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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 11:27
Relations algéro-françaises : tenir compte de 18 réalités pour un partenariat gagnant/gagnant

Au moment de la consolidation des grands ensembles, enjeux de la mondialisation, je suis persuadé du nécessaire rapprochement entre l'ensemble des pays du Maghreb et d'une intensification de la coopération avec la France et l’Algérie via l'Europe/les USA/la Chine à la mesure du poids de l'histoire qui nous relie. Il s’agit de replacer ale chaque pays dans son contexte économique et social.


1.- En 2013, selon les statistiques de l’OMC, les exportations françaises de biens ont été de 580 milliards de dollars dont l’agriculture et l’agro-industrie 61,5%. Le montant des services pour 2013 a été de 234 milliards de dollars donnant un total de biens de services qui dépasse 874 milliards de dollars soit treize fois les exportations algériennes actuelles

2.- La France est un des plus grands exportateurs également de services et un des pays touristiques les plus visités au monde, le 3ème mondial derrière les USA et l’Espagne, le tourisme représentant 7,4% du PIB , 84,7 millions de visiteurs en 2013 avec une recette pour près de 48 milliards de dollars .

3.- Les importations ont été de 681 milliards de dollars dont l’énergie et les industries extractives pour 58,1% et les importations de services ont été de 188 milliards de dollars.

4.- Le produit intérieur brut français (PIB) de 2014 est estimée à 2902 milliards de dollars à prix courants extrapolé à 2935 milliards de dollars en 2015 pour une population estimée au 01 janvier 2015 à 66,3 millions d’habitants contre 39,5 millions pour la même période en Algérie

5.- Pour l’indice de développement humain(2014) , indicateur beaucoup plus fiable que le taux de croissance global, IDH la France est classée en 20ème position en 2014 et l’Algérie 94ème.

6.- Le PIB Algérie est estimé au cours de 79 dinars un dollar (si l’on applique le cours de 95 dinars un dollar le PIB est moindre) à 196,46 milliards de dollars en 2013 et 224 milliards de dollars en 2014. Mais l’on doit tenir compte que 80% des segments sont irrigués par les hydrocarbures.

7.- La chute du cours des hydrocarbures et par-là la baisse des réserves de change expliquent le dérapage du dinar en ce mois d’octobre 2015 approchant 106 dinars un dollar contre 79 début 2014, 119 dinars un euro contre 80/85 dollars en janvier 2014. La valeur du dinar algérien et le pouvoir d’achat sont corrélés à 70% par la rente de hydrocarbures que l’on soutient artificiellement par les subventions et les transferts sociaux toujours via la rente (60 milliards de dollars entre subventions et transferts sociaux soit 27/28% du PIB)

8.- Ce glissement du dinar à la baisse tant par rapport au dollar qu’à l’euro entraînent un accroissement de l’inflation importée où 70/75% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15% provenant de l’extérieur.

9.- Les exportations totales Algérie en 2014 ont été d’environ 62 milliards milliards de dollars y compris les 3/4% hors hydrocarbures et les importations algériennes de biens 58,3 milliards de dollars auquel il faut ajouter 11,5 milliards de dollars de services, une sortie de devises avec les transferts légaux de capitaux de plus de 75 milliards de dollars alors que les recettes attendues de Sonatrach en 2015 ne dépasseront as 34 milliards de dollars avec une tendance identique en 2016..

10.- Les exportations algériennes à destination de la France ont été selon les statistiques officielles algériennes de 6,744 milliards de dollars et les importations de 6,342 milliards de dollars. Les échanges pour 2014 entre l’Algérie et la France sont en valeur de 13,086 milliards de dollars.

11.- Pour la Chine, nous avons une situation totalement déséquilibrée en défaveur de l’Algérie 8,2197 milliards de dollars pour les importations alors que les exportations de l’Algérie vers la Chine ne sont que de 1,817 milliards de dollars.

12.- La France reste pourtant le premier investisseur hors hydrocarbures en Algérie avec un stock d’IDE estimé par l’ambassade de France à Alger de 2,2 milliards de dollars fin 2012 avec une part de marché de 10,9% derrière la Chine (14,0% de part de marché). Les principaux postes d’exportations françaises demeurent les céréales (20,2% du total), les véhicules automobiles (12,2%) et les produits pharmaceutiques (11,1%). En retour, les importations françaises se composent à 95% d’hydrocarbures.

13.- Selon les données du trésor français, quelque 6.000 sociétés françaises exportent en Algérie, 450 ayant permis de créer 40.000 emplois directs et 100.000 emplois indirects.

14.- L’’Algérie entend pas être un marché mais veut bénéficier des apports d’un véritable partenariat gagnant/gagnant, avec la majorité des pays. Et c’et dans ce cadre que doit rentrer un partenariat gagnant/gagnant entre l’Algérie et la France, loin de tout préjugé et esprit de domination. il faut revoir l’actuelle politique industrielle qui doit être adaptée aux nouvelles mutations mondiales. Comme doit être spécifié d'une manière claire ce que l'on entend par partenariat gagnant/ gagnant ou encore les co-localisations, à travers de nouveaux réseaux, afin d'élaborer des projets fiables dans le temps pour une prospérité partagée entre l'étranger et le local.

15.- En dehors des secteurs stratégiques qu'il s ‘agit de définir clairement car ce qui est stratégique aujourd'hui peut ne pas le devenir demain, étant historiquement datée, il y a lieu de dresser le bilan, sans passion idéologique, de la règle des 49/51% , devant introduire d'autres critères plus objectifs comme une balance devises, technologique et managériale profitable à l'Algérie. Cela passe par une démystification idéologique vis-à-vis de l'entrepreneur privé qu'il soit algérien ou international.

16.- En cette ère de mondialisation, il me semble erroné de parler de stratégie industrielle, ce qui supposerait une autonomie totale de la décision économique surtout pour un micro-Etat comme l'Algérie, d'où l'importance d'espaces économiques fiables maghrébin, euro-méditerranéen et africain, espace naturel de l'Algérie Sous réserve d’une réorientation de la politique socio-économique assistant au niveau mondial à l'évolution d'une accumulation passée se fondant sur une vision purement matérielle, caractérisée par des organisations hiérarchiques rigides, à un nouveau mode d'accumulation fondé sur la maîtrise des connaissances, des nouvelles technologiques et des organisations souples en réseaux comme une toile d'araignée à travers le monde avec des chaînes mondiales segmentées de production où l'investissement, en avantages comparatifs, se réalisant au sein de sous-segments de ces chaînes..

17.- S’impose pour l’Algérie, une révision de l'actuelle politique socio-économique qui a concentré ses dépenses monétaires avec des surcoûts exorbitants à plus de 70% sur les infrastructures et en réhabilitant l'entreprise et l'économie de la connaissance (10/12 milliards de sorties de devises pour le poste services entre 2012/2014). Il faut avoir une vision d'ensemble, une approche basée sur une identification claire des missions et responsabilités et une restructuration des fonctions et des services chargés de la conduite de toutes les activités administratives, financières, techniques et économiques.

18.- Le partenariat gagnant/gagnant n’est possible que si l’on libère les initiatives créatrices, la liberté d’entreprendre par la levée des contraintes qui freinent l'épanouissement de l'entreprise qu'elle soit publique ou privée, locale ou internationale dont la bureaucratie étouffante, le système financier qui favorise l'importation, le système socio-éducatif en misant sur la qualité qui s'est effritée et non la quantité et l'épineux problème du foncier. Fondamentalement, la réussite du partenariat industriel national et international est réalisable par une autre gouvernance, une vision cohérente se fondant sur des réformes structurelles tant politiques, sociales (dont le marché rigide du travail) qu'économiques. Pour cela, la dominance de la démarche bureaucratique devra faire place à la démarche opérationnelle tant démocratique, tenant compte de son anthropologie culturelle, sur le plan politique qu’économique. Bonne gouvernance et valorisation de l’économie de la connaissance, avec toutes ses immenses potentialités, l’Algérie peut aspirer à devenir un pays pivot au sein de l’espace méditerranéen et africain.

