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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 09:24
Le racisme augmente de plus en plus en France

Le racisme augmente de plus en plus en France

Hier soir, en sortant d'un restaurant, un ami me propose de me déposer en voiture pour continuer à discuter. Nous sommes quatre. Un écrivain, une actrice, un comédien et moi, journaliste. Nous sommes quatre Arabes. Je ne sais pas pourquoi je le précise mais peut-être que cette donnée a de l’importance pour la suite de l’histoire. Récit d'un contrôle policier ordinaire... pour des Arabes !

Visiblement, on s’en tire bien. Ça se passe, un dimanche soir, aux alentours de 0h30 à deux pas de la station de métro Jacques Bonsergent dans le Xème arrondissement de Paris. Pour éviter le blues de fin de semaine, nous avons l’habitude de nous retrouver avec quelques amis autour d’un couscous. Après le repas, arrosé au Coca, nous décidons de rentrer. Pendant la soirée, nous n’avons pas trop pensé aux résultats de la primaire de la droite et avons beaucoup ri.

D’habitude, après cette escapade dominicale, je prends le métro, c’est rapide, je suis chez moi en quelques stations. Mais un ami me propose de me déposer en voiture pour continuer à discuter. Nous sommes quatre. Un écrivain, une actrice, un comédien et moi, journaliste. Nous sommes quatre Arabes. Je ne sais pas pourquoi je le précise mais peut-être que cette donnée a de l’importance pour la suite de l’histoire. 

Avant de monter dans notre carrosse, on se moque de la dite voiture, empruntée à la sœur de la conductrice, un van familial. On se dit qu’on pourrait partir en vacances avec. Le trajet est court, on met de la musique, non sans se disputer sur le choix de la chanson. Le son est fort. Rien ne l’interdit. Sauf que la conductrice passe au feu alors qu’il est orange. Une infraction légère. Nous sommes dimanche soir, il n’y a pas grand monde sur la route. Pas de chance, une voiture de police s’arrête à notre hauteur. Rien de bien grave. Mais la soirée est finie.

Trois policiers nous demandent de nous arrêter et de nous ranger sur le côté. Ce que nous faisons car nous savons que nous sommes en tort. Je vérifie que j’ai bien attaché ma ceinture. C’est la première fois de ma vie que cela m’arrive. C’est sûrement une déformation professionnelle mais je sais que parfois rien ne se passe comme prévu.  

L’un d’eux s’approche et assène à mon ami, sur le siège passager, sans même un élémentaire bonsoir : « Je t’ai dit, baisse la vitre !». « Ne me tutoyez pas » rétorque mon ami écrivain – «  Ferme ton clapet » lui répond l’un des policiers tout en continuant à nous expliquer qu’il décide et que le seul droit que nous avons est de nous taire. Le ton est donné. Nous ne devons surtout pas protester contre cette entrée en matière peu amène. À plusieurs reprises, pendant cette petite dizaine de minutes, il formulera cette même injonction au silence. Le rapport de force n’est pas de notre côté. Ils dominent et nous le font savoir. 

Sans jamais se départir de ce tutoiement- proscrit en théorie et réprouvé par le premier ministre Manuel Valls lui-même- ce policier nous demande de mettre nos mains sur l’appuie-tête. Réclame nos papiers d’identité. Veut savoir si nous sommes en possession de produits stupéfiants. La procédure lambda. 

L’atmosphère est à couper au couteau. Les trois policiers nous font sortir du véhicule. Nous sommes fouillés. Nos sacs inspectés. Deux sans-abri, sur le banc à côté, observent ce dialogue de sourds sans fin autour de ce tutoiement inapproprié. Je ne dis rien, je ne sais pas comment ça peut tourner. Ils menacent de nous emmener au commissariat«Arrête de faire le malin, ce qu'on va faire c'est qu'on va t'emmener au poste». Juste parce qu’ils ont ce pouvoir. La conductrice et moi-même sommes fouillées au corps par la femme policière. Sous les regards de quelques passants. Le jeune comédien écope d’un traitement particulier. Le policier se livre avec zèle à une fouille illégale approfondie sur lui, mains plaquées sur le coffre, jusqu’à glisser sa main sous la bordure de ses sous-vêtements.

Ce dernier, hélas trop habitué à ces contrôles, a discrètement enclenché le dictaphone de son smartphone pour capturer les échanges verbaux entre nous et ces policiers. Histoire d’avoir des preuves au cas où. Au cas où quoi ? On ne sait pas trop mais dans ces cas-là tout ce qu’on sait c’est qu’on ne sait jamais. La situation peut se calmer ou empirer, en une fraction de seconde. Le policier s’est rendu compte de la manœuvre préventive et a effacé purement et simplement tous les enregistrements du téléphone en protestant avec vigueur. En représailles, il nous a, à son tour, menacé de nous embarquer au commissariat. Sans motif. Peut-être un outrage sorti du chapeau ?

Pourtant, depuis le début, nous avons obtempéré. Nous n’avons insulté personne. L’un d’entre nous a simplement demandé, avec fermeté, à ne pas être tutoyés. C’est peut-être vain. C’est peut-être un détail. Mais c’est important. Nous méritons comme tout citoyen le respect élémentaire. Je choisis de rester silencieuse. Je n’ai même pas la présence d’esprit de relever les matricules de ces fonctionnaires. Je bous intérieurement. La situation est humiliante. Je me sens piquée au vif. C’est une violence insidieuse et symbolique qui s’épanouit sur une ligne de crête. Ce contrôle tel qu’il s’est déroulé est seulement « borderline.» Il ne mérite pas de s’adjoindre les services d’un avocat ou de se lancer dans une procédure judiciaire. 

Certains trouveront même que nous pinaillons pour pas grand-chose. Que nous nous victimisons. Que nous découvrons l'eau tiède. Que nous nous cramponnons à des principes inutiles. Qu’il y a des combats plus importants. Que nous n’allons pas mourir à cause de ce « tu » malvenu. Peut-être. Mais il ne faut jamais se laisser piétiner. Ce tutoiement et cette agressivité dégradent l’institution censée nous protéger. 

Pourtant, c’est banal. Cela arrive chaque jour, partout. J'ai de la chance, je suis une femme. Je suis épargnée par ces contrôles policiers genrés. Les hommes, typés, en sont le plus souvent la cible. Les (rares) statistiques sur le sujet le prouvent. Une étude menée en 2009 par deux chercheurs a établie qu'un Noir et un Arabe ont respectivement 6,2 fois et 7,7 fois plus de risques de se faire contrôler qu'un Blanc. 

Ces récits et anecdotes, je les ai trop entendus, dans ma vie personnelle et dans mon travail. Je les ai lus. Je les ai racontés. J’ai longtemps écrit sur les quartiers populaires et relater ces confrontations avec la police sonne comme un passage obligé. Combien de « jeunes de banlieue », comme disent les mauvais journalistes, m’ont parlé de ces contrôles d’identité multiples. Souvent sans motif. Souvent avec ce tutoiement, cette suspicion insupportable, cette présomption de dangerosité et de culpabilité. La peur des forces de l’ordre devient presque un réflexe atavique. Zyed Benna et Bouna Traoré sont morts à Clichy-sous-Bois de leur peur de la police. Adama Traoré s’est aussi enfui à la vue des gendarmes.  

À chaque fois, que j’ai été confrontée à ces histoires j’ai soupiré de dépit et de lassitude. J’ai aussi assisté à pléthore de débats aporétiques sur le thème du divorce entre les quartiers populaires et la police avec leurs constats, leurs scénarii, leurs protagonistes identiques et leurs sempiternelles solutions utopiques. 

Pourtant, j’ai de la chance, je peux écrire et décrire cet incident. Beaucoup l’ont fait avant moi. D’autres contrôles se déroulent encore plus mal et s’achèvent dans le silence, engloutis dans la banalité de ce quotidien. Mais pourquoi taire ces micro-dysfonctionnements, ceux qui érodent la confiance, petit à petit ?

C’est d’ailleurs le journalisme qui semble nous avoir sauvés d’une nuit fort sympathique. Au moment du contrôle, l’un des policiers explique à ses collègues que l’un d’entre nous est répertorié comme journaliste. Ils nous laissent repartir, sans même nous verbaliser. Tout ça pour ça. Peut-être avaient-ils mieux à faire ou peut-être ont-ils voulu s’éviter une publicité négative ? Avant de nous laisser reprendre notre chemin, l’un des trois policiers nous conseille de changer de métier et ajoute « Ici, on n’est pas à la télé. » C’est vrai, à la télé, ça se finit encore plus mal.  

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 11:46
Le burkini et l'exigence d'assimilation totale

C'est donc « le » sujet de cette fin de période estivale en France. Il ne s'agit pas des Jeux Olympiques et de leurs breloques. Il ne s'agit pas non plus de l'aggravation de la situation en Syrie, au Yémen, en Irak ou même en Turquie où une (nouvelle) dictature est en train de naître. Il faudra revenir sur ces sujets, mais, pour l'instant et vous l'aurez compris, le thème de la semaine concerne le burkini, cet étrange habit nautique féminin dont le nom vient de la contraction entre burqa et bikini. L'affaire est simple : quelques municipalités ont interdit son port par des baigneuses et l'affaire a vite pris une dimension nationale voire internationale.

