les langues.
Mêmes ceux écrits dans les langues des oiseaux. Dans toutes les disciplines et dans toutes les indisciplines ! Et beaucoup de manuscrits ornés et calligraphiés par les plus grands  maîtres du calame à l’image d’El Wassiti et Ibn Moqla.
La bibliothèque  même avec ses milliers de livres et manuscrits, sans la présence des poètes, elle n’est qu’espace mort.  Mausolée abandonné. Donc j’ai décidé d’inviter les poètes pour occuper mon Éden. J’ai établi une liste des meilleurs faiseurs de mots ou de papillons. Je les ai classés par ordre de mérite, c’est-à-dire  par ordre de malédiction. La “malédiction  poétique” est un critère littéraire déterminant dans mon choix. Et parce que le paradis est un espace de liberté, j’ai laissé la liste ouverte.
Donc, en toute liberté et démocratie, vous pouvez proposer d’autres noms de poètes tout en respectant le critère capital “La malédiction poétique” ! Et voici ma liste première : Homer, Imroû al Kais, Omar ibn Rabia, Omar al Khayyam, al Firdawsi, Bachâr Ibn Bourd, Abou Nouas, al Halladj, al Sahrawardi, al Bastami, Ibn al Faredh, Farid al Attar, Khalil Djobrane, Tagore, Jean Sénac, Goethe, Aragon, Neruda, Darwich, Baudelaire, Alain Poe, Senghor… Le paradis sans les musiciens et les chanteurs, selon le Ciel, n’a ni arôme ni fascination. J’ai fait appel  au maître  Abu al Faradj al Ispahani auteur du fameux livre “al Aghani” (le livre des chants) afin qu’il vienne à mon aide dans  le choix des musiciens.
Et voici la première liste établie : Ziryab, Nadem al Ghazali, Karim Mahmoud, Beethoven, Mozart, Tchaïkovski, Renette l’Oranaise, Remitti, Fairouz, Aït Menguellet, Oum Kalsoum, Julio Iglesias, Michael Jackson, Daniel Barenboïm… Dans un paradis, il faut aussi la présence  des philosophes. Parce que le paradis est un espace pour défendre la liberté, pour exercer la liberté plutôt, les philosophes débattent des sujets à propos des dieux, des femmes  et des hommes.
Parmi ces illuminés j’ai distingué : Socrate, Ibn Rushd, al Farabi,  al Maârri, Ibn Sabîine, Voltaire, Althusser, Marx,  Freud, Ibn al Moukaffaâ, Sartre, Faradj Fouda, Foucault, Houcine Mroua, Mehdi Amel, Jacques Derrida,  Bakhti Benouda…   Pour élever le paradis, le vrai Éden, il faut des femmes, pas celles pour la consommation. Le paradis est un lieu contre le machisme ! Il n’y a pas de Houris mais des Hourrat (des libres). Dans les recoins déambulent Rabiaâ al Adawiyya, Wallada Bent al Moustakfi, Jeanne d’Arc, Ghada Essamman, Toni Morrison, Djamila Bouhired,  Simone de Beauvoir, May Ziyadeh, Nazik al Malaîka… La première nuit paradisiaque fut en lecture, en récitals poétiques, en débats philosophiques, jusqu’au petit matin.
Le lendemain, dans un état de colère et de protestation, les poètes sont venus me voir, en brandissant une banderole avec un écriteau dans une vingtaine de langues : “Cet espace est un enfer !” Ainsi je me suis rendu compte que j’avais oublié de leur faire couler deux fleuves ; un pour le vin, l’autre pour le miel !
Mon Dieu, sans ces deux fleuves de plaisir, combien elles sont enchevêtrées les frontières entre le paradis et l’enfer !
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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 07:09
Nadia Zaoui

Nadia Zaoui

 

C'était une de ces après-midi d'été où même les cigales trouvaient le temps long. D'ailleurs leur symphonie prenait un rythme plus proche d'une lamentation que d'un chant de cigales.

Jeunes filles enfermées pendant les trois mois de vacances scolaires, nous nous réfugions dans le sommeil. Rêver nous aidait à échapper à notre condition et à cette claustrophobie de l'enfermement. Ma pauvre mère passait son temps à essayer de nous réveiller. Désespérée, elle usait de tous les subterfuges et même des mots les plus blessants: "Qui voudrait épouser des fainéantes de votre espèce!", Nous criait-elle. Rien à faire, nos corps trop lourds à soulever restaient inertes sous ses commentaires. C'était seulement quand elle arrivait avec un seau d'eau que je me décidais de jouer mes dernières cartes. Je prétendais aller me laver dans la salle de bain et j'étalais ma serviette par terre pour me rendormir dans l'espoir de rêver un peu plus.

C'est que je détestais l'enfermement qu'on nous imposait. Je refusais la société où j'étais née. Je refusais que les hommes s'accaparèrent la rue et que nous, femmes, sommes devenues des meubles intérieurs...

J'avais envie de disposer de mon corps et de mes gestes en liberté, de regarder le ciel infini que les hauts murs de notre cour ne viennent pas découper. Je me souviens qu'un jour ou mon père qui en avait marre de mon discours de révoltée m'avait ouvert grand la porte de la maison et m'avait défié d'aller faire mon footing. J'avais sorti ma tête de la porte et une rafale de regards d'hommes assoiffés de présence féminine m'avait immédiatement dissuadé dans mon entreprise ... Ce jour la, j'avais compris que même si mon père me donnait la liberté, je devais me battre contre toute ma société pour l'arracher.

