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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 11:34
L’auteure argentine Maria Teresa Andruetto

L’auteure argentine Maria Teresa Andruetto

L’écrivaine argentine, Maria Téresa Andruetto, se rend pour la première fois en Afrique.

Borges est un centre pour les auteurs argentins. Il n’y a pas un auteur argentin qui ne doit pas à Borges une influence ou qui n’a pas été sous son ombre», a déclaré samedi la romancière argentine Maria Teresa Andruetto lors d’une conférence sur son œuvre à la salle du pavillon central au 20e Salon international du livre d’Alger (SILA) qui se poursuivra jusqu’au 7 novembre au Palais des expositions des Pins maritimes (Safex). Jorge Luis Borges (mort en 1986) a révolutionné la littérature sud-américaine par des écrits poétiques, plutôt fantastiques, marqués par un regard philosophique sur l’humain et sur la marche du monde. Malgré son audience mondiale, l’auteur de La loterie à Babylone n’a jamais eu le prix Nobel de littérature.

Le comité Nobel a, depuis sa création, raté plusieurs marches. «La génération qui m’a précédée a lutté contre l’influence de Borges. Il s’agit surtout d’écrivains influencés par la littérature européenne et vivant à Buenos Aires. Par contre, ma génération, plutôt rurale, a fait la paix avec le grand maître. Sa littérature est plus réaliste et politique. Pour moi, Borges regroupe toutes les littératures de l’époque. Son influence sera éternelle», a-t-elle prévu.

Enfants des bourreaux et des victimes

La littérature argentine contemporaine est en rupture avec les codes politiques hérités de la période post-Opération Condor (élimination des opposants, disparitions forcées…) des années 1970. Cette période sombre de l’Argentine a grandement influencé la littérature de ce pays connu pour la diversité ethnique de sa population. Maria Teresa Andruetto a relevé que les écrivains ont abordé les traumatismes sociaux et politiques de «la sale guerre» de différentes manières, avec un véritable «cycle» de romans. «D’abord, on a relaté les faits.

Ensuite, on s’est intéressés aux enfants des bourreaux et des victimes, raconté l’histoire du point de vue de ces enfants. Pour ma part, j’ai tenté de comprendre cette période dans le roman La mujer en cuestion (La femme en question). Différents personnages parlent tous d’une seule femme. Certains l’acceptent, d’autres la rejettent et d’autres encore la critiquent.

Il y a donc différentes opinions. Dans mon roman Lengua madré, je parle d’un personnage qui tente de comprendre ce qui est arrivé à sa mère et dans un autre, de ce qui est arrivé à son père», a-t-elle confié. L’œuvre de La escritora Maria Teresa Andruetto est riche. Plusieurs romans ont été primés, comme Tama. Elle a également publié des recueils de poésie, des textes de théâtre et des romans comme, entre autres, Beatriz, Veladuras, Palabras al rescoldo ou Sueno americano…

Elle traite de thèmes variés, tels que l’identité sociale, l’amour, le voyage sous toutes ses formes, la migration, la piété, la solidarité, la relation mère-fille. Elle publie également des livres destinés aux enfants, comme El pais de Juan ou El arbol de lilas. Elle ne «stagne» pas dans le même style d’écriture, alterne romans, contes et poésie. Maria Teresa Andruetto organise depuis au moins trente ans des ateliers pour aider les jeunes écrivains à s’engager sur la voie littéraire. Certains d’entre eux publient déjà des romans et des nouvelles. «Je les aide à arranger leur style, à être édités.

Pour devenir bon écrivain, il faut lire beaucoup, écouter la musicalité de la langue, voir au-delà des apparences et être fidèle à soi-même. La difficulté est de trouver un style personnel», a-t-elle souligné. Selon elle, il n’existe pas un parcours précis qu’un écrivain doit suivre. «C’est plutôt le résultat d’un cheminement personnel. Les écrivains qui réussissent sont ceux qui ‘‘dévient’’ de la voie qu’on veut leur tracer.

Les études de lettres à l’université ne forment pas forcément un écrivain. L’université forme des chercheurs ou des enseignants. En Argentine, la plupart des romanciers sont des autodidactes», a-t-elle noté. Existe-t-il des lignes rouges à la littérature argentine d’aujourd’hui ? «La censure et l’autocensure existaient à l’époque de la dictature. Après cette période, les lecteurs s’étaient intéressés beaucoup à la politique dans la littérature. Aujourd’hui, le marché impose ses règles et la littérature superficielle domine», a regretté Maria Teresa Andruetto.

La littérature sud-américaine se porte «comme un charme»

Selon elle, la littérature sud-américaine se porte «comme un charme». «A l’époque du boom, il y avait une politique éditoriale dynamique, on lisait beaucoup les auteurs argentins. Aujourd’hui, la littérature sud-américaine est toujours aussi riche. Il y a toujours autant d’écrits et d’auteurs», a-t-elle rassuré. Le boom littéraire est un mouvement né dans les années 1960 et s’est étalé sur une vingtaine d’années avec des auteurs tels que Carlos Fuentes, Ernesto Sabato ou Gabriel Garcia Marquez.

Maria Teresa Andruetto a regretté qu’elle ne soit pas encore traduite à la langue arabe et s’est dit ravie de visiter l’Afrique et l’Algérie pour la première fois. Son prochain roman traitera d’une histoire d’un garçon qui découvre son père à la télévision. Leïla Boukli, qui a modéré le débat, a souhaité une autre visite de Maria Teresa Andruetto en Algérie pour explorer davantage son œuvre littéraire. Les organisateurs du SILA devraient inviter plusieurs auteurs sud-américains pour débattre et redécouvrir la littérature merveilleuse de cette région du monde.

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 10:14

pourquoi Platon a-t-il exclu les poètes de la République ? Fabricants de rêves, faiseurs d'émotion, les ciseleurs de mots n'auraient aucune part à prendre dans les sociétés qui s'édifient à coups solides et réels de pioche et de marteaux.