Dr Abderrahmane Mebtoul, professeur des université
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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 12:48
Le ralentissement de la demande chinoise impacte négativement le marché pétrolier

Le ralentissement de la demande chinoise impacte négativement le marché pétrolier

Les cours du pétrole perdaient du terrain hier lors d’échanges européens, dans un marché morose après les chiffres sur la croissance et la production industrielles en Chine.

Vers 17h (heure d’Alger), le baril de brent de la mer du Nord, pétrole de référence pour le Sahara blend algérien, pour livraison en décembre, valait 48,87 dollars sur l’InterContinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 1,60 dollar par rapport à la clôture de vendredi. Dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de light sweet crude (WTI) pour livraison en novembre perdait 1,20 dollar à 46,52 dollars.

Les prix du pétrole débutent donc la semaine dans le rouge, sur fond de données économiques chinoises faibles, estimaient les analystes de Commerzbank, cités par l’AFP. La croissance de la demande chinoise de pétrole, qui a chuté de 1,8% sur un an en septembre, a déçu les investisseurs, affirmait, quant à lui, Bjarne Schieldrop, analyste chez Seb Markets. La croissance du PIB chinois a ralenti, d’après les chiffres officiels publiés hier, à 6,9% sur un an, au troisième trimestre de l’année, soit la plus faible performance trimestrielle de la deuxième économie mondiale depuis la crise financière de 2009.

La production industrielle du pays a essuyé en septembre un ralentissement très marqué, avec une hausse de 5,7% sur un an, selon le Bureau national des statistiques. Même les ventes au détail, jugées comme le baromètre de la consommation des ménages chinois, n’ont connu qu’une très légère accélération, augmentant de 10,9% sur un an. Globalement, ces indicateurs décevants confirment les difficultés du principal moteur de la croissance planétaire.

Mercredi dernier, la banque d’investissement internationale, Goldman Sachs, révélait que les pays émergents, dont la Chine, sont fortement touchés par la troisième phase de la crise financière mondiale, qui a débuté en 2007. «L’incertitude accrue quant aux retombées de l’affaiblissement des économies des pays émergents, la chute des prix des matières premières et potentiellement la hausse des taux d’intérêt américains ont soulevé de nouvelles inquiétudes quant à la pérennité de la hausse des prix des actifs, marquant une nouvelle vague de la crise financière mondiale», écrivait une équipe d’analystes de Goldman Sachs, dirigée par Peter Oppenheimer.

Et d’ajouter : «Les marchés émergents étaient en pleine phase optimiste, portés par des taux très profitables aux Etats-Unis. Mais au moment où l’Europe est entrée dans une phase de croissance en 2012, boostée par la politique agressive de l’Union européenne, les marchés émergents sont entrés dans leur phase de déprime.» Cette troisième vague de la crise économique mondiale, qui coïncide avec l’effondrement des prix de matières premières dont les hydrocarbures, intervient après les crises de la bulle immobilière américaine en 2008 et de la dette européenne en 2011.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 14:55
Le ministre russe de l'énergie Alexander Novak

Le ministre russe de l'énergie Alexander Novak

Sur les marchés européens, le baril de brent de la mer du Nord, pour livraison en décembre, valait, vers 11h GMT, 50,19 dollars sur l’InterContinental Exchange (ICE) de Londres, enregistrant une progression de 46 cents par rapport à la clôture de la veille.

Même son de cloche de l’autre côté de l’Atlantique.

A 13h15 GMT, le cours du baril de light sweet crude (WTI), pour livraison en novembre, gagnait 87 cents à 47,25 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex).

Un rebond alimenté, selon les analystes du marché, par les nouvelles faisant part d’une baisse de la production américaine de pétrole.

En effet, durant la semaine close le 9 octobre, cette dernière a baissé de 76 000 barils par jour (bj), pour atteindre 9,096 millions de b/j, son plus bas niveau depuis novembre 2014. Un élément qui alimente d’ailleurs les espoirs de rééquilibrage de l’offre et de la demande sur le marché, ceci, d’autant que les mauvais résultats enregistrés par certaines sociétés de services pétroliers, à l’image de Schlumberger qui a vu ses résultats trimestriels divisés par trois, donnent la mesure du ralentissement de l’activité dans le secteur et laisse présager un ralentissement de la production.

Mais, au-delà de ce facteur qui prédétermine les perspectives concernant les fondamentaux du marché, la perspective de voir la Russie —deuxième plus gros producteur de pétrole, hors OPEP, derrière les Etats-Unis — évoquer la possibilité de réduire sa production semble pousser les marchés vers plus d’optimisme.

Il est vrai que le ministre russe de l’Energie, Alexander Novak, cité par l’agence Bloomberg, a déclaré depuis le Kazakhstan jeudi que la «Russie était prête à discuter d’une fourchette de prix et de la réduction de la production quand elle rencontrera les pays producteurs de l’OPEP, la semaine prochaine».

C’est une première, un fait inédit !

Moscou semble ainsi chercher l’apaisement, une trêve dans cette guerre des prix que mène l’Arabie Saoudite depuis plus d’une année, et dans laquelle, les Russes semblent perdre quelques plumes.
Le grands Ours Blanc s’agace d’ailleurs de l’arrivée de l’Arabie Saoudite en tant que fournisseur de pétrole de la Pologne, marché traditionnellement dominé par les Russes. D’ailleurs, Igor Setchine, directeur général du géant pétrolier russe Rosneft, estime que Riyad pratique résolument le dumping.

Moscou, selon les analystes marchés cités par Reuters et Bloomberg, l’Arabie Saoudite anticipe l’arrivée de plus grandes quantités de brut irakien et iranien sur le marché en ciblant de nouveaux marchés, notamment sur chasse gardée de Rosneft. Un contexte qui a d’ailleurs du mal à s’accorder avec les professions de foi de part et d’autre sur une volonté commune d’engager un dialogue entre OPEP, et producteurs hors OPEP.

Transcender les divergences

Certes, le ministre russe de l’Energie a fait part, au début du mois d’octobre, de la disposition de Moscou à discuter avec les producteurs OPEP et hors OPEP du marché mondial. Ce à quoi le secrétaire général de l’OPEP, Abdullah Al Badr, a rétorqué que l’Organisation basée à Vienne «devrait coopérer avec des producteurs non membres de l’OPEP pour s’attaquer au problème de l’offre excédentaire de pétrole sur le marché mondial».

Une réunion est d’ailleurs prévue le 21 octobre, à Vienne, pour examiner la proposition vénézuélienne, visant à instaurer un prix plancher de 70 dollars. Cette rencontre devrait d’ailleurs réunir les membres de l’OPEP ainsi que d’autres producteurs comme l’Azerbaïdjan, le Brésil, la Colombie, le Kazakhstan, la Norvège, le Mexique, Oman et la Russie.

L’ancien ministre vénézuélien du Pétrole, Rafael Ramirez, a déclaré à Reuters que la proposition de son pays reviendrait à réintroduire un ancien mécanisme consistant à baisser progressivement la production pour contrôler les cours, avec un «premier plancher» à 70 dollars le baril et un objectif ultérieur de 100 dollars.

Cependant, bien que cette proposition soit ambitieuse, elle devra passer l’épreuve du terrain et transcender les intérêts contradictoires des différents protagonistes. Pierre Terzian, directeur de Petrostratégies, nous confiait mardi que «tous les pays membres de l’OPEP savent pertinemment, en raison de leur expérience historique, qu’il n’y a pas grand-chose à attendre de la part des pays non OPEP».

Et d’ajouter : «Les réductions de production que certains non OPEP ont appliquées, par le passé, n’ont pas dépassé les quelques centaines de milliers de b/j, et ont, au final, été du fait du Mexique.

Reste à savoir si l’ennemi commun — les schistes américains — permettra de transcender les divergences. 

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 14:52
Mourad Ouchichi

Mourad Ouchichi

- La hausse de la consommation ces dernières années, celle des salaires et des dépenses, l’acquisition des biens de consommations durables nous donnent-ils une idée précise sur le profil de la classe moyenne algérienne ?

Nous croyons que le concept de classe n’est pas vraiment adéquat pour ce qui est de l’Algérie, nous lui préférons de loin le terme de couches sociales. Pourquoi ? L’Algérie n’est pas dans un système capitaliste dans lequel la création de richesses et l’accumulation du capital provient du travail. Elle n’était pas non plus socialiste jusqu’à la fin des années 1980. C’est pourquoi il est plus judicieux de parler d’une économie administrée pour ce qui est de la période anté-1980, et de l’économie semi-administrée de 1989 à nos jours.