Les avis quant à cette interdiction sont nombreux et variés. Acte islamophobe, raciste et électoraliste pour les uns, mesure préventive contre l'expansion de l'intégrisme musulman et en défense de la laïcité pour les autres. Les réseaux sociaux s'échauffent, les tribunes qui s'insurgent contre ce « maillot intégral » succèdent à celles qui le défendent ou, du moins, qui ne se font guère d'illusions sur les motivations réelles de ses contempteurs. Gageons que ce vacarme est parti pour durer jusqu'à la fin du mois en attendant un nouveau thème de délire général. Signe de l'inconfort intellectuel que cette situation crée, de nombreux internautes préfèrent opter pour l'humour et le présent chroniqueur a bien failli en faire autant en imaginant le scénario d'un film qui serait tourné à Saint-Tropez et qui s'intitulerait « Le gendarme et les burkinées ».

Depuis la première affaire du voile en 1989, les polémiques liées à l'islam se suivent avec une régularité de métronome. Cela fait plus de vingt-cinq ans que ces « débats » sont marqués par l'absence de raison et par l'impossibilité d'obtenir que les discussions, quand elles sont possibles, se déroulent avec un minimum d'intelligence. Et ce manque de rationalité s'est aggravé en raison de la succession d'attentats commis depuis janvier 2015 et de la dégradation du climat sécuritaire dans l'Hexagone.

Pour autant, la peur du terrorisme islamiste n'explique pas tout car la France a un problème avec l'islam depuis très longtemps. La visibilité croissante de la pratique de cette religion mais aussi la confusion, sciemment entretenue par une partie de la classe politique et des élites médiatiques, entre la visibilité (et la non-discrétion…) de certaines populations d'origine étrangère et leur confession musulmane (réelle ou supposée) sont à l'origine d'un malaise identitaire évident que l'extrême-droite sait très bien exploiter. La France est-elle toujours la France alors que certains de ses citoyens sont des musulmans ? A cette question, l'extrême-droite répond par la négative tandis que les autres courants politiques majeurs – qui ne sont pas loin de penser la même chose - bottent en touche en agitant le concept d'un « islam de France » dont on se demande par qui et comment il sera défini. C'est donc l'acceptation d'une présence musulmane définitive sur le sol français qui est posée avec ce que cela sous-entend comme liens avec le passé colonial.

Mais il n'y a pas que cela. Au-delà des grands discours sur la défense des droits de la femme (la nageuse en burkini est ainsi devenue le symbole de l'oppression masculine dans un pays toujours incapable d'assurer l'égalité salariale entre les deux sexes), ce que cette polémique révèle, c'est le refus que des ressortissantes françaises de confession ou de cultures musulmanes puissent se différencier d'avec le reste de leurs compatriotes. Qu'on le veuille ou non, on en revient donc toujours à cette incontournable question de l'assimilation.

Une « bonne » française musulmane est-elle une française qui doit absolument ne pas montrer qu'elle est musulmane ? Voire qui, in fine, ne doit plus être musulmane ? Ces deux interrogations risquent de faire pousser des cris d'orfraies mais que celles et ceux qui se mobilisent contre le burkini y réfléchissent avec sincérité (de même, il convient aussi de se demander si c'est le port du burkini qui fait la « vraie » musulmane…). Le burkini provoque les crispations parce qu'il est vu comme une opposition à une assimilation totale. Comme pour le voile ou la burqa, ce qu'une partie de l'opinion publique française n'accepte pas – et cela les politiques l'ont très bien compris – c'est que les femmes de confession ou de culture musulmane ne s'assimilent pas ou, pour être plus précis, qu'elles ne s'assimilent pas comme cette opinion publique le veut et l'exige.

Les hommes, quant à eux, provoquent moins d'états d'âmes. Certes, il y a désormais toutes ces craintes autour des risques de radicalisation mais il y a tout de même moins de crispation et moins de polémiques à leur sujet. Que certains d'entre eux continuent à porter la barbe, à nager avec de longs bermudas qui cachent les genoux, qu'ils se baladent en qamis et savates, cela peut agacer ici et là mais cela risque peu de déboucher sur une polémique comparable à celles qui concernent les femmes.

Cela vient de l'un des grands non-dits de la société française. Il y a cette idée ambiante selon laquelle les hommes de confession ou de cultures musulmanes sont « irrécupérables » car peu susceptibles d'être totalement assimilés. Et comme on ne peut rien faire contre cela (un jugement qui se traduit, entre autre, par le peu de cas que l'on fait des jeunes des cités) il est tout de même possible de porter la bataille sur tout ce qui concerne leurs femmes, ces dernières étant supposées être plus facilement assimilables (cette assimilation des femmes est peut-être aussi vue comme le préalable pour convaincre les hommes de faire le même chemin).

Dès lors, on comprend pourquoi l'essor du port du voile provoque autant de passions. La seule manière de les apaiser et d'aller de l'avant, serait qu'un débat sérieux soit ouvert à propos de cette exigence, implicite mais ô combien structurante, d'assimilation totale. Mais dans le contexte que l'on sait et au vu de l'indigence de la classe politique française (et de sa clientèle médiatique), il y a peu de chance pour que cela arrive.

Akram Belkaid

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 11:34
Les faux débats des médias hexagonaux.

Les faux débats des médias hexagonaux.

Ils sont bien loin les temps, où nos terres du Sud remplissaient de blés, les greniers de Rome. Bien loin les espoirs suscités par nos in dépendances rêvées. Nos espérances n'avaient d'égales que nos fois, et c'est la plusréductricede toutes qui s'était imposée à nous dans sa plus simple expression : religieuse.

Nos croyances en un monde meilleur, égalitaire et moderne, assurant l'épanouissement de l'individu, s'étaient vite heurtées aux dogmatismes religieux, promesses divines et rédemptions fantasmagoriques. On s'était alors mis à chercher dans les livres du passé, la feuille de route à notre avenir naissant. Nous avons questionné le mauvais livre, ou n'avons lu que la moitié.

Nous nous sommes arrêtés et avons puisé la sève de notre devenir dans l'unique chapitre religieux. Depuis; c'est « retour vers le futur », accourant vers le train du passé et laissant celui du progrès passer. Essayant tant bien que mal de nous convaincre de la pertinence de notre choix. Lorsque les autres avançaient, nous nous sommes attardés sur le bas-côté, tâtonnant, chancelant et terriblement seuls.

La survie de l'homme dépend toujours de sa capacité à s'adapter, à se transcender.S'adapter ou disparaître disait Darwin. Nous, nous semblons vouloir faire ce choix suicidaire de s'éteindre. La vie ne semble que très peu nous intéresser, trop pressés peut-être, d'entrevoir la réalité de l'au-delà tellement salutaire, tellement parfaite et chimérique. On désire partir dans le monde mystique qui nous délivrera du calvaire de la vie et de nos quotidiens lassants. Trop de travail et d'obligations; enfants gâtés d'un dieu aux promesses utopistes.

Il y a quelque chose de sournois dans les promesses divines; elles ont la prétention de ne se réaliser que dans l'au-delà. La vie dans ce «bas monde» ne devient qu'une étape absurde, un passage à niveau bien gardé dont le rôle est de filtrer les passagers, qui pour le repos éternel, qui pour la damnation et la pénitence.

Le choix du mauvais train a fait non seulement de nous des êtres apathiques et non productifs, mais également un fardeau pour le reste de l'humanité. Une entité marginale. On a restreint notre existence à être sans penser. On s'en est remis à Dieu et à ses représentants, seuls habilités à cogiter pour nous, réfléchir et juger.

Qu'offrons-nous au final à l'humanité dont nous faisons partie, quels horizons lui ouvrons-nous ? Quelle est notre contribution actuelle au bien-être de l'homme, à son épanouissement ?Que produisons-nous? Le discours victimaire qui veut que nous ayons hérité d'une maladie chronique postcoloniale, ou que nous soyons victimes de politiques conspirationnistes ne tiennent pas la route. Les meilleurs exemples sont ceux du Japon et de l'Allemagne, devenus des puissances 50 ans après leur destruction totale par les alliés. La réalité est que nos sociétés se sont investies dans un autre projet, à contre-courant du progrès.Un projet dont l'unique innovation consistait à réinventer la « roue » du fanatisme religieux. On a voulu honorer le 20e siècle à notre manière, le jumeler au siècle de la glorieuse naissance de l'Islam.

On a voulu ré-offrir au monde une copie révisée, des mythes Omeyyades et des paradis perdu de l'Andalousie. Alors, on a créé les Frères musulmans, puis Al-Qaïda, les Talibans, Les Mollahs d'Iran, les GIA algériens, Al Shabab, Al Nosra, Boko-Haram, AQMI et Daesh. C'était notre modeste contribution à cette humanité qui s'égarait du droit chemin. Notre balise de secours, notre phare d'Alexandrie, notre 8e merveille du monde, gardée jalousement pour la fin des temps. Un rappel à l'ordre pour ces sociétés des droits de l'homme, des libertés de la femme, de l'égalité des sexes, de la liberté de culte et de conscience et de la démocratie.