Et pourtant on ne demandait pas grand-chose. Juste marcher dans la rue, sentir le soleil sur nos corps blanchi par les ombres des maisons. Il y a des femmes de mon enfance que je n’ai jamais vues marcher dans la rue. Je n arrivais même pas à les imaginer marcher seules ... Justement, récemment j'ai rencontré une femme de mon village qui a atterri au Québec. Elle me disait que même quand elle marche dans les rues de Montréal, elle sent encore cette pression et cette peur atavique de toute une société qui la juge et la scrute. Son mari lui a ouvert une garderie chez elle pour s'assurer qu'elle travaille à la maison et qu'elle ne soit pas en contact avec des hommes. Les valises des immigrants ramènent souvent des coutumes qui devraient êtres interdites aux douanes canadiennes tout comme les tripes et les boyaux.

Ah oui! J'oubliais, vous vous demandez tous c'est quoi ce titre, ces fameuses petites couilles de Malik! Je vous explique. On avait reçu de la visite de cousines de la ville qui sont passées par chez pour nous inviter à aller visiter de la famille. C'était pour aller de l'autre côté de la rive. Nous aimions cette marche car elle nous permettait de nous éloigner du centre du village et des regards indiscrets des hommes. On se permettait même de courir dans la nature même si de telles gamineries ne devaient pas êtres "un comportement" de filles de bonnes familles!

Enfin, traverser "assif" (la rivière sèche) pour des jeunes filles de mon époque, prenait une réunion de famille et un conseil des sages pour étudier les probabilités d'éventuels "qu'en dira-t-on" de toutes les tribus qui forment notre petite ville. Je me dis que ces mentalités ont initié le lucratif marché de la presse "people" en Occident. ....enfin, vous vous en doutez alors que nous faire accompagner par un garçon de la famille était plus que primordial pour un tel projet.

Nous, jeunes filles écervelées et assoiffées de liberté, nous nous sommes alors accaparé la main de Malik, un petit de moins de 4 ans qui traînait chez nous. 
Arrivées à destination, les femmes de la famille ont été outrées: Comment des jeunes filles ont osé traverser la rivière sans être accompagnées d'un homme? Notre réponse était unanime. Mais il y a Malik avec nous, c est un garçon non?

Voilà donc comment les petites couilles de Malik nous servaient de paravent pour affronter cette société d'hommes faite pour les hommes et par les hommes ...mais transmise par les femmes.

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 09:39
Farah-Louisa Chergui (épouse Berchiche)

Farah-Louisa Chergui (épouse Berchiche)

Nous reproduisons ci-après le témoignage d'un homme Karim Berchiche, anéanti par le décès de sa femme et son bébé à la clinique du Parc à Bouzareah, Alger. Farah-Louisa Chergui (épouse Berchiche) serait décédée dans le bloc opératoire de cette clinique. Son époux veut savoir ce qui s'est passé pourquoi et dans quelles conditions sa femme et son enfant son morts dans cet établissement.


Nous sommes le vendredi 02 septembre 2016, mon épouse et moi-même avons décidé de sortir marcher un peu pour se détendre les jambes et faire quelques petites courses.

Vers minuit, nous sommes ensuite rentrés à la maison. Détendus, nous avons regardé un film à la télévision. Vers 2h du matin, ma femme a commencé à avoir mal, très mal. Des maux espacés. Vers 3h30, les douleurs s’accentuent et là nous avons décidé de nous rendre à la clinique privée du Parc à Bouzaréah. Cette clinique nous a été conseillée par sa gynécologue qui outre son cabinet privée à Ain Bénian, procède à des accouchements dans celle-ci. Contactée, elle ne nous a répondu qu’à 5h du matin, nous rassurant que mon épouse ne risquait pas d’accoucher de suite puisque le travail venait à peine de commencer!

Nous sommes arrivés à la clinique entre 4h30 – 5h du matin. Nous avons été reçus et ils m’ont demandé de les laisser faire leur travail. Je suis donc descendu à la salle d’attente. Vers 7h du matin je suis monté voir ma femme, ils m’ont laissé avec elle jusqu’à ce qu’elle perde la poche des eaux et ce jusqu’à environ 8h45. Ils l’ont emmenée ensuite au bloc opératoire en me disant ça va aller, nous allons nous occuper d’elle.

Ils se sont bien occupés puisque je ne l’ai plus jamais revue en vie.

Entre 9h30 et 10h, j’ai été appelé par un médecin. Celui-ci me demanda si mon épouse avait des problèmes de santé, si elle était cardiaque ?

J’ai répondu par la négative et qu’elle était suivie depuis 9 mois par sa gynécologue et que celle-ci aurait pu le détecter et que de surcroît ils détenaient son carnet et qu’il n’était pas de mon ressort de leur répondre.

Depuis, je suis monté chaque 10 mn pour m’enquérir de l’état de mon épouse. Les réponses étaient vagues: «elle se repose, elle se repose, ensuite elle est en réanimation ?!? C’était des interrogations et des exclamations en même temps, car à ce moment-là je n’arrivais pas à réaliser. Je me suis dit qu’elle avait accouché par césarienne et qu’ils l’avaient réanimée!

Depuis des va-et-vient continus incessants et toujours le même discours: "en réanimation". Vers 10h30 je vois la gynécologue arriver.

J’ai ensuite paniqué et ai questionné tout le monde, en vain. Mis à part une sage-femme qui m’a annoncé à la fin que le bébé n’avait pas survécu. Et ma femme ? Telle fut ma question.