Dans les deux cas, l’Algérie évolue dans une économie rentière à couches sociales mouvantes et sans conscience de classe au sens historique du terme. Nous n’avions pas une classe prolétaire au sens classique du terme lorsque le régime définissait son système de socialiste et nous n’avons pas de bourgeoisie non plus quand le discours officiel qualifie notre système économique de libéral ou de marché. On est dans un système précapitaliste obéissant à ce que K. Marx appelle «l’accumulation primitive du capital». Dans un tel système, les rentes et les positions rentières prédominent et la formation de classes sociales se fait dans la violence (sous toutes ses formes) et la prédation généralisée.

Au sommet de la pyramide sociale, ce n’est pas la bourgeoisie qui règne mais des riches prédateurs et en bas ce ne sont pas des prolétaires, mais juste des journaliers. Entre les deux, il y a bien évidemment ceux qui gagnent leur revenu par le travail - de l’entrepreneur honnête à l’ouvrier correct - et ce sont eux qui sont objet de tous les chantages et ponctions ; en bref, ils sont les premières et les dernières victimes de ce genre du système.

- La redistribution sous différentes formes de la rente (subventions, Ansej, hausse de salaires) n’a-t-elle pas plutôt favorisé la création d’une classe moyenne que les spécialistes définissent comme «flottante», plus fragile et plus susceptible de retomber dans la pauvreté en période de crise ?

La couche moyenne dont vous parlez est effectivement flottante et éphémère, car elle ne tire pas son revenu d’un système économique créateur de richesses. Il y a eu dans ce pays une sorte de «dopage» social intenable. La rente permet de créer des couches sociales artificielles en fonction de la conjoncture politique et des visées des dirigeants. La «classe» moyenne va certainement retomber dans la précarité, car le régime n’aura plus les moyens de l’entretenir.

- Y a-t-il avec la crise qui se profile et au vu des mesures d’austérité qui sont et seront prises un risque réel de voir la société divisée en deux catégories : celle des riches et celle des pauvres ?

La couche sociale artificielle créée par la redistribution de la rente va pâtir du fait des mesures d’austérité prises maintenant et ultérieurement. Notre système est construit sous forme de cercles concentriques qui s’élargissent et se rétrécissent en fonction des conjonctures. Dès que la rente est abondante, le cercle des bénéficiaires s’élargit, c’était le cas avec les plans anti-pénuries des années 1980 et les années 2000. Maintenant que la rente baisse, le cercle des profiteurs va se rétrécir naturellement. On se dirige naturellement vers une société à deux
couches : celle qui contrôle directement la rente, et celle qui paye le prix des ajustements de la gestion de cette même rente.

- Quels peuvent être les moyens de résilience s’il y en a pour ces catégories de population ? Peuvent-ils capitaliser sur l’épargne par exemple ?

Dans un pays à système économique obéissant aux règles du marché, l’épargne constitue un apanage pour les moments de crise, mais chez nous les gens ne sont pas dans une perspective d’épargne, car ils savent, par expérience, que le dinar perd de sa valeur du fait de l’inflation structurelle. Il n’est donc pas possible de tabler sur l’épargne.

Ce qui va se passer, et cela est souligné plus haut, une fracture prononcée au sein de la société entre les riches et les pauvres. Mais la question qui se pose est celle de savoir pourquoi la valeur du dinar est en chute permanente. L’inflation est l’expression d’une injection des sommes monétaires colossales sans contrepartie en biens et services produits par l’économie nationale.

Comme l’Algérie est dépendante totalement de la rente pétrolière et que le régime injecte systématiquement des sommes colossales pour assurer la paix sociale, le dinar est devenu une monnaie de singe. Il est d’ailleurs significatif de constater que les algériens s’empressent à convertir leurs gains en euros ou en dollars, car ils n’ont aucune confiance dans le dinar. A ce propos, il est temps de rappeler que l’Algérie doit aller vers une adoption d’un nouveau dinar convertible, donc soumis aux règles de la concurrence internationale.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 14:45
Austérité et hausse des prix en 2016 : Des budgets serrés pour les couches intermédiaires

Représentant les trois quarts de la population, la classe moyenne sera difficilement épargnée par l’austérité qui se profile.

Le projet de loi de finances 2016 adopté récemment en Conseil des ministres a déjà prévu des hausses de taxes, de tarifs et de droits de douanes sur un nombre de produits et de postes de consommation dont certains de base comme l’électricité et le carburant dans un contexte où les hausses de salaires sont annihilées par la chute vertigineuse du dinar.

Le salaire moyen en Algérie est d’un peu plus de 36 000 da par mois, mais près d’un quart des effectifs employés (les travailleurs dans l’administration) touchent moins de 35 000 da.
Les cadres qui ont les salaires les plus élevés, selon le niveau d’éducation, ne représentent que 17% des effectifs, alors que les agents d’exécution (59% des effectifs) ont une moyenne de salaire de 21 000 da.

Globalement, 8 salariés sur 10 touchent moins de 40 000 da par mois et un peu plus de la moitié d’entre eux touchent 25 000 da et moins. En s’attaquant à la consommation des produits énergétiques, le gouvernement semble vouloir faire d’une pierre plusieurs coups : s’adjuger des recettes fiscales supplémentaires, inciter à l’économie de l’énergie et à la consommation de carburants moins polluants. Ainsi, le projet de loi de finances 2016 a prévu une hausse de la TVA de 7% à 17% pour les consommations d’électricité au-delà de 125 kwh, soit la tranche sociale pour laquelle le KW est facturé à 1,77 DA.

Il faut savoir qu’avec une TVA à 7% appliquée séparément sur la consommation du gaz et de l’électricité, les taxes peuvent représenter jusqu’à 10% de la facture et sans doute plus après la hausse prévue à partir de janvier. De quoi plomber les budgets des ménages à faibles et moyens revenus.

Selon les données de l’Office national des statistiques (ONS) relatives aux dépenses de consommation, pour les 20% de la population possédant les salaires les plus bas les charges liées à l’électricité, au gaz et à l’eau représentent 1/3 des dépenses. Plus les salaires augmentent, moins ces charges pèsent lourd. Ainsi, ces charges ne représentent que 1/5 pour les 20% de la population avec les salaires les plus élevés. Pour les catégories intermédiaires, ces chargent pèse près du quart (22%).

Plus de charges pour les véhicules

Mais c’est sans doute les automobilistes qui payeront le prix fort sachant que les deux tiers du parc automobile sont constitués de véhicules de tourisme et que plus de 50% des ménages en possèdent un. Le projet de loi de finances 2016 prévoit une hausse des vignettes automobiles qui touchent aussi bien les véhicules utilitaires, de transport que les véhicules de tourisme.

Elles oscillent entre 3000 et 18 000 da pour les premiers, et entre 500 et 10 000 da pour les seconds en fonction de l’âge du véhicule. Plus le véhicules est neuf, plus la vignette est élevée. Il faut savoir que 20% des véhicules de tourisme mis en circulation à la fin de l’année 2013 avaient 3 ans d’âge.

Outre les vignettes, la hausse des prix du carburant fera également des victimes, précisément ceux qui roulent au gasoil dont la TVA pourrait passer de 7% à 17%. Selon les statistiques de l’ONS, un véhicule de tourisme sur 5 roule avec ce carburant. Rapporté au parc d’automobile global, c’est un véhicule sur 3 qui est dans cette situation.

Pour ceux qui ne possèdent pas de véhicule, les effets de la hausse des prix du gasoil se feront ressentir par ricochet pour ceux qui utilisent les transports en commun, sachant que 9 autocars/autobus sur 10 carburent au gasoil, et pour les consommateurs des produits agricoles dont les prix risquent de flamber considérant que 97% des tracteurs utilisés par les agriculteurs roulent au gasoil.

Pour le reste, il faut prévoir des hausses de droits de douane et de TVA pour les futurs acquéreurs et utilisateurs de matériels informatiques et de la 3G respectivement. Le doublement de la taxe sur le chiffre d’affaires qui pourrait toucher les opérateurs de la téléphonie mobile ne manquera sûrement pas d’être répercuté sur les usagers également. Beaucoup de ceintures à serrer en perspective.