Cet occident que nous ne cessons de dénigrer, de haïr et de combattre est le même qui nous fait rêver, que nous aimerions rejoindre, ne serait-ce que pour son industrie, son système de santé et sa propreté. Celui-là même qui produit nos outils, façonne nos goûts, élabore nos techniques, et démocratise les vaccins de nos enfants. Cet occident que nous envions, qui nous paraît arrogamment libre et épanoui. Celui-là que nous voulons atteindre à tout prix, souvent au péril de nos vies, sur des chaloupes ou dans les cales des bateaux.

Que lui apporte-t-on en retour, lorsque le rêve du visa se concrétise sur l'une des feuilles de nos passeports, ou que la coque de l'embarcation clandestine qui nous transporte caresse tendrement les sables de la rive nord méditerranéenne? Que faisons-nous pour remercier cet occident tant envisagé? On lui appose tout simplement une fierté divine démesurée, qui nous donne tous les droits; moyen légitime de dicter nos lois. On ne recherche plus la discrétion (comme lorsqu'on était des sans-papiers ou que nos aïeux s'y étaient établis) mais plutôt la visibilité arrogante, cousine de la provocation et bru du mépris.

Notre créativité est débordante dans ce sens, et « l'hérésie républicaine » du Burkini n'est qu'une pièce difforme (une de plus) que l'on essaie d'imbriquer par tous les moyens, dans le grand puzzle des traditions françaises. Une greffe inutile dont le rejet est plus qu'assuré. Pourquoi insister dès lors que l'on sait que cette « innovation» est superflue? Si c'est pour l'honneur; il n'est sûrement pas une question d'accoutrement, et si c'est par pudeur; celle-ci ne se mesure pas à la largeur de peaux de femmes couvertes. La fierté s'acquiert et le respect se gagne, par la profondeur de nos actes et leurs utilités pour la communauté. Nous devons en tant qu'expatriés forcer l'admiration par nos actions méritoires et non par des opérations provocantes et improductives. Si c'est la visibilité que l'on cherche; alors trouvons-la dans le mérite, le travail bien fait et le respect de la société qui nous fait une place… au soleil.

Hebib Khalil

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 09:26
Le racisme en France sévit-il aussi sur un  terrain de foot?

Le racisme en France sévit-il aussi sur un terrain de foot?

Dans quelques jours va débuter le championnat d'Europe des nations, appelé souvent « Euro de football ». Pour la France, pays organisateur, l'enjeu est de taille.

Depuis seize ans et sa victoire dans l'Euro 2000 face à l'Italie, les « Bleus » n'ont plus rien gagné et leurs supporters vivent avec la nostalgie de cette fameuse passe de deux (Coupe du monde en 1998 et Euro en 2000). Pour l'heure, la « famille » du football hexagonal refuse d'accepter l'idée que la France n'est pas un grand pays de football. Une vérité que confirment les piètres performances de ses clubs dans les compétitions européennes.

Qu'on en juge, à peine deux victoires (Marseille en 1993 pour la Ligue des Champions et Paris Saint-Germain en 1996 pour la Coupe des vainqueurs de coupe) en soixante ans de compétitions !

Ces chiffres méritent d'être rappelés à nombre de confrères français qui ont tendance à commenter l'actualité footbalistique comme si leur pays était la référence absolue. Pour eux, il ne s'agit même pas d'être modeste mais simplement de faire preuve d'humilité et, plus important encore, de s'interroger sur les raisons des défaites systématiques de leurs équipes en Ligue des champions ou en Ligue Europa. Cela malgré les centaines de millions d'euros que déverse le Qatar au profit du Paris Saint-Germain (une générosité qui ne lui rapporte rien en terme d'image mais ceci est une autre histoire).

Ouvrons ici une parenthèse à l'adresse des wanetoutristes qui viennent de se délecter des lignes qui précèdent. Disons-leur donc que le même constat vaut pour l'Algérie. On a beau dire, on a beau faire, notre pays est un nain footbalistique sur le plan des résultats. Qu'ils soient internationaux ou même continentaux. Le bilan tient sur une ligne : une Coupe d'Afrique des Nations (à domicile en 1990). Certes, plusieurs de nos clubs ont remporté des trophées africains mais, pour reprendre un langage de technocrate, on dira que le football algérien est loin d'avoir réalisé son potentiel. Ses responsables peuvent bien jouer les matamores et tenter de faire croire qu'une qualification en Coupe du monde équivaut à une victoire finale, les chiffres sont implacables. Les Verts ne seront de vrais géants africains (commençons par cela) que lorsqu'ils auront remporté une Coupe d'Afrique des nations à l'extérieur de nos frontières.

C'est d'ailleurs une règle générale qui s'applique aussi à la Coupe du monde. Un « vrai » champion du monde est celui qui remporte le trophée hors de chez lui. Fin de la parenthèse.

Revenons donc aux Bleus. Une victoire à domicile de l'équipe à Deschamps permettrait de recréer une dynamique et de redonner quelques couleurs à un palmarès qui reste maigre malgré le « un, deux et trois zéro » de 1998. Mais l'affaire ne sera pas simple. Depuis sa création en 1960, seule trois pays organisateurs ont pu s'imposer chez eux : l'Espagne (1964), l'Italie (1968) et la France (1984) pour qui ce fut alors le premier titre international. Diminuée par plusieurs blessures, l'équipe de France doit aussi assumer les choix de son sélectionneur de ne pas avoir fait appel à deux joueurs d'origine maghrébine : Karim Benzema et Hatem Ben Arfa.

Ces deux absences ont déclenché nombre de polémiques. Eric Cantona, figure iconoclaste du foot français, a estimé qu'il s'agissait là d'un choix « raciste ». Même son, en moins abrupt, chez le comédien Jamel Debbouze qui nous avait habitués à plus de prudence et qui, du coup, doit subir les foudres de l'ineffable Malek Boutih, désormais préposé au rôle de franco-maghrébin réac. Enfin, en attendant la suite de ce feuilleton, c'est Karim Benzema qui accuse le sélectionneur d'avoir cédé à une partie raciste de l'opinion publique. Avant d'aller plus loin, il convient de noter que, dès le départ, la sélection de Deschamps était exclusivement «Black-Blanc» et que si le Franco-marocain Adil Rami a été appelé, ce n'est qu'après la blessure de plusieurs joueurs (relevons d'ailleurs au passage que la présence de ce joueur n'a rien de rassurant pour la défense française…).

Alors, raciste Deschamps ? L'accusation ne tient pas la route. L'homme est à la fois un gagneur, un pragmatique et un créateur d'esprit de groupe. Ne pas sélectionner un joueur, aussi doué soit-il, pour ne pas mettre en péril l'équilibre interne de l'équipe, fait partie de ses habitudes. Cela peut expliquer pourquoi Ben Arfa n'est pas présent à l'Euro. Par contre, l'affaire Benzema est plus emblématique de l'air du temps et le principal concerné l'a bien compris en pointant du doigt l'influence de l'opinion publique. Deschamps voulait absolument Benzema mais il a cédé.

A qui ? D'abord, à la pression des politiques, le Premier ministre, menton-toujours-haussé, Manuel Valls et quelques-uns de ses ministres dont on ne cessera jamais de dire que leur exigence d'exemplarité (à propos de l'implication de Benzema dans la sordide affaire de « sex-tape » de Valbuena) est à géométrie variable (Platini, englué dans les scandales de la Fifa, garde encore toute leur « confiance »…).

Ensuite, il y a l'opinion publique qui se crispe dès lors qu'il s'agit de Franco-maghrébins. Il ne faut pas nier cette réalité. Dans un contexte politique et social délétère, les amalgames sont nombreux et l'islamophobie, qu'elle soit assumée ou non, conditionne nombre de comportements. Les commentateurs beaufs et néo-conservateurs, mais ô combien influents, notamment ceux qui sévissent sur RMC, voulaient la tête de Benzema.

Ils l'ont obtenue. Demain, en cas de victoire finale de la France, ils pourront clamer que la page de 1998 et 2000 est définitivement tournée, et que le sport hexagonal, donc la France, peuvent très bien se passer des beurs qui ne fileraient pas droit. D'une manière ou d'une autre, le foot dit toujours ce qui traverse une société….

Akram Belkaid, le Quotidien d'Oran.

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 12:49
La politique migratoire en France bat de l'aile.

La politique migratoire en France bat de l'aile.

Le Défenseur des droits Jacques Toubon dresse un constat alarmant des discriminations subies par les étrangers dans le pays.

Emploi, éducation, santé... En France, même si le Front national n'a pas atteint les marches du pouvoir, insidieusement, c'est la "préférence nationale" qui prime. Discriminés, les étrangers bénéficient de moins en moins de leurs droits fondamentaux. C'est la conclusion inquiétante du Défenseur des droits dans un rapport publié lundi 9 mai, et intitulé "Les droits fondamentaux des étrangers en France".

En 305 pages, Jacques Toubon détaille les discriminations et les obstacles rencontrés par les étrangers dans le pays. En creux, une critique de la gestion de la question migratoire par l'Etat français mais aussi d'une idée qui contamine les esprits : celle selon laquelle l'immigration serait un danger. Et une suspicion généralisée qui s'est instillée jusqu'au cœur du droit.