Pour les amoureux de la rime, l'exclusion est injuste et injustifiée, mais il ne suffit pas de le dire. Je veux bien avec vous contrarier la sanction platonicienne, pousser l'audace jusqu'à dire que les poètes, comme dans l'ancien temps, méritent les honneurs réservés aux dieux, mais une fois qu'ils sont là, que faut-il faire ? Les redire pour dire quoi ? Qu'ils ont voulu dire que... qu'ils n'ont pas voulu dire que... Ils ont dit... Le risque est grand de mettre la poésie sur la table de la dissection critique. « Ventre ouvert, nerfs épinglés, épiploon sorti », la belle se meurt, la belle est morte. Entre deux citations sorties de leur contexte, appauvries, le poète est navré, et moi aussi. Une fois qu'il est là, le poète s'insurge et me laisse sans voix. « Il y a une chose qui est interdite aux critiques, dit Louis Aragon, c'est de déposer des commentaires le long des images. » Me voici donc interdite de commentaire, et contrainte, telle la Félicité de Flaubert, à me gorger d'images, buvant à la source primitive de la parole, enivrée de musique, clouée au sol dans un monde livré à la douleur et à l'injustice, où « mon propre corps et ma propre pensée m'empêchent de transporter ma maison dans les étoiles ». La servante de Flaubert était analphabète et n'avait d'autre choix que de suivre les cours de catéchisme de ses seuls yeux émerveillés. Comme elle, le cœur grand et simple, je veux m'abandonner à la voix d'ombre qui s'énonce dans le grand Texte rebelle à la pensée rationnelle. Scalpel rangé, à l'impossible je suis tenue : déchirer le voile de la belle en la gardant intacte. Guidée par le poète magnanime, je cherche des lieux où fixer mon regard. Des paysages où les images s'accrochent, indifférentes au temps qui passe. Pays où il n'est pas facile de tenir une plume sans que le poing se serre et se lève. No passaran. L'Espagne me va bien qui maintient le cœur dur et brave. « Dans l'ombre du Prado, il y a des dessins comme des barricades, des dessins qui fusillent. En Espagne, l'homme est en péril. Ne t'endors pas. » Ne t'endors pas, camarade, me dit Sénac. Le film est excellent, qui nous emporte dans son flot d'émotion et de vie, m'interdisant la prudence et les compromis. La mort m'attend sur la route de Cordoue, chante Federico Garcia Lorca. Lorca mort, Machado reprend l'air sur ses lèvres :
« Aujourd'hui, comme hier, ma mort, belle gitane Ah ! qu'on est bien seul avec toi, A respirer cet air de Grenade, ma Grenade. »

En Espagne, il y a autre chose que les castagnettes et le football. Autre chose que le petit vin de Malaga. Dans certaines de ses régions, la terre est si sèche qu'il n'y a que le sang des poètes pour l'abreuver. Le mort saisit le vif. Un jour, Aragon fait un voyage à Grenade, dont le souvenir le hante. Il veut y revenir plus tard, mais déjà Grenade est marquée au front par le sang de Federico fusillé à Grenade par le général Franco qui s'en était revenu d'Afrique avec des cavaliers maures. Trop tard. Grenade et toute l'Andalousie et toute l'Espagne interdites d'accès à toute espèce de poète. Le pays est blindé par la dictature, plombé dans le silence de la République. Les morts saisissent les vivants. Guatemala Pérou Chili Pas de ponctuation pas de frontières. Des poings serrés à la place des points qui structurent le vers. Partout où le chant s'égorge, la nuit palpe les pleurs des hommes. Des poings serrés comme des éclats de grenade. Viva la muerte. Toujours les images de la défaite pétrie dans le limon fertile de la poésie. O, Neruda, mon ami, ce n'est pas le vin qui naît des pieds du peuple, mais c'est notre sang. O pressoir, ô tambour cruel ô pitié de mon ventre. Et pas un vers n'est autre chose que le cri. Les cris des poètes sont devenus le cri du monde livré à l'arrogance du puissant. Jamais le poète du côté du vainqueur. Une seule raison à cette déraison. La phrase respire à coups de poings. Inutile de critiquer. C'est toujours la douleur et l'amour aux points de fracture de l'histoire. Histoire personnelle des poètes et histoire des hommes. La nôtre toujours recommencée. Que ce soit le jour ou la nuit, l'Espagne ou l'Amérique, il n'y a plus que la perpétuelle tragédie. Pas facile de tenir une plume sans que le poing se serre et se lève. Le cadrage est parfait, le décor splendide et le scénario ingénieux. Plutôt que de commenter, aider le poing à s'abattre sur le bois de la table dur et brave.

Accompagner le geste dans le silence de la République. La même terre frappée la même chair aux ronces le même lit d'ordures et la même arrogance. Sur les lieux de la défaite, continuer à chanter comme Virgile les armes et l'homme. Et s'interdire de signaler l'absence de ponctuation et les fautes de français. Qu'est-ce que cela peut bien faire qu'Aragon ait construit son Fou d'Elsa sur une incorrection. Ai-je l'air plus maligne si je le corrige en disant qu'on ne dit pas La veille où Grenade fut prise mais La veille du jour où Grenade fut prise. Dites-moi ! Aurai-je l'air plus futée quand j'aurais dit qu'il aurait dû dire... qu'il a dit... Pauvre de moi qui ai appris à l'étude universitaire ce qui m'empêche d'être poète, la grammaire et la raison qui ratiocine. Le moins que je puisse faire est de me taire. En une dernière image, sur cette terre qui est notre royaume, retenir des dessins comme des barricades à l'ombre de notre cœur. Pas le choix. Dans le silence de la République, à l'heure où l'homme est humilié, plus dégradé que jamais, faire revenir les poètes. Sans eux, qui se portera garant de notre avenir et de l'honneur de notre présent ?

Pablo Neruda

Pablo Neruda

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 13:04
Aylan mort sur une plage turque.

Aylan mort sur une plage turque.

Ce jour-là, quand ils ont emprunté le chemin de la fuite

il s'était blotti, comme un oiseau, dans les bras de sa mère

Les couleurs du ciel étaient sourdes, étouffées

les collines sèches, les vallons marron, gris, couronnés....


Ses yeux de "petit" voyaient au loin

autre chose qu'une mort, un linceul, une guerre ou des charniers

Mais ses oreilles n'entendaient qu'un seul cri,

celui du passeur :"allez-y"!