La sage-femme me répondit: ne vous inquiétez pas, le docteur va venir tout vous expliquer. J’avais un indescriptible étranglement à la gorge et ce jusqu’à l’arrivée de la gynécologue qui est venue me voir à 11h environ. Elle avait une expression du visage inquiétante, avec un tablier couvert de sang et m’a annoncé que ma femme était dans un sale état et que tout le monde œuvrait pour la réanimer et qu’elle pourrait ne pas survivre.

Ce n’est que vers environ midi que j’ai appris par le biais d’une sage-femme que ma femme était morte.

Effondré, abattu, apeuré, terrorisé, je suis tombé par terre en sanglotant à chaudes larmes.

Loin de moi l’idée de vouloir généraliser puisque j’ai moi-même des amis et bon nombre de ma famille sont médecins, mais voilà la médecine de certains monstres déguisés en blanc qui ont fait le serment d’hypocrite et ont oublié Hippocrate. Voici le genre de cliniques agréées par l’Etat, détruisant des vies, des couples, des parents, des amis, des familles. Tout cela ayant comme unique et seul but: "les sous et encore les sous et toujours les sous." Peu leur importe l’histoire que j’ai eue avec ma femme, les moments, les souvenirs, les vies humaines…

J’emmène ma femme mettre notre enfant au monde dans un endroit prétendument propre, rassuré par sa gynécologue ayant espoir et confiance en elle et ils me la retournent dans un cercueil. Telle est mon histoire, tel est mon drame!

À la fin, je demande à tout le monde d’œuvrer pour que tout cela cesse, pour arrêter ces criminels qui font honte à la médecine, à cette nation, qui détruisent des jeunes couples pleins de vie, d’espoir, de rêves et d’objectifs.

Inchaa Allah oua Amin ya Rabi!

Karim Berchich
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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 08:52
Le deal entre Poutine et Al-Assad

Le deal entre Poutine et Al-Assad

De prime abord, il est à remarquer que dans ce dossier brûlant de la Syrie, le protagoniste principal n'est autre que le président russe Vladimir Poutine.

Mais pourquoi ? A vrai dire, la conjoncture internationale récente où l'on a assisté au choc subit de plusieurs facteurs politiques, à savoir la crise économique mondiale, les troubles du Printemps arabe, le conflit israélo-palestinien et l’approchement des élections présidentielles américaines a fait en sorte que cet "homme à la poigne de fer" ait imposé facilement ses règles du jeu aux occidentaux. Ainsi s'est-il montré avec son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov d'une grande dextérité tactique, en relançant implicitement le vieux projet "expansionniste" de l'ex-U.R.S.S (dossier de l’Ukraine, l'annexion de l’île de Crimée, guerre civile en Syrie, etc). Bien entendu, ce n'est, au demeurant, un secret pour personne, cet inséparable couple "Poutine-Lavrov" aurait évité de justesse un cataclysme supplémentaire à la Syrie pour deux raisons essentielles. Premièrement, parce qu'il a refusé le bombardement par les puissances alliées, la France en tête, du régime bâassiste de Damas suite à son usage présumé en août 2013 d'armes chimiques contre des populations civiles.

Si, par exemple, cette intervention-là avait eu lieu, le monde aurait, sans doute, déploré l'émergence d'un autre Etat terroriste d'une taille et d'une ampleur autrement plus considérables que le Daesh actuel. Lequel menacera, à son tour, et probablement encore davantage les libertés religieuses, officialisant ainsi le massacre massif des Alaouites (le clan de Al-Assad) et l'exil des chrétiens d'orient vers les pays voisins, en particulier le Liban. La conclusion d'un accord entre Russes et Américains sur le démantèlement de l'arsenal chimique syrien au moment où les alliés étaient résolus pour passer à l'action aurait été, dans ce cas de figure, salutaire. Deuxièmement, parce que les Russes sont intervenus au moment opportun en septembre 2015 pour endiguer l’inévitable avancée des islamistes de Daesh. Ce qui a permis le recul graduel de l'organisation Etat islamique (E.I) et la reprise de l'armée d'Al-Assad, jusqu'alors battue sur le terrain, de ses positions militaires initiales.

Sur ce point-là, on peut affirmer que Poutine a respecté son engagement du départ de réduire le pouvoir de nuisance de l'E.I, tout en envoyant un message politique fort, aisément décryptable, aussi bien aux occidentaux qu'à son allié stratégique de Damas. Il a rappelé aux premiers qu'ils étaient en train de jouer dans son «espace vital» duquel ils devraient être expulsés manu militari. Et, au moment de se retirer de la Syrie, il a implicitement mis en garde le second (Al-Assad) contre tout entêtement à rejeter le dialogue avec les rebelles, le seul moyen, paraît-il, pour espérer une sortie rapide de la crise. Comme s'il lui susurre à l'oreille ceci : «Je suis là à te soutenir mais fais en sorte que tu règles ton problème toi-même sans moi!». Ancien agent du K.G.B (services secrets russes), rompu aux intrigues, aux suspens et aux coups de force, Poutine apparaît là on l'attend le moins et disparaît là où tout le monde pense qu'il allait agir! Tacticien, il tape fort quand il le faut au point de fasciner même ses propres ennemis, comme d'ailleurs ce républicain fantasque «Donald Trump» qui ne tarit jamais d'éloges pour lui! Quoique, encore faudrait-il le souligner ici, certains analystes minimisent ses qualités, estimant que l'homme fort de Moscou ne fait que poursuivre la politique russe initiée par les tsars depuis le XVIII siècle. Laquelle consiste à conquérir coûte que coûte des ouvertures navales un peu partout dans le monde (la quête des eaux chaudes). C'est pourquoi, la base militaire maritime de Tartous, l'unique que possède, du reste, le Kremlin en Méditerranée, est perçue comme le facteur déterminant de son engagement pérenne en Syrie. Mais au-delà de toutes ces données, quel est le destin réservé à ce joyau de l'Orient qu'est la Syrie? Incontestablement, mort, gâchis, misère, chaos, exil! Et pourtant, cette nation-là aurait, pour rappel, enregistré entre 2000 et 2008, une embellie financière des plus extraordinaires ayant été favorisée par l'ouverture du pays aux technologies de l'information et de la communication, le tourisme et la libéralisation partielle de son économie. Il se trouve, malheureusement, que les inégalités et la mauvaise répartition des richesses ont engendré de la frustration et du ressentiment chez les classes moyennes (en particulier les couches populaires sunnites). Une prospérité qui a été également stoppée par une période sévère de sécheresse ayant commencé en 2006. Ce qui a accéléré l'exode rural vers les villes, la montée de la colère et le retour en force de l'islamisme. La suite, on la connaît tous, hiver arabe oblige.