L’idée du "traitement différencié des individus à raison de leur nationalité" s’est banalisée selon Jacques Toubon, "dans les esprits et dans le droit". Le Défenseur des droits rappelle que la discrimination et les différences de traitement dans les droits fondamentaux est "a priori" interdite.

Si le mot n'est jamais prononcé par Jacques Toubon, la légitimité d'une certaine "préférence nationale" n'est pas remise en cause par la France, analyse "Le Monde".

"A tel point qu’aujourd’hui, l’idée de traiter différemment les personnes n’ayant pas la nationalité française, de leur accorder moins de droits que les nationaux – et toujours sous une forme conditionnée, plus précaire – est si usuelle et convenue qu’elle laisserait croire que la question de la légitimité d’une telle distinction est dépourvue de toute utilité et de toute intérêt."

Elle se fonde sur des "idées préconçues, des mythes" qui alimentent une peur. Or, comme le rappelle le Défenseur des droits, "aucune période de l’histoire de l’immigration, aussi intense soit-elle, n’a modifié le socle des valeurs républicaines communes.

Une "logique de suspicion" présente dans le droit français justifie les discriminations. Jacques Toubon réfute également le mythe d’un "appel d’air", les étrangers n’arrivant pas en masse quand on leur propose des prestations. Au contraire, bien souvent, ils ne les demandent pas.

Le séjour des étrangers en France est de plus en plus précaire. Les titres de séjour temporaires sont beaucoup plus fréquents que les cartes de résident, rendant difficile l’accès aux droits. Les visites des familles en France sont également plus laborieuses. Certains visas sont refusés sur le motif "du risque migratoire", cite le Défenseur des droits.

Le rapport insiste sur les difficultés liées aux rendez-vous en préfecture. De longues heures d’attentes, des refus au guichet, des délais de traitement excessifs, un manque d’information… Jacques Toubon dénonce aussi le renvoi d’étrangers dans des pays où ils n’ont pas le droit de résider.

Droit d’aller et venir, droit à des soins, droit au logement et à l’hébergement d’urgence, droit à l’emploi, droit à la protection sociale... Autant de domaines dans lesquels les étrangers rencontrent des obstacles. L'ouverture d'un compte bancaire, par exemple, est parfois refusée à une personne ne disposant pas d'un titre de séjour, ce qui est interdit. Certaines professions restent légalement inaccessibles à des étrangers.

D’autant plus qu’ils sont souvent pris pour cibles lors des contrôles d’identité, par exemple. La situation particulière dans laquelle se trouvent les extra-nationaux n’est pas prise en compte dans l’application des règles, explique le Défenseur des droits.

Jacques Toubon évoque souvent dans ce rapport la situation des mineurs, dont les droits spécifiques sont très peu respectés. L’accès à l’éducation des étrangers n’est toujours pas systématique alors que la scolarisation entre 6 et 16 ans est obligatoire en France. Des enfants se voient ainsi refuser l’accès à l’école à cause de la situation irrégulière de leurs parents.

"Le Défenseur des droits réitère sa recommandation selon laquelle il doit être mis un terme au recours aux examens médicaux d’âge", précise le rapport. "Pendant la période d’évaluation de leur situation, préalable à leur éventuelle prise en charge, ces enfants devraient être protégés de manière inconditionnelle, ce qui n’est pas toujours le cas."

Sirine Azouaoui

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 12:43
Marine Le Pen, présidente du Front national.

Marine Le Pen, présidente du Front national.

La présidente du Front national sera aujourd’hui à la barre du tribunal correctionnel de Lyon pour des propos violemment antimusulmans tenus en 2010.

Alors que le climat antimusulman connaît des flambées, les observateurs attendent avec intérêt le procès intenté contre la présidente du Front national (FN) qui avait qualifié les prières de rue d’occupation du territoire, faisant référence à l’occupation nazie de la Seconde Guerre mondiale. Marine Le Pen comparaîtra, aujourd’hui en correctionnelle à Lyon, pour cette comparaison hasardeuse, mais calculée, en 2010, lors d’un meeting à Lyon.

Elle est poursuivie pour «provocation à la discrimination, à la violence ou à la haine envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion». La prévenue aura face à elle quatre parties civiles : le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui avait déposé une plainte dès le 1er décembre 2011, le Mrap, qui s’était constitué partie civile en janvier 2013 ; l’Observatoire national contre l’islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM) et la Ligue judiciaire de défense des musulmans, association présidée par l’avocat Karim Achoui.

Marine Le Pen avait déclaré : «C’est une occupation de pans du territoire, des quartiers dans lesquels la loi religieuse s’applique, c’est une occupation. Certes, il n’y a pas de blindés, pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants.» Le procès tombe à une période un peu compliquée pour les musulmans depuis que l’amalgame est facile face aux dérives sectaires et extrémistes des groupes intégristes dans le monde, des dérives qui faussent le regard porté sur les musulmans dans le pays.

La présidente du FN devrait donc appuyer là où ça fait mal, sachant qu’elle a une oreille attentive dans l’opinion publique échaudée par les attentats commis en France en janvier dernier. Elle aura beau jeu de dénoncer le «fondamentalisme», semant ainsi le doute sur l’islamisme et l’islam quotidien. Pour Abdallah Zekri, président de l’Observatoire national contre l’islamophobie du CFCM, «en comparant les Français de confession musulmane aux nazis, Mme Le Pen a porté atteinte à leur honneur et a pris des raccourcis avec l’histoire.

Elle a oublié de dire que nos parents, simples indigènes de la République, ont versé leur sang sur les champs de bataille contre le nazisme et le fascisme pour libérer la France, ce qui permet aujourd’hui à Mme Le Pen et aux racistes de tous bords de vivre libres grâce au sacrifice de plus de 500 000 musulmans morts lors de la Seconde Guerre mondiale, sans oublier celle de 1914-1918 et on peut remonter même jusqu’à la guerre de Crimée». Il regrette aussi que de tels propos puissent nourrir la défiance à l’égard de l’islam : «Il n’y a qu’à se référer aux actes antimusulmans commis en France et qui sont en forte progression, particulièrement dans la région Rhône-Alpes.»

Suisse : Poussée spectaculaire de la droite anti-immigration

La droite populiste suisse, l’Union démocratique du centre (UDC), résolument anti-immigration et anti-Union européenne, a enregistré dimanche une progression spectaculaire aux élections législatives, la confortant comme premier parti de la Confédération helvétique.

Elle obtient près d’un tiers des sièges du Conseil national, selon les résultats définitifs. L’UDC gagne 11 élus, avec au total 65 représentants sur les 200 de la Chambre basse du Parlement. Elle fait mieux que son meilleur score de 2007 (62 élus).

Dans une projection, la télévision publique RTS estime le score en voix de l’UDC à 29,5%, son plus haut niveau historique (28,9% de 2007) et du jamais vu pour un parti suisse. «Les gens ont voté guidés par la peur», selon une candidate socialiste, Rebecca Ruiz, ajoutant que le thème des réfugiés et de l’immigration, favori de l’UDC, avait été «malheureusement très dominant dans la campagne».

Le parti socialiste (PS), deuxième formation du pays, perd 3 sièges avec 43 élus et l’autre parti de droite, le Parti des libéraux radicaux (PLR) obtient 3 élus de plus avec 33 représentants.

Ce virage à droite se fait au détriment des petits partis du centre (moins 3 sièges) et des deux principales formations écologistes qui perdent au total 9 sièges. R. I.

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 12:16
Amadou Ouedraogo, qui a perdu sept membres de sa famille 
dans le crash d’Air Algérie, refuse de changer d’affectation. 
La Poste s’acharne, le met à pied et menace de le licencier.

Amadou Ouedraogo, qui a perdu sept membres de sa famille 
dans le crash d’Air Algérie, refuse de changer d’affectation. 
La Poste s’acharne, le met à pied et menace de le licencier.

«Sans eux, je ne serai plus là où je suis. » Eux, ce sont Nicolas et Sylvain, responsables CGT de l’union locale. Amadou Ouedraogo les a tous les jours au téléphone sauf le dimanche. Avec soixante de leurs collègues, ces postiers de la plaque de Mouzillon, en Loire-Atlantique, se sont rassemblés mardi devant le siège départemental du groupe La Poste pour soutenir leur chef d’équipe, Amadou Ouedraogo, mis à pied et menacé de sanction, voire de licenciement. Lui n’est pas présent. Il est arrêté depuis le mois de septembre et tourne et retourne dans sa tête le film des événements. Le cauchemar commence lorsque son supérieur lui propose de changer de site pour aller à 25 km de son lieu de travail, à Montaigu, en Vendée. L’agent refuse. Bien qu’à 12 km de chez lui, Amadou ne souhaite pas de changement dans sa vie professionnelle. L’an dernier, il a perdu son père puis trois mois plus tard sept autres membres de sa famille. Disparus dans le crash du vol Alger-Paris, « celui qu’il devait protéger », son petit frère, sa belle-sœur et ses cinq neveux et nièces ne sont jamais revenus de leurs vacances au Burkina. Amadou craque. Depuis l’accident, c’est lui et lui seul qui gère l’« organisation et la prise en charge du décès », le procès contre la compagnie.