C'était l'hiver dans les cœurs, la peur, les cigales se sont tues

Les alouettes, tristes, dispersées aux quatre coins d'une nature désolée

Personne n'arrive à comprendre d'où venaient cette chape-là de mélancolie,

ces visages hagards,

ces humeurs stressées

ces mines défaites

disparus dans la brume matinale

Sauf sa mère qui, elle, pleurait

pleurait, pleurait, pleurait

et les chuchotements taquins de la brise

qui trayaient dans les pis d'un espoir sans filet

un hymne à l'amour et à la paix

Et les vagues mousseuses qui ronflaient

et la mer qui hurlait

la bêtise des maîtres honnis

qui ne maîtrisent que l'art-bidon de réprimer

Ils étaient partis, tôt, sur les ailes de l'aventure

armés de leurs rêves naïfs en un ailleurs des possibles

avant que leur embarcation de fortune coule

Et l'âme de l'ange, rejetée par des ressacs houleux

n'entre dans le temple hideux du silence,

figée comme une statue de cire...

Que sa photo soit le portrait historique de leur déchéance

ceux-là qui nous ont bernés par leur traîtrise

Et d'autres, ceux de là-bas, qui brûlent nos maisons

Puis, construisent des barrières d'acier

comme pour se protéger de la gale

les desseins tout enveloppés d'hypocrisie

en chantant, quelle horreur, les vertus de la démocratie.

Kamal GUERROUA, poème dédié à Aylan Kurdi.

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 12:56

...Souvent quand je me mets à écrire, j'en arrive à me demander si je n'avais pas déjà rêvé durant mon sommeil de mes notes éparpillées çà et là sur ma table de nuit, dans mon sac ou mon cartable, par terre, au fond d'un tiroir, etc. De mon enthousiasme à évacuer ce qui m'encombre de l'intérieur, à recoller les morceaux d'une dissertation aux idées complexes, à affiner la trame d'une nouvelle exquise. Des sueurs, des fatigues et des rires de joie d'un chasseur de trésor ! Quiconque écrit est comme habité par un ver solitaire. Il ne cesse jamais d'y penser à longueur de journée. On dirait qu'il s'est convolé en justes noces avec le parfum de l'encre, du papier.

Au détour de chaque mot, il rencontre une douce sensation qui caresse dans le sens de la marche de sa plume. Cela, me concernant, m'émeut particulièrement à chacune de mes relectures au point de croire que je n'en étais guère l'auteur. Dame inspiration s'invite chez moi, furtivement, avec ses bijoux et ses accoutrements, ses feintes et ses subtilités, sa spontanéité et sa candeur. Elle s'insinue, viole en douceur mon intimité, me frappe la tête et me laisse nu. Seul, face à moi-même, mes délires, mes inquiétudes, mes angoisses, mes questionnements... C'est comme si je suis entré dans un antre, là où ma plume a dû se servir de sa toute-puissance pour m'extirper de la laideur du monde alentour.

Ce monde conditionné par la banalité de son quotidien, ses criantes inégalités, la course folle derrière le lucre, la dureté des cœurs, le mensonge, l'égoïsme, l'hypocrisie, la bêtise humaine, etc. Que doit-on faire quand notre conscience se cogne aux murs glacés d'une société indifférente, lasse d'elle-même, anémique, agonisante ? Rien d'autre sans doute que de nous laisser traîner au large par le joyeux tsunami des mots. Ce qui donne l'impression de quelque chose de subversif. De jouissif également. Tout ce qui est morne, mou et endormi en nous s'éveille soudain et reprend goût à la vie. Cette vie intérieure où les déceptions qui nous agressent de l'extérieur se font roses, les illusions des rêves, les fantasmes des réalités. Avec l'encre humide de la plume, l'idéal n'est pas un caprice mais une évidence qui se détend, se ramollit et s'abandonne à ses aises, humant les premières odeurs vivifiantes du possible.

Des mots, rien que de simples mots. Electrons libres qui ne manquent pas de séduire et de fasciner le goût, l'ouïe, le regard. Fusées qui zèbrent les horizons gris. Etincelles fléchées vers un monde à décrier ; à critiquer. Sinon aussi à enjoliver et à réinventer. Ce désir d'écrire prend selon l'humeur du temps des colorations différentes. Il est tantôt rage et consternation, tantôt gaîté et délectation, rarement un acte de lâcheté. Car écrire est un engagement envers nous mêmes et les autres, il nous soustrait à la violence de l'injustice et atténue un tant soit peu les dégâts collatéraux provoqués par "l'ordre dégradant de la horde" pour faire mienne l'excellente expression du poète italien Pier Paolo Pasolini (1922-1975) dans ses Ecrits corsaires. Bref, l'écriture tente de faire en sorte que le monde aille moins mal. Elle crée une espèce de corps à corps, voire de "fusion lucide" entre nous et la nature, la vie et les autres. A peine la quarantaine entamée, le psychothérapeute anglais Vincent Deary a tout liquidé: appartement, cabinet médical, vie londonnienne pour consommer un exil dans les landes écossaises. Là où il s'est réfugié dans le giron douillet des mots. En effet, il s'est attelé à la rédaction de son ouvrage "Qu'est-ce qui nous fait vivre?" (How we are?). Quand le brouillard de Londres a gagné les tréfonds de son esprit, Deary a décidé de briser les vitres de la routine, s'aérer et prendre du recul par rapport à cette société du "capital", anésthésiée par les petits calculs et les grands comptes, en quête du changement qu'il aurait défini bien plus tard comme des "nouvelles venues d'ailleurs" (News from elsewhere). Cet ailleurs, lieu mythique s'il en est, où l'être et le paraître de celui qui écrit ou ressent se sont, par le plus grand hasard (mais en était-ce bien un en fait ?) rencontrés ; confrontés ; frottés ; mélangés l'un à l'autre. Ils se sont même métissés avec une irrépressible vitalité, débouchant sur une union spirituelle.