Bref, le recentrage russe au Moyen-Orient n'est pas fortuit. Il se confronte, en plus de cette faiblesse chronique de la Syrie et son dépeçage éhonté, aux contradictions françaises et à la passivité relative des Américains. Très impopulaire à l'intérieur de son pays, François Hollande s'est, semble-t-il, fourvoyé dans une cécité diplomatique incompréhensible à l'extérieur. En octobre 2012 à titre d'exemple, les forces françaises ont violé l'embargo international sur les armes, en livrant de la munition et du matériel militaire pour les rebelles syriens. Erreur très grave! D'autant que cet arsenal-là a fini aux mains de Daesh, lequel aurait financé, plus tard, les attentats djihadistes en métropole. De même, l’Hexagone a dû fermer, en avril 2013, le siège de son ambassade à Damas, croyant naïvement à la chute imminente du régime bâassiste. Encore un faux pronostic et une grosse bourde de la part de l’Élysée. Conséquence: toutes les portes à même de mener à une médiation française dans le conflit syrien ont été bloquées. Et le comble, en cette même année 2013, François Hollande a subi, en chef de guerre, un double revers diplomatique. N’ayant pas, vraisemblablement, vu le coup fatal venir de son propre camp lorsqu'il s'est mis à battre le rappel des troupes pour une intervention musclée anti-Assad, il aurait mal digéré le désistement d'Obama à la dernière minute. Celui-ci, davantage tourné à la région de l'Asie-pacifique, aurait négligé le Moyen-Orient depuis son fameux discours du Caire de 2009, du moins sur le plan militaire. En effet, le retrait américain de l'Irak en 2010 a déjà été vu par de nombreux connaisseurs comme trop précipité et, peut-être même, à l'origine de la montée en force de cette nébuleuse de l'Etat Islamique. De toute façon, la volte-face de la maison blanche a sérieusement terni l'image de F. Hollande à l'intérieur et l'a relativement rabaissé à l'international, notamment aux yeux des autres nations européennes. En optant pour des choix précipités et unilatéraux, la France s'est, de toute évidence, laissée effacer graduellement de la scène, perdant aussi bien son poids historique que géostratégique au Moyen-Orient en général et, plus particulièrement, en Syrie. Pour preuve, en 2015, une première dans les annales, elle n'était pas invitée à «la Conférence de Genève sur la Syrie» alors qu'elle fut de par le passé la puissance mandataire sur ce pays-là jusqu'en 1946! Pourquoi la France a-t-elle reculé? La réponse est, sans aucun doute, dans l'autre versant du miroir, c'est-à-dire, le charisme, la sagacité et l'interventionnisme raisonné de V. Poutine qui se pose en interlocuteur incontournable face aux Américains.

Par ailleurs, on peut bien constater rétrospectivement, comme dans le cas de la Syrie actuelle qui recourt souvent aux Russes, que le Arabes n'ont jamais été autonomes, c'est-à-dire qu'ils n'ont jamais pu se débarrasser des puissances colonisatrices ou mandataires que par le recours à d'autres puissances. En voulant sortir du giron ottoman pendant la première guerre mondiale (1914-1918), ils ont fait appel aux Anglais et aux Français. En 1941, ils ont sollicité l'aide des Italiens et des Allemands pour se sauver de ces mêmes Anglais et Français, terrible! Et puis, enfin, au lendemain de la seconde guerre mondiale (1939-1945), la majorité d'entre eux se sont alliés soit avec les Russes, soit avec les Américains, échouant dans leur tentative désespérée de constituer un bloc à part. Mais pourquoi ces Arabes-là comptent-ils toujours sur les autres? Est-ce un caractère historique, anthropologique, héréditaire ou simplement dû à la défaite de leurs élites et de leurs politiques? On n'en sait rien à vrai dire. Reste, pour en revenir au sujet, ce mystérieux Erdogan qui n'y est pas allé de main-morte. Son chantage à l'Union Européenne sur la question des migrants dévoile une partie de ses cartes dans ce jeu de Poker moyen-oriental. En difficulté économique, la Turquie se recycle à son avantage dans cette crise syrienne. Et voyant que son pouvoir s'érode face à la contestation populaire grandissante, Erdogan, très calculateur, essaie d'asseoir son autoritarisme à la faveur du coup d'Etat manqué du mois de juillet dernier et aussi par ses tentatives répétées de changer la constitution pour consacrer la présidentialisation du régime. Du coup, deux pistes ou «avantages» s'ouvrent à lui. Premièrement, il lui sera facile de venir à bout, tant que la société turque s'islamise de plus en plus, de son opposition kurde et alevi afin de pousser, dans un premier temps, ces minorités résistantes à l'exil, puis, repeupler les zones qu'elles ont abandonnées par les masses de réfugiés syriens.