« À La Poste, on ne supporte pas qu’un cadre n’obéisse pas »

Mais, malgré la peine, la douleur, et la multitude de papiers à gérer, le postier n’a pas quitté son poste. « Le jour même, il était au travail, témoigne un de ses collègues. Je ne sais pas comment il a tenu. » Son travail « est un point d’ancrage qui revêt une importance capitale pour son équilibre personnel », souligne l’assistante sociale dans une note. « Pour ne pas sombrer, je me suis mis à fond dans le travail », avoue-t-il. Jamais un reproche, l’agent modèle en quelque sorte. Mais à La Poste, on « ne supporte pas qu’un cadre n’obéisse pas », affirme son collègue de Mouzillon Sylvain Lamblot, syndicaliste à la CGT. D’ailleurs, aucun autre chef d’équipe de la plaque n’est sollicité pour répondre au besoin « de cette décision managériale ». Malgré le premier refus, la direction s’entête. Elle va même jusqu’à lui agiter la carotte d’une éventuelle promotion, sur ce site plus grand, où les opportunités sont plus nombreuses. Il réfléchit à nouveau, puis secoue la tête. Un, deux… six entretiens avec à chaque fois la même proposition. Il la rejette à chaque fois. Des changements d’affectation, le postier en a eu beaucoup dans sa carrière depuis qu’il est entré à La Poste en 1997. Six en tout, mais cette fois c’est non, du moins « pas maintenant ». Avec ce changement d’affectation, Amadou ne pourra plus continuer à aller chercher sa fille au collège. « Mon fils a déjà décroché l’an dernier avec les “événements” », « je veux être auprès d’eux et présent », martèle ce père de famille.

Las, démuni, il écrit à son directeur départemental, celui qui, en apprenant la tragédie, est « passé » le voir, en lui précisant qu’en cas de problème sa porte lui « serait toujours ouverte ». En réponse, malgré le courrier de l’assistante sociale qui confirme qu’Amadou « est véritablement affecté par ce souhait de mobilité », le directeur lui retourne une fin de non-recevoir. Amadou est sommé de se rendre le 14 septembre sur le site de Montaigu. « Dans plusieurs établissements, des modifications managériales ont eu lieu afin d’être plus efficace et plus présent sans que cela ne provoque des réactions démesurées de la part des collègues concernés », lance le directeur dans son courriel. « Votre situation n’a rien d’exceptionnel (…) Vous gardez les mêmes attributions, vous ne vous déplacez pas de 500 km. Le changement de site est raisonnable et n’entraîne pas des modifications substantielles de vos conditions de travail », ajoute-t-il. « Quand j’ai reçu ce mail, explique le postier, ça m’a fait froid dans le dos. » Or, selon le syndicat, le déplacement de l’agent ne relève ni d’une sanction, ni d’une réorganisation du service comme le prévoient les textes. Depuis, il cherche des appuis extérieurs. Et souhaite écrire à la ministre de la Justice, Christiane Taubira, qui avait envoyé des fleurs, lors de la cérémonie, en hommage aux victimes.

Une pétition a été lancée par les postiers de Mouzillon. Plus de cent personnes ont d’ores et déjà signé sur les deux cents que compte la « plaque », regroupant les quatre sites qui la composent. Tous condamnent le comportement « indigne » de leur direction, le manque d’« humanisme ». Le 14 septembre, lors d’une réunion, « on nous a expliqué qu’il était en mesure de supporter tout ça », confie l’un d’entre eux.

Plus tard dans l’après-midi, les deux syndicalistes Sylvain Lamblot et Nicolas Debouvry ont été reçus par le directeur des ressources humaines. « Il nous a confirmé qu’Amadou ne réintégrerait pas Mouzillon, explique Nicolas Debouvry. Il est resté bloqué et n’a rien voulu entendre. Pis, s’indigne le syndicaliste, après l’avoir alerté sur l’état psychologique de son agent, ce dernier nous a répondu froidement : “S’il veut se suicider, je lui conseille d’appeler le 15.”. » À la sortie, les postiers de Mouzillon se sont promis d’être plus nombreux encore le 27 octobre, jour de la commission consultative paritaire.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 09:46
ici Eric-Zemmour-Robert-Menard et Alain-Finkielkraut.

ici Eric-Zemmour-Robert-Menard et Alain-Finkielkraut.

Finkielkraut, Zemmour, Onfray… : rebelles de papier au service des pouvoirs, leur omniprésence mérite qu’on s’y arrête car elle marque une nouvelle étape d’une mue entamée il y a plus de trente ans avec l’invention de l’intellectuel médiatique. Avec eux, les médias sont devenus le lieu du blanchiment des pires préjugés racistes, le paradis fiscal où se recycle l’argent sale du commerce xénophobe. Les uns s'alimentent des autres dans un affaissement généralisé du débat public.

« La vertu du catch, c'est d'être un spectacle excessif », écrivait Roland Barthes dans ses Mythologies. On est tenté d’en dire autant de la scène médiatique agitée par la dérive droitière des intellectuels. Même goût de l’emphase, mêmes gestes exagérés, même immédiateté de l’effet recherché. Il n’y a pas loin du catch au clash médiatique. Et si le combat est évidemment truqué, chacun le sait et en jouit.

Dans le monde où l’on clashe, tout est simulé. N’y cherchez ni le cœur ni la raison. Ni intrigue ni interprétation. Sur le ring du talk-show, chacun est prié de coller à « l’évidence de son rôle ». Chaque mot, chaque signe est paradoxalement lisible dans sa duplicité. C’est sérieux et c’est une blague. C’est du premier et du second degré. C’est un jeu et c’est un combat. On est là pour convaincre et s’amuser. Le public invité dans l’arène est prié de se manifester. Applaudir une chose et son contraire.

C’est la performance qui compte, pas le sens. La repartie, pas l’argument. Particulièrement bienvenu est le personnage du « salaud », personnage clé de tout combat de catch. Nadine Morano, tout à sa quête de notoriété, s’y est brûlé les ailes. « Le salaud est pris au piège, par un retournement soudain », conclut Roland Barthes.

Pas d’histoire : juste le spectacle surjoué d’un pétainisme cool, autorisé, et même « de-gaullisé ». Un pétainisme non pas « transcendental », comme l’a écrit à juste titre Alain Badiou du sarkozysme, mais recyclé, remastérisé. Et ce recyclage a un prix : la dévoration médiatique de l’intellectuel « Il y a des gens qui croient que le catch est un sport ignoble, écrivait Roland Barthes. Le catch n'est pas un sport, c'est un spectacle. »

Alors pourquoi s’indigner ? On pourrait même s’en amuser, si les médias n’étaient devenus au fil des ans, de transgression en transgression, le lieu du blanchiment des pires préjugés racistes, le paradis fiscal où se recycle l’argent sale du commerce xénophobe, les profits symboliques récoltés dans le périurbain, le tout voyageant sous le pavillon de complaisance de l’identité nationale « made in France » lancée par la firme Sarkozy-Buisson en 2007.

C’est le sens du tohu-bohu orchestré par les talk-shows télévisés autour de la dérive droitière des intellectuels. Trahison ? Hérésie ? L’affaire mérite qu’on s’y arrête, car elle marque une nouvelle étape d’une mue entamée il y a plus de trente ans avec la « Nouvelle Philosophie » et l’invention de l’intellectuel médiatique.

Depuis cette date, la figure de l’intellectuel, née au moment de l’affaire Dreyfus, ne cesse de se décomposer sous les coups de boutoir de la mondialisation et de la troisième révolution industrielle. Un monde nouveau est en train de naître et une fraction de l’intelligentsia française ne semble pas prête à l’accueillir. Ce n’est pas l'intellectuel médiatique qui a changé. C’est le monde. Le voilà désorienté face à des enjeux nouveaux, complexes, pour une part insaisissables. Nouveaux partages du savoir. Nouveau régime du climat. Nouveaux territoires du pouvoir. Autant de sujets que Mediapart explore régulièrement.

Face à ces nouveaux enjeux, l’intellectuel médiatique est fort dépourvu. Le monde change, et il en est toujours à convoquer les fantômes des années 1930. C’est là que la récente affaire de la « droitisation des intellectuels » nous apporte des informations éclairantes. Au-delà des rivalités éditoriales qui les opposent, les intellectuels médiatiques ont le sens du créneau et savent à l’occasion se répartir le travail. Pour le dire de manière imagée : quand les uns inspirent la politique étrangère de la France, les autres en gèrent les retombées sur la politique intérieure, la crise migratoire, les réfugiés… Les uns au Quai d’Orsay, les autres place Beauvau.

Quand les premiers soutiennent ou inspirent des guerres déstabilisatrices en Irak, en Libye ou en Syrie, les autres se chargent de gérer la crise migratoire générée par ces guerres. Les uns et les autres s'enferment dans le même horizon géographique et historique : la création d’une Europe bastion, hostile aux autres cultures et civilisations.