C'est, au demeurant, une joyeuse transition dans le pays de l'imagination féconde, l'amour fluide et la pensée abstraite, là où puissent se réaliser tous les idéaux, les rêves, les aspirations. Un espace en pointillés dont on remplit les vides par l'observation perspicace, avisée, têtue. La marge ne nourrit-elle pas la curiosité, ce vocable dont l'étymologie signifie en latin "beau" ? L'exil est une expérience de raffermissement de soi qui nous fait sortir des brancards de la pensée collective. Certes, il entraîne à bien des imprudences, il n'en demeure pas moins qu'en certains cas une porte de découverte de ce qui est enfoui au plus profond de nous-mêmes. Quelle valeur accorder après tout à nos paroles si elles ne sont pas suivies d'effet ? Absolument rien ! L'effet, c'est bien sûr le fait de les mettre sur papier, leur donner une chance de voir la lumière, avoir une existence, un souffle, une destinée... un nouveau processus vital à même de libérer l'élan impétueux du cœur, de la sensibilité, de la raison et de la nostalgie....

K. Guerroua

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 10:31

L'écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud a remporté mardi le "Prix Goncourt du premier roman" pour son livre "Meursault, contre-enquête", a-t-on appris auprès de son éditeur algérien, Sofiane Hadjadj, présent à Paris pour l'annonce du lauréat.

Le jury de l'Académie Goncourt a désigné à l'unanimité le roman de Kamel Daoud pour ce Prix qui a été décerné à l'auteur algérien par l'écrivain et philosophe français Régis Debray, a précisé M. Hadjadj. Kamel Daoud- qui avait été finaliste au Prix Goncourt 2014 pour le même roman- concourait avec les auteurs Kiko Herrero ("Sauve qui peut Madrid !"), Miguel Bonnefoy ("Le voyage d'Octavio Payot") et Jean-Noël Orengo ("La Fleur du Capital"), tous édités en France.

Paru d'abord en Algérie en 2013 (Barzakh), "Meursault, contre-enquête", reprend l'histoire de l'assassinat commis par le personnage polémique de "L'Etranger" d'Albert Camus, en livrant une version du meurtre racontée d'un point vue algérien par le frère de l'"Arabe" assassiné.

Ce livre avait valu à son auteur le Prix François Mauriac de l'Académie Française et le Prix des cinq continents, décerné par l'Organisation internationale de la francophonie, en plus du Prix "Escale littéraire" d'Alger, décerné par des écrivains et journalistes algériens et français. Il avait également reçu le Prix "Liste Goncourt- le choix de l'Orient", lors du 21e Salon du livre francophone de Beyrouth(Liban).

La traduction en langue anglaise de ce roman qui aborde aussi la situation de l'Algérie contemporaine va paraître au mois juin prochain aux Etats-Unis chez l'éditeur new-yorkais "Other Press".

Né en 1970 à Mostaganem (ouest) Kamel Daoud est l'auteur de plusieurs récits réunis dans le recueil "Le Minotaure 504" (Sabine Wespieser éditeur, 2011) - initialement paru à Alger sous le titre "La Préface du nègre" (Barzakh,2008). Il est le deuxième auteur algérien à remporter le "Prix Goncourt du premier roman" après Salim Bachi, primé en 2001 pour "Le chien d'Ulysse" (Gallimard).

Attribué dans les années 1990 sous l'appellation "bourses Goncourt", le "Prix Goncourt du premier roman", est, depuis cette année, décerné par l'Académie Goncourt en même temps que les Goncourt de la nouvelle et de la poésie. En 2014, le Prix avait été attribué à l'écrivain français Frédéric Verger pour son roman "Arden".