Le second avantage étant que, politiquement éliminée, l'armée turque, du reste mal vue de la part des chancelleries occidentales à cause de son penchant immodéré pour les pronunciamientos et les coups de force, ne peut jamais ressurgir de nouveau en tant qu'interlocutrice ou représentante officielle de la volonté populaire. En plus, affaiblis par le soutien actif des Américains à Erdogan, les militaires turcs ne trouvent guère grâce aux yeux de la société civile, les masses populaires, les médias, etc. Ces derniers voient en eux, la fausse incarnation du Kémalisme ou de la laïcité, sinon, le vrai visage de la corruption et des magouilles.

Encore un coup gagnant pour Erdogan. Ce dernier, après avoir marginalisé Abdullah Gül, son rival du parti de la justice et du développement et réduit au silence la confrérie de Fethullah Gülen, s'apprête maintenant à la dernière étape : "le forcing syrien". Mais là, il s'est rétracté par rapport à ses premières positions radicalement anti-Assad ! Récemment encore, soit le 10 juillet dernier, son Premier ministre aurait souhaité une normalisation de l'axe Ankara-Damas-Moscou. Le gouvernement turc s'est même fendu d'une lettre d'excuses au Kremlin pour l'avion russe abattu le 24 novembre 2015 par les forces turques à la frontière turco-syrienne. Va-t-on vers une alliance du type : Damas-Ankara-Téhéran-Moscou ? Ou ce n'est que de l'union conjoncturelle rien que pour déranger les Occidentaux, très critiques envers les mesures que Erdogan aurait prises contre ses comploteurs ? Et la Syrie dans tout ça ?

Sortira-t-elle du piège tendu par les grandes puissances ou en restera-t-elle, pour longtemps l'enjeu, sinon la proie ? Wait and see.

Kamal Guerroua

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 09:49
L'Algérie ne va pas si mal

C'est la rentrée. Il faut être positif, il faut avoir la pêche et arrêter de se plaindre. Après tout, l'Algérie ne va pas si mal.

Positiver. Il faut positiver. Regarder le verre à moi tié plein, plutôt que le verre à moitié vide. Parler des médailles de Toufik Makhloufi, plutôt que de la polémique qu'il a provoquée.

Evoquer, à longueur d'année, ces plaies de l'Algérie que sont la corruption, la mauvaise gestion et les gaspillages, n'est pas très productif. Ça peut même participer à une sorte d'œuvre de démoralisation collective. Ressasser, chaque semaine, ces défaillances qui s'apparentent à des crimes, rappeler ces échecs répétés dont personne ne veut tirer les leçons, insister, dans chaque écrit, ces solutions qui font consensus mais qu'aucune institution, ni aucun responsable, n'ose engager, revenir chaque semaines sur ces situations absurdes, comme celle d'un chef d'Etat totalement absent : tout cela ne mène nulle part. Ça démoralise, ça relève d'un nihilisme destructeur, et ça ne règle rien, dit-on.

D'autant plus que de belles choses se font dans le pays. Pourquoi ne pas les voir ? Pourquoi ne pas évoquer cet immense effort dans le domaine du logement, qui serait sur le point de débarrasser l'Algérie de ses bidonvilles ?

Pourquoi évoquer la baisse alarmante de la production de céréales, et oublier que le pays produit tellement de pomme de terre qu'il ne sait plus quoi en faire?

Pourquoi insister sur un conseil des ministres qui ne se réunit pas et oublier que le pays est doté d'un parlement parmi les plus marqués par la présence de femmes, même si leur présence demeure symbolique ?

Stabilité

Et puis, dit-on, même à michemin de ce pénible quatrième mandat, l'Algérie reste relativement stable, avec une sécurité largement assurée, dit-on. Parmi les pays qui, entre les années 1960 et la fin de la guerre froide, ont refusé de se mettre sous la bannière des Etats-Unis, l'Algérie est le seul pays à ne pas avoir sombré. Libye, Irak, Syrie, Yémen et Palestine sont à genoux, sur le point d'être démembrés. Mais l'Algérie résiste. Elle a tenu le coup, elle a passé le cap le plus difficile, elle aurait simplement besoin de temps pour se reconstruire. Elle fait des choses immenses dans de nombreux domaines. Tiens, prenez le secteur automobile : l'Algérie est déjà en train de lancer la base d'une industrie locale, elle a divisé par quatre ses importations de véhicules. Elle s'apprête même à lancer un nouveau modèle économique, selon M. Sellal.

En admettant qu'il s'agisse là de prouesses -les économistes vont sourire en évoquant le nouveau modèle économique-, il faudrait rappeler deux évidences : d'abord, un dirigeant qui accomplit une œuvre positive n'a pas à être félicité. Il aura simplement « fait le job », ou, au mieux, il accomplit une promesse électorale. Il en sera remercié lors de l'élection suivante, si élection il y a.