Les « faiseurs de guerre »

L’intellectuel engagé défendait, pendant la deuxième moitié du XXe siècle, les luttes d’indépendance contre les empires coloniaux, les peuples agressés par l’impérialisme. Il a cédé la place à l’intellectuel médiatique, rangé aux côtés de ceux qui exercent le pouvoir et non plus de ceux qui le subissent, de ceux qui déclenchent les guerres et non plus des victimes de ces guerres, des vainqueurs et non plus des vaincus.

Quand tout au long du XXe siècle, l’intelligentsia signait manifestes et pétitions contre la guerre, l’intellectuel médiatique est un « va-t’en-guerre ». Depuis le 11 septembre 2001, il ne se contente plus de soutenir les guerres des néoconservateurs (en Afghanistan et en Irak ), il va même jusqu’à exiger des gouvernements hésitants qu’ils s’engagent dans des interventions coûteuses et déstabilisatrices comme l’a fait Bernard-Henri Lévy en Libye – un cas d’école. Marx qualifiait ses épigones français de « faiseurs de nuages ». Les « faiseurs de nuages » sont devenus des « faiseurs de guerre » décomplexés. Voilà la politique étrangère de « l’intellectuel français ». Quant à sa politique intérieure, elle en est l’exact complément.

BHL en Libye : un cas d'école ! © (dr)

Nous sommes bien loin d’un Sartre soutenant les ouvriers en grève (français et immigrés) de chez Renault ou d’un Foucault dénonçant les conditions de vie des prisonniers (français et immigrés), ou plus récemment, sous une forme plus collective, du « Parlement international des écrivains » que nous avions fondé à Strasbourg dans les années 1990, créant des villes refuges pour accueillir les écrivains persécutés dans leur pays ou soutenant les sans-papiers contre les lois Pasqua. Voici aujourd'hui qu’un quarteron d’« intellectuels » décide de fustiger les réfugiés chassés de leur pays par les guerres occidentales, prenant le contre-pied du mouvement de solidarité qui s’est exprimé dans toute l’Europe après la mort du petit Aylan sur une plage grecque.

Voilà l’intellectuel français (ou ce qu’il en reste) qui s’inquiète de la perte de l’identité française, menacée par les vagues d’immigration, dénonce d’une seule voix non plus le racisme mais l’antiracisme, et prend la défense du « Français de souche » ou du « petit peuple » méprisé au profit des réfugiés.

À première vue, rien de commun entre Michel Houellebecq, Éric Zemmour, Alain Finkielkraut et Michel Onfray, les quatre protagonistes de cette affaire. Le premier est un romancier roué qui a l’habileté de loger la thématique de ses romans au cœur des débats de société (le désarroi du manager, la critique de Mai-68, le tourisme sexuel, l’art contemporain et le déclinisme français, l’islam de France). Le second est un pamphlétaire habitué des radios et des plateaux de télévision, auteur de best-sellers comme Le Suicide français et Mélancolie française qui cultivent la nostalgie d’une France sans étrangers. Alain Finkielkraut est un essayiste décliniste, pourfendeur tout à la fois de l’immigration dénaturante, de l’école disqualifiante et des nouvelles technologies addictives. Quant à Michel Onfray, venu de l’extrême gauche, il est l’auteur à succès d’une Contre-histoire de la philosophie, créateur d’une université populaire à Caen.

Tous les quatre accumulent les unes des journaux et créent la polémique à longueur de talk-shows. Ce n’est pas diminuer leurs mérites que de constater qu’ils doivent leur succès à leur surexposition médiatique. Tous ont en commun une soudaine passion pour le Peuple, l’Identité, la Nation, la Laïcité, qu’ils feignent de découvrir comme si les écailles tombaient de leurs yeux alors qu’ils refont le parcours classique du pamphlétaire, avec ces lieux communs et ces topoï bien repérés par Marc Angenot dans La Parole pamphlétaire (Payot, 1982). On ne saurait trop leur recommander ce livre, car ils y retrouveraient la trame (l’Urmelodie) de toutes leurs interventions : la vision d’un monde crépusculaire, la mélancolie d’un âge d’or perdu, le pouvoir du bon sens, la mort de la littérature, la menace de la modernité, l’anti-France… Une vision du monde, du peuple, de l'école « old school », comme dirait Michel Onfray.

Ils ont gagné la bataille des idées, dit-on, mais de quelles idées parle-t-on, et de quelle bataille ? Partagent-ils, sinon une même idéologie, au moins une quelconque idée ? Rien n’est moins sûr. Et contre quels ennemis ferraillent-ils ? On peine à les apercevoir dans la poussière soulevée par la bataille. Car la bataille fait rage, dit-on, une bataille féroce pour l’« hégémonie culturelle ». Mais contre qui se battent ces vétérans ? Qui les a défiés ? Dans l’arène médiatique, il n’y a qu’eux ! Pas le moindre contradicteur ne leur est opposé, sinon des animateurs de talk-shows qui jouent les « faire-valoir » en leur donnant la réplique. Ils ferraillent contre un ennemi absent, des fantômes, des revenants (Mai-68, SOS Racisme) ou des envahisseurs (l’Étranger, l’Islam, le « Parti de l’Autre »)…

On ne comprend rien à cette volte-face si on ne l’inscrit pas dans l’univers médiatique, qui est régi par d’autres lois que celles de la cohérence ou de la loyauté. Et nos quatre mousquetaires maîtrisent parfaitement les lois de l’économie de l’attention. Quelles sont ces lois ? Les comportements à adopter dans l’univers concurrentiel des chaînes TV sont tous calculés pour avoir, selon les mots de George Steiner, « un impact maximal et une obsolescence instantanée ».

« La trouvaille du marketing »

Impact maximal, car dans un monde saturé d’informations, l’attention devient la plus rare des ressources et seul un message choquant, plus choquant que le précédent, a des chances de capter l’attention des téléspectateurs. Obsolescence instantanée, dans la mesure où, comme le fait observer Zigmunt Baumann, « le lieu d’attention a besoin d’être déblayé dès qu’il est rempli, afin de faire de la place pour les nouveaux messages ». Cette double exigence d’« impact maximal » et d’« obsolescence instantanée » favorise la généralisation de conduites transgressives (ce qu’on pourrait qualifier de « principe de Morano »).

C’est ce que fait Michel Onfray quand il dénonce, en pleine crise des réfugiés, les « messes cathodiques » en faveur des immigrés, qui feraient passer le sort des étrangers avant « le peuple français méprisé », auquel ses élites préféreraient « les marges célébrées par la pensée de Mai-1968 ». Pendant que les « populations étrangères [sont] accueillies devant les caméras du 20 heures, la République fait la sourde oreille à la souffrance des siens ». Et de se faire l’avocat de « ce peuple old school », « notre peuple », « mon peuple », en précisant bien que « c’est à ce peuple que parle Marine Le Pen ». Succès garanti.

La brèche avait été ouverte par Alain Finkielkraut au moment des émeutes dans les banlieues, en 2005, quand, interrogé par le journal israélien Haaretz, le philosophe s'en était pris vivement aux « Noirs », aux « Arabes » et à l'islam, tout en se moquant de l'équipe nationale de football qui serait la risée de l'Europe parce qu’elle est « black-black-black ». Le romancier Michel Houellebecq, mezza voce, ne joue-t-il pas sur la même corde en déclarant que « la religion la plus con c’est quand même l’Islam », au moment de la sortie de son roman, La Carte et le Territoire?

Quant à Éric Zemmour, le chevalier de l’Apocalypse identitaire, n’étant ni romancier ni philosophe mais polémiste de profession, il est un spécialiste de la transgression où l’ignoble le dispute au ridicule, à l’image de sa déclaration au lendemain du naufrage de plusieurs centaines de personnes à Lampedusa : « Les naufragés de Lampedusa ne sont pas des réfugiés mais des envahisseurs. »

« Après Alain Finkielkraut pleurant en 2014 “l’identité malheureuse” d’une société française disloquée par l’immigration, on se demande, écrivait récemment François Cusset, si la surenchère nauséabonde n’est pas l’ultime recours d’un intellectuel français moribond, dont la seule stratégie de distinction encore viable, serait la dérive droitière décomplexée : jouer la nation exsangue contre la mondialité libérale et ses déplacés sans nombre. »

Paradoxe de ces auteurs conservateurs, ils doivent apparaître, dans l’univers médiatique, comme des rebelles, des insurgés, des briseurs de tabous. Or ils sont à la une des magazines, membres de l’Académie française, couronnés par les plus grands prix littéraires… D’où une contorsion stylistique de plus en plus difficile à tenir et qui se manifeste par le « look célinien » de Houellebecq pour le lancement de Soumission, à la posture de Tartuffe d’un Michel Onfray sur le canapé rouge de Michel Drucker, au « pétainisme de velours » d'Éric Zemmour…

C’est l’ultime épisode d’une mutation de la figure de l’intellectuel. Après l’effacement de l’intellectuel généraliste, à l’image de Jean-Paul Sartre ou d’Albert Camus, au profit de l’intellectuel spécifique, selon Michel Foucault : il n’intervenait que sur des questions relevant de ses domaines de compétence. Le communisme avait nationalisé l'intellectuel. Il l'avait doté de pensions et de privilèges, il l'encadrait dans les unions d'écrivains. Le capitalisme l'a privatisé. Après les intellectuels du parti, les idéologues du show-biz : ils ne cherchent plus la légitimité dans les institutions du savoir mais dans les médias, à l’intérieur du monde « enchanté » médiatico-marchand dont ils sont les créatures.