APS

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 13:18

~~ تتزايد هيمنةُ العنف على الحياة العربية، سياسةً وثقافةً واجتماعاً. لا أريد أن أسأل: أين الأموات في هذا العنف، وماذا فعلوا؟ أسأل: أين الأحياء، وماذا يفعلون؟ عنفٌ - متاهةٌ لا تولّد غير المزيد من المتاهات، في واقع يزيد الإنسانَ اختناقاً، كلّما ازداد غوصاً فيه. تحركاتٌ، أعمالٌ، أقوالٌ تنحرف بالإنسان عن إنسانيّته، وتشوّه طبيعته. عنفُ النهار يجرفه عنف الليل. عنف الأمس «غذاءٌ مقوٍّ» لصحّة العنف غداً. تاريخ دمٍ وأشلاء. تنطمس دروب الضوء وتضطرب المنارات. للأحداث قوّةٌ بطّاشة، لكنّ الرهبة خفيفة، والعبرة أكثر خفّةً. تُصابُ الأشياءُ نفسُها بالغثيان، فيما يقهقه البشر ابتهاجاً، ويصفّقون ويرقصون. للشراسة في هذا كلّه عنادٌ حقودٌ محيّر. حقّاً هناك شيء عصيٌّ على الفهم في هذا الجدل الهذيانيّ المتواصل في تاريخنا، جدل الجريمة - الضحيّة، القاتل - القتيل. ويخيّل لمن يحبّ أن يسافر إلى أبعد في التخيّل والواقع معاً، أنّ العربيّ «يُقتَل» في أوروبا وأميركا وإسرائيل ويُدفن ما تبقّى من أشلائه في أحضان العروبة. كلاّ ليست هذه فوضى خلاّقة. إنها بالأحرى تفتّت وانهيار. ـ 2 ـ بأية لغةٍ كتبتَ كتابَك، وهو لا يلقي أيّ حجرٍ في أيّ ماء آسن؟ ولماذا كتبتَه؟ ـ 3 ـ نحتاج أحياناً إلى المرض - هذا الموت الموقّت، لكي يشغلنا بتفاهاته عن موتنا اليوميّ الرهيب الدائم. ـ 4 ـ أوه... هذا اليوم، رجوت المللَ أن يجثمَ على ركبتيّ، بثقله كلّه، وألاّ يفارقني. ـ 5 ـ لا نعرف الرؤيةَ الوحدانيّة حقّاً، إذا لم نعرف عُنفَها الخفيّ. ـ 6 ـ لا يمكن فهم الجسد، إذا نُظر إليه، تجريديّاً، في ضوء الروح. التجريد تعويقٌ ذاتيٌّ للعقل، واغتيالٌ للأشياء. ـ 7 ـ الخاملون البلداء لا يرضيهم أيّ شيء حتّى وإن كان خارقاً. ـ 8 ـ أن تكون مواطناً عربيّاً له حقوقه وحرّياته الكاملة، أمرٌ مستحيل في أيّ بلد عربيّ، اليوم. السّبب أنّ النظام السياسيّ - الاجتماعيّ السائد بتركيبه القبليّ - التيوقراطيّ، وشكله الديموقراطيّ الأجوف، لا يتيح الاعتراف بالآخر المختلف، وبحريّاته الفكرية والمعتقدية والجسدية. ماذا تعني، إذاً، في اللغة العربية كلمة «وطن»؟ أو كلمة «مواطَنة»؟ ـ 9 ـ كان التناقض بين الديموقراطيّة والتوتاليتارية بدَهيّاً، نظراً وعملاً. اليوم، يكاد أن يصبح مجرّد شعار أجوف. فكثير من الممارسات الســــياسيّة الــغربية التي تتمّ باســـم الديموقراطــية، الآن، تبدو كأنــها أشكالٌ من الانحـــياز والتعــسّف، ضدّ حقوق الإنسان وحريّاته، وضدّ مبادئ العدالة والمساواة. ـ 10 ـ تكاد الحريّة، اليوم، في العالم كلّه، أن تكون انتحالاً، ويكاد الصدقُ أن يكون انتحاراً. ـ 11 ـ مجرّد فراغ في مهبّ المصادفات: هذا هو شأن كثيرٍ من البلدان في العالم، اليوم. لا يقدر أيٌّ منها أن يحتوي نفسه. ينفجر، وتنفجر معه تناقضاته. يتسلّح كلّ فريق بما لديه وبما يستجديه، أو يُغدَقُ عليه. بالمذاهب والطوائف، بالقتل والنهب، بالعنف في أشدّ أشكاله وحشيّةً. وهذا كلّه يتمّ باسم «الثورة» أو غيرها من الشعارات الضخمة كالحرية والوطن والديمقراطية. ـ 12 ـ السماء ريفيّة في الريف، ومدنيّة في المدينة. ـ 13 ـ لا أنتظر أجوبة عن الأسئلة التي أطرحها على الوجود وعلى نفسي. هذا يجعلني أزداد يقيناً أنّ الإنسان هو نفسه جزء عضويٌّ من سرّ الكون، ومن اللانهاية. ـ 14 ـ أحتاج في لحظة الفرح إلى من يكون إلى جانبي ويساعدني في احتضانها: أحتاج إلى الحزن. ـ 15 ـ بلى، نعيش في عالم لا يستحقّ أن نغضب منه، وإن استحقّ أن نغضب من أجله. ـ 16 ـ يتأصّل عملي الكتابيّ في نوع عميق من الغمّ والملل، لا أعرف كيف أفسّره. لولا ذلك، لكنت على الأرجح توقفت عن هذا العمل، منذ زمن طويل. ـ 17ـ أن يوقن الإنسان يقيناً مطلقاً بأمرٍ ما، حدَثٌ لا يصحّ إلا في مجال المعرفة العلمية البرهانيّة. غير أنّ هذا، بالنسبة إلينا نحن العرب، مسألةٌ عاديّةٌ جدّاً. فنحن نولد في ثقافة هذا اليقين، ونعيش فيها، ونحارب دفاعاً عنها، ونموت من أجل أن تظلّ حيّة. ـ 18 ـ عندما ننظر إلى ما يحدث في معظم البلدان العربية يبدو لنا أنّ البشر فيها، أيّاً كانت اتّجاهاتهم، لا همّ لهم إلا أن يستيقظوا، ويغتسلوا، ويأكلوا، ويذهبوا إلى عملهم اليوميّ: القتل أو الموت. ـ 19 ـ هناك مراتب في الحريّة تتطابق مع مراتب الوعي: هناك حريات لا ينتج عنها إلاّ الشناعات والأهوال، وهناك حريّاتٌ تصعد إلى زيارة الكواكب. ـ 20 ـ حين يكون الجمع ضدّك، فهذا يعني غالباً أنّ الحقّ معك، أو أنّك، على الأقلّ، أقرب إلى الحقيقة من الجمع. ـ 21 ـ إبادة الآخر، خصوصاً ذلك الذي يُعدّ عائقاً، هدفٌ أوّل لكلّ أصوليّ (دينيّ أو غير دينيّ) يناضل من أجل السلطة. ـ 22 ـ أمضى حياته باحثاً عن الحقيقة الضائعة. اليوم، وهو يقترب من الموت، يبدو له أنه هو الذي كان ضائعاً. ـ 23 ـ القضايا الناجحة؟ لا أحبّ، أحياناً، أن أضمّ صوتي إلى الأصوات التي تهتف لها، لأنّ نجاحها يكون موضع تساؤل: ما وراءه؟ ما معناه؟ ما غايته؟ ـ 24 ـ كان هزيود الشاعر يقول: «أخْفَت الآلهة عن البشر ينابيعَ الحياة». أسألك، اليوم، هزيود: «هل تعرف من يخفي عنّا نحن العرب هذه الينابيع؟ هل تجرؤ أن تسمّيه؟». ـ 25 ـ «الثورة» في الممارسة العربيّة: ذئبٌ وحمَلٌ في جسمٍ واحد. و «النظام» في الممارسة العربية: سجنٌ حتّى في الهواء الطّلْق. ـ 26 ـ للزمن في هذا المكان رائحةٌ كريهة. غريزةُ الفَتْك هي فيه الآمرة النّاهية. ـ 27 ـ دائماً أقرع بابَ اليأس، ودائماً يطردني، صارخاً في وجهي: «لن تدخل بيتي». لكن، لماذا أشعر أنّني لن أشفى منه؟ ـ 28 ـ إن صحّ ما يقوله شاعرٌ عربيٌّ قديم: «وشرُّ البليّة ما يُضحِك»، فإنّ البليّة الأكثر إضحاكاً اليوم هي: تركيّا «العثمانيّة»، تقود العرب من جديد! ـ 29 ـ كان تاسيت المؤرخ المشهور يقول: «التاريخ قذر». هل هذه الصفة، اليوم، كافية؟

~~أدونيس

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 13:46

Ce vendredi 13 février, journée de superstitions aux apparences de fortune ou d’infortune, aura couvert Alger et ses environs d’empreintes bizarres aux étranges symboliques.