Ensuite, l'expérience récente du pays a montré qu'un pays n'est pas riche seulement de son industrie et de ses usines, encore moins de son pétrole; il est riche par le savoir, par ses institutions, et par les règles en vigueur dans le pays, des règles auxquelles tout le monde est soumis, du chef de l'Etat au chômeur. Et en Algérie, c'est précisément l'échec institutionnel et moral qui devient la principale source d'inquiétude.

Paralysie des institutions

Sur ce terrain, l'affaire Dounia Parc a encore montré le gouffre dans lequel était plongé le pays. Un ministre de la république révèle une grave affaire de détournement dans la gestion d'un bien public. Quelles que soient les raisons qui l'ont poussé à faire ces révélations, il a cité des faits, énuméré des actes commis dans des lieux précis, donné des chiffres.

Dans n'importe quel pays au monde, les déclarations de M. Abdelwahab Nouri auraient déclenché des procédures connues : dépôt de plainte, enquête judiciaire, une multitude d'enquêtes journalistiques pour savoir qui a accordé quelle faveur à qui, enfreignant quelle loi, provoquant quel préjudice à la collectivité. Quelles ont été les réactions en Algérie? Le ministre de la justice Tayeb Louh a suggéré à M. Nouri de s'adresser à la justice! Le premier ministre Abdelmalek Sellal est allé plus loin, minimisant l'affaire et la réduisant à une simple erreur rapidement réparée. « L'erreur est réparée. On n'en parle plus », affirme M. Sellal, dont les propos ont été rapportés par la presse. Cette affaire « n'en est pas une», dit-il.

Non sens

Résumons-nous : dans un pays où le président est absent, l'exécutif s'est exprimé en ordre dispersé, provoquant une véritable cacophonie. Le législatif a gardé le silence, comme toujours. La justice n'a pas bougé. La presse, incapable d'enquêter, se rend compte de son impuissance et de la vanité de sa liberté. Circulez, il n'y a rien à voir. Le dossier est clos.

Ni les trois pouvoirs conventionnels, ni le prétentieux quatrième pouvoir, n'ont influé sur le cours des évènements, alors qu'il s'agit d'un « scandale », d'un « crime », selon les termes d'un ministre en exercice. Résultat : la défiance des citoyens envers le pouvoir, qu'on croyait arrivée à son paroxysme, a encore de la marge. Non seulement le citoyen n'a plus confiance, mais il constate que ceux qui sont chargés de gérer les affaires du pays ne font rien. Face à l'adversité, il encaisse, il contient sa colère, jusqu'au moment où il a l'opportunité d'exploser. Cela débouche sur l'absurde : à Annaba, des habitants en colère ont brûlé un train, après qu'un passant ait été happé par la locomotive, selon des informations de presse.

Comment positiver quand le non sens atteint cette ampleur?

par Abed Charef

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 11:43
Portrait de la petite Nihal

Portrait de la petite Nihal

Dans les Etats modérés, l'amour de la patrie, la honte, la crainte du blâme sont des motifs réprimants qui peuvent arrêter bien des crimes. La plus grande peine d'une mauvaise action sera d'en être convaincu.

Les lois civiles y corrigeront donc plus aisément et n'auront pas besoin de tant de force.

Dans ces Etats, un bon législateur s'attachera moins à punir les crimes, qu'à les prévenir.

Il s'appliquera plus à donner des mœurs qu'à infliger des supplices.»

Montesquieu «De l'Esprit des Lois»

Je considère que discourir sur la légitimité de la peine de mort appréhendée uniquement sous le prisme de la Peine/Rétribution selon une vision Kantienne irréductible (1) ne fera qu'alimenter un faux débat si nos efforts se réduisent à mettre uniquement en place des opérations de lynchage ponctuel et de show juridico-médiatique sans prospecter les autres moyens qui consistent à disséquer le phénomène criminel dans toute sa complexité. De toutes les manières il y aura toujours sur une rive les fervents zélateurs de l'éradication, prompts à abattre le criminel, ce microbe social à l'égard duquel l'unique traitement demeure une exérèse salutaire qui servira l'ensemble du corps social et sur l'autre rive les abolitionnistes, détracteurs d'une méthode jugée aussi barbare que le forfait lui-même.

Car, en fin de compte, quelle que soit la nature du châtiment, aussi impitoyable soit-il, ou aussi charitable et humain, rien ne pourra ressusciter ou se substituer à ces êtres chers que ce destin funeste fauche et dérobe de la manière la plus insoutenable.

Je suis plus intransigeant que ceux qui prônent la peine de mort, j'aurais voulu que le temps s'arrête, que je fasse un saut dans le passé, que je remonte le temps afin de scruter les cieux et anticiper ces coups meurtriers, lâches et invisibles qui dévalent de l'obscurité et de l'inconnu ; j'aurais fait en sorte que le crime ne survienne jamais, me balader dans le temps, utiliser cette préscience d'Al-Khidr (mentor de Moïse), et ainsi me délecter à zigouiller tous ces meurtriers avant qu'ils ne passent à l'acte. J'aurai voulu jouer au remake du film «Minority Report» et neutraliser le criminel avant que lui-même ne songe à commettre son crime.

Vaine utopie et vœux absurdes ! Des sociétés pareilles ne peuvent exister. Notre cher sociologue Durkheim chômera dans un monde aussi prévisible et formaté à volonté. Une société sans crime est tout simplement inconcevable et anormale.