Analysant l’irruption de la nouvelle philosophie dans le champ intellectuel à la fin des années 1970, Gilles Deleuze s’était bien gardé de discuter le contenu de leurs positions politiques ou idéologiques, leur anticommunisme ou leur alignement sur l’agenda de la politique américaine. Il avait mis à nu la seule idée nouvelle des nouveaux philosophes, ce qu’il appelait « la trouvaille du marketing ». « Il fallait y penser, écrit-il, cette histoire de marketing dans la philosophie, c'est réellement nouveau, c’est une analyse très adaptée du paysage et du marché. »

Deux indices de cette évolution repérée par Gilles Deleuze chez les nouveaux philosophes. D'abord, « ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses ». Hier, c’était la Loi, le Pouvoir, le Goulag. Aujourd’hui, c’est l’Identité, la Nation, l’Étranger, la Race, l’École, la Laïcité, le Peuple… C’est à l’évidence une force dans l’univers médiatique qui s’acharne à réduire les multiplicités, les singularités a contrario de l’effort de pensée qui consiste à former « des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes ».

Un véritable carnaval de sorcières

Deuxième indice : la personnalisation de la pensée. Plus le contenu de pensée est faible, plus le « penseur » se dépense, se donne de l'importance par rapport aux énoncés vides. Michel Onfray en a donné un exemple récemment, qui s’est lancé dans une anaphore, à l’instar du désormais célèbre « Moi président » de François Hollande : « Mon athéisme avéré, mon opposition à la peine de mort, ma défense de l’avortement et du mariage homosexuel, mon combat pour l’euthanasie et le clonage thérapeutique, mon refus de jeter tout l’art contemporain à la poubelle, ma défense d’un socialisme libertaire, mon refus de ceux qui, chez elle, relèvent du canal historique du FN, ainsi que mon dédain de toutes les classes politiques… »

Là encore, efficacité garantie dans l’univers des talk-shows, qui sont des machines à personnaliser la pensée et la politique afin de dépolitiser les personnes et de les empêcher de penser.

La télévision peut même prétendre sauver les apparences du débat public, alors qu’elle procède au contraire à la destruction de l’idée même de délibération. Car on ne débat pas à la télévision, pas plus qu’on ne combat dans le monde du catch. C’est un spectacle. L’empire de l’audimat ne connaît pas d’autres règles que la synchronisation des attentions. Il ne s’agit donc pas d’idéologie ni de politique, mais d’économie, une économie souterraine, une économie informelle des pulsions.

L’écrivain russe Viktor Pelevine soulignait il y a vingt ans, dans la revue Autodafé, le paradoxe de l’engagement des intellectuels à l’ère médiatique. « La résistance intellectuelle acquiert dans cette situation, le caractère d’une farce : elle est efficace uniquement si on invite l’intellectuel à l’émission à laquelle il est censé résister. » Nulle part ailleurs qu’en France, cette farce n’a été poussée aussi loin. Elle atteint en cet automne 2015 les proportions d’un véritable carnaval de sorcières, une nuit de Walpurgis, au cours duquel l’intellectuel médiatique brûle ce qu’il a adoré et se soumet à l’air du temps en revêtant les masques de l’Identité malheureuse, de la Nation bafouée, du Peuple méprisé, autant de thèmes préemptés et estampillés par le Front national depuis trente ans.

Cela fait des années maintenant que les médias, avec une persévérance qui confine à l’obsession, sont devenus le théâtre de l’emphase identitaire, la scène sans cesse rejouée de l'inconfort français : identité malheureuse, racisme anti-Blanc, phobie de l’autre s’y donnent à lire sans scrupule ni recul. Et sur cette scène, c’est la même histoire qui est racontée, celle du « petit Blanc » oublié, méprisé, insulté par le « méchant » Maghrébin et sa femme voilée, la masse colorée des Français sans souche qui transgressent les règles du jeu de la laïcité, de la République.

L’objectif est clair : connecter les transformations de la société française à la question de l’immigration. Et pour cela, construire la figure d’un ennemi intérieur, un autre inassimilable, le Musulman, le Rom, l’Étranger, le jeune de banlieue, selon les mêmes méthodes utilisées par les antisémites pour construire la figure du Juif malfaisant. Il s’agit moins de défendre le vrai peuple injustement méprisé, comme le prétend Onfray, que de reconfigurer la société, en traçant une frontière entre les insiders et les outsiders, les Français et les réfugiés, le Citizen et le Denizen…

Ce message, ce sont les médias qui le formatent et le diffusent. Les intellectuels médiatiques n’en sont que les porte-parole. Il n’ont même pas le privilège de l’antériorité. C’est flagrant dans le cas de Michel Onfray, qui ne fait que suivre, à l’instar de politiques, la pente d’une opinion publique formatée par les médias. Ça l’est plus encore d’Éric Zemmour, qui n’appartient pas à la sphère intellectuelle mais à l’univers médiatique des radios et des talk-shows. C’est aussi vrai d’Alain Finkielkraut, qui se confie depuis des années à ce qu’il dénonce et se précipite dans le grand trou noir médiatique qui nourrit et aiguise ses obsessions et ses peurs.

La dérive droitière des intellectuels est la forme que prend leur ralliement à la doxa médiatique, leur soumission à l’air du temps. Ils ne dérivent pas à droite, ils suivent la pente des idées reçues. Ils sont absorbés par le trou noir des médias, cette bouche d’ombre qui avale et dévore toute expérience réelle de création ou de pensée. Ce n’est pas seulement à la dérive droitière d’intellectuels que nous assistons, mais à la dévoration médiatique de toutes les figures publiques de la représentation. Homo politicus. Homo academicus. Homo mediaticus. Toutes les figures publiques y succombent l’une après l’autre : la figure du politique, privée de sa puissance d’agir, celle du journaliste, de son indépendance, celle de l’intellectuel, du magistère de la pensée.

Homme politique sans pouvoir, journaliste embedded et intellectuel sans œuvre : voilà les trois figures de la dévoration médiatique. Déchargées de leur puissance d’agir, ayant perdu toute autonomie, elles fusionnent sous nos yeux pour donner naissance à l’histrion, au polémiste, qui est la forme terminale de l’intellectuel médiatique. Dans un univers où la manipulation des pulsions a pris la place de l’échange des idées et des expériences. C’est la mort de l’intellectuel français de souche.

Il ne manquait qu’un meeting à la Mutualité, sans autre prétexte que la défense de Michel Onfray, pour lui servir d’obsèques nationales. Ce sera chose faite le 20 octobre prochain. Qui s’en plaindra ?

Christian salmon

Mediapart

Michel Onfray.

Michel Onfray.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 09:35
Le contrôle au faciès est une pratique courante depuis les lois Pascua.

Le contrôle au faciès est une pratique courante depuis les lois Pascua.

La justice avait ouvert en juin une voie d'action aux personnes discriminées en condamnant l'État pour « faute lourde » dans cinq contrôles d’identité présentant « un caractère discriminatoire qui engage la responsabilité de l’État ». Mais le gouvernement a décidé de contester cette décision devant la Cour de cassation.

Comment passe-t-on en trois ans d’un objectif présidentiel de lutte contre les contrôles au faciès à la contestation de l’existence même de ces contrôles d’identité discriminatoires devant la justice ? Comme l’a révélé Le Monde, l'État s'est pourvu en cassation contre sa condamnation le 24 juin 2015, par la cour d’appel de Paris, pour « faute lourde » dans cinq cas de contrôle d’identité présentant « un caractère discriminatoire qui engage la responsabilité de l’État ».

Après l’abandon du récépissé pour les contrôles d’identité dès l’été 2012 lors de son passage place Beauvau, c’est à nouveau Manuel Valls, cette fois depuis Matignon, qui a tranché. Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve avait demandé un pourvoi, la garde des Sceaux Christiane Taubira n’en voulait pas et avait assuré qu’il n’y en aurait pas. Elle a dû une fois de plus manger son chapeau, même si elle s'en défend.

Contacté, Matignon dément tout « arbitrage » et assure qu’il ne s’agit pas d’un « sujet clivant ». Le ministère de la justice, après une expertise menée cet été, « partageait le souhait du ministère de l’intérieur d’aboutir à une harmonisation des règles en nous tournant vers la Cour de cassation », affirme le cabinet du Premier ministre. « Ce pourvoi s’inscrit dans le souhait de lutter contre les contrôles au faciès, avec les mini-caméras mises en place par Manuel Valls lorsqu’il était à l’Intérieur et le texte de Christiane Taubira sur les actions de groupe en matière de discrimination », nous explique-t-on le plus sérieusement du monde.

En avril 2012, treize Français, tous noirs ou arabes, avaient assigné l’État pour « pratique discriminatoire ». Ils demandaient au ministère de l’intérieur de prouver que les contrôles d’identité qu’ils avaient subis n’étaient pas fondés sur leur couleur de peau. Ils s’appuyaient sur la loi du 27 mai 2008 concernant la lutte contre les discriminations, qui prévoit que c’est au mis en cause de prouver que sa décision n’est pas fondée par un motif discriminatoire.