Safia Berkouk

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 14:33
La répartition de la classe moyenne par sous-catégories.

La répartition de la classe moyenne par sous-catégories.

Entre 2011 et 2013, d’importants changements ont touché le monde de l’emploi sur le plan socioprofessionnel à travers notamment les revalorisations salariales dont ont bénéficié les corps de différents secteurs.

Les cadres ont été les premiers à être concernés par ces hausses salariales. Des hausses en vagues qui ont induit des transformations dans le modèle de consommation des Algériens.

Médecins, agents paramédicaux, agents communaux, enseignants, policiers, banquiers et bien d’autres corps ont vu leur rémunération s’améliorer nettement. Parallèlement, leur aspiration à meilleur niveau de vie s’est clairement affichée. Achat de voitures (boom enregistré entre 2012 et 2013), souscription aux différentes formules de logements (notamment le promotionnel), scolarisation des enfants dans les écoles privées et dans de nombreux cas voyages à travers le pays ou à l’étranger.

En somme, chacun a essayé de profiter à sa manière de ces revalorisations salariales mais surtout des rappels versés dans ce cadre. Une fois ces rappels épuisés ou investis, retour à la dure réalité.

Les augmentations se sont au final avérées insuffisantes, voire insignifiantes. Pourquoi ? Parce que les salaires ne répondent pas à une politique bien étudiée. Ils ne sont pas indexés à la hausse des prix. De même qu’ils ne correspondent pas à l’amélioration de la productivité ni à la disponibilité de l’offre au niveau local. Ce qui fait que les revalorisations sont vite rattrapées par la hausse fulgurante des prix par l’absence d’un système de régulation efficace, mais de manière plus globale par l’inflation. Les salariés, et à un degré plus important les cadres moyens ont commencé à ressentir l’inefficacité de ces hausses dès fin 2013 avec l’augmentation des prix des produits de large consommation.

Des augmentations sans impact

En dehors du lait pasteurisé en sachet, du sucre et de l’huile, tous les autres produits (fruits et légumes, viandes blanches et rouges, poisson, légumineuses…) ont vu leur prix prendre l’ascenseur sans omettre les autres catégories de dépenses. Une visite chez un médecin généraliste installé à son compte à pas moins de 1000 DA, des soins dentaires qui coûtent excessivement cher (2000 DA l’extraction à titre illustratif), une simple pièce de rechange à 5000 DA, les cours particuliers pour les enfants, le loyer et bien d’autres frais grèvent le budget des ménages à moyens revenus.

Autant d’indicateurs qui accentuent l’appauvrissement de la classe moyenne ou de ce qui en reste.

Avec la dégradation de la situation économique du pays, le pouvoir d’achat (déjà laminé) de cette catégorie de la société risque fortement d’être affecté. Déjà que ce qui a été accordé d’une main a été repris de l’autre, les restrictions budgétaires, la dépréciation de la valeur du dinar, le renchérissement des produits de large consommation et les taxes annoncées dans le projet de loi de finances pour 2016 vont impacter négativement la situation socioéconomiques de ces cadres. Dans ces conditions, le gouvernement ne trouve pas mieux à faire que de demander aux ménages de mettre leur épargne dans les banques.

«Comment arriver à mettre de l’argent de côté alors que le salaire ne suffit pas pour subvenir les besoins de ma famille pour un mois ?» s’interroge un enseignant. Les experts le disent d’ailleurs : «Avec la hausse des prix, les ménages ne pourront pas, en toute logique, dégager une épargne importante conséquemment à la baisse sensible de la propension marginale à l’épargne».


Projets bouleversés

«Le nouveau contexte économique suite à la crise pétrolière avec tous ces indicateurs financiers interpelle cette classe moyenne. Cette dernière prend conscience chaque jour du réalisme économique qui atteint directement son pouvoir d’achat et son niveau de vie.

Et du coup, beaucoup de ses projets sont bouleversés», nous dira à ce sujet Mohamed Benguerna, directeur de recherches au Centre de recherche en économie appliquée au développement (CREAD). Notre expert donnera comme exemple la réaction des souscripteurs au Logement promotionnel public (LPP) suite à l’annonce du montant de la 2e tranche (1 million de dinars) et le recul enregistré dans la vente de certains biens de consommation, à l’image des véhicules.

Youghourtha Bellache, enseignant en sciences économiques à l’université de Béjaïa, abonde dans le même sens. «La crise actuelle va affecter profondément le pouvoir d’achat de la classe moyenne et encore plus celui des ménages modestes en dépit de la décision du maintien de la politique de subvention de certains produits de large consommation», notera-t-il.

Et de rappeler que la forte dépréciation du dinar qui a induit un renchérissement des coûts à l’importation, conjuguée à la reprise de l’inflation ont d’ores et déjà affecté le pouvoir d’achat de la classe moyenne. Pour M. Bellache, les perspectives s’annoncent difficiles à la lumière de ce qui est prévu dans le PLF 2016.

«La hausse de certaines taxes prévues dans la LF 2016 et qui concernent certains produits et leurs répercussions sur les prix des autres produits et services vont libérer davantage l’inflation et aggraver ainsi la situation», prévient-il. Qu’y a-t-il lieu de faire face à une telle situation ? Mais surtout en prévision de la réaction de la classe moyenne. «Il faudra s’attendre à ce que cette classe moyenne réagisse en usant de différentes formes pour manifester son mécontentement.

Surtout que celle-ci constitue de plus en plus la cheville ouvrière de notre système socio-économique», avertit d’emblée le chercheur du CREAD plaidant dans ce sillage pour l’anticipation. «Il est utile d’avoir une intelligence de la situation pour dialoguer, écouter, convaincre cette classe moyenne quant aux nouveaux enjeux et des nouveaux défis.

Et surtout lui signifier son implication active dans ces nouveaux défis et que cette nouvelle bataille de la diversité économique pour sortir de cette dépendance pétrolière est une affaire sociétale loin des expertises économiques et des alternatives de laboratoire et de salons», soulignera M. Benguerna avant d’enchaîner : «Nous avons besoin de l’intelligence de toutes les catégories sociales et cette classe moyenne est un vecteur important, pour peu qu’on la mette à contribution dans ses différents domaines. Lorsqu’on parle d’intelligence, on ne peut pas faire abstraction de l’impact de l’innovation pour affronter ces nouveaux enjeux, d’où mon appel pour une approche sociétale», conclura-t-il.

L’informel pour assurer des revenus complémentaires

En plus du risque de l’enclenchement de mouvements socioprofessionnels, le recours à d’autres moyens en dehors du circuit formel pour avoir des revenus additionnels pourrait prendre de l’ampleur. En d’autres termes, le cumul des emplois pourrait constituer l’unique alternative pour des milliers de salariés ne serait-ce que pour maintenir le standard de vie auquel ils sont parvenus après les dernières revalorisations. Ce qui se fait d’ailleurs actuellement.

«Ce retournement de la conjoncture économique et sociale va induire l’expansion de l’emploi informel, notamment dans ses segments anticycliques, à savoir la pluriactivité qui permet de procurer un revenu complémentaire pour compenser un tant soit peu la baisse du pouvoir d’achat des ménages et l’informel de survie aux personnes qui n’arrivent pas à s’insérer sur le marché du travail formel de gagner un revenu de subsistance», nous expliquera à ce sujet M. Bellache.

Cela pour dire que la situation ne s’annonce guère facile à gérer, que ce soit pour les salariés ou pour les pouvoirs publics qui tardent à mettre en place une politique salariale basée sur une économie productive de richesses.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 14:21
La misère menace des pans entiers de la classe moyenne.

La misère menace des pans entiers de la classe moyenne.

Le processus d’édification d’une économie de marché, lancé au début des années 1990, continue à traîner des archaïsmes qui entravent le cours des réformes et hypothèquent le bon fonctionnement du nouveau système économique qui devait en être issu. Quelle chance a, en effet, l’économie algérienne d’être innovante et compétitive si les classes moyennes industrieuses et porteuses de modernité aux rangs desquelles figurent des centaines de milliers de cadres, sont laminées et retranchées, comme c’est le cas actuellement, dans des impératifs de survie ?