Le véritable enjeu c'est de s'ingénier à rendre la sanction et la peine profitables et utiles pour l'ensemble de la société, en tout temps et en tout lieu, une sanction qui à la fois punira le délinquant, réparera le tort porté à notre conscience collective outragée, vengera le mal causé aux victimes, apaisera le chagrin des familles, empêchera ces mêmes monstruosités d'endeuiller d'autres familles, et par la même occasion amendera le délinquant pour en faire un citoyen vertueux sinon peu enclin à récidiver.

Puisque désormais le crime est unanimement considéré comme un phénomène normal et constitutif de toute société saine. Dans la mesure où sa définition même demeure étroitement liée à son pouvoir d'«offenser les états forts et définis de la conscience collective» (2) laquelle se hâtera à son tour de réclamer impérieusement des réparations immédiates par le biais d'un châtiment, on ne peut dès lors empêcher que cette même «conscience collective offensée» ne vienne revendiquer à tout moment le droit de mettre en œuvre les mesures qu'elle juge appropriées afin de juguler ce mal ontologiquement inévitable. Ainsi, la peine de mort fait donc partie de ces ripostes, de ces postulats, de ces alternatives, de ces échappatoires ultimes et fort regrettables, et notamment lorsque le crime déborde de sa «normalité» tolérable et gérable pour devenir malsain et «pathologique» selon les critères d'une société algérienne qui dans sa mue chaotique se réveille chaque jour malmenée par des faits inédits et étrangers à ses pseudos-traditions qui se trouvent menacées par un mode de subsistance de type nouveau, universel, pour lequel nous avons opté sans discernement et qui implique forcément en retour une anomie manifeste, certainement inattendue mais totalement prévisible et inéluctable. (Criminalité, Divorce, Toxicomanie, suicide, avortement, violences en milieu scolaire, prostitution, rackets, kidnapping, harcèlements sexuels, Harragas, Hécatombes dus aux accidents de la route…)

La société algérienne a insidieusement subi des bouleversements assez significatifs qui ne manqueront pas de charrier immanquablement toutes sortes de phénomènes qui nous paraissent aujourd'hui insolites, pathologiques, voire «sacrilèges» selon les codes sacrés d'une société traditionnelle qui découvre impuissante et éberluée ses valeurs ancestrales brutalement bafouées.

Alors que d'un point de vue sociologique, nous ne faisons que vivre allégrement des expériences tout à fait ordinaires car communes à d'autres sociétés, et subir les mêmes scénarios auxquels, à un certain moment de leur histoire, toutes les autres sociétés ont été confrontées

Les choix que nous jugeons légitimes dictés implacablement par l'émotion instantanée sont-ils toujours et absolument efficaces ou faut-il sereinement envisager d'autres mesures mieux conçues, globales et pérennes ?

Toutes les études tendent à démontrer que la peine de mort ne possède aucun effet dissuasif probant pour qu'elle puisse constituer la panacée juridique.

La peine de mort a été abolie au Canada depuis 1976, et aussi bizarre et inattendu, le nombre d'assassinats a diminué avec un taux d'homicide qui demeure plus d'un tiers inférieur à ce qu'il était en 1976. Aux États-Unis, en revanche, le taux d'homicide est plus élevé dans les États qui pratiquent l'exécution capitale que dans ceux qui y ont renoncé. Suite à des études comparatives sur les taux d'homicides à Hong Kong, où la peine de mort est abolie, et à Singapour, qui compte à peu près le même nombre d'habitants et où la peine de mort est toujours en vigueur, Il en ressort que la peine de mort n'a guère eu d'impact sur le taux de criminalité.

Bien évidemment, rien n'est irréversible, et c'est toujours cette même «conscience collective outragée» qui détermine la nature de la peine.

Une dizaine d'années après que le Canada paraissait avoir définitivement tourné le dos à la peine capitale, en 1987, la question de rétablir la peine de mort sera votée dans la Chambre des communes, les résultats( 148 voix contre 127 de ne pas relégaliser la peine capitale ) démontrent que le débat entourant la peine de mort au Canada est loin d'être clos et dénote une certaine ambivalence du gouvernement dans ce dossier qui divise encore l'opinion publique dont une partie assez importante n'a jamais cessé de croire aux vertus de ce châtiment suprême. (63 % des Canadiens -58 % des Québécois- se disent en faveur de la peine de mort)

Dans l'état actuel des choses, en Algérie, Il serait toutefois totalement malhonnête et irresponsable de répondre aux sollicitations pressantes d'un affect exacerbé sans prendre le soin d'étudier les mécanismes étiologiques complexes qui déterminent le phénomène criminel dans toute sa complexité Cette colère et vindicte populaire surchauffées par une hypermédiatisation des réseaux sociaux et autres mass-médias en mal de scoop, risque de se limiter à un simple désir de lynchage qui fera dans l'immédiat office d'un neuroleptique, succédané à effet symptomatique éphémère qui réparera sans doute ponctuellement cette «offense ignoble porté à notre conscience collective». Mais dans ces conditions nous ne pourrons jamais tirer les enseignements nécessaires, à commencer par prendre conscience que nous récoltons toujours les criminels que nous méritons. Se venger de manière sommaire et expéditive, c'est se refuser cette opportunité à une introspection fondatrice d'un ordre nouveau.

Une introspection qui commencera par pointer du doigt nos responsabilités respectives ainsi que nos défaillances.

Il serait aussi contre-productif, dans la lutte contre le crime et de toutes les autres formes de déviance, de prôner une politique pénale exclusivement «rétributive» et dont l'effet dissuasif restera à démontrer lorsqu'il n'est pas souvent quasi nul.