Quelle aberrance, quel surréalisme dans le destin de ces hommes et de ces femmes qui n’ont eu d’autre choix que celui de prendre la valise afin d’échapper au cercueil pour revenir 50 années plus tard empaquetés dans des corbillards !

Quel que soit le regard que l’on jette à cette journée funéraire, on y décèle indéniablement quelque chose de pervers et de surréaliste à la fois. Pervers, quand on sait que c’est ce même pouvoir, celui qui a semé les graines de l’exclusion pour chasser les vivants de la surface de nos terres, hier, qui les accueille aujourd’hui pour leur offrir la petite parcelle tant désirée, sous terre. Surréaliste, avec ce jeu du hasard qui a vu s’étreindre les cercueils d’un juif et d’une musulmane dans cette procession synchronique du dernier voyage vers la demeure éternelle, ultime offrande de leurs corps à cette terre qui les a tous deux vu naître à une époque où tout le monde rêvait d’une Algérie meilleure, chacun un peu trop pour soi mais pas assez pour les autres, ces autochtones originels que l’histoire et les envahisseurs de tous bords ne cessent de ballotter pour les greffer de force à des boutures contre-nature.

Comment ne pas être perplexe et dubitatif devant cette curieuse symétrie qui a fait converger ces deux destins, à l’origine quasiment antithétiques, pour les fusionner un vendredi 13 à l’aéroport d’Alger ? Roger Hanin a quitté l’Algérie bien avant le funeste et célèbre ultimatum «la valise ou le cercueil» adressé par le FLN à tous les non musulmans d’Algérie. Assia Djebar s’exile quelques années seulement après l’indépendance, prématurément étouffée par une arabisation empressé et insensée, présageant de l’actuel sort du pays, transformé en cercueil à ciel ouvert par la grâce d’une bande d’aventuriers sans foi ni loi.

Quand on jette un regard neutre et lucide sur notre Histoire récente, on s’aperçoit bien que nul autre choix que celui de la valise ou du cercueil n’est donné à tous les algériens depuis l’indépendance, qu’ils fussent pieds noirs, harkis, chrétiens juifs ou musulmans, qu’ils appartiennent à des lignées récentes ou issus de souches millénaires, celles de nos seuls ancêtres, les berbères. Au lendemain de l’indépendance, les pieds noirs, sous une menace cruelle, ont préféré prendre la valise pour éviter le cercueil. Après l’indépendance, c’est la même forme de violence dissuasive et de chantage qui a poussé les Algériens du terroir à préférer la valise au cercueil à ciel ouvert qu’est devenu le pays. La barbarie islamiste aidant, ceux sont des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont fui, par la grâce d’un pouvoir de petits truands immatures, inaptes et mesquins, imposés depuis 1962 par des militaires intellectuellement restreints.

On peut bien invoquer la malédiction ou tout autre cause naturelle ou surnaturelle à cet exil de masse, mais comment se réfugier derrière telle niaiserie et ne pas pointer la responsabilité des hommes aux commandes quand des milliers de "haragas" s’empilent dans des embarcations de fortune pour défier la mer et ses dangers, préférant mourir et finir dans la gueule des gros poissons que de supporter le poids d’un avenir oppressif, avec des années de mal-vie sous ce ciel miséreux des FLiN-tox ? Un ciel bleu sous lequel ne règne, dans le moindre de ses recoins, que des nuées d’islamisme étouffant une société formatée à avoir un pied dans la tombe à longueur de journée, tout au fil des saisons, y compris le printemps, au lieu de cultiver ce merveilleux verger au mille-et-une «thivhirines» que nous enviaient tant de pays lointains.

Cette journée du 13 février 2015 aura aussi dévoilé le caractère hautement inhumain du dédain que voue le pouvoir d’Alger envers tous les autochtones qui ne marchent pas dans leurs combines. Car comment ne pas relever la différence de traitement, même dans la mort, entre la fastueuse procession réservée à Roger Hanin, avec une présence affirmée d’officiels, et celui d’un enterrement bien plus sobre réservé à Assia Djebar dans son petit patelin de Chenoua ?

Telle irrévérence n’est pas sans rappeler celle dont fut victime, de son vivant, cheikha Remitti, laquelle avait eu la malchance d’atterrir à l’aéroport d’Alger en même temps qu’une bimbo de la télé réalité française pour laquelle de hauts responsables politiques avaient déroulé le tapis rouge, pendant que notre cheikha fut allègrement ignorée.

Ainsi fonctionne le pouvoir, de Boumediène à Bouteflika : La valise ou le cercueil pour ceux, musulmans juifs ou chrétiens, qui ne rentrent pas dans leurs combines de petits dictateurs, le tapis rouge et les honneurs pour tous ceux qui ne tarissent pas d’éloge envers un p’tit cancre transformé en «fakhamatouhou» par la grâce d’une servilité maligne qui a gangrené chaque homme et chaque femme du pouvoir algérien.

D’Assia à Yacine et Roger, des hommes et des femmes ont aimé l’Algérie, chacun à sa façon, et il faut une sacrée dose de passion pour lui offrir sa sépulture ! Les voir ainsi partir, c’est une bonne partie de nos rêves qui s’effrite, le rêve de cette Algérie de fraternité qui fout le camp obstinément, génération après génération. Emportée par ceux qui lui vouent un amour des plus vils, ceux qui sans vergogne la pillent. Ceux-là ont des funérailles nationales, mais nous ne les pleurons jamais !

Tout comme nous n’avons pas pleuré Boumediene hier, nous ne pleurerons pas Bouteflika demain, car de cette terre berbère, ils n’ont aimé que les trésors et les perles, et noyé ses peuples dans l’Islam des ténèbres pour le dépouiller à perpète sous l’œil bienveillant d’un monde et d’une France enclins à sacrifier chaque homme, chaque femme indigène pour quelques gouttes de pétrole nécessaires au fonctionnement de sociétés qui ne savent plus verser dans l'émotion et les sentiments, ces «machins» regroupés sous l’appellation sordide de civilisation!