Pas assez riches pour s’extraire des difficultés matérielles, mais pas assez pauvres pour bénéficier des allocations et autres soutiens de l’Etat dévolus aux faibles revenus, ces catégories de la population souffrent au présent et désespèrent quand elles évoquent l’avenir. Leurs principales préoccupations sont, notamment depuis le déclin fortement médiatisé des recettes des hydrocarbures, le chômage, l’avenir de leurs enfants compromis par un système éducatif nageant à contre-courant de la modernité, l’accès au logement et la modicité des pensions de retraite pour ceux qui envisagent d’en bénéficier dans les prochaines années.

La difficulté de maintenir son standing de vie dans la société est, par ailleurs, souvent évoquée par cette catégorie sociale et, principalement, les cadres des entreprises et administrations publiques dont le train de vie reste tributaire de la perception d’un salaire régulier et viable. La perte d’emploi à laquelle sont tout particulièrement exposés les cadres en période de crise économique peut s’avérer dramatique pour cette importante frange de la population qui ne se distingue que par les avantages que leurs revenus salariaux supérieurs à la moyenne leur procurent en période de grâce économique.

Des revenus salariaux dont le pouvoir d’achat est constamment tiré vers le bas par l’inflation et l’érosion du dinar, en dépit des réajustements de salaires opérés épisodiquement par l’Etat. Le rang social d’un cadre se mesurant souvent à l’acquisition d’équipements électroménagers, électroniques, multimédias et autres qui se renouvellent à grande vitesse, il n’est à l’évidence pas facile pour cette catégorie sociale de maintenir le standing acquis avec des salaires en constant décalage avec le niveau général des prix. Il est, à ce titre, bon de savoir qu’un ingénieur algérien débute sa carrière dans une entreprise publique, quand il a la chance d’y trouver un emploi, avec un salaire net d’à peine 25 000 DA, qu’il aura beaucoup de mal à faire évoluer, à moins d’un amical coup de pouce ou autre aubaine qui surgit à un moment donné de sa carrière.

A défaut, il ne pourra doubler son salaire de départ qu’au bout de 15 à 20 années de travail dans l’entreprise qui l’a recruté. Il n’est, de ce fait, pas rare d’entendre des cadres se plaindre d’être les grands perdants de la libéralisation économique qui n’aurait, affirment-ils, profité qu’aux plus riches et, dans une certaine mesure, aux couches pauvres qui continuent de bénéficier des aides multiformes de l’Etat dont eux seraient exclus au motif de bénéficier de salaires prétendument élevés.

Ils sont, malheureusement, de plus en plus nombreux à affirmer ne plus vouloir subir les conséquences de cette interminable transition à l’économie de marché qui leur a fait perdre tous les privilèges que leur accordait l’ancien système (logement de fonction, véhicule de service, missions rémunérées, etc.), sans pour autant avoir été payés en retour par une amélioration de leur train de vie. Le niveau de vie des cadres moyens est d’une fragilité extrême. Il suffit, nous l’affirme l’un d’eux, d’une maladie grave d’un membre de la famille à soigner, de sa voiture qui tombe en panne ou d’un événement familial coûteux à assumer (mariage, enterrement, etc.) pour que les économies s’assèchent et mettent un cadre en difficulté financière.

Ce sentiment d’extrême vulnérabilité est largement perceptible dès lors qu’on engage avec des cadres moyens une discussion sur leur avenir dans un pays qui prétend vouloir réformer en profondeur son économie et son modèle social. «Comment, dans ces conditions, adhérer au projet de société libérale que le gouvernement veut mettre en place sans en définir clairement la portée, lorsqu’on n’en a, au bout du compte, récolté que des fruits amers ?» se plaint à juste raison un architecte qui végète depuis plus de dix années dans un office public de gestion immobilière. Adhérent de l’un des plus remuants syndicats de la fonction publique, un administrateur en poste au ministère de l’Education nationale évoque l’urgence d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur la dégradation des conditions de vie des cadres de la fonction publique.

C’est, dit-il, un légitime sentiment mêlé de crainte, d’injustice et de révolte qui taraude cette catégorie de cadres réputée pourtant pour son pacifisme, voire même sa docilité. Face à la dégradation de leurs conditions de vie à laquelle les pouvoirs publics ne prêtent plus attention, les cadres du secteur public, et notamment les fonctionnaires, ont, nous l’avons compris, le sentiment que l’issue à leur marginalisation est dans l’action collective.

L’annonce d’une crise économique de l’ampleur de celle des années 80’ consécutive à l’effondrement des cours pétroliers est de nature à exacerber leurs appréhensions, convaincus qu’ils seront les premiers à en subir les conséquences. Les plus âgés d’entre eux ont gardé l’amer souvenir des compressions de personnels, de salaires perçus tardivement, et des fermetures d’entreprises dont ils firent les frais au milieu des années 90’.

C’est pourquoi ils demeurent convaincus que c’est par cette action collective qui leur faisait défaut du temps de la crise des années 80’ et 90’ qu’ils auront des chances de se faire entendre des pouvoir publics qui donneraient ainsi une suite favorable à leurs doléances, parmi lesquelles la sécurité de l’emploi, la préservation du pouvoir d’achat, mais aussi et surtout la certitude que l’avenir éducatif de leurs enfants figure en bonne place. Les classes moyennes mériteraient davantage d’attention de la part des pouvoirs publics car elles constituent la frange la plus industrieuse de la société qu’il n’est, à ce titre, pas recommandé d’exclure des grands projets nationaux.

Ce sont, effectivement, elles qui encadrent l’économie, diffusent le savoir, le progrès technologique et la modernité en général. Leur promotion constitue, à n’en pas douter, la meilleure garantie pour l’émergence économique et sociale d’une nation. L’attention toute particulière que l’Etat doit accorder à la classe moyenne dans son ensemble devrait concerner, d’abord et avant tout, les cadres diplômés, autrement dit les élites détentrices de savoirs que le pays continue malheureusement à perdre au moment où il a le plus besoin de leurs contributions.

Près de 100 000 diplômés de l’enseignement supérieur auraient en effet quitté l’Algérie depuis la fin des années 70’, et environ 3000 les rejoindraient chaque année selon les estimations effectuées respectivement par les services de la présidence de la République au milieu des années 90’ et le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) au début des années 2000. Victimes du chômage, marginalisées dans les entreprises nationales et incapables de monter leur propre affaire dans un pays où la bureaucratie entrave l’investissement et où les outils modernes de gestion tardent à se mettre en place, bon nombre de ces élites ont dû tenter leur chance sous d’autres cieux.

Si, il y a plus de vingt ans, elle ne concernait que les scientifiques de haut rang, l’émigration des cadres algériens a pris une tournure encore plus dramatique au cours de ces quinze dernières années, en affectant tout le champ des élites, qu’elles soient scientifiques, littéraires, artistiques, managériales et autres. Un prodigieux stock d’élites managériales et scientifiques qu’il s’agit aujourd’hui de mettre à contribution pour renforcer notre économie, non pas en les faisant revenir en Algérie où, à l’évidence, elles ne trouveront pas l’environnement requis, mais en sollicitant aussi fréquemment que possible leur contribution à partir du pays où elles ont élu domicile. Les technologies de l’information et de la communication (Internet, visioconférences, etc.) rendent aujourd’hui possible ce type de contributions.

Faudrait-il émigrer pour échapper au destin peu enviable que vous réserve votre pays et se donner une réelle chance de réussite sous d’autres cieux, quand on dispose de la compétence et de la volonté requise, nous questionne à juste raison un maître-assistant en poste à l’université de Bouzaréah, qui se débat dans d’inextricables problèmes matériels qui entravent sa profession. La réussite de ces compatriotes en dehors du pays montre à l’évidence que lorsque les mécanismes du marché fonctionnent et que l’Etat de droit existe, les Algériens sont en mesure de créer et de gérer avec compétence des activités complexes.