Le système pénal a été depuis plus de trois siècles fécondé par une pensée pénologique profuse, controversée mais surtout assez enrichissante car ouverte à tous les compromis et négociations possibles afin de répondre à toutes les sollicitations. C'est au moyen de cette synthèse élaborée et tirée des enseignements des écoles pénales diverses que la justice pénale moderne essaye de traiter et circonscrire le phénomène criminel.

Le crime est multiple, imprévisible, multiforme, volubile, dynamique ; une entité vivante et qui se régénère à l'infini. En appliquant la peine de mort, vous exécuterez certainement le criminel, toujours un seul criminel à la fois et ponctuellement mais sans pour autant mettre fin au crime en tant que fait social, humain et immémorial.

Nous devons en permanence combiner, échafauder des stratagèmes, antédelictum et à la mesure de nos aberrations sociales.

Tout le monde a pu se souvenir de la quiétude et la situation sécuritaire qui prévalait à l'époque du président Boumediene. Cette quiétude n'était pas forcément due au caractère répressif de l'Etat mais à la crainte que suscitait dans notre conscience collective le pouvoir répressif de l'Etat, une force coercitive et dissuasive omniprésente qui monopolise les espaces et les consciences. Le célèbre philosophe et criminaliste Cesare Beccaria avait évoqué cette notion de l'utilité et de l'efficacité de la promptitude du châtiment nous dévoilant par là que c'est dans l'esprit humain qu'il faut injecter des injonctions subliminales : «moins il s'écoule de temps entre l' action et le supplice qu'elle a mérité, plus s'unissent dans l'esprit, d'une manière ineffaçable, ces deux idées : crime et châtiment, de sorte qu' il considère insensiblement la punition comme un effet certain et inséparable de sa cause. Il est démontré que l'union des idées est le ciment qui lie tout l'édifice de l'entendement humain.»(3)

Nous devons utiliser notre colère et notre intelligence non pas pour réagir et punir de manière théâtrale le crime une fois perpétré mais davantage pour empêcher sa reproduction et sa propagation de manière exponentielle.

Si toute la panoplie de nos châtiments ne servira en fin de compte qu'à rendre pour un moment les corps dociles, l'échec est déjà au seuil de nos institutions et le crime sera toujours prospère.

La société, dans toutes ses composantes (Familiale, religieuse, juridique, politique, répressive) doit en permanence jauger minutieusement les effets de sa politique pénale afin de parer au moment opportun à tout dysfonctionnement néfaste pour le corps social ; chose qui nous incite d'ailleurs, à l'instar de tous les autres pays, à revisiter cette problématique séculaire qui est à la source de toutes nos lois : Quel sens et quelle forme donner à la peine ?

Même si notre égo ou notre abyssale et complaisante ignorance nous fait penser le contraire, la réalité nous indique hélas que nous sommes très loin de nous acquitter convenablement et de la manière la plus rationnelle et objective de toutes les taches qui nous incombent : La prise en charge de notre jeunesse. L'éducation de nos enfants. L'exercice intégral de notre citoyenneté. La préservation de notre concitoyenneté. La consolidation et l'affranchissement du système judiciaire. L'édification d'un système scolaire mis à l'abri de ces pratiques moyenâgeuses qu'il nous a été donné de voir, spectacle affligeant où comme toujours ni le progrès, ni la science, ni le futur ne semblent préoccuper nos apprentis sorciers en lice. La mise en pratique de notre religiosité dans un monde multiple qui impose une coexistence d'idées et de valeurs diverses sous les auspices d'une intelligence commune, pacifique et fédératrice, juste et éclairée. L'urgence d'une économie libérée, sensée et intelligente tributaire d'une intelligence économique gérée par des génies créateurs et non pas par de mauvais génies.

«L'exigence de la justice a sa racine dans l'affirmation radicale que l'autre vaut en face de moi, que ses besoins valent comme les miens.» (4)

Cette exigence de la justice, implique inconditionnellement que nous concevions notre vivre ensemble selon la fameuse formule Kantienne : «Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen».

Références :

1- Emmanuel. Kant, Métaphysique des mœurs, Doctrine du droit (1796)

Pour Kant, La peine est tournée vers le passé, vers l'acte commis. Elle a une fonction d'expiation et beaucoup moins de dissuasion. Se justifiant par elle-même sans aucun autre but que celui de punir et préserver une certaine notion d'une justice implacable et étonnante «La loi pénale est un impératif catégorique, et malheur à celui qui se glisse dans les sentiers tortueux de la doctrine du bonheur pour y trouver quelque avantage dont l'espérance dissipe à ses yeux l'idée de la punition, ou seulement l'atténue… car, quand la justice disparaît, il n'y a plus rien qui puisse donner une valeur à la vie des hommes sur la terre»

Il y a probablement des vertus cachées dans la rigueur de ce dogme. On retrouve cette même intransigeance dans le texte coranique «La loi du talion constitue pour vous une garantie de vie, ô gens doués d'intelligence. Peut-être finirez-vous ainsi par craindre Dieu.» (Al-Baqara-180)

On peut remarquer cette similitude dans les textes qui met en lumière cette indissociable et essentielle relation entre l'exigence d'exécuter la loi et la préservation de la vie (société – ordre – harmonie – paix - sécurité…)

2- É. Durkheim «Définitions du crime et fonction du châtiment» (1893)

3- C. Beccaria, «Des délits et des peines» (1765)

4- P. Ricoeur, Philosophie de la volonté

par Mohamed Mazouzi, universitaire

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