Quels Dieux, quels Saints peuvent souscrire à telles horribles bénédictions ?

Quant à nous, universalistes convaincus, nous ne nous bousculerons pas pour quémander une petite place sous terre ! Nous avons déjà choisi l’habitacle pour notre dernier voyage ; celui du crématorium, pour un retour instantané à notre état naturel de poussière, celui que nous avons été et serons pendant des milliards d’années encore. Ainsi nous allégerons la tâche à Belzebuth et laisserons plus d’espace au paradis d’Allah pour nos frères. Comment ne pas s’attendrir sur cette course au mérite d’une vie meilleure là-haut, une vie éternelle remplie de créatures aguichantes, de fruits délicieux, de ruisseaux de vin exquis pour récompenser l’abstinence ici-bas? Abstinence pratiquée par le pauvre, encouragé par le riche, lequel se goinfre tous les jours à dégoût, comptes HSBC en cerise sur le gâteau! Sacrés Terriens !

Sallam Assia ! Shallum Roger ! Reposez en paix !

Kacem Madani

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 13:37

La semaine dernière, une étoile nous a quittés. L'Algérie a perdu en la personne de Assia Djebbar l'une de ses braves filles. Autant notre tristesse est forte, autant notre déception est violente. Déception, mais pourquoi ? Car, d'abord on devine à gros traits que l'on ne connaît les nôtres qu'au moment où la grande faucheuse débarque. Cela est devenu au fil du temps une tradition nationale et une culture bien ancrée dans les têtes. Ensuite, on ne sait pas encore comment est établie l'échelle du mérite dans la pensée de nos élites. Pourquoi tant d'honneurs exagérés pour les uns et des hommages à peine perceptibles pour les autres ? Est-ce la faute de notre système social, culturel, politique ou éducatif ? Comment peut-on ignorer par exemple la valeur des écrivains, des artistes et des talents qui ont pourtant fait leurs preuves partout dans le monde et retransmis par le biais de leur génie l'image du pays à des millions de lecteurs, de fans et d'admirateurs? Hier, ce furent Amrouche, Dib, Arkoune qui étaient presque méconnus de leurs compatriotes jusqu'à leur mort, aujourd'hui, c'est Djebbar et demain on ne sait pas encore qui ! Certes nul n'est prophète en son pays mais serions-nous toujours tentés de nous lover dans ces confortables coussins de l'ingratitude en ravalant au sous-sol de « la conscience nationale » toute idée de reconnaissance aux nôtres? Assia Djebbar est maintenant partie mais qu'est-ce qu'on compte faire pour perpétuer sa mémoire et élever les générations montantes sur ses traces et celles de ses semblables ? Le problème en Algérie, c'est qu'il n'y a pas de continuité entre les générations ! Combien de dramaturges notre pays aurait-t-il formé à titre d'exemple depuis la disparition de Alloula et de Medjoubi au milieu de la décennie noire ? Je n'en sais rien personnellement mais, sûrement, ils se comptent sur les doigts d'une seule main ! Voilà le hic !

Je tourne cette page car je me sens triste. J'aimerais bien parler maintenant de cette femme qu'est Fatima Zohra Imalayen. Ce serait superflu de citer son palmarès littéraire dont la première œuvre « La soif » écrite à l'âge de 19 ans remonte aux années 1950. Et dont, bien entendu, tout le Maghreb doit être aujourd'hui fier. Assia Djebbar a porté dans le cœur le cri des femmes algériennes. Elle l'a porté avec une énergie moderniste et vitalisante à même de nous prémunir, nous les hommes, contre les méchantes amnésies. Amnésie de la sensibilité, de la tendresse et de l'amour dans le couple, la famille, la rue, la société…etc. La littérature n'est-elle pas une alternative à l'aveugle férocité du monde? D'autant qu'elle permet justement de rêver là où le rêve est presque un sacrilège. La littérature, c'est la beauté, c'est la souplesse, c'est la féminité avec toutes ses déclinaisons. C'est aussi la célébration du déracinement hors de soi, de son corps, son milieu, sa terre, les siens dans l'intimité du texte et l'émigration vers l'asile de l'imaginaire, muni de ses propres outils : les mots. Ces mots qui flottent comme des ailes, qui allègent ou extirpent nos maux. Par-delà l'évocation de ce syndrome de l'exil intérieur de la femme algérienne dans la prison misogyne, il y a également de la souffrance, un sentiment de marginalisation et de frustration qui parcoure les écrits de Djebbar. J'ai eu l'occasion de côtoyer à l'université d'Alger un ami thésard en Lettres qui s'est intéressé de près à l'œuvre créative de l'écrivaine et j'ai bien mesuré à travers ses critiques et ses lectures sur la polyphonie, l'oralité, l'interculturalité et l'intertextualité combien est à la fois douloureux et courageux de camper le rôle de conteuse de coutumes et de traditions ancestrales quand la seule voix autoproclamée qui vaille dans le terroir d'origine est masculine.

A la vérité, Djebbar est une femme habitée par son pays au point de le confondre avec son propre corps. Corps d'une femme qui est un territoire miné de mystères, un royaume truffé d'interdits, de sacralité, de garde-fous avec des codes d'honneur, des lignes rouges, des tabous. Bref, un corps collectif à qui l'on a refusé l'individualité. Cela me rappelle à juste l'une des chroniques de Kamel Daoud où ce dernier aurait justifié avec des mots ciselés, concis et touchants comment ce corps féminin appartient à tout le monde sans s'appartenir ni appartenir à personne, à part bien sûr la personne concernée qui en est, le comble, dépossédée !

La problématique de la féminité dans notre société donne matière à diversion, un sujet couvert par le grossier sparadrap de la honte. D'où l'injonction de la romancière Djebbar de ses congénères à l'exercice routinier de la parole, outil idéal d'émancipation. Parler, parler sans cesse afin de rompre le cercle vicieux de l'absence : absence du corps, de la voix, de l'opinion, de soi dans la communauté des hommes. Pas question d'intégrer le chœur des pleureuses mais de dénoncer dans l'action la platitude et l'uniformité de l'univers phallocratique, d'agir dans la pensée, casser les tabous, signifier sa présence, avancer…

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 10:46

Kamel Daoud et Assia Djebar - deux écrivains dans leur voyage difficile entre l'oralité et l'écriture jusqu'aux limites du dicible.