La marginalisation et les échecs professionnels que la plupart d’entre eux avaient subis dans leur pays avant de se faire une place au soleil à l’étranger montre, a contrario, que la réussite professionnelle des cadres n’est pas toujours acquise dans un pays où les mécanismes du marché et l’Etat de droit n’existent pas, quand bien même ils disposeraient d’une compétence hors du commun. 

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 11:07
Algiers stock exchange

Algiers stock exchange

The Algerian stock market has launched reforms to encourage new listings and bolster its market capitalisation, although private sector representatives have pushed for greater regulatory transparency.


The bourse has had mixed success in recent years in its efforts to attract more capital, with only four companies listed at present and a market capitalisation of around 0.1% of GDP. This compares to neighbouring Morocco, whose market cap is above 50% of GDP, according to a RMA Capital report.

Nonetheless, Algeria's market cap has doubled between 2009 and 2014, reaching €137.6m in October last year, and the country has set ambitious targets for the future. The bourse is aiming to grow exponentially in the years to come, with a goal to raise the market cap to €7.35bn within five years.

New reforms

Key to this is an increase in the number of local listings. To help with this, the regulatory authority, the Commission for the Organisation and Oversight of the Stock Market (Commission d'organisation et de surveillance des opérations de bourse, COSOB), has announced a series of reforms to be executed by the end of 2015, including tax incentives for companies joining the exchange as well as reduced charges to enter the bourse.

COSOB’s president, Abdelhakim Berrah, told OBG that reforms should energise the market and increase the level of investor confidence in Algeria.

“The impact of greater participation in the stock market is wide-ranging,” said Berrah. “Currently the ability to provide an accurate valuation of companies is limited, but with a greater emergence of the stock market there will be greater transparency of both state and private enterprises alike, which will allow for reliable valuation. Furthermore, transparency and audit requirements will lead to better management of companies, which will benefit the economy.”

The biggest impetus for the market may come from state-owned companies; eight are planning to make partial listings on the market this year, according to the CEO of the Algerian Stock Market, Yazid Benmouhoub. These are: Compagnie Algérienne d’Assurance et de Réassurance (CAAR); Crédit Populaire d’Algérie (CPA); quarry operator Cosider Carrières; the water and sanitation firm, Entreprise Nationale des Aménagements Hydrauliques; three cement factories belonging to state-owned cement holding firm Groupe Industriel des Ciments d’Algérie (GICA); and Mobilis (Algérie Télécom Mobile).

Benmouhoub said participation of state-owned companies was essential for the bourse to reach its full potential by building a critical mass, by not only bringing in well-capitalised companies but also demonstrating the government’s political will in developing the capital markets.

As with many North Africa markets, the bourse faces a general lack of awareness among companies in terms of the benefits of listing. Benmouhoub told OBG, “Many large family companies are unaware of the value or method of functioning of the stock market and as a consequence they lack the confidence or familiarity to join the stock market.”

Improving clarity

The measures being taken by both the government and the COSOB should help dramatically boost growth in the country’s capital markets ­– particularly if accompanied by an overhaul of rules on sales and trading, given the impact the complex regulatory environment has had on the pace of transactions in the past.

In December, for example, multi-sector conglomerate Cevital’s purchase of 15% of NCA Rouiba shares, one of Algeria´s leading juice makers, was held up over differing interpretations of the government's right of first refusal clause (droit de préemption), which may allow a third party such as the government in this case to prevent the sale of shares between two consenting parties.

“The blockage of the transaction illustrates the need to address the limits of the current legal frameworks and create a clearer multi-stakeholder consensus,” NCA Rouiba’s president, Slim Othmani, told OBG. “Nevertheless, I am confident that the necessary discourse will take place to rectify the situation and re-establish confidence and I believe that the regulator is earnest in its desire to see the stock market grow. The key is improving clarity and dialogue.”

If the country is able to clarify the regulatory environment, and improve awareness among the private sector of the benefits of listing, then the bourse should see visible results in the medium term. The push by the government to list shares in a number of state-owned companies is key to this, and the success of those transactions will go a long way in strengthening the bourse’s outlook for the next few years.

Global Arab Network

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 12:38
L'Algérie va affronter une grave crise économique.

L'Algérie va affronter une grave crise économique.

Le choc externe extrême subi par le pays depuis juin 2014 requiert un ajustement important du budget de l’Etat, estiment les économistes Raouf Boucekkine et Nour Meddahi. Selon eux, l’austérité ne doit pas contraindre l’investissement public et privé.

Les cours pétroliers mondiaux ont perdu plus de 60% de leur valeur depuis juin 2014. Ce nouveau choc externe, comparable à celui de 1986, plonge l’Algérie, dont les recettes en devises et les finances publiques dépendent étroitement des hydrocarbures, dans une grave crise qui risque, à terme, de compromettre dangereusement son avenir. La mise en œuvre d’un plan anticrise devient plus que jamais urgente.

A travers un travail de réflexion des plus pertinents, les professeurs d’économie, respectivement à Aix-Marseille School of Economics et Toulouse School of Economics, Raouf Boucekkine et Nour Meddahi, émettent en ce sens à la fois une analyse minutieuse de la conjoncture actuelle, mais aussi et surtout des propositions concrètes pour enclencher une démarche efficiente de sortie de crise.

Mettant en exergue la gravité de la situation que connaît actuellement l’économie nationale, les deux experts soulignent de prime abord que «le choc externe extrême subi par le pays depuis juin 2014 requiert un ajustement important du budget de l’Etat, sous peine de précipiter l’Algérie dans une trappe catastrophique», dans un horizon d’à peine «quelques années». Selon eux, malgré la gravité de la crise, le gouvernement est actuellement «face à un très beau challenge : créer une économie moderne, compétitive et viable dans notre pays». Mais pour ce faire, estiment-ils, «il devra entreprendre des réformes tous azimuts qui ne le rendront certes pas populaire à court terme, et il devra de surcroît le faire contre les multiples lobbys actifs dans le pays».

Pour les professeurs Boucekkine et Meddahi, «le Premier ministre, M. Sellal, a donné les premiers gages de bonne volonté, mais il faut espérer qu’il ait les mains suffisamment libres pour aller beaucoup plus loin dans la réforme». Une réforme qui doit cependant être opérée en profondeur et dans divers domaines pour remettre sur les rails aussi bien la politique budgétaire, le financement de l’économie, l’investissement, les banques, la fiscalité et tant d’autres segments, où des ajustements courageux deviennent urgents à opérer. Ne se limitant pas à dresser des constats et à énumérer des objectifs à atteindre, les deux économistes nous livrent, à travers leur contribution d’une trentaine de pages, un véritable plan de sortie de crise.

De leur point de vue, l’heure de l’austérité a bel et bien sonné et c’est le principal message du projet de loi de Finances 2016, qui induit une baisse de 9% pour les dépenses publiques totales ; de 3,3% pour les dépenses de fonctionnement et de 16% pour les dépenses d’équipement. En terme nominal, c’est-à-dire sans prise en compte de l’inflation, cette baisse des dépenses, précisent-ils, «est la plus élevée depuis le recouvrement de l’indépendance du pays, soit largement plus que celle de l’année de l’ajustement structurel (-4,6% en 1996)».

Aussi, avertissent-ils, les coupes dans les dépenses d’équipement, si elles sont maintenues, «doivent être modérées étant donné que l’investissement privé ne peut pas prendre le relais, à très court terme, et que des coupes drastiques dans l’investissement public auront un coût social significatif, notamment en termes de chômage». Dans le même ordre d’idées, les deux économistes soulignent qu’il ne faut pas refaire les erreurs du passé en bloquant les importations nécessaires à l’investissement privé et public, à savoir celles concernant des approvisionnements industriels et des biens d’équipement.

De même, ils préconisent, entre autres mesures d’ajustements nécessaires, un assouplissement de la règle des 51/49%, en permettant un actionnariat étranger supérieur à 49%, une limitation des transferts des bénéfices à 49%, une diminution des subventions de façon graduelle et ciblée, ainsi que le maintien de la TAP à ses niveaux de la LFC 2015, dans le cadre d’une refondation globale de la fiscalité ordinaire. Des propositions aussi concrètes que ciblées qui s’apparentent à une véritable stratégie de sortie de crise, encore faut-il que le gouvernement sache en prendre sérieusement compte.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 12:28
Un stand de Sonatrach

Un stand de Sonatrach

Chaque deux ans, les mots d’ordres se répètent et se ressemblent à Sonatrach sous le seau de la science.