Cette loi, réservée « à la matière sociale et aux relations professionnelles », ne s’applique pas « au présent litige », ont répondu les juges de la cour d’appel. En revanche, en vertu de la jurisprudence européenne, face à un faisceau d’indices permettant de penser qu’il y a eu discrimination, c’est bien à l’autorité publique de « démontrer le caractère justifié de la différence de traitement », ont-ils tranché. Et face à des « présomptions graves, précises et concordantes » de contrôles au faciès, dans cinq des treize cas jugés, l’État français ne s’est pas montré capable de « démontrer en quoi le contrôle systématique et exclusif d’un type de population, en raison de sa couleur de peau ou de son origine (…) était justifié ». « Une violation aussi flagrante des droits de la personne ne peut dès lors que constituer une faute lourde engageant directement la responsabilité de l’État », concluaient les juges.

En revanche, dans huit autres cas, la cour d’appel avait décidé de ne pas condamner l’État, le plus souvent au motif de la « dangerosité de la zone » dans laquelle le contrôle avait eu lieu, souvent des quartiers sensibles comme Vaulx-en-Velin (Rhône) ou Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Les huit déboutés ont contesté fin août ces décisions de rejet de leur appel. « Sur le principe, c’est très gênant de dire qu’il existe des quartiers dans lesquels il serait naturel de contrôler des Noirs ou des Arabes parce qu’il s’agit de zones de trafic de stupéfiants », estime Me Slim Ben Achour, avocat des 13 plaignants avec Me Félix de Belloy.

Au passage, les juges avaient taclé l’abandon par le gouvernement socialiste du récépissé pour les contrôles au faciès. Cette absence « d’obligation de traçabilité » constitue selon eux « une entrave au contrôle juridictionnel ». C’est ce point précis qui, selon le ministère de l’intérieur, motive son pourvoi en cassation. « La cour d’appel de Paris a jugé que le contrôle sans suite pénale et sans récépissé est une atteinte au droit au recours au sens de la Cour européenne des droits de l’Homme, nous indique-t-on au ministère de l’intérieur. Nous allons contester ce point. »

Cette décision de la cour d’appel créait une voie d’action précieuse pour les personnes s’estimant discriminées lors de contrôles policiers, malgré l'absence de trace écrite du contrôle d'identité faute de récépissé. Manifestement, le gouvernement n’en veut pas. Deux jours après une manifestation policière sous les fenêtres de la garde des Sceaux et à quelques jours du dixième anniversaire des révoltes urbaines de 2005 dans les quartiers populaires, le message envoyé aux forces de l’ordre est clair. « C’est un blanc-seing, estime Slim Ben Achour. Le gouvernement décrie l’existence d’un apartheid dans les ghettos en France, mais soutient que les règles d’égalité et de non-discrimination ne s’appliquent pas à ses propres fonctionnaires de police ! Dans les faits, il assume donc des pratiques de ségrégation. On est dans l’illustration des propos d’Alain Vidalis [qui avait déclaré le 24 août 2014 qu’il préférait "qu’on discrimine effectivement pour être efficace, plutôt que de rester spectateur" – ndlr]. »

Peut-être soucieux de ne pas perdre la face, le ministère de la justice fait une analyse radicalement différente, qui ne rejoint ni celle des avocats, ni celle du ministère de l'intérieur : « Il n'y a pas eu d'arbitrage perdu. Le Gouvernement avait décidé de ne pas se pourvoir en cassation contre ces arrêts dont la motivation lui convenait. La garde des Sceaux avait été suivie par Matignon. Puis il y a eu un élément nouveau : des personnes déboutées par la cour d'appel ont formé des pourvois en cassation. La conséquence était claire : quoi que le Gouvernement fasse, la Cour de cassation allait être saisie. Dès lors cela n'aurait eu aucun sens que l'État ne fasse pas de pourvoi en cassation contre les arrêts de la cour d'appel qui le condamnaient lui. Il semblait inopportun de laisser, du fait d'une absence de recours, des arrêts de Cour d'appel bénéficier de l'autorité de la chose jugée alors que la Cour de cassation pourrait censurer une motivation similaire dans d'autres arrêts qui lui seraient déférés. Si la cour de cassation confirme la motivation des arrêts de la cour d'appel, cette motivation aura plus de force qu'exprimée au niveau d'une cour d'appel. »

Une justification alambiquée, qui pourrait cependant avoir une vertu : les avocats des contrôlés espèrent profiter d’un climat juridique « plutôt favorable » pour « consolider au plus haut niveau » les décisions de la cour d’appel.

Le défenseur des droits, Jacques Toubon, qui avait pesé dans le débat en expliquant que « les autorités ont le devoir de prendre des mesures visant à prévenir et réprimer les actes discriminatoires », paraît aujourd'hui surpris : « Même si cette décision apparaît tardive, elle relève des prérogatives du ministère public. Je m'étais félicité des arrêts rendus en juin par la cour d’appel de Paris, je présenterai de nouveau mes observations devant la Cour de cassation. »

Dans un communiqué commun, la Ligue des droits de l’Homme, le Syndicat de la magistrature, le syndicat des avocats de France, le Gisti, la fondation Open society justice initiative et trois autres associations dénoncent « le cynisme d’un État qui reste dans le déni des contrôles au faciès en France ». Ces huit organisations jugent cette décision du gouvernement « d’autant plus choquante que la lutte contre le racisme est la grande cause nationale de 2015 ». « La République ne connaît pas de races ni de couleurs de peau. Elle ne reconnaît pas de communautés. Elle ne connaît que des citoyens, libres et égaux en droits. Et ce n'est pas négociable », a encore rappelé François Hollande le 8 octobre 2015, lors de sa visite au mémorial du Camp des Milles à Aix-en-Provence.

« Plutôt que de contester des décisions qui le mettent en cause, le gouvernement devrait tirer les conséquences de ces décisions en introduisant un système de récépissé des contrôles et en modifiant le cadre législatif qui permet les contrôles (l’article 78-2 du Code de procédure pénale) afin d’autoriser uniquement des contrôles fondés sur des critères objectifs », plaident ces huit organisations.

« On espérait que l’État ne tomberait pas aussi bas, mais on avait gardé l’option en tête, a réagi dans Libération Sihame Assbague, la porte-parole du collectif Stop les contrôles au faciès. La décision du mois de juin marquait une ouverture, une brèche dans le droit, et la reconnaissance de l’injustice que connaissent des millions de Français. »

Louise Fessard et Michaël Hajdenberg

Mediapart

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 11:57
Une circulaire a été rédigée pour l'amélioration de l'accueil des étudiants étrangers en France.

Une circulaire a été rédigée pour l'amélioration de l'accueil des étudiants étrangers en France.

Le 3 septembre 2015, le ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche et le ministère de l'intérieur ont adressé une circulaire aux préfets de département, aux présidents d'université aux directeurs généraux de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans laquelle une instruction du gouvernement relative à l'amélioration des conditions d'accueil des étudiants étrangers.

A travers cette circulaire, les deux ministères mettent en place une coopération entre les préfectures et les établissements d'enseignement supérieur pour organiser le dépôt et le traitement des demande de délivrance des titres de séjour portant la mention «étudiant» pour les étrangers.

L’objectif principal visé concerne l’amélioration de l'accueil de ces publics.

Cette opération s'est traduite par la conclusion de conventions entre les acteurs concernés pour créer des "guichets délocalisés" qui présentent de multiples avantages : «- instaurer un cadre de confiance réciproque respectueux de l'autonomie de chacune des parties ; - permettre une souplesse suffisante en termes de modalités d'organisation pratique et de mobilisation des moyens des uns et des autres ; - faciliter la procédure administrative de délivrance du titre de séjour pour les étudiants étrangers ; - offrir aux établissements d'enseignement et aux étudiants, un service de qualité favorisant son attractivité et sa renommée.»

La circulaire rappelle que dans le cadre du Conseil supérieur de l’attractivité du 17 février 2014, l'évolution des conditions d'accueil des étudiants étrangers a fait l'objet d'un large consensus et il a été décidé de poursuivre le développement des guichets délocalisés avec la mise en place d'un guichet unique partout où le nombre d'étudiants étrangers le justifie. Ce guichet a vocation à être le siège de tous les organismes auprès desquels les étudiants étrangers doivent faire des démarches et inscriptions : préfectures, OFII mais aussi les services de l'université ou de l'établissement d'enseignement supérieur, CROUS, logement, sécurité sociale, etc.

A ce titre, la partie réglementaire du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été modifiée par le décret n°2015-923 du 30 juillet 2015 pour permettre, à compter du 1er septembre 2015, à l'étudiant étranger qui accomplit ses démarches administratives relatives au séjour auprès de l'établissement d'enseignement supérieur, de se voir délivrer le titre par la préfecture du département où se situe ledit établissement quel que soit le lieu de résidence de l'intéressé.

Cette réforme est donc pleinement opérationnelle dès la rentrée universitaire 2015/2016.

Fayçal Megherbi, avocat au Barreau de Paris

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