TLEMCEN. Quand un étranger traverse les frontières de l'Algérie la première fois, il se retrouve immédiatement dans une jungle des langues et signes qui sont difficiles à déchiffrer. Sur les plaques de rues, les enlevures calligraphiques, les graffitis, la publicité, on trouve l'arabe officiel avec sa propre écriture. En plus, il y a les lettres en kabyle, et quelquefois apparaissent même des mots en anglais, quelques traits de l'espagnol, et surtout le français : dans l'administration, le secteur de la culture et la formation universitaire... Et ce n'est que le début !

Qui s'intéresse à l'histoire culturelle algérienne apprend vite qu'une grande part de la tradition a été transmise oralement. Au visiteur, il lui convient donc d'écouter - et pas seulement prendre des photos- pour mieux comprendre. La voix de la rue, le langage, n'a pas beaucoup à voir avec les langues évoquées : c'est un cocktail du français, de l'arabe, de l'espagnol et des mots complètement différents. Plutôt que le dialecte, on peut l'appeler « l'algérien ».

Le seul fait qui l'empêche d'être acceptée comme langue officielle, c'est qu'il manque d'une écriture, d'un alphabet. Bien qu'il soit possible de l'écrire avec l'alphabet latin - quelques essais ont été faits du dramaturge oranais Abdelkader Alloula, mort en 1994. Et une nouvelle vague d'algérien écrit en lettres latines déferle les chatroom et forum où la jeunesse algérienne se rencontre - cette langue reste fortement connectée avec la parole et la voix. Elle ne laisse pas de traces.

Ainsi, elle tend un fil invisible entre l'espace privé et familial et la sphère publique de la rue et des cafés en excluant les institutions et l'espace public créé par les médias. Avec cette division -qui étonnamment se ne déroule pas entre le français et l'arabe mais entre la langue officielle écrite et le langage parlée-, deux systèmes de règles différentes sur lesquels on ne s'attarde pas. « L'Algérie ayant deux discours, l'un officiel et l'autre en blabla venimeux, sur soi et les siens », écrit le journaliste et écrivain Kamel Daoud dans sa chronique intitulée « Raïna Raïkoum» (arabe pour « votre opinion, notre opinion ») le 25. Janvier 2015- en français, bien sûr ! « La langue arabe est piégée par le sacré, par les idéologies dominantes. On a fétichisé, politisé, idéologisé cette langue. », explique-t-il le choix de la langue française- et suit ainsi la ligne des intellectuels en Algérie qui écrivent dans l'ex-langue du colonisateur, comme Assia Djebar, Mohammed Dib, Yasmina Khadra, Maissa Bai et plusieurs autres. La dernière ajoute dans une interview qu'en faisant toutes ses études primaires, secondaires et universitaires en français, c'est cette langue qui est devenue le moyen approprié de son expression littéraire.

Mais comment traduire une culture basée sur l'oral sans la trahir ? Comment inclure toutes ces voix différentes qui bruissent dans l'air? Il y a deux concepts différents pour trouver une réponse à cette question apparaissant dans le monde littéraire de l'Algérie indépendante et qui au premier regard n'ont pas trop de choses en commun:

Le premier projet pour « laisser parler la voix de la subalternité » avait commencé déjà pendant la Guerre de libération par l'écrivaine algéroise Assia Djebar. En cherchant une nouvelle langue dans le français, en expérimentant avec structure de la phrase et rythme, elle élabore un style souvent vu comme «hermétique». Ainsi, elle évite un seul remplacement d'une voix par l'écriture et garde toujours un aspect indéchiffrable de ses figures- presque exclusivement femmes. Que peut apprendre le lecteur en lisant cette écriture? L'impossibilité de finalement comprendre l'autre, mais aussi la nécessité de s'écouter sans préjugés.

D'une toute autre façon Kamel Daoud s'engage dans le débat : La chronique «Raïna Raïkoum», publiée dans Le Quotidien Oran, fait penser plus à une voix qu'à une écriture. Non seulement elle est lancée quotidiennement -on la lit, on en discute et après on la jette comme on oublie les mots exacts d'une conversation-, mais elle est aussi écrite dans un style courant jusqu'à familier.

Son but ? Il l'annonce plusieurs fois : Rompre avec la tradition du mutisme. Ne plus se taire. Ne plus mâcher ses mots. Il critique avec une crudité rare la politique, la société, il ose même prononcer ses craintes en rapport avec la religion - un cri public qui ne lui fait pas seulement des amis. En décembre 2014 Abdelfattah Hamadache Zeraoui, imam salafiste extrême, le condamne en public( !) à mort.

«Traversant la fine et bétonnée frontière, la ligne Morrice qui sépare le pays du discours du pays de la conviction. Il va être inculpé. », rassure Daoud parlant du faux-pas du Saidani dans le stade national. Malheureusement, cette phrase semble de ne pas avoir valeur dans le cas de Zeraoui. Apparemment, il y a des choses qu'on peut dire et il y a des choses qu'on ne peut pas dire en public. On peut condamner une personne à mort, mais on ne peut pas dire la phrase : «Quand la France nous a donné l'indépendance» ou critiquer les héros nationaux (comme l'a fait Saïd Sadi cette année). Que reste-t-il à dire ? C'est compliqué, vraiment compliqué de le comprendre.

Bien sûr que tous les deux projets d'écriture ne peuvent pas être considérés comme la solution finale pour les actuels problèmes de communication en Algérie. Comment communiquer avec et dans la jeune génération actuelle élevée entre l'internet et les traditions, l'arabe classique au lycée, le français à l'université et l'algérien à la maison ? Comment parler pour, sur, ou mieux : près de la population algérienne qui souvent ne comprend pas le français ? Mais quand même, Assia Djebar et Kamel Daoud font des pas importants de la communication écrite dans un pays qu'on peut nommer pas seulement le polygone étoilé, mais aussi l'étoilé polyglotte.

par Hannah Essler

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