Les mêmes thèmes attirent des chercheurs désespérés et qui s’ennuient dans leurs laboratoires universitaires. Ils viennent donc vider leurs équations poussiéreuses dans un parterre qui ne pensent qu’à la pause-café et au déjeuner pour un contact avec les responsables de Sonatrach pour vendre un service ou placer un proche De cette manière, cette rencontre est transformée en une braderie commerciale autour des thèmes génériques qu’on rabâche depuis l’indépendance de l’Algérie : la réduction des délais de réalisation des projets qui induisent des surcoûts, le transfert de technologie et du savoir-faire, amélioration des technique de la sismique pour l’exploration, recherche des nouvelles techniques d’exploitation et de développement des gisements matures ainsi de suite. Les experts et les consultants qui y participent chantent au rythme de ce que les responsables veulent entendre. Ils préconisent l’utilisation des moyens artificiels pour booster la production dans le seul but d’assurer un plan de charge pour Schlumberger et Haliburton dont l’artifial-lift est leur dada. Plus grave, on recommande à Sonatrach d’aller vers l’offshore et les gisements compacts comme si la crise que traverse le pays par une baisse drastique des recettes est passagère et permettra à court terme des investissements dans ces créneaux connus pour être fortement capitalistiques.

L’ombre de l’affaire de la dissolution de la fameuse société d’engineering BRC est présent dans cette discussion pour justifier les retards immenses dans pratiquement tout ce que Sonatrach entreprend en projet sous la forme contractuelle majoritairement en Engineering Procurement Construction (EPC). C’est les consultants qui apprennent aux journalistes que pour renouer avec le partenariat d’engineering, un mémorandum of understanding ou protocole d’accord vient d’être signé avec le britannique Petrofac pour la création d’une société conjointe d’engineering et de réalisation des projets. Cela voudra dire que Sonatrach qui entreprend et réalise des projets depuis plus de cinquante ans, celle qui a construit la première usine de liquéfaction dans le monde, ne peut en aucun se passer des sociétés étrangères pour donc gérer et maitriser les coûts de ses projets.

Après les affaires de corruption qui ont défilé tout au long de ces dernières années dans cette entreprises, face à la crise des rentrées de devises et la rigueur que veut instaurer le gouvernement dans ses institutions, l’opinion publique en général et le citoyen lambda en particulier s’attendaient à ce que les Journées scientifiques et techniques qu’organise le mastodonte de l’Algérie s’ouvriraient sous le signe de l’éthique professionnel. C’est à dire lancer des réflexions sur les valeurs qui orientent et motivent les actions de l’encadrement de l’entreprise. Cette réflexion devra porter sur les rapports des cadres avec autrui et reposerait sur deux niveaux. Un niveau le plus général, qui touche les conceptions du bien, du juste et de l’accomplissement humain. Elle répond alors à des questions comme : qu’est-ce qui est le plus important dans la vie ? Que veulent-ils accomplir? Quels types de rapports veulent-ils entretenir avec les autres? Ensuite, les valeurs deviennent ainsi des objectifs à atteindre, des idéaux à réaliser. À l’échelle individuelle, les actions sont autant de moyens d’actualiser ces valeurs. À l’échelle collective, l’imposition de règles est aussi un moyen de réaliser l’idéal partagé; les actions qui vont dans le sens de l’idéal deviennent des devoirs, des obligations. Les règles, cependant, sont générales et ne peuvent couvrir toutes les situations où des choix d’actions sont nécessaires. C’était le seul moyen pour faire sortir l’encadrement de son autisme, son désintérêt pour la stratégie, les objectifs et la pérennité de Sonatrach qui les fait vivre mais qu’ils sont entrain de la ternir, peut être inconsciemment. C’était une occasion au demeurant ratée pour stimuler leur éveil patriotique confiné dans une discipline aveugle mais calculée.

1- Combien coûte un baril prêt à l’exportation ?

A chaque occasion, les responsables se gargarisent des recettes engrangées par la vente du pétrole et du gaz mais évoque très peu les coûts de production qui sont très importants, spécialement pour le cas de l’Algérie par le biais de Sonatrach, pourquoi ? Parce qu’elle importe tout. De la simple garniture d’une tête d’injection dite Wash pipe qui peut immobiliser un appareil de forage, en passant par le petit tube d’une colle Backer Lock pour l’étanchéité des filetages au produits chimiques, turbines, compresseurs jusqu’aux usines clé en main. Aujourd’hui même pour faire manger son personnel elle fait appel au catering étranger. Elle devra donc compter ses sous pour éviter d’arriver à une situation d’un échange des dollars contre d’autres sans bénéfices. La production d’un baril est le fruit de toute une chaine pétrolière depuis les levées pour l’établissement des cartes géologique jusqu’à sa commercialisation et qui doivent être incorporés dans les coûts pour estimer la rentabilité de l’exploitation de ses différentes découvertes. Or, dans toutes cette chaine, Sonatrach n’intervient que très peu. Ce sont les entreprises étrangères qui prennent la grosse part. On peut citer entre autres : Schlumberger, Haliburton, Weatherford et bien d’autres pour la recherche, diagraphie, la cimentation, l’interprétation, l’instrumentation, la sécurité aux puits, les éruptions etc. Toutes ces interventions sont faites en dollars qui amincissent le flux d’entrée et influent sur le prix de vente qui échappe complètement à la société car il reste l’œuvre du marché Les coûts avancés s’appuient dans ce genre de forum sur des transparents qui datent des années soixante dix. Le coût de production se situait autour de 5à7 dollars le baril. Le prix actuel du baril, comme ceux que qui ont été pratiqués dans le passé lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979, repose principalement sur un déséquilibre de volume. D’abord l’embargo pétrolier qui n’est autre qu’un gel des volumes en 1973 suivi un peu plus tard par la révolution iranienne en 1979 ensuite la guerre Iran-Irak de 1980 ont conduit aussi à une contraction de l’offre par une baisse des volumes. Le premier événement à quadrupler les prix qui sont passés de 3 dollars le baril à plus de 12 dollars le baril. Le retrait de l’Iran et de l’Irak de la production de l’OPEP devait conduire à un triplement de ce prix pour passer de 12 dollars le baril à 36 dollars le baril. Il faut préciser qu’à chaque fois que le prix du baril grimpe, les fournisseurs de Sonatrach le répercutent sur ses achats de l’étranger. Même si les prix des années 2000 avant la crise économique mondiale ont atteint voire dépasser les 150 dollars le baril, la pièce de rechange aussi a augmenté avec la même ampleur. On peut prendre à titre d’exemple de 1966 à 2015 le prix d’une voiture importée a augmenté de plus de 20 fois. Le salaire minimum de la moyenne européenne plus de 40 fois sur la même période. Avancer des coûts aussi bas c’est soit les méconnaitre soit pour tromper les citoyens sur des réalités qu’on ne veut pas qu’ils les sachent.

2- La maitrise des coûts est la cause de l’abandon du régime de partage de production

Il faut dire que suite à la chute des prix du baril suivie par celle du dollar, l’Algérie est rentrée en 1986 dans une crise de liquidité qui la contraint de promulguer une loi sur les hydrocarbures pour ramener les investisseurs afin de contribuer au développement de ses réserves pétrolières et gazières. Le régime contractuel choisi consistait en un partage de production. Si on prend un raccourci, le contractant qui viendrait en Algérie prenait en charge tous les investissements depuis la recherche. S’il ne trouve rien, tant pis pour lui mais si pétrole y est il consentira avec la Sonatrach, qui représente l’Algérie un partage à la tête du puits. Mais avant cela il devra récupérer tous les frais qu’il a engagés. En dépit du risque qu’encourent les contractant, c’est le régime qui a drainé le plus d’investisseurs et qui est à l’origine de plus de 215 découvertes faites par Sonatrach en association. Pourquoi ? Selon toute vraisssemblance, les compagnies pétrolières connaissent l’incapacité de Sonatrach à maitriser les coûts, ils gonflent artificiellement les charge à la tête du puits et lui laissent des miettes. Chakib Khellil qui connait bien le problème pour l’avoir pratiqué outre mer a préparé en 2005 une loi très controversée pour changer de régime. Qu’en est-il ? En effet, la loi sur les hydrocarbures de 2005 et son ordonnance modificatrice abrogent toutes les dispositions, notamment la loi 86-14 du 19 août 1986 instaurant le partage de production. Par contre, l'ordonnance n° 06-10 du 29 juillet 2006, dans son article 02, confirme la concession mais modifie légèrement le terme concessionnaire en désignant Sonatrach SPA, et c'est là où commence cette ambiguïté. Actuellement, dans le monde, il n'existe pas de régime de concession hybride spécifique à chaque pays. Le contour typique général est bien défini. L'Etat octroie au titulaire un titre minier exclusif d'exploration. En cas de découverte commerciale, il obtient un ou des titres exclusifs de développement et d'exploitation. Le titulaire de la concession est propriétaire de la totalité des hydrocarbures produits à la tête des puits. Il est aussi propriétaire des installations de production jusqu'à l'expiration de ses droits miniers. A l'expiration de la concession, les installations fixes reviennent à l'Etat sans indemnité pour le titulaire. Il est possible pour l'Etat de participer dans le cadre d'un accord d'association sans aucune contrainte de l'une ou l'autre des parties. En contrepartie, le concessionnaire finance entièrement à sa charge toute la phase d'exploration en plus d'une partie des investissements de développement dans le cas où cet accord d'association se concrétise. Il paye, durant ces opérations, un bonus, une redevance superficiaire, une redevance de production en nature ou en espèce, un impôt sur le bénéfice et d'autres taxes supplémentaires spécifiques à chacun des pays où ce régime est pratiqué. Il reste bien entendu que l'Etat dispose d'un droit de regard sur le profil de production et parfois même la commercialisation de la production. Cela n’a pas suffit il faudrait aller plus loin. Le motif étant le désintérêt des compagnies pétrolières et le manque flagrant d'une bousculade, réalité confirmée par deux appels d'offres lancés par l'agence algérienne Alnaft pour un total d'une vingtaine de blocs à explorer dans le domaine minier. Si on se réfère aux chiffres donnés par le ministère de l'Energie et des Mines, dans le bilan édition 2010, ce domaine s'étendrait sur près de 1536 442 km2 dont 774 688 seulement sont occupés. 25% du domaine total est en prospection, 23 en recherche et 3 en exploitation. 761 km2 restent vierges. La performance d'exploration s'écarte de quelques dizaines de points par rapport à ce qui se pratique dans le monde. 13 puits forés aux 10 000 km2 contre une moyenne mondiale de 105 pour une même superficie. Il est clair que les responsables d'Alnaft n'ont pas raté l'occasion à travers cet état de fait pour expliquer le marasme de l'activité en amont par l'attente de nouvelles dispositions opérées en février 2013 et qui élargie la recherche aux ressources non conventionnelles. Il faut souligner que ces analyses ont entretenu sciemment ou inconsciemment une légère confusion sur la question du régime juridique des activités de recherche et d'exploitation. Donc assimiler l'obligation du contractant de prendre Sonatrach SPA comme associé avec un minimum de 51% à un retour vers le partage de production, dont le principe est expliqué plus haut, peut constituer une déviation du régime, voire même commettre une confusion contractuelle. En effet, l'article 2, non amandé de la loi 05-07 du 28 avril 2005, précise "le principe de mobilité et d'adaptation qui caractérise l'action de l'Etat, et dès lors, à restituer à ce dernier celle de ses prérogatives autrefois exercées par Sonatrach SPA". C'est ce même principe qui a constitué l'ossature de l'exposé des motifs de l'ancien ministre de l'Energie et des Mines. Il reste incontestablement contradictoire avec les dispositions contenues dans l'article 32 de l'ordonnance n°06-10 du 29 juillet 2006 qui restitue à Sonatrach le droit exclusif d'agir pour le compte de l'Etat dans sa participation avec le concessionnaire devenu maintenant contractant. Cela ressemble à un partage de production mais ce n'en est pas un.

Ce rafistolage dans une loi cadre, a quelque peu brouillé la vision stratégique de l'Algérie en matière de politique pétrolière. Il a peut-être fait douter les entreprises internationales, pourquoi ? Parmi les fondamentaux de l'industrie pétrolière et gazière, il y a l'importance des capitaux et le risque de les investir. Le risque géologique étant favorable à l'Algérie et les entreprises pétrolières notamment françaises et, partant américaines, connaissent bien, même mieux que les Algériens, le terrain. Cela explique le taux appréciable de réussite en exploration, environ 2,5/5 contre un ratio moyen mondial de 1/5.

Par contre, ces compagnies sont à cheval sur le risque «pays», lié aux relations internationales, souveraineté, stabilité politique et surtout fiscale. Il est clair que l'article 101 bis, inséré au sein de la loi n°05-07 du 28 avril 2005, instaurant une taxe non déductible sur les profits exceptionnels, n'a pas été du goût des associés mais n'explique qu'en partie leur boycott actuel de l'application des nouvelles dispositions. Il va de la crédibilité de l'Algérie d'assurer une cohérence de ces textes pour la clarté qui instaure une relation de confiance avec ses partenaires. Ils peuvent avoir un choix et dans des conditions meilleures.

3- Sonatrach est le dindon de la farce des compagnies étrangères

Sonatrach est devenue, depuis près de deux décennies, une niche pour de nombreux contentieux avec de soi-disant partenaires selon toute vraisemblance, mal conduits, consciemment ou inconsciemment, du côté algérien. Ainsi, après la perte du procès avec la compagnie américaine Anadarko qui l'a contrainte de débourser 5.9 milliards de dollars, voilà que l'italienne Saipem et le français Technip se mettent sur les rails pour suivre ce filon face à un mastodonte aux pieds d'argile qui peine à se défendre. Du côté italien, Saipem vient d'ester en justice Sonatrach pour des avenants contenant des travaux complémentaires et supplémentaires, au contrat initial, relatif au champ de Menzel Ledjmed, mitoyen de celui de Hassi Messaoud pour réclamer plus d'un demi-milliard de dollars. Dans cette affaire, des considérations politiques ont marqué de leur empreinte la procédure judiciaire puisque la partie algérienne saisie, depuis début 2014, se laisse faire sans informer l'opinion publique pour des raisons que tout le monde devine. Ce n'est pas tout, l'italienne dont la présence, en Algérie, est entachée de scandales répétitifs, voudrait mettre le contrat des installations de séparation GPL pour un montant de 171 millions de dollars et semble décidé d'aller, en avant, profitant des lacunes dans la gestion de son adversaire. Technip qui connaît, très bien, pratiquement, toutes les installations pétrolières et a fortiori, les raffineries algériennes, n'aurait pas pu sous-estimer le montant du marché portant sur la réhabilitation, la rénovation et l'agrandissement de la raffinerie d'Alger, pour un montant initial de près d'un milliard de dollars. Dès le départ, cette affaire visait un contentieux avec, probablement, des complicités de l'intérieur même de Sonatrach. Aujourd'hui, et après la décision du tout nouveau P-DG de l'entreprise nationale, de résilier tout simplement,Technip n’a pas perdu du temps pour porter cette affaire devant une juridiction internationale afin demander réparation et quelle réparation ? Connaissant la crise économique que vivent la France en général et les entreprises françaises, en particulier, Technip n'aurait pas tenté, cette action, si elle n'était pas sûre ou assurée de son issue. La fragilité de Sonatrach est telle qu'elle est devenue un tremplin pour les multinationales qui la vide, non seulement de ses cadres formés à coup de devises fortes mais maintenant de ses caisses.

4- Conclusion

Il faut peut-être souligner que les comptes rendus qui ont été rédigés à l’issue de la rencontre de la dixième session des journées scientifiques et techniques de Sonatrach ont été entachés d’une certaine émotion devant l’ouverture et la clôture par le nouveau PDG qui semblait radieux et angélique. La gabegie, le favoritisme fragrant devra inciter à bousculer cette entreprise. Les dirigeants, s’ils sont honnêtes et loin de la propagande devront prendre en compte les rapports qui les font pleurer et non ceux qui les fond rire. A bon entendeur.

Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